CHAPITRE XIII
ACCIDENTS SUR LES CLICHÉS
Accidents qui peuvent se produire lors de l’obtention des épreuves négatives sur collodion ; remèdes à y apporter. — Précautions à prendre dans la manipulation des substances chimiques dont on se sert en photographie, — Observations générales pour prévenir les accidents qui peuvent se présenter dans le cours des opérations. — Moyens d’y remédier.
Le cliché étant la base de toute reproduction photographique, on doit apporter tous ses soins à son exécution, mais il arrive fréquemment que l’opérateur inexpérimenté se trouve arrêté par une foule d’accidents que nous tâcherons d’énumérer dans ce chapitre.
Pour qu’un cliché soit dans les meilleures conditions possibles pour donner une bonne épreuve sur papier, il faut, comme nous l’avons déjà dit, qu’il soit très-transparent, mais plein de détails dans les noirs du modèle, les draperies, etc., etc., et d’une intensité, au contraire, qui permette moins facilement aux rayons actiniques de passer au travers de la couche dans les parties blanches de l’image, et cela avec une parfaite gradation dans les demi-teintes.
L’image, vue par transparence, doit donc être très-claire, bien détaillée, exempte de taches, de pointillés et de stries, les plus petits détails doivent se montrer nettement et bien dessinés.
Ce résultat est obtenu en se servant de collodion d’une épaisseur convenable, mais cependant assez fluide pour ne pas former de rides, et d’un bain d’argent presque neutre, assez riche en argent pour donner une couche d’iodure d’un beau blanc opalin.
Une exposition à la chambre noire un peu plus longue que le temps très-exactement nécessaire^ en se servant d’un ré-
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ducteur peu acidifié, produira souvent une intensité suffisante qui évitera de renforcer l’image. Cela est préférable pour obtenir des épreuves claires, nettes, parfaitement détaillées et modelées.
Si cependant le temps de pose avait été dépassé de beaucoup, l’image serait terue, molle et floue, et ne prendrait pas de vigueur par le renforçage, car la couche d’argent métallique se formerait également sur les parties opaques et sur les parties transparentes ; le cliché serait alors gris et monotone, ce qu’il est très-important d’éviter.
Le négatif qui donne généralement les meilleures épreuves positives est celui qui, vu par transparence, présente une couleur bleu noir; nous avons remarqué, dans ce cas, que les détails sont plus clairs et s’imprime d’une manière plus uniforme et plus rapide. Un cliché rougeâtre par suite de solarisation est toujours très-long à imprimer.
La couleur de la couche dépend de certaines conditions du bain, du temps d’exposition, de l’élévation de la température, de la nature et de la force de l’agent révélateur, de la quantité d’acide qu’il contient, etc., etc. Quelquefois, des matières organiques dans la solution argentifère peuvent changer son apparence et sa couleur, de telle sorte qu’il est impossible de donner des indications positives à ce sujet; la pratique et un peu d’observation doivent seuls guider l’opérateur.
Insuccès des épreuves négatives sur collodion.
— La photographie comporte des détails de manipulation si considérables et en même temps si minutieux, que, malgré tous les soins apportés dans le travail, il se produira souvent des accidents et des imperfections que nous allons signaler dans un chapitre spécial, en donnant les moyens d’y remédier, et, dans tous les cas, les précautions à prendre pour les éviter autant que possible.
Les plus fréquentes de ces imperfections sont : les voiles, les marbrures, les raies ou traînées, les points opaques ou transparents^ la trame, le manque d’adhérence du collodion, etc., etc.
Les causes générales sont :
Une exposition trop longue à la chambre noire, un développement et un renforçage trop prolongés; l’impureté des produits chimiques en usage ou leur combinaison dans des proportions trop concentrées ou trop faibles; un jour quelconque dans la chambre noire, le châssis ou le laboratoire; un rayon de soleil donnant directement dans l’objectif; l’emploi d’un bain neutre ou qui ne se combine pas bien avec le collodion; un bain trop vieux, trop chargé d’iodure et d’alcool; des glaces sales, un collodion trop épais ou contenant de l’eau, etc., etc.
