CHAPITRE XIV
Procédé pour obtenir des négatifs agrandis, d’après des clichés de petite dimension, au moyen d’un positif par transparence fait par contact au collodion chlcrure d’argent sur verre opale, ou au charbon. — Autre procédé pour obtenir de grands clichés, soit au collodion humide ou sec, soit au charbon, produisant des images positives ne nécessitant aucune retouche.
Tous ceux qui font de la photographie savent combien la question d’optique laisse à désirer lorsqu’il s’agit de faire des portraits dépassant le format de la carte ou de la cartealbum. La longueur du foyer qui nécessite un temps déposé extrêmement long, surtout en hiver, permet rarement d’obtenir de grands portraits directs possédant la netteté et la finesse de ceux dont la dimension ne dépasse pas le format carte de visite.
D’autre part, les agrandissements par la chambre solaire, qui ont rendu de très-grands services, sont bien souvent insuffisants , et dans tous les cas extrêmement dispendieux par suite de la retouche sans laquelle ils sont inacceptables, surtout lorsqu’on a à produire un certain nombre d’exemplaires.
Pour obvier à cet inconvénient, nous allons décrire successivement plusieurs procédés qui permettent de produire des clichés agrandis, au moyen desquels on pourra imprimer un nombre illimité d’épreuves aussi parfaites que possible, ne nécessitant dans tous les cas qu’une retouche de peu d’importance.
Dans la deuxième édition de cet ouvrage, nous avons indiqué un procédé très-simple qui consiste à faire sur verre opale un positif par transparence, que l’on agrandit ensuite à la chambre noire. Nous allons mettre de nouveau sous les yeux de nos lecteurs ce procédé avant de décrire ceux qui
consistent à employer soit un positif au charbon, fait par contact avec le petit négatif, soit un positif par transparence agrandi, fait aux sels d’argent et retouché, que l’on transforme ensuite en clichés plus grands ou de même dimension ; ces clichés peuvent se faire au collodion humide ou sec ou au charbon.
Tous ces procédés sont d’une grande facilité d’exécution, ainsi qu’on pourra s’en convaincre; ils demandent seulement des soins et de la propreté dans les opérations.
La partie essentielle pour les trois procédés est l’obtention du positif par transparence, d’où dépend en grande partie la beauté des épreuves; aussi devra-t-on apporter tous ses soins à sa bonne exécution.
Épreuve positive par transparence sur verre opale. — Le moyen que nous employons pour donner aux clichés agrandis la douceur et le moelleux que n’ont pas d’habitude les agrandissements faits par une autre méthode, à moins d’employer la retouche, très-longue et très-dispendieuse sur de grandes surfaces, est l’interposition d’une couche opaline entre la lumière extérieure et Timage positive destinée à être agrandie.
Tous ceux qui ont fait des épreuves imprimées sur verre opale ont pu remarquer combien elles sont plus douces et plus harmonieuses, vues par transparence, que celles obtenues sur glaces ordinaires, même lorsqu’on les applique derrière un verre dépoli. C’est cette observation qui nous a amené à employer le verre opale comme support pour l’obtention des positifs destinés aux agrandissements.
Plusieurs essais nous ont prouvé l’excellence du principe, mais nous ont en même temps démontré les défauts des verres opalins qu’on trouve dans le commerce, défauts qui rendent impossible leur emploi pour ce genre de travail, si on ne leur fait subir la transformation que nous avons indiquée au fabricant (1).
(1) La maison Demaria, 177, faubourg Saint-Martin, à Paris, fabrique d’après nos indications des verres opales spécialement destinés aux agrandissements d’après notre système.
Le verre opale du commerce, dont on se sert pour le tirage ordinaire des épreuves positives devant être vues par rétlexion, est dépoli sur le coté opalin, tandis que le coté opposé, bien que poli, est rempli d’aspérités que l’on peut remarquer en le regardant au jour frisant; ces aspérités, presque imperceptibles, traversent néanmoins la couche opaline et se traduisent en taches noires vagues et moutonneirses, mais d’autant plus grandes que le cliché agrandi est plus développé.
