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CHAPITRE VIII

STÉRÉOSCOPE ET MICROSCOPIE

Descriptions, opérations et appréciations. — Épreuves microscopiques.

Le stéréoscope , ce charmant petit instrument, si répandu maintenant et si justement estimé, qui nous montre en relief des images accouplées sur une feuille de papier plate, avec toute la vérité de la nature saisie sur le fait, serait probablement resté dans le néant, si la photographie n’avait pas été inventée et perfectionnée par Daguerre , Niepce , Talbot , Archer, et autres savants. Néanmoins, deux dessins pour-

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Fig. 60. — Stéréoscope à glaces parallèles.

raient être faits d’un seul objet, de telle sorte qu’ils reproduiraient le relief de la nature. Déjà Léonard de Vinci avait démontré que cet effet de reliëf résultait de la vision bino-

STÉRÉOSCOPE ET MICROSCOPIE

culaire, et la photographie, avec sa rigoureuse exactitude, a pu réaliser les merveilleux effets que tout le monde connaît et admire aujourd’hui.

C’est au professeur Wheatstone, du Collège royal de Londres, que nous sommes redevables du stéréoscope; le célèbre physicien anglais, en expliquant un phénomène de vision, eut l’idée de regarder deux dessins d’un même objet avec les deux yeux d’abord , puis ensuite en séparant le point visuel de chaque œil.

Le premier instrument composé par M. Wheatstone , fîg. 60, était formé de deux glaces parallèles C, D, placées à angles droits ; les images E, F, fixées en face l’une de l’autre, étaient disposées de façon qu’en regardant dans les deux mi-

Fig. 61, — Stéréoscope portatif.

roirs en même temps, ces deux images se trouvaient formées dans la même portion de la rétine de l’œil et semblaient se détacher en relief, en ne formant qu’une seule et même image; ce genre de stéréoscope, applicable surtout aux images de grandes dimensions, a été perfectionné par sir David Brewster, qui a remplacé ces miroirs par des prismes . Ce changement a permis de faire du stéréoscope un instru-

ment portatif et populaire. La forme généralement adoptée présente une sorte de pyramide tronquée, en bois ou en toute autre substance ; à la partie la plus étroite sont placées deux demi-lentilles, ou prismes, ou mieux deux lentilles achromatiques, éloignées l’une de l’autre de 6 à 7 centimètres environ, c’est-à-dire de la distance des yeux ; au milieu de cette boîte et entre les lentilles est une cloison qui favorise la superposition des deux images. A l’extrémité la plus large se trouve une rainure dans laquelle on glisse l’épreuve. Enfin, la partie supérieure a une ouverture garnie d’un couvercle doublé d’une glace, servant de réflecteur pour projeter la lumière sur l’image (voyez fig. Cl).

On vient d’appliquer à ces boîtes une sorte de verre monochrome qui, en s’interposant entre l’œil et le dessin, produit, par les différentes couleurs dégradées , un effet saisissant en donnant des couleurs naturelles; on varie la teinte du verre selon le paysage qu’on examine.

Il existe un genre de boîte stéréoscopique, très-commode, en ce sens qu’il contient plusieurs douzaines d’images qu’on peut faire passer successivement sous les yeux par la simple pression d’un bouton placé sur le côté de l’appareil qui communique à une chaîne sans fin sur laquelle sont fixées les images stéréoscopiques : ce charmant petit meuble , que nous représentons Fig. 62. -Stéréoscope américain, fig. g2, fait l’ornement de tous les

salons aux États-Unis.

Nous allons donner les procédés les plus simples pour

OPÉRATIONS

obtenir les images stéréoscopiques, sans nous occuper du phénomène physique qui les produit, renvoyant pour cela le lecteur aux ouvrages spéciaux.

Opérations.

L’opération consiste à prendre deux vues du même objet, en plaçant l’appareil à la même distance du sujet à reproduire, mais en écartant les objectifs proportionnellement à la distance du point de vue, de telle sorte qu’ils soient écartés l’un de l’autre par un angle de 2 degrés environ, dont l’objet à reproduire est le sommet; on prend pour sommet de cet angle l’objet le plus important du point de vue. Dans certains cas, lorsque le paysage offre peu de perspective et de-différence dans les plans, on pourra opérer avec un écartement d’un angle de 3 à 4 degrés.