Épreuves voilées. — Les causes qui peuvent occasionner des voiles sur les images négatives sont de plusieurs sortes, que nous allons décrire.
Quand le voile provient d’un temps de pose trop prolongé, ou de ce que la plaque est restée trop longtemps dans le bain d’azotate d’argent, il présente, dans le premier cas, un aspect rougeâtre après l’application du révélateur qui agit avec une grande rapidité; l’image est alors uniforme dans toutes les parties et manque d’intensité; dans le seeond, la couche est d’un gris cendré uniforme et épais ; on y remédiera en abrégeant le temps de pose et en retirant du bain la plaque aussitôt la disparition des traces huileuses, enfin en réduisant la force du bain révélateur. En règle générale, la plaque collodionnée doit rester dans le bain d’argent un temps d’aulant plus long que le collodion contient une proportion de bromure plus considérable, et vice versa.
Le plus souvent, le voile provient de l’alcalinité du bain sensibilisateur, qui ne se combine pas bien avec le collodion, surtout si ce collodion ne contient que de Tiodure de cadmium sans iode libre, car il est alors presque toujours alcalin; dans ce cas, le remède est facile. Il suffira d’ajouter quelques gouttes d’acide acétique cristallisable ou d’acide azotique au bain, pour que neuf fois sur dix les épreuves suivantes soient parfaitement claires; l’addition d’un peu d’iode dans le bain ou dans le collodion produit le même effet. Si le voile persistait, on pourrait ajouter une petite
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quantité cTiodure de polassiiim au collodion; celte addition ne doit être faite qu’après l’avoir au préalable dissous dans de l’alcool à 36 degrés.
Si le voile, d'un aspect complètement noir, provient d’une détérioration du bain d’argent par la présence d’un réducteur tel que : sulfate de fer, acide pyrogallique, matières organiques, vapeurs ammoniacales, savon, etc., etc., il n’y a pas de remède. On doit mettre ce bain au rebut pour le traiter comme nous avons dit page 151.
Certains collodions produisent également des épreuves voilées, par suite de la mauvaise qualité du pyroxyle qu’ils contiennent. On s’en assurera en essayant un autre collodion dont on est certain, et en faisant usage du même bain et des mêmes réactifs. Dans ce cas, ce collodion doit être rejeté sans hésitation.
Si, au lieu d’être produit par la mauvaise qualité du coton, le voile provenait d’un collodion alcalin, c’est-à-dire trop blanc, comme cela arrive fréquemment lorsqu’il est sensibilisé au cadmium, on ajouterait quelques gouttes d’une solution d’iode, pour lui donner une teinte franchement ombrée.
Les épreuves seront toujours voilées, lorsque le moindre filet de lumière blanche peut pénétrer dans le laboratoire, ou bien que le châssis qui contient la glace sensibilisée pendant l’exposition ne la préserve pas de la lumière d’une manière complète; le moindre jour, pénétrant dans la chambre noire, voile l'épreuve, soit partiellement en la marbrant de points qui paraissent opaques vus par transparence, soit totalement et d’une manière d’autant plus intense que le jour a agi plus fortement. Il sera toujours facile de remédier à ces inconvénients, en s’assurant que le châssis et la chambre noire sont hermétiquement clos, et que le laboratoire ne reçoit le jour que par le verre de couleur jaune destiné à enlever à la lumière toute action sur la couche sensible.
Rarement les verres jaunes du commerce arrêtent complètement les rayons chimiques de la lumière, on doit donc presque toujours coller une ou deux épaisseurs de papier de
même couleur sur les fenêtres d’un laboratoire exposées au soleil, pour éviter les voiles; le mieux est encore de remplacer le papier ou le verre jaune par du papier ou des feuilles de gélatine collodionnées anti-actinique préparé à la chrysoïdine, dont il sera parlé au chapitre des collodions secs.
