‹ La photographie en AmériqueChapitre 106 sur 151 · PROCÉDÉ DE M. E. PLACET · texte numérisé non relu

PROCÉDÉ DE M. E. PLACET

Le spécimen que nous donnons en tête de cet ouvrage, exécuté sans aucune retouche sur une planche de cuivre, d’après un de nos clichés, et tiré en taille-douce à 3,000 exemplaires, pourra donner une idée de la perfection de ce procédé, au moyen duquel l’inventeur produit chaque jour des œuvres qui font l’admiration du monde entier.

Les planches de très-grandes dimensions sont exécutées avec la même perfection par M. Rousselon et donnent, au tirage, des épreuves aussi complètement belles que les plus belles photographies, quel que soit le sujet reproduit, portraits d’après nature, paysages ou monuments, cartes ou tableaux.

Le procédé de M. Rousselon consiste dans l’incorporation à la gélatine, qui sert de moule, d’un produit chimique spécial donnant une surface sensible à la lumière et déterminant en même temps une granulation dont la grosseur est en raison de l’intensité lumineuse, c’est-à-dire que les points, qui sont en contact pendant l’insolation avec la partie la plus transparente du cliché, se trouvent granulés d’une manière beaucoup plus vigoureuse que ceux sur lesquels la lumière a agi avec moins de force. Après cette opération, l’épreuve en gélatine est placée sous la presse hydraulique, en contact avec une plaque de plomb, sur laquelle elle se moule avec toutes ses finesses et ses granulations.

Cette planche est alors transformée en plaque de cuivre par un dépôt galvanique qui la rend propre au tirage indéfini d’exemplaires imprimés en taille-douce.

Procédé de M. E. Placet. — La partie essentielle du procédé de M. Placet repose sur une réaction chimique permettant d’obtenir naturellement le grain indispensable pour l’impression par les moyens ordinaires. Les principes sur lesquels repose la formation de ce grain sont les suivants : une substance animale ou végétale plongée d’abord dans un liquide qui peut lui servir de dissolvant, et ensuite immergée dans une autre solution qui possède la propriété de la tanner ou de la contracter, se couvre, sur toute sa surface, d’une granulation produite par cette contraction. La grosseur, la

forme et la profondeur du grain varient suivant les substances ou les liquides employés, la durée de l’immersion, la température et le degré de concentration des liquides.

Ainsi, une feuille de gélatine plongée d’abord dans une solution saturée de bichromate de potasse, puis dans une solution composée de :

Eau iOO c. c.

Sulfate de fer 40 grammes.

Acide acétique 10 c. c.

aura, en quelques instants, sa surface couverte d’un beau grain d’une régularité remarquable. Dans certains cas,

les substances dissolvantes et tannantes peuvent être appliquées à l’état de poudres solides.

Si, sur cette feuille de gélatine, on a préalablement tracé un dessin au moyen d’un vernis ou d’une substance grasse, et qu’on la plonge dans les deux bains que nous venons d’indiquer, le grain se formera partout, excepté là où se trouve le dessin, et, en moulant cette surface par pression ou par la galvanoplastie, on obtiendra une planche pouvant servir à donner des épreuves ou à tout autre usage analogue.

Si, au lieu de produire ce dessin à la main, on l'obtient par l’action de la lumière, on aura une gravure héliographique. Pour cela, il suffît de sensibiliser la feuille de gélatine, de l'exposer à la lumière sous un négatif à la façon ordinaire, puis de la plonger dans les liquides sus-mentionnés. Dans ce cas, l’action de la lumière rend chaque point de la gélatine plus ou moins perméable aux liquides, selon l’intensité plus ou moins grande des diverses parties du cliché. Il en résulte que les liquides pénètrent plus ou moins profondément la gélatine, et produisent sur chaque point un grain dont la dimension et la profondeur sont proportionnelles à la transparence des diverses parties du cliché. On obtient ainsi une gravure héliographique qui est la reproduction fidèle de la photographie, avec tous ses détails et ses plus délicates demiteintes.

Voici quelques exemples des modes d’opérer :

1° On prend une feuille de gélatine que l’on sensibilise à

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