Le dépoli du verre sur lequel se fait la préparation produit également un grenu fâcheux qui gâte la finesse de l’image et enlève aux noirs le velouté et la profondeur qu’on obtient généralement lorsqu’on opère d’après nature.
Pour obvier à ces inconvénients, nous avons fait fabriquer du verre opale repoli du côté opalin, et finement douei du côté opposé; par ce moyen, les aspérités du verre disparaissent pour faire place à un verre dépoli qui tamise la lumière avant qu’elle n’arrive sur la couche opaline, transformée elle-même en une surface polie comme une glace, sur laquelle se fait la préparation que nous allons décrire pour obtenir l’image destinée à être agrandie.
On devra rejeter toutes les glaees dont la planimétrie ne serait pas parfaite, ou qui présenteraient des défauts de nuances visibles par transparence.
Préparation du collodion chlorure d’argent.
On prépare séparément les solutions suivantes :
Î Éther sulfurique 200 c. c.
Alcool à 40 degrés 100 —
Coton azotique 5 grammes.
Après un repos de quelques jours, on décante la partie claire.
t Alcool à 36 degrés 23 c. c.
’ I Chlorure de magnésium 0 g. 7o.
Le chlorure de magnésium est mis dans un mortier en
verre et broyé finement pour faciliter la dissolution qui sera ensuite filtrée.
S Alcool à 40 degrés 20 c. c.
Nitrate d’argent 4 grammes.
Eau distillée 10 c. c.
Le nitrate d’argent est pulvérisé, puis dissous dans l’eau distillée; on ajoute l’alcool, puis on filtre.
1 Alcool à 40 degrés 18 c. c.
D. < Acide citrique 0 g. 50.
( Eau bouillante 2 1/2 c. c.
On fait dissoudre l’acide citrique dans l’eau bouillante, on pjoute l’alcool et l’on filtre.
Pour préparer le collodion, versez la solution B dans la solution A; agitez fortement, puis ajoutez la solution G. Bouchez le flacon et secouez pendant quelques minutes; enfin, ajoutez la solution d’acide citrique D. Agitez de nouveau, et laissez reposer pendant huit ou dix jours. Ce collodion, ainsi préparé, s’améliore en vieillissant, mais il faut le tenir à l’abri de la lumière et dans un flacon en verre jaune.
Préparez, d’autre part, une solution de gélatine, ainsi qu’il suit :
Eau filtrée 1 litre.
Gélatine blanche 25 grammes.
Chlorure de strontiane 2 —
La gélatine est mise à gonfler pendant une heure ou deux dans l’eau froide, puis dissoute par une chaleur douce, on ajoute le chlorure de strontiane et on filtre sur papier.
Cette solution doit être versée chaude sur le côté poli du verre opale, chauffé lui-même au-dessus d’une lampe à alcool, de façon que la couche qui reste à la surface soit aussi mince que possible.
Cette solution se verse comme le collodion ; elle a l’avantage sur l’albumine, recommandée par quelques auteurs, d’être plus facile à étendre et de donner une couche exemple de fibrines presque impossibles à éviter avec ce procédé. Les
résultats obtenus par agrandissements sont alors plus faciles et plus propres.
Les glaces sont placées verticalement sur des doubles de buvard appuyés contre la muraille du laboratoire et abandonnées pendant vingt-quatre heures au moins à la dessiccation, en ayant soin de maintenir la température à 15 ou 20 degrés centigrades.
On peut préparer une certaine quantité de ces glaces qui se conservent indélîniment et qu’on garde dans des boîtes à rainures, pour être employées selon les besoins.
Lorsqu’on veut faire un positif par transparence, on prend une de ces glaces, bien sèche, et on verse avec une extrême lenteur le collodion chloruré décrit plus haut, sur le côté gélatiné, afin d’obtenir une couche aussi épaisse que possible. On laisse sécher spontanément, à l’abri de la poussière et de la lumière.