Lorsque le voile présente un aspect argenté sous la couche du collodion, il est dû au mauvais nettoyage de la glace.
Un bain neuf, lorsqu’il est alcalin, donne des épreuves voilées; dans ce cas, il est facile d’ajouter quelques gouttes d’acide azotique ou acétique cristallisable.
Lorsque le bain d’argent contient des matières organiques, il présente un aspect rosé et forme un dépôt d’argent sur les parois du flacon ; pour le remettre en bon état, il suffira souvent de le rendre alcalin, puis de le faire bouillir dans une capsule en porcelaine; après filtration, on y ajoutera quelques gouttes d’acide azotique chimiquement pur, jusqu’à ce qu’il rougisse le papier bleu de tournesol.
L’eau distillée du commerce contient très-souvent des matières organiques en suspension, surtout lorsqu’elle provient des machinés à vapeur; aussi n’est-il pas rare de voir les solutions argentiques faites avec cette eau noircir promptement lorsqu’elles sont exposées aux rayons du soleil. Ces matières organiques qui feraient voiler l’image seront éliminées par un bon filtrage après que le bain aura reçu une insolation de quelques jours.
Un négatif trop peu posé et développé longuement au fer et à l’argent se voile presque toujours, surtout si les lavages après chaque opération ne sont pas faits avec soin.
Par les grandes chaleurs, les épreuves ayant une plus grande tendance à se voiler, on devra augmenter la proportion d’acide dans le révélateur, et ne pas préparer cette solution trop longtemps à l’avance; dans tous les cas, on fera bien de rafraîchir le bain d’argent et le collodion en les plaçant dans un vase contenant de l’eau fraîche additionnée au besoin d’un peu de glace.
Enfin, lorsque la lumière frappe sur les verres de l’objectif, soit directement, soit par réflexion, l’image sera solarisée partiellement et en grande partie recouverte d’un voile gris ;
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pour obvier à cet inconvénient, on placera en avant de l’objectif un cône dont l’intérieur sera noirci.
Pointillés, taches noires ou blanches sur la plaque. — Les pointillés à jour, les taclies opaques, noires ou blanches, proviennent le plus souvent de la poussière ou du tripoli qui a servi au nettoyage de la glace, et qui n’a pas été enlevé avec assez de soin avant de verser le collodion. Ces impuretés, qui restent aitfacliées aux bords rodés de la glace, s’attachent à la surface de la couche iodurée lorsqu’on la retire de la cuvette. Cette couche est alors, après le développement, criblée de trous à jour.
Si on opère dans une atmosphère où voltige de la poussière, ou si la chambre noire en contient, elle vient se fixer sur la couche de collodion, et forme des pointillés noirs.
Le goulot des flacons à collodion mal nettoyé laisse, lorsqu’on verse le liquide sur la glace, échapper des pellicules desséchées, qui forment sous la couche iodùrée des taches opaques et épaisses.
Lorsque le bain d’argent est resté dans la cuvette, en repos, la nuit par exemple, il se forme généralement à sa surface une poussière de petits cristaux d’iodo-nitrate ou d’argent réduit qui s’attachent aux premières glaces immergées, et y produisent des taches, des veines et des pointillés de tout genre.
Si le collodion a été employé trop tôt après sa sensibilisation, et que les iodures et bromures, mal reposés, viennent se mêler avec la couche, l’épreuve sera entièrement criblée d’un pointillé à jour, dû à la dissolution dans l’eau des bains des cristaux d’iodure et de bromure.
Une trop faible quantité d’acide acétique dans l’agent révélateur, ou une mauvaise qualité de cet acide, occasionne parfois aussi des pointillés et des taches noires.
L’image est également criblée de trous lorsqu’on a attendu trop longtemps entre la sensibilisation et le développement, par suite de la concentration du nitrate, qui se cristallise sur la couche et se trouve ensuite entraîné pendant les lavages. Ce cas se présente le plus souvent lorsqu’on fait des repro-
ducUous qui demandent un temps de pose considérable ; nous conseillons alors d’opérer sur collodion recouvert d’un préservateur, comme il est indiqué plus loin. Parles grandes chaleurs surtout, ce procédé sera trouvé excellent et d’une manipulation facile ; les épreuves auront également plus de vigueur et d’harmonie .
