CHAPITRE II
Définitions.
Une épreuve est dite positive lorsqu’elle peut être vue directement. On obtient ces épreuves sur glace, en noircissant le côté opposé à l’image avec un vernis spécial dont nous donnerons plus loin la composition, sur verre coloré, sur plaques argentées dites «laguerriennes, sur plaques de tôle préparées au vernis de Japon pour médaillons, sur papier noir, et sur toile enduite de caoutchouc par le transport de la couche; enfin sur papier, par l’impression d’une image prise en négatif.
Une épreuve est dite négative lorsque , vue par transparence, elle présente l’image inverse, c’est-à-dire que les parties claires du modèle sont opaques, tandis que les autres paraissent transparentes. En un mot, ce qui est blanc sur le modèle doit se trouver noir sur le négatif, avec graduation des demi-teintes, jusqu’à la parfaite transparence du cliché, qui doit donner des noirs parfaits sur le positif.
On obtient des négatifs sur papier ciré et ioduré; mais ce procédé, qui a été le premier découvert et qui a l’avantage d’être moins embarassant en voyage que le procédé au collodion, est rarement employé par les bons opérateurs, à raison de son peu de sensibilité, qui nécessite un temps de pose très-considérable et ne permet pas de reproduire les objets animés du paysage.
Néanmoins, comme il arrive souvent qu’on ne peut pas se
charger, pour certaines excursions, d’un matériel incommode, nous donnerons en passant la manière d’opérer pour obtenir une bonne épreuve négative sur papier ciré.
Le procédé sur collodion humide est incontestablement le plus parfait des procédés photographiques connus jusqu’à ce jour, c’est pourquoi son application s’est généralement répandue ; aussi traiterons-nous plus spécialement de ce procédé.
Le négatif sur verre est par cette raison celui qui possède le plus de qualités, car s’il offre plus d’embarras en voyage que le papier, il dédommage grandement l’artiste qui n’a pas reculé devant la fatigue et les ennuis de l’installation en plein vent, d’un laboratoire qui lui permettra d’opérer sur place par la voie humide. Les épreuves obtenues par ce moyen rapide permettent de saisir la nature sur le fait, avec tout le pittoresque et le naturel des êtres animés qui donnent la vie au panorama, et sont en même temps d’une finesse d'exécution bien supérieure à celles obtenues sur des clichéspapier.
Outre le procédé humide, qui nécessite une exposition à la chambre noire moindre que tous les autres connus jusqu’à ce jour, on emploie en campagne les collodions secs ou préservés, qui ont encore sur les clichés-papier l’avantage d’une plus grande sensibilité et d’une plus grande finesse de détails ; nous ferons connaître les différentes manipulations des meilleurs de ces procédés.
Le négatif ou cliché est une planche ou matrice sur laquelle on obtient un nombre illimité d’épreuves positives qui sont le terminus de la photographie. Ces épreuves ont plus ou moins de mérite, selon que l’opérateur a apporté plus ou moins de soin dans les diverses manipulations que nous indiquerons et qui sont indispensables pour obtenir des résultats irréprochables.
La théorie du cliché sur verre consiste en une réduction
d’argent en oxyde à la surface de la glace, par l’action de la lumière et des substances chimiques employées pour amener cette décomposition.
Pour opérer dans de bonnes conditions, il faut que la couche d’iodure d’argent soit bien formée et d’une couleur un peu opaline; que la lumière éclaire convenablement le modèle, sans excès cependant, ce qui donnerait des tons heurtés, et que l’agent réducteur ne soit ni trop concentré ni trop acidulé pour ménager les demi-teintes.
Le phénomène le plus curieux en photographie est le rôle de la lumière sur la couche d’iodure d’argent, car l’image, quoique formée, reste parfaitement invisible jusqu’à l’application d’un réactif qui la fait apparaître tout à coup à l’œil étonné. Ce phénomène n’a pas été jusqu’ici expliqué d’une manière bien précise, aussi ne chercherons-nous pas à faire une théorie à ce sujet, laissant ce soin à des chimistes plus expérimentés que nous.
L’image, ayant subi l’action du réactif révélateur qui a opéré une réduction d’argent proportionnée à l’intensité de la lumière, devra être fixée d’une manière définitive, en dissolvant par une seconde opération l’iodure d’argent qui n’a pas été attaqué par la lumière, ce qui donnera de la transparence dans les clairs en faisant valoir l’opacité des noirs.
Les épreuves positives et directes sur verre dont la beauté et la finesse ne laissent rien à désirer, s’obtiennent par les mêmes procédés que les clichés qui doivent servir à la reproduction des photographies sur papier, avec cette seule différence que, pour les premières, on doit laisser la plaque exposée beaucoup moins longtemps que pour le négatif, et qu’il faut observer avec beaucoup d’attention l’effet de l’agent révélateur pour en arrêter l’action avant que la réduction ait agi trop fortement en attaquant les blancs ; l’habitude seule des opérations peut indiquer le moment précis où on doit arrêter cette réduction.
Les conditions principales pour bien réussir en photographie sont : la propreté et l’ordre dans le laboratoire; le choix des substances chimiques qui doivent servir d’agents; la qualité des objectifs et instruments de toutes sortes qui garnissent l’atelier du photographe, et la bonne disposition de la lumière. Rien ne doit être négligé pour réunir ces conditions indispensables.