‹ La photographie en Amerique (volume 2)Chapitre 11 sur 131 · POSE DES MODÈLES · texte numérisé non relu

POSE DES MODÈLES

L’opérateur doit néanmoins guider le modèle, et surtout observer le côté qui est le plus avantageux, car tous ceux qui ont fait des portraits savent que très-peu de personnes ont les deux côtés de la physionomie parfaitement identiques; les unes ont le nez ou la bouche de travers, chez d’autres c’est la ligne des yeux qui n’est pas horizontale, celui-ci louche d’un œil, celui-là est obligé de porter des lunettes sur le verre desquelles se produit un miroitement fâcheux selon l’angle sous lequel le modèle reçoit la lumière ; tous ces défauts peuvent être exagérés ou atténués selon la façon plus ou moins’ intelligente dont l’opérateur aura su tirer parti de son modèle.

L’appui-tête donne de la raideur lorsqu’on le force. On ne doit l’employer qu’au moment de découvrir l’objectif, en le faisant appuyer légèrement aussitôt que le modèle est dans sa pose naturelle, afin d’empêcher les mouvements nerveux seulement, mais pas assez pour forcer la pose et mettre le sujet au carcan.

Pour le paysage, le temps de pose dépend d’abord de la lumière qui doit guider l’opérateur, puis de l’ensemble de la perspective du tableau.

Quand on veut rendre l’effet artistique d’un paysage, il est donc important de chercher le côté qui présente le plus d’harmonie dans son ensemble, et de choisir l’heure de la journée où la lumière éclaire ce côté de la manière la plus convenable, pour donner aux objets à reproduire toute la signification et tout le caractère qui leur convient, en ménageant les effets du clair-obscur en rapport avec les formes et les distances.

La photographie, considérée sous ce point de vue, doit revendiquer sa place parmi les arts, car tel tableau de la nature reproduit par un opérateur intelligent, comprenant toutes les beautés qu’il faut faire valoir et les ressources qu’il a entre les mains, pourra à juste titre, ce nous semble,

être considéré comme une reproduction artistique ; tandis que ce même tableau exécuté par un manoeuvre, comme il y en a tant, qui ne s’attache qu’à reproduire, sans comprendre ni sentir la beauté de sa mission, sera une œuvre plate, sans expression, sans vigueur, dépourvue de tout caractère et de tout sentiment , enfin une œuvre sans valeur aucune. Donc, en photographie comme en peinture, il faut avoir le sentiment artistique qui sait dissimuler les défauts de la nature en faisant valoir, au contraire, toutes les beautés qui flattent l’œil ; il faut surtout le bon goût et l’harmonie.

Page 1