25 ou 30 grammes de sucre candi ajoutés dans 1 litre de bain d’argent permettent à la plaque sensible de se conserver beaucoup plus longtemps en bon état avant le développement. En humectant les parois intérieures de la chambre noire avec une éponge fine trempée dans l’éther sulfurique au moment de l’opération, on peut prolonger le temps d’exposition sans crainte de réductions.
Lorsqu’une image est criblée de petits trous à jour se produisant pendant le développement ou après le renforcement et le fixage, on doit le plus souvent attribuer ces accidents à la présence d’un excès d’iodure d’argent qui se combine dans un vieux bain avec le nitrate, et forme de l’iodo-nitrate, dont une partie est réduite et chassée par le révélateur et les lavages; car si le bain sensibilisateur est déjà appauvri et saturé d’iodure d’argent, par suite de l’immersion d’un grand nombre de glaces, la couche étant trop mince pour retenir tout l’iodure qui s’y forme, une partie de ce sel, se séparant en grains très-fms, viendra ensuite adhérera la surface pendant l’exposition à la lumière; ces grains s’impressionnant à la place de la couche insolée, la laisseront à nu, et par conséquent transparente partout où ils auront adhéré, lorsqu’ils seront entraînés par le révélateur versé sur la plaque et par les lavages qu’elle aura à subir ; cette quantité innombrable de petits trous se produira alors en autant de points noirs sur l’image positive. Il est facile de remédier à ces accidents, soit en employant un collodion moins chargé d’iodure, qu’il suffît de couper avec un peu de collodion normal, soit en précipitant l’excès d’iodure d’argent contenu dans le bain, en y ajoutant de l’eau distillée, et en le rétablissant au titre voulu par une addition de nitrate lorsqu’il aura été filtré et clarifié. (Voyez page 146).
Pour les mêmes causes que nous venons d’expliquer, il
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se produirait des piqûres transparentes sur le cliclié si on employait pour le renforçage un vieux bain contenant de l’iodure.
Une des causes principales d’accidents fréquents est la concentration trop grande des solutions employées, et une ioduration trop forte des collodions ; on doit éviter les réactions trop brusques et la grande rapidité des opérations, qui ont toujours lieu aux dépens de la finesse des détails de l’image.
On évitera la plupart des accidents de ce genre en filtrant fréquemment les bains, et en évitant les poussières qui viennent s’attacher à la plaque sensible ; on aura donc soin que les châssis soient parfaitement propres et que l’intérieur des chambres noires soit épousseté fréquemment, ainsi que les étagères du laboratoire.
Marbrures, traînées, taches, etc., etc. — Les
traînées du haut en bas de la plaque, formant des lignes ou des points huileux, se produisent lorsqu’on retire trop tôt la glace du bain d’argent. Les marques du même genre, mais dessinées d’une manière plus nette, sont souvent occasionnées par un révélateur dans lequel il y trop peu d’alcool et d’acide et qui ne se combine pas parfaitement avec la couche sensible, ou qui n’a pas été étendu rapidement et d’un seul trait sur la surface; on peut, dans ce cas, ajouter un peu d’alcool et d’acide au réactif pour faciliter son extension. Les lignes, bien tranchées, transparentes, formant tulle, doivent être attribuées à un temps d’arrêt, lors de l’immersion de la glace collodionnée dans le bain sensibilisateur ou à des parties non baignées complètement dans le bain.
Les taches en forme de larmes à bords transparents et un peu indécis proviennent de la mauvaise qualité de l’alcool ou de l’éther employés pour le collodion, qui contient alors une trop grande quantité d’eau; la même cause produit également des stries et des mailles. Nous rappellerons à ce sujet que la densité de l’éther doit être au moins de 62 degrés à l’aréomètre Cartier, et celle de l’alcool de 40 degrés pour être dans de bonnes conditions.
