‹ La photographie en AmériqueChapitre 107 sur 151 · PROCÉDÉ DE M. E. PLACET · texte numérisé non relu

PROCÉDÉ DE M. E. PLACET

la façon ordinaire dans un bain de bichromate. Après l’avoir exposée à la lumière sous un cliché, on la plonge dans une solution saturée de bichromate de potasse ; l’excès du liquide est enlevé rapidement à l’aide d’un linge ou de papier buvard, puis on l’immerge dans la solution de sulfate de fer indiquée plus haut. Le dessin se développe instantanément avec le grain. Il suffît de quelques secondes si la durée de l’exposition à la lumière a été convenable. On sèche, et la gravure est terminée. Il n’y a plus qu’à la mouler pour avoir une planche propre à l’impression ou à tout autre usage.

2® On prend une feuille de papier recouverte de gélatine; après l’avoir sensibilisée, on l’expose à la lumière sous un cliché négatif, puis on place le papier sur une surface flexible, de façon à développer l’image du côté opposé à celui qui a été insolé, absolument comme cela se fait dans le procédé au charbon. Cette épreuve renversée est développée dans une solution de bichromate de potasse, qui peut dissoudre toutes les parties de la gélatine que la lumière n’a pas modifiées; lorsque l’image est complète, on la plonge dans la solution de sulfate de fer qui donne le grain. Elle est prête alors à être moulée.

3° Une épreuve sur gélatine colorée, dite au charbon, obtenue par les moyens ordinaires, peut être également grainée. Pour cela, il suffit de laisser l’épreuve pendant quelque temps dans un bain ammoniacal, une solution de potasse, d’hypochlorite de chaux ou de toute autre substance ayant la propriété de redissoudre la gélatine insolubilisée par la lumière. L’épreuve est alors plongée dans les bains de bichromate de potasse et de sulfate de fer, et le grain apparaît promptement, surtout si les solutions ont été chauffées.

4° Dans certains cas, il est avantageux d’opérer sur des surfaces planes et rigides ; on verse alors la gélatine sur des glaces, des plaques de métal ou toute autre substance. La gélatine peut être sensibilisée avant de l’étendre sur les plaques, ou seulement après qu’elle a été séchée. On opère alors comme pour le papier albuminé.

Dans les descriptions qui précèdent, il n’a été question que

de la gélatine. On peut, avec plus ou moins d’avantages, employer la gomme, l’albumine, la dextrine, la colle de poisson, le sucre, le caramel, la glucose, la caséine, l’amidon, le gluten, le bitume, les savons, les résines et toutes autres matières analogues. Il est souvent avantageux d’employer le mélange de deux ou plusieurs de ces substances. ’La différence de solubilité des substances mélangées favorise la formation du grain. Les gélatines du commerce sont toujours variables dans leur composition et leur solubilité; par conséquent, la nature du grain qu’elles produisent, par les méthodes ci-dessus décrites, varie souvent d'une opération à l’autre.

Pour obtenir des résultats toujours constants et réguliers, il est préférable de ne pas employer la gélatine seule, mais de la mélanger, dans certaines proportions, avec de la gomme, de la dextrine, de l’albumine, etc., etc., ou mieux avec de la gélatine soluble, qui donne un mélange plus homogène. Cette gélatine soluble s’obtient en traitant la gélatine ordinaire par un acide ou en la soumettant à une ébullition prolongée.

Nous allons indiquer un mélange et un mode d’opérer qui réussissent parfaitement pour la reproduction en gravure héliographique des photographies les plus délicates.

Sur une surface plane, on verse la mixture suivante :

Gélatine ordinaire du commerce 10 grammes.

— soluble de 1 à 2 —

Sucre de 1 à 2 —

Bichromate de potasse de 1 à 2 • —

Eau 100 c. c.

Quelquefois on ajoute un peu d’acide, soit de l’acide chromique, de l’acide citrique, acétique, ou autre. On laisse sécher de niveau, dans une étuve, à l’abri du jour et de la poussière, puis on expose à la lumière sous un cliché négatif ou positif, selon le genre de gravure que l’on veut obtenir. La plaque est alors plongée dans une cuvette remplie d’eau pure additionnée de borax ou de toute autre substance analogue, pour en augmenter la densité. L’image se développe et se graine instantanémenti

PROCÉDÉ DE M. E. PLAGET

Pour arrêter l’action de ce liquide, l’épreuve est rapidement plongée dans un bain composé de :

Eau 100 c. c.

Alcool de 20 à 30 —

Ammoniaque liquide de 2 à 4 —

On l’éponge alors avec un papier buvard, et on la laisse sécher complètement ou à peu près dans l’obscurité. Elle est ensuite immergée dans la solution de sulfate de fer indiquée plus haut ; le grain se forme de nouveau ; lorsque l’image est parfaitement développée, on la plonge dans de l’eau pure ou dans de beau légèrement acidulée pour arrêter le développement, on sèche ; l’image grainée est alors fixée définitivement et terminée.