Quand la gla'ce est rigoureusement sèche, avant de l’exposer
la glace est glissée dans une des rainures, à 8 ou 10 centimètres au-dessus, et soumise, pendant 4 ou 5 minutes, à ces vapeurs, puis laissée à l’air pendant 10 à 15 minutes, à l’abri de la lumière. Elle est alors séchée avec soin audessus d’une lampe à alcool, puis placée dans le châssispresse contre le négatif à copier. On emploie pour ce tirage un châssis spécial que nous indiquons fig. 43.
Ce châssis, par sa construction, permet de suivre les progrès de l’impression, sans déranger le cliché A, qui est maintenu dans son cadre contre la glace, au moyen du ressort D.
FiG. 43. — Cbàssis à pompe, spécial pour le tirage des positives sur verre opale.
SOUS le négatif, on doit la soumettre aux vapeurs ammoniacales afin d’éviter la solarisation ; pour cela on se sert d’une boîte à glaces, dont les rainures sont placées horizontalement ; on met dans le fond une petite capsule contenant 15 ou 20 grammes de carbonate d’ammoniaque pulvérisé ;
D’autre part, lorsqu’on ne veut pas couper un cliché sur lequel se trouvent plusieurs images, on fait ajuster au châssis une plaque de tôle B un peu plus mince que le verre opale G; à cette plaque on fait enlever un coin de la dimension de l’épreuve positive, qui se trouve alors maintenue d’une façon rigide par le ressort E. La partie inférieure de ce châssis étant à pompe, l’image se trouve toujours en contact parfait avec le cliché par la pression du ressort.
L’impression doit être très-vigoureuse pour obtenir les demi-teintes; car, outre qu’elle perdra beaucoup de son intensité dans les bains de virage et de fixage, l’image vue par transparence au travers la couche opaline n’a jamais la même vigueur que vue directement par réflexion.
Le temps d’exposition est un peu plus long que celui du papier albuminé.
L’image imprimée à la vigueur voulue, on la lave à l’eau ordinaire, puis on la place dans une cuvette plate contenant l’un ou l’autre des deux bains de virage que nous indiquons.
Virage u<> 1.
ÎEau distillée 1 litre.
Siilfocyanure d’ammonium 40 grammes.
Hyposulfite de soude 3 —
^ 1 Eau distillée 1 litre.
î Chlorure d’or neutre 1 gramme.
Avant de s’en servir, on mêle les deux solutions, par parties égales, en quantité suffisante pour couvrir la glace qui est placée au fond de la cuvette.
Virage S.
Ëau distillée 2 litres.
Acétate de soude cristallisé 20 grammes.
Chlorure de sodium 30 centigrammes.
— , de chaux. 23 —
— d’or neutre. . 1 gramme.
Pour avoir des négatifs vigoureux, le ton du virage doit tirer plutôt sur le rouge que sur le violet, ce qu’on obtient très-bien en prenant un peu plus de la liqueur A que de la
AGRANDISSEMENTS PAR GLICIIÉS
liqiieurB, lorsqu’on se sert du virage n*" 1. On peut, du reste, varier à volonté le ton de l’image en laissant agir le virage plus ou moins, ce qui est préoieux pour ce genre de travail ; car on sait que la lumière traversant plus facilement l’épreuve violette que celle teintée en brun, le grand négatif qui résultera d’une épreuve transparente rouge sépia sera plus vigoureux que celui obtenu au moyen d’une épreuve positive violette. On pourra donc, par ce moyen, obtenir un grand négatif très-doux d’après un petit cliché dur et heurté, et vice versa (1).
Lorsque l’image a atteint le ton désiré, on la fixe en la plongeant, pendant 5 ou G minutes, dans une cuvette contenant une solution d’hyposulfîte de soude à 8 p. 100.
Les épreuves positives obtenues sont d’une finesse, d’une douceur et d’une transparence admirables; aussi les grands clichés qui en résultent ont-ils toutes les qualités des petits négatifs qui ont servi à la reproduction, sans en avoir la sécheresse et les défauts, qui sont en grande partie corrigés par l’opalescence du verre ; c’est pourquoi la retouche devient à peu près inutile.