Les flacons destinés à contenir le collodion devront être rincés à l’alcool.
Les traînées blanches ou noires en forme de comète, à partir d’un des coins de la plaque, proviennent de la saleté des châssis ; on devra alors les nettoyer avec soin, les faire sécher, et leur donner une couche de vernis avec de la gomme laque dissoute dans l’alcool.
La couche de collodion se détache. — Quelquefois la couche d’iodure d’argent se détache de la glace sous l’action du réducteur ou des lavages, laissant le collodion seul adhérent. Alors, ou le collodion contient une quantité trop considérable d’iodures et de bromures, ou le bain, déjà trop vieux, est devenu trop faible en argent pour donner une couche suffisamment solide. Le remède est facile, puisqu’on peut toujours augmenter la quantité d’argent dans les bains, et diminuer la proportion des liqueurs sensibilisatrices dans le collodion, ou l’additionner d’une certaine quantité de collodion normal non sensibilisé.
La couche entière se détache lorsque la glace était humide ou sale, quand le collodion était trop sec lors de la mise au bain, et partiellement dans l’angle tenu par la main gauche, si on n’a pas eu le soin de placer un buvard entre le verre et les doigts. Lorsque le collodion est trop vieux ou trop neuf, ou bien encore quand il est trop mince ou trop épais, il est peu adhérent à la glace ; on doit alors prendre des précautions pendant le développement et le fixage, et surtout ne pas laisser tomber l’eau de trop haut pendant les différents lavages, surtout si les glaces ne sont pas rodées.
Quelques cotons azotiques de mauvaise qualité produisent des collodions qui n’ont ni consistance ni adhérence ; dans ce cas, il est préférable de les changer; pour les autres inconvénients signalés plus haut, il suffit de les énoncer pour en connaître le remède.
La non-adhérence de la couche de collodion, ou son exfoliation lors du séchage, proviennent d’un mauvais nettoyage des glaces, il est facile de s’assurer de cela en regardant l’envers de l’image, qui, après le fixage, présentera des réduc-
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lions brillantes et métalliques si c’est à cette cause que la non-adhérence ou rexfoliation doivent être attribuées. On pourra souvent sauver un cliché obtenu dans ces conditions, en le gommant pendant qu’il est encore humide.
S’il se produisait des taches rondes disséminées dans la couche pendant la sensibilisation, ce serait un indice que le collodion contient une trop grande quantité d’iodure, ou un excès d’iode libre : un bain d’argent trop concentré peut également produire les mêmes accidents. Dans le premier cas, on ajoutera du collodion normal au collodion sensibilisé ; dans le second, on réduira la force du bain d’argent, en ajoutant un peu d’eau distillée.
Un collodion trop épais donne généralement des couches marbrées et ridées sur toute la surface ; si ces marbrures sont seulement partielles et coniques à partir du bas de la plaque, elles proviennent d’une immersion trop prompte de la glace dans le bain sensibilisateur, et parce que l’évaporation de l’excès d’éther n’a pu avoir lieu. Dans le premier cas, on réduira la densité du collodion en ajoutant de l’éther et de l’alcool ; dans le second, on laissera un intervalle plus grand avant de mettre au bain : les collodions alcooliques demandent surtout un temps assez long avant la mise au bain, sans quoi ils peuvent se détacher et glisser sur le verre.
Une couche moutonnée et ridée est causée par un étendage imparfait du collodion sur la glace, les mouvements saccadés et irréguliers provenant du mianque d’habitude de l’opérateur ou d’un défaut d’attention de sa part; le remède, comme on voit, est facile, puisqu’il s’agit seulement d’un peu de pratique ou d’attention.
Un coton azotique blanc à longues fibres fait à très-basse température, produit un collodion qui s’étend difficilement et dont la trame manque de finesse ; par une température élevée, ce collodion donne des couches qui ressemblent par places aux mailles d’un filet ou au tulle.