Pratiquement, on opère au juger, en mesurant de l’œil le point le plus rapproché du paysage à reproduire, et en dounant aux objectifs un écartement d’environ 33 millimètres pour chaque mètre de distance.

Lorsque l’angle stéréoscopique est trop grand, c’est-à-dire que les objectifs ont été trop écartés en raison de la distance du sujet à reproduire, il y a des déformations et des reliefs exagérés qui, dans certains cas, semblent monstrueux, notamment dans les portraits et les reproductions de statues, etc. Le contraire aurait lieu si l’écartement était trop petit, car alors l’image semblerait plate , sans perspective ni relief.

Pour les portraits pris à une distance de 3 ou 4 mètres seulement, la méthode la plus simple consiste à faire les deux épreuves en même temps avec l’appareil composé d’une chambre noire garnie de deux ou de quatre objectifs com-

binés, d’un foyer parfaitement égal (voir fig. 3 et 17), généralement employés pour les portraits-cartes de visite, qui eux aussi sont stéréoscopiques en les accouplant deux à deux; seulement, comme les positives sont renversées, on devra les redresser en collant sur le bristol l’épreuve de droite sur le côté gauche, et celle de gauche sur le côté droit. Il faut également avoir soin que la distance entre les centres des deux images soit de 7 centimètres environ, sinon elles ne se superposeraient pas ou se doubleraient.

M. Ennel fait connaître un moyen très-ingénieux pour imprimer directement d’après un négatif stéréoscopique obtenu dans la chambre binoculaire, et cela sans aucune transposition. On épargne ainsi une grande perte de temps. Voici comment on opère :

Nous supposons que le négatif ait une longueur de 18 centimètres. On prend un morceau de papier sensible de largeur convenable, et ayant une longueur de 36 centimètres. On replie chaque bout du papier, la surface sensible étant en dehors, de sorte que les bords se rencontrent au milieu. Le milieu du papier ainsi replié présentera une surface continue de 18 centimètres de long, et les deux bouts repliés auront ensemble également une longueur de 18 centimètres. On imprime alors l’une des surfaces sensibles, puis on retourne le papier et on imprime l’autre. Lorsque cette épreuve est virée, fixée et lavée, on ouvre de nouveau le papier, qui prend un développement de 36 centimètres de longueur, sur lequel se trouvent imprimées deux séries stéréoscopiques complètes, c’est-à-dire quatre images en ligne droite, qui sont dans la position voulue. On n’a plus qu’à couper le papier par le milieu pour séparer les deux épreuves stéréoscopiques l’une de l’autre, que l’on n’aura plus qu’à coller.

Pour reproduire des paysages sans sujets animés, nous employons ordinairement une petite chambre noire 1/4 munie d’un seul objectif, à laquelle on fait adapter un châssis

OPÉRATIONS

pouvant contenir une glace de la dimension des deux épreuves, et dont la porte de devant, s’ouvrant en deux parties, permet d’opérer successivement. Cette chambre est placée sur une planchette d’une longueur de 0m 80 environ, et munie d’équerres qui servent à mesurer l’angle stéréoscopique.

Yoici comment on opère :

La planchette A, B, C, D, fig. 63, étant fixée solidement sur son pied, on place la chambre noire contre l’une des équerres E, F, qui doivent déterminer l’écartement ou angle sous lequel on voudra opérer. On met au point sur la glace

Fig. 63. — Chambre noire 1/4 pour stéréoscope montée sur sa planchette à équerres.

dépolie, puis on expose après avoir remplacé cette glace dépolie par le châssis G contenant la glace sensibilisée, de manière que, pour une épreuve ordinaire, il faut avoir soin, si l’on veut redresser de suite l’image stéréoscopique sur le négatif, d’exposer le côté gauche de la glace lorsqu’on opérera du côté droit de la planchette, et le côté droit de cette même glace lorsque l’on agira du côté gauche. La figure 63 représente le côté gauche du châssis ouvert pendant qu’on opère à la station de droite; la seconde partie s’obtient en faisant glisser la chambre noire contre l’autre équerre, et en prenant le côté gauche du châssis qu’on doit faire glisser jusqu’à ce qu’il soit arrêté par le ressort qui se trouve au

centre de la chambre noire : alors on ouvre le côté droit pour la seconde exposition.

