INTRODUCTION
de former sur le verre une couche aussi mince, aussi unie et aussi transparente qu’il est possible de le désirer pour recevoir l’image de la chambre noire. Son emploi en photographie date de 1850, et c’est M. Lamotte, à qui M. Simon, pharmacien à Berlin, avait indiqué les propriétés du coton azotique, qui le premier obtint, avec de l’éther sulfurique alcoolisé et le pyroxyle, le liquide connu en photographie sous le nom de collodion. Aussitôt son apparition, M. Gustave Le Gray, l’infatigable chercheur, l’a appliqué à la photographie avec un succès incontestable, car c’est à lui qu’on doit surtout ces magnifiques vues marines de grandes dimensions prises instantanément.
Depuis cette époque la photographie a fait des progrès rapides : la science, apportant son concours aux hommes pratiques qui se sont livrés avec ardeur au développement de cette belle découverte, a réussi à déterminer d’une manière certaine les éléments dont se composent les images photographiques .
Mais là ne devaient pas s’arrêter les efforts des esprits ingénieux qui avaient consacré leur temps à la recherche des perfectionnements dont cette nouvelle découverte était susceptible ; une foule d’industriels et d’artistes , sentant le parti avantageux qu’on pourrait tirer de cette nouvelle industrie , apportèrent leur collaboration à l’œuvre générale. C’est alors que le monde émerveillé vit paraître successivement les images stéréoscopiques représentant la nature avec une exactitude, un relief et une vérité saisissants; les portraits-cartes accessibles à toutes les bourses, dont la vogue justement méritée augmente chaque jour, en raison de la facilité avec laquelle on peut réunir dans un simple album la collection de toutes les personnes aimées.
Peu de temps après, la photographie , se prêtant aux exigences du public, produisit des images amplifiées jusqu’à la grandeur naturelle, au moyen d’une chambre solaire spé-
ciale (1). Le peintre s’adjoignit alors le soleil pour collaborateur, en lui faisant dessiner sur sa toile l’ébauche du tableau qu’il ne lui restait plus qu’à couvrir de couleurs.
Des collections curieuses et instructives, représentant les sites pittoresques des cinq parties du monde, les monuments anciens et modernes, sont venues enrichir les musées, depuis surtout que la découverte du collodion préservé sec permet au voyageur photographe de rapporter des clichés irréprochables, sans avoir l’embarras d’un matériel énorme.
Enfin, après M. Poitevin, qui a substitué l’encre d’imprimerie aux sels d’argent, pour rendre les épreuves inaltérables, de nombreux perfectionnements ont été apportés à cette belle science par MM. Niepce de Saint-Victor , Nègre , Talbot et Girard, dont les recherches couronnées de succès ont amené la découverte de la gravure photographique, qui permet d’obtenir à l’aide d’une image négative une planche gravée sur cuivre ou sur acier, et d’en tirer ainsi un nombre indéfini d’exemplaires.
Les émaux photographiques, dont la finesse et la beauté surpasse les miniatures des plus grands maîtres, montreront à la postérité le génie de ce siècle fécond en découvertes utiles.
Nous sommes heureux de pouvoir constater les progrès rapides de cet art merveilleux, et rendre hommage aux savants et aux praticiens zélés qui ont apporté leur concours à son développement.
(1) Les premières chambres solaires pour l’agrandissement des images d’après un cliché de petite dimension sont dues à M. Woodward, de New-York : c’est d’après son système, entièrement modifié, que nous avons fait exécuter un appareil spécial sans réflecteur, dont on trouvera la description et les dessins dans le cours de cet ouvrage.