Un mauvais étendage du collodion peut encore fournir une couche dont l’intensité et la sensibilité ne seront pas uniformes, par suite de l’évaporation trop considérable de l’éther à l’une des extrémités de la glace ; la partie qui a
trop séché avant l’immersion dans le bain reste alors beaucoup plus transparente que l’autre après la sensibilisation, et l’image qui résulte, manquant d’intensité dans ces parties, n’est plus régulière.
L’humidité de la glace avant le collodionnage, lorsqu’on emploie un collodion trop épais, produit des épreuves couvertes de lignes dites vermicelle. Comme c’est en hiver surtout que ce fait se produit, on fera légèrement chauffer les glaces, au moment de s’en servir, pour en chasser l’humidité.
Épreuves faibles, uniformes et grises. — Lorsque le temps de pose a été exagéré, l’image se développe avec une grande rapidité, mais il n’y a plus aucune opposition entre les blancs et les noirs, et l’épreuve reste faible, maigre et uniformé; le même effet se produit lorsque le collodion est trop bromuré ou alcalin et le bain d’argent trop acide.
Lorsque le révélateur contient trop peu d’acide ou qu’il est maintenu longtemps sur la plaque, surtout après une pose trop prolongée, les blancs de l’image deviennent gris et le cliché manque de vigueur.
Épreuves dures et heurtées sans demi-teintes.
— Le manque de pose ou un éclairage trop vif d’un côté du modèle, surtout si les couleurs ont un grand contraste, produisent des épreuves dures et heurtées ; le manque de bromure dans le collodion, ou un collodion trop vieux, un bain d’argent trop faible, un révélateur trop concentré ou contenant trop d’acide, ont le même inconvénient. Les glaces qui restent trop peu de temps dans le bain d’argent donnent des images dures, le contraire a lieu lorsque la plaque séjourne trop longtemps dans ce bain.
Certains collodions faits avec du coton azotique préparé à haute température donnent des images dures et heurtées ; dans ce cas, il n’y a d’autre remède qu’un changement de coton pour la fabrication du collodion.
Gomme nous avons indiqué aux chapitres des collodions, des bains d’argent et des révélateurs, les conditions les plus favorables pour leur emploi et les précautions à prendre
ACCIDENTS SUR LES CLICTTÉS
pour éviter la plupart des accidents susceptibles de se produire pendant les opérations, nous renverrons le lecteur à ces indications.
Précautions à prendre pour la manipulation des substances chimiques dont on se sert en photographie. — Observations générales pour prévenir les accidents qui peuvent se présenter dans le cours des opérations. — En photographie, les plus grandes précautions doivent être prises pour l’emploi des différentes substances chimiques dont on fait usage; les unes sont éminemment combustibles et explosibles, les autres sont des poisons violents contre lesquels on ne peut trop se tenir en garde.
La combinaison des acides et du nitrate de potasse pour la fabrication du coton-poudre laisse échapper des vapeurs rousses très-délétères ; aussi faut-il avoir le soin de placer le vase dans lequel on opère sous le manteau d’une cheminée tirant bien.
Lorsque le coton azotique est sec, évitez de l’approcher du feu, car il est explosible h une température de 130 degrés Réaumur, tandis que la poudre ordinaire ne prend feu qu'à 130 degrés. Le coton-poudre, maintenu longtemps et comprimé dans des flacons ou des boîtes qui en contiennent une certaine quantité, peut faire explosion spontanément; il est donc prudent de le renfermer, sans être pressé, dans des boîtes en carton percées de petits trous de distance en distance, et de le conserver dans un endroit sec et à une température moyenne.
Lorsqu’on se sert d’éther et d’alcool, comme ces matières sont très-inflammables, il faut avoir soin de se tenir éloigné de la lumière ou du feu. Cette précaution ne fait même pas disparaître tout danger, car l’inflammation peut avoir lieu à une certaine distance, à raison des vapeurs qui se dégagent et qui peuvent prendre feu.