On peut faire le cliché agrandi dans le laboratoire en employant pour cela une chambre noire ordinaire de petite dimension, qui sert à porter l’objectif et le positif par transparence, ainsi qu’il sera expliqué plus loin pour les autres procédés d’agrandissement, ou employer l’appareil spécial indiqué fig. 44 qui se place indifféremment dans une chambre quelconque, en appliquant le verre dépoli A contre le carreau d’une fenêtre ; si on se sert de cet appareil, le positif par transparence, terminé comme nous venons de l’indiquer, est
(1) On peut encore modifier notablement la teinte de l’épreuve en changeant le chlorure qui entre dans la fabrication du collodion.
Ainsi, en employant le chlorure de magnésium, le ton de l’épreuve sera gris bleuâtre; avec le chlorure calcique, on obtiendra des tons beaucoup plus noirs; le chlorure de cadmium produit un noir violet; le chlorure de strontiane donne un ton sépia; enfin le chlorure de lithium se reconnaît par la teinte rosée des épreuves.
On voit qu’il suffit de faire l’émulsion avec l’un des chlorures désignés cidessus pour varier la gamme des tons, en raison de la valeur du négatif à reproduire et de l’effet qu’on veut obtenir.
placé la tête en bas dans le porte-cliché B. Sur la planchette I) est adapté un objectif aplanétique ou de toute autre forme, d’un foyer en rapport avec la dimension de l’épreuve positive par transparence, qui recevra la lumière diffuse par le verre dépoli A. L'image agrandie se produira sur la glace dépolie KLM N, d’autant plus grande que cette glace se trouvera plus éloignée de l’objectif amplifiant D. Lorsque l’image se dessine parfaitement nette sur le verre dépoli, on fixe solidement, en serrant les boutons R N.
Le verre dépoli est alors remplacé par une glace sensible, préparée dans les conditions ordinaires, au collodion humide, puis développé, fixé et verni.
Production du grand négatif.
Fig. 44. — Appareil pour faire les clichés agrandis d’après des positives par transparence de petites dimensions.
On peut augmenter la douceur des épreuves positives résultant de ces clichés en appliquant au dos du négatif, avant le tirage, une couche de vernis granulaire décrit page 207.
En raison de la transparence admirable et de la finesse des images produites parle collodion chlorure d’argent, on pourra également employer ce procédé avec beaucoup d’avantage pour les épreuves stéréoscopiques sur verre.
Clichés agrandis aux sels d’argent ou au charbon, d’après un petit négatif, au moyen d’un positif par transparence fait au collodion humide de dimension variable, selon le résultat désiré. — Du matériel et de l’organisation de l’atelier. — Le matériel employé pour faire des clichés agrandis par le procédé que uous allons décrire, ne diffère en rien de celui dont on se sert dans tous les ateliers de photographie; aucun appareil spécial, aucune chambre noire de grande dimension n’est nécessaire, tout est simple et par conséquent économique.
Toutes les opérations se font dans une chambre-laboratoire assez spacieuse pour pouvoir travailler à l’aise. Ce laboratoire, éclairé du côté nord par deux fenêtres dont les carreaux transparents sont remplacés par des verres ou du papier jaune, est garni de chaque côté de larges tables et de tablettes, d’un bassin conique en bois, garni de zinc ou de plomb intérieurement, destiné au développement, dont la dimension est d’environ 1"^25 de côté, sur une profondeur de 0"'70, avec un tuyau de dégagement au centre pour conduire les eaux à l’extérieur, et une tige en fer ayant comme longueur la moitié du diamètre de la cuvette, dont l’extrémité est garnie d’un manchon en caoutchouc sur lequel la plaque est posée pendant le développement; cette tige, encastrée au moyen d’une douille à Tun des angles de la cuvette, peut tourner horizontalement; à côté se trouve un réservoir à eau muni d’un tuyau à genouillère en col de cygne, avec pomme d’arrosoir, pour le lavage des clichés, le tout placé près d’une des deux fenêtres, dont la lumière jaune peut être masquée, lorsque cela est nécessaire, au moyen de stores en étoffe noire qui se lèvent et s’abaissent à volonté en s’enroulant sur des tringles placées à la partie supérieure du châssis.