Pendant le développement, on peut varier la grosseur et la profondeur du grain, selon le sujet que l’on a à traiter. Pour cela, on prépare à l’avance deux ou trois solutions contenant des proportions différentes de sulfate de fer et d’acide. On commence le développement par la solution la plus faible, et l’on continue avec celles qui sont successivement plus fortes, selon le résultat que l’on veut obtenir.

Les images grainées ou les dessins obtenus au moyen des procédés décrits plus haut peuvent, dans certains cas, être employés aussi bien que ceux produits au moyen d’épreuves photographiques, à obtenir des gravures sur cuivre ou des planches lithographiques ou typographiques.

On peut toujours tirer un certain nombre d’épreuves à l’encre grasse et les reporter sur pierre ou sur zinc pour obtenir des lithographies ou des blocs pour la typographie. Les images développées comme il vient d’être dit, au moyen de substances appropriées, peuvent être appliquées au métal ou sur plaques de toute autre nature, de manière à produire une gravure parfaite résultant de la réaction chimique produite entre le support et les substances contenues dans l’image.

Mais le plus souvent, pour l'emploi qu’on veut en faire^ ces dessins grainés doivent être reproduits au moyen d’une matière plus solide et plus durable. Reproduits par la galva-

noplaslie, ils servent à toute espèce de genre d’impression sur cuivre, sur papier, peau, étoffe, bois, porcelaine, etc., etc. Le grain que ces plaques possèdent naturellement permet, au moyen de la gravure sur cuivre, d’ob tenir des épreuves qu’on peut reporter sur pierre pour la lithographie, et spécialement sur zinc, pour les transformer en planche typographique par les moyens connus. Les planches gravées, obtenues par ces procédés, peuvent recevoir dans leurs cavités des incrustations de métaux précieux, des niellures, des émaux dans le genre des émaux cloisonnés.

Dans certains cas, ces plaques présentent sur leur surface de vrais bas - reliefs, sculptures naturelles d’une grande beauté; ces planches, revêtues de dessins appropriés, dorées ou argentées, peuvent être employées pour décorer les boiseries des appartements, les meubles, les coffrets, les dessus de cheminées, etc. Reproduites en or, en platine ou en argent, leur extrême ffnesse permettra de les utiliser dans l’orfèvrerie et la bijouterie.

Enfin, on peut les reproduire en métal résistant; elles pourront être employées à former des matrices ou moules en relief pour les métaux, le bois, le papier, le verre, la porcelaine, les étoffes, le cuir, etc. etc. D’un autre côté, le bon marché et la facilité avec laquelle de semblables gravures peuvent être obtenues conduisent nécessairement à des applications nouvelles auxquelles on ne pense pas maintenant, à raison du prix élevé de la gravure à la main.

Cette méthode d’obtenir des images naturellement grainées peut être variée à l’infini. Un très-grand nombre de substances donnent des surfaces raboteuses, striées, craquelées, cristallisées ou grainées, par leur contact avec les produits chimiques appropriés.

[Extrait du Bulletin»)

Procédé de M. Leipold. — Il est basé sur le principe du gonflement de la gélatine, indiqué par M. Poitevin.

On opère de la manière suivante :

PROCÉDÉ DE M. LEIPOLD

Ou lait dissoudre au baiu-marie :

Gélatine lo grammes.

Bichromate de potasse 2 —

Azotate d'argent 1 —

lodiire de potassium O.oO —

Eau. *. 200 c. c.

Acide acétique S gouttes.

Uue glace est recouverte de cette solutiou, et ou la fait sécher daus uue étuve cliauffée à 37 degrés ceutigrades ; après complet refroidissemeut ou l'expose sous une épreuve positive sur verre, jusciu'à ce que les deruières teiutes soient visibles à l’euvers de la glace. Ou la recouvre alors d'im mélange de 15 parties d'eau pour l partie d'alcool. Lorsque la gélatine non iusolée s'est gonflée, ou assèche la couche eu l'épongeant à l'aide de papier buvard, puis le relief qui s’est formé est moulé avec la composition suivante :

Sperma ceti 425 grammes.

Acide stéarique 200 —

Cire vierge 170 —

Asphalte 70 —

Graphite en poudre 70 —

Lorsque cette composition est refroidie, elle se détache très-facilement de la gélatine avec l'empreinte inverse de celle-ci. Ou la rend conductrice de l'électricité eu la frottant avec de la plombagine, puis ou la soumet au bain galvauoplas tique.

La planche de cuivre ainsi obtenue sert à imprimer en taille-douce par les moyens connus.

AO

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