Le cyanure de potassium, que l’on emploie pour Axer les épreuves et pour enlever les taches de nitrage d’argent qui noircissent les mains, est un des poisons les plus violents.
non-seulement par absorption lorsqu’il est en dissolution, mais encore à raison des sapeurs d’acide cyanhydrique qui se dégagent de cette substance. On doit donc éviter autant que possible de respirer ces vapeurs : pour cela, il faut se servir d’une solution très-faible, et encore dans une pièce bien aérée ; on évitera avec le plus grand soin de se nettoyer les mains avec ce toxique, si elles étaient gercées ou coupées en quelque endroit, car il pourrait résulter de graves accidents, la mort même, par suite de son absorption.
Une dissolution d’iode dans l’alcool enlève parfaitement les taches de nitrate d’argent sans dangerpour la santé ; mais il faut terminer par un lavage abondant dans un bain concentré d’hyposulfîte de soude.
L’hypochlorite de soude remplit le même but et nettoie parfaitement les taches de nitrate d’argent sur la peau aussi bien que sur le linge; le seul inconvénient que présente ce produit inoffensif est son odeur d’eau de javelle très-prononcée.
Évitez donc autant que possible de vous noircir les mains avec le nitrate d’argent, afin d’avoir à employer le moins possible le cyanure de potassium ; on y arrive en se servant de doigtiers en caoutchouc.
L’antidote le plus efficace à employer en cas d’empoisonnement, et celui qui se trouve toujours sous la main des opérateurs, est le proto-sulfate de fer en solution non acî- (luléc; on devra l’appliquer immédiatement, car les effets de ce poison sont très-rapides : l’eau de javelle est également un bon antidote du cyanure de potassium.
Précautions. — 1. — Ayez toujours soin de boucher les flacons contenant les liqueurs eh usage, afin d’éviter la poussière et l’évaporation ; ne découvrez les bains d’argent que pendant l’introduction de la plaque.
Employez de préférence les cuvettes en verre ou en porcelaine pour les bains négatifs.
2. — Lavez-vous les mains dans l’eau pure, après avoir développé chaque épreuve, sans quoi la suivante pourra être tachée, et peut-être le bain détérioré.
ACCIDENTS SUR LES CLICHÉS
3. — Le châssis qui reçoit les glaces au sortir du bain d’argent doit être séché et essuyé après chaque épreuve, si l’on veut éviter les taches et les comètes aux coins des plaques suivantes.
4. — Lavez souvent les bouteilles contenant la solution révélatrice et les cuvettes à bains d’argent.
5. — Évitez de vous servir de savon pour vous laver les mains pendant les opérations, et assurez-vous que les serviettes qui servent à vous essuyer ne contiennent aucune substance et ne servent à aucun usage capable de produire une décomposition dans les bains en s’attachant aux mains.
G. — Enlevez avec soin les pellicules de collodion qui se forment au goulot des flacons en usage.
7. — Observez la plus scrupuleuse propreté dans la manipulation de tous les produits en usage pour la photographie; que chaque flacon soit étiqueté avec soin, afin d’éviter la confusion dans le laboratoire.
8. — Décantez chaque soir, dans de petits flacons, une quantité suffisante de collodion pour l’usage du lendemain ; si le collodion était trop épais, ajoutez un peu d’éther, d’alcool et de liqueur sensibilisatrice avant de le décanter : il aura ainsi le temps de se reposer.
9. — Évitez avec soin de remuer le collodion ou le vernis. Le collodion, lorsqu’il a été troublé, demande plusieurs heures de repos avant de pouvoir donner de bons résultats, car les corpuscules qu’il peut tenir en suspension et les bulles d’air produisent toujours des taches, soit opaques, soit transparentes.
Assurez-vous avant de faire le collodion que l’éther marque G2® Baumé et l’alcool 40®, et qu’ils ne sont pas acides; ces produits doivent être conservés dans des flacons bien bouchés et tenus au frais.
10. — Maintenez avec soin les bains d’argent, les solutions révélatrices, et les collodions à une température moyenne.
11. — Faites sécher la moiteur des glaces en hiver, et rafraîchissez-les en été.