Les opérations de l’agrandissement se font en prenant la lumière par la seconde fenêtre; pour cela, on conserve un carreau transparent ou dépoli en face duquel on adapte, à la partie extérieure de la fenêtre, une glace de 40 X 00 centimètres, que Tou peut faire mouvoir verticalement en l’élevant ou l’abaissant à volonté, et qui sert de réflecteur, pour
augmenter l’éclairage de l’épreuve négative ou positive, destinée à être amplifiée; il suffit de prendre un miroir ordinaire, monté dans un cadre en bois, et de fixer deux pitons à l’une de ses extrémités ; deux autres pitons sont vissés dans le bois de la fenêtre à la partie inférieure, et on passe dans le tout une tringle en fer sur laquelle le réflecteur peut basculer à volonté, au moyen d’une corde que l’on attache à l’autre extrémité du miroir, et qui communique à l’intérieur du laboratoire par un trou placé à la partie supérieure de la fenêtre.
Le carreau transparent ou dépoli en face de ce réflecteur est occupé entièrement , pendant l’opération , par une chambre noire à soufflet d’une dimension proportionnée aux agrandissements que l’on veut faire; cette chambre est montée sur un pied d’atelier quelconque, qui forme tout le matériel nécessaire pour faire ce travail ; la partie arrière de la chambre noire, garnie d’un châssis avec intermédiaires 1/2 et 1/4 de plaque, qui servent de support pour les clichés à grandir, est tournée, pendant l’opération, du côté de la fenêtre, et rapprochée autant que possible du carreau, pour intercepter toute lumière autour, pendant l’opération. L’avant de la chambre, regardant l’intérieur du laboratoire, est muni d’un bon objectif 1/2 plaque ou d’un aplanétique d’un foyer en rapport avec la dimension de l’image négative ou positive à amplifier, monté à crémaillère pour faciliter la mise au point rigoureuse.
Le matériel se complète par un chevalet vertical à reproduire avec vis calante à l’im des pieds, dont la tablette peut s’élever à volonté au moyen d’une vis sans fin; sur cette tablette on place une sorte de boîte longue et étroite, faite en zinc, garnie de verre à l’intérieur, qui sert de récipient pour le liquide s’écoulant des plaques sensibles lorsqu’elles sortent des bains d’argent; cette boîte, de 80 centimètres de longueur environ sur 8 centimètres de largeur et 5 de hauteur, dont l’une des extrémités est garnie, à la partie inférieure, d’un tuyau d’écoulement qui permet au liquide argentique de tomber dans un vase pour être recueilli, doit être munie, à l’intérieur, de deux supports à rainures en
gutta-percha, sur lesquelles ou pose la partie inférieure de la glace sensible pendant rcxposilion, la partie supérieure étant maintenue verticalement, ou légèrement inclinée si cela est nécessaire, par la presse en bois à vis, qui glisse sur la tige centrale du chevalet qui, elle-même, est également garnie de rainures.
Comme on opère sur des glaces de dimensions plus ou moins grandes, on doit avoir des cuvettes horizontales proportionnées à la dimension de ces glaces pour la sensibilisation et le fixage, des flacons pour collodion à très-large ouverture et d’une capacité de 500 c. c. environ, des éprouvettes pouvant contenir un litre de bain révélateur; en un mot tout le matériel que l’on emploie dans un atelier photographique disposé pour faire de grands clichés.
On aura une série de glaces de toutes dimensions recouvertes de papier blanc, pour servir à la mise au point et pour déterminer la grandeur exacte de l’épreuve à reproduire et la position que devra occuper la glace sensible, lors de son exposition.
Opérations pour obtenir une positive par transparence agrandie d’après un petit négatif. — Selon le résultat désiré, le positif par transparence peut être fait soit moitié, soit de même grandeur ou plus grand que le négatif agrandi que l’on désire, mais le plus souvent, pour le travail ordinaire, lorsque ce grand négatