VIRAGE ET FIXAGE DES ÉPREUVES POSITIVES
ayant soin de le masquer complètement avec la silhouette qu’on a dû conserver après le découpage ; le châssis étant exposé de nouveau à la lumière, le fond blanc se teintera graduellement et régulièrement sur toute sa surface; on pourrait le rendre plus artistique et donner plus de relief au portrait en ménageant le centre, au moyen d’un tampon de coton que l’on promène autour de l’image pendant que les extrémités prennent une teinte graduellement plus foncée. Ce moyen est également bon à employer pour les portraits faits directement sur fonds unis et plats, dont l’effet de perspective n’est pas assez puissant pour que l’image se détache sur un clair-obscur qui en double la valeur artistique.
Virage et fixage des épreuves positives sur papier albuminé, gélatiné et à l’arrow-root.
Le fixage des épreuves se fait généralement au moyen d’une solution d’hyposulfite de soude, qui a la propriété de dissoudre les sels d’argent non attaqués par la lumière. Mais les épreuves traitées par ces bains seuls deviennent d’un rouge pâle et sont peu solides. On est donc obligé, indépendamment de ce fixage à l’hyposulfite de soude, de faire subir à l’épreuve une autre opération qui, tout en lui donnant une plus grande solidité, modifie considérablement la teinte et la rend plus vigoureuse et plus agréable à l’œil en la faisant passer successivement du rouge au violet, au bleu, puis enfin au noir le plus tranché; on pourra, bien entendu, s’arrêter au ton qui conviendra le mieux. Cette opération se fait généralement avant le fixage à l’hyposulfite de soude : c’est ce qu’on appelle le virage.
Pour les papiers ayant reçu un encollage additionnel, tel que albumine, gélatine et arrow-roüt, les bains de virage
alcalins sont ceux qui nous ont donné les meilleurs résultats. Ce sont ceux, du reste, dont les meilleurs opérateurs américains font usage.
Le chlorure d’or employé séparément et combiné avec une substance alcaline pour neutraliser l’acide dont il peut être imprégné, donne à l’épreuve une richesse de tons et surtout une solidité que n’ont pas celles traitées par les bains d’or et d’hyposulfite combinés ensemble, et dans lesquels des traces d’acide peuvent neutraliser ou modifier l’effet des sels d’or.
Le chlorure d’or simple peut être remplacé avantageusement par une égale proportion de chlorure d’or et de potassium, d’or et de calcium, d’or et de sodium, lorsque ces sels sont parfaitement purs.
Préparation des bains de virage.
Chaque opérateur a une formule à soi qu’il considère comme étant supérieure à celle de ses confrères, c’est pourquoi nous allons donner successivement les préparations des praticiens les plus habiles, afin que chacun choisisse le virage qui convient le mieux à ses goûts.
La formule que nous employons le plus généralement est la suivante :
Eau distillée 2 litres.
Acétate de soude cristallisé 20 grammes.
Chlorure de sodium 0.50 —
Chlorure de chaux 0. 25 —
Chlorure d’or neutre 1 gramme.
L’acétate de soude et le chlorure de sodium sont dissous dans l’eau distillée, on y ajoute ensuite le chlorure de chaux
OPÉRATION
préalablement broyé dans un mortier avec quelques gouttes d’eau, on remue fortement pour opérer le mélange, et on ajoute le chlorure d’or qu’on a eu le soin de faire dissoudre à part dans 100 centimètres cubes d’eau distillée, l’or est versé par petite quantité à la fois et le flacon secoué chaque fois. Ce bain doit être préparé la veille du jour où on veut l’employer, comme en général tous les bains de virage alcalins contenant du chlorure d’or, afin d’éviter qu’ils ne rongent les épreuves.
Opération.
Le tirage de la journée étant terminé, on remplit une grande cuvette plate d’eau ordinaire dans laquelle on plonge toutes les épreuves pour les faire dégorger ; pendant ce temps on verse dans une autre cuvette une certaine quantité de vieux virage auquel on ajoute un peu de virage neuf; lorsque le mélange qui deviendra laiteux est bien opéré, un certain nombre d’épreuves sont immergées dans ce bain en les prenant l’une après l’autre, et en ayant soin de les tenir continuellement en mouvement pour qu’elles ne puissent se coller l’une sur l’autre ; on observe avec attention l’action du bain d’or, afin de retirer successivement toutes les épreuves aussitôt qu’elles ont atteint le ton noir bleu; on arrêtera alors l’action du virage en les plongeant dans une troisième cuvette remplie d’eau ordinaire.
Les images, au sortir de la première eau de lavage, sont d’un rouge brique assez désagréable, dans le bain de virage elles passent successivement au pourpre, puis au noir et enfin au noir bleu, c’est alors qu’il faut les retirer; sous l’action du fixage à l’hyposulfite de soude, les épreuves reviennent au ton pourpré qui remonte ensuite définitivement au sépia violacé en séchant.
Les bains de virage agissent généralement beaucoup plus vite quand la température est élevée que lorsqu’il fait froid, on pourra donc activer leur action en les chauffant; l’été, on les expose simplement au soleil pendant la journée; l’hiver, on a soin de placer le flacon qui contient le virage près du calorifère de l’atelier, afin que le liquide atteigne la température de 25 à 30 degrés avant de l’employer; par cette seule précaution on assurera la régularité du travail.
L’acétate de soude cristallisé ayant une légère réaction acide est préférable pour les virages à l’acétate fondu dont la solution est presque toujours alcaline, mais il faut qu’il soit chimiquement pur, c’est-à-dire exempt de matières empyreumatiques qui ont la propriété de précipiter l’or à l’état métallique.
Lorsque l’action du virage se ralentira d’une manière sensible, par suite de l’absorption plus ou moins considérable du chlorure d’or par le papier immergé, on y ajoutera peu à peu du virage neuf pour l’activer.
On calcule qu’en moyenne chaque gramme d’or peut servir à virer une main de papier albuminé, soit 25 feuilles de 44X57 centimètres.
Formule n° 8.
Eau de pluie 2 litres.
Solutiou saturée de soude commune (à laver) 1 0 c. c.
Alun en poudre 5 grammes.
Chlorure d’or neutre t —
La quantité de soude peut varier selon l’acidité plus ou moins grande du chlorure d’or ; lorsque ce bain est préparé, il doit être assez alcalin pour faire changer de suite le papier rouge de tournesol.
Avant de les mettre dans le bain de virage, les épreuves seront d’abord immergées dans une cuvette d’eau ordinaire
OPÉRATION
conte nant de 5 à 6 centimètres cubes d’acide acétique par litre, puis rincées avec soin dans une seconde cuvette remplie d’eau pure.
Ce virage est surtout excellent pour le papier qui a été sensibilisé sur un bain économique et soumis ensuite aux vapeurs ammoniacales. Il donne des tons pourprés d’une grande richesse.
Le chlorure d’or est dissous dans 300 c. c. d’eau distillée, la craie en poudre étant placée dans un mortier en porcelaine, on ajoute la solution d’or et on triture avec le pilon, afin d’opérer un mélange bien intime qui a pour effet d’en neutraliser complètement l’acide. Lorsque le papier rouge de tournesol devient franchement bleu, on verse le tout dans un flacon, en y ajoutant la quantité d’eau nécessaire pour compléter les 3 litres; on remue, et le chlorure de potassium en solution aqueuse est versé en dernier lieu avec précaution ; ce bain doit rester au repos pendant trois ou quatre jours, puis filtré avant de s’en servir.
Ce virage, qui donne des tons d’un beau noir violacé, se conserve pendant très-longtemps en bon état.
Formule n° 3.
Eau distillée ou de pluie . .
3 litres.
Craie en poudre (blanc d’Espagne) . de 15 à 20 grammes.
Chlorure d’or 1 —
Chlorure de potassium (solution concentrée) 2f gouttes.
Formule n° J,