Lorsqu’on veut faire des vues animées ou instantanées, on devra employer deux chambres noires 1/4 munies d’ob- . jectifs de même foyer. On place chacune de ces chambres contre l’une des équerres de la planchette écartée à la distance convenable, selon l’éloignement des premiers plans du paysage à reproduire , et on prépare en même temps deux glaces qui seront sensibilisées dans le même bain. L’exposition se fera en découvrant les deux objectifs ensemble:

Fig. 64. — Chambres noires sur eur pied pour vues instantanées, munies de planchettes à guillotine.

pour cela il faut deux opérateurs, à moins qu’on n’ait adapté à chacun des objectifs une planchette à guillotine, qu’un seul opérateur peut mettre en mouvement en pressant les ressorts de chaque main. Ces planchettes sont très-commodes pour les instantanéités : on peut rendre l’exposition plus ou moins rapide, suivant la longueur de l’ouverture pratiquée dans la coulisse qui ouvre et ferme l’objectif.

La figure 64 représente la position de deux chambres noires E, E’ pour les vues instantanées ; les objectifs sont

OPÉRATIONS

garnis des planchettes à guillotine A, B, G, D, A’, B’, G’, D’, dont l’une est percée seulement d’une ouverture F de deux centimètres qui ouvre et ferme l’objectif avec une rapidité telle, qu’elle permet de saisir les oiseaux au vol. La seconde, F’, d’une dimension de six centimètres, permet également de saisir des objets animés, mais avec moins de rapidité que la première ; seulement avec cette seconde, l’image aura plus de détails et sera mieux venue; on pourra, selon le cas, employer une dimension d’ouverture appropriée au sujet à saisir.

Les images prises avec deux chambres séparées sont renversées ; on devra donc avoir soin de marquer les négatifs, pour pouvoir ensuite placer convenablement les épreuves en les collant sur le bristol.

L’opération, pour l’obtention des négatifs, est la même que celle que nous avons décrite précédemment pour le collodion humide et pour les collodions secs.

Les stéréoscopes sur verre, destinés à être vus par transparence , s’obtiennent par les procédés que nous avons décrits page 215, au moyen des clichés ordinaires.

Les négatifs pour stéréoscopes devront être bien détaillés et bien nets, mais d’une intensité modérée, pour que les positives soient très-vigoureuses ; on évitera, par ce moyen, un défaut commun à beaucoup de ces images, qui semblent couvertes de neige lorsqu’on les regarde dans le stéréoscope. Ges effets résultent des grands contrastes entre les noirs et les blancs.

Lorsqu’on opère avec deux instruments séparés, il faut avoir soin de traiter les deux épreuves de la même façon, pour que les deux clichés soient à la même valeur; on fera en sorte également que les positives qui doivent se correspondre aient* la même intensité et soient au même ton.

Appréciation du stéréoscope.

Jamais , sans doute , aucune invention n’a été si universellement répandue, et n’a obtenu une faveur aussi grande que le stéréoscope ; il est vrai aussi que rien n’est plus attrayant et plus instructif, non-seulement pour les enfants, mais aussi pour les grandes personnes qui aiment à voyager sans sortir de leur salon. Depuis la découverte du stéréos1 cope les distances se sont rapprochées, le panorama universel est venu se dérouler aux yeux étonnés du riche potentat assis au coin de son feu, et du pauvre ouvrier dans sa mansarde. Rien n’est plus intéressant, en effet, que cette nature variée, souvent bizarre, que l’imagination se refuserait à admettre , si la vérité ne nous était garantie par l’impossibilité de reproduire les effets stéréoscopiques autrement qu’en les prenant sur la nature même.

Ici ce sont des scènes champêtres dont Watteau eût été jaloux, là c’est une vallée sillonnée d’une rivière dont les eaux azurées serpentent et arrosent la végétation avant de se précipiter en cascade dans un gouffre saisissant d’horreur. Enfin les montagnes couvertes de neige et les précipices sans fond, au bord desquels broutent des chèvres, où vient s’ébattre l’ours, complètent le tableau, en charmant l’œil étonné.

Il est donc inutile aujourd’hui de braver les dangers et les fatigues d’un long voyage, comme le font les touristes, pour visiter les curiosités répandues sur le globe ; assis au coin de son feu, chacun peut suivre d’un regard attentif et surpris toutes les scènes vivantes des villes du monde moderne, comme aussi visiter les ruines pittoresques du monde ancien; les lacs tranquilles , les romantiques cascades , les cathédrales modernes aux clochers hardis, aussi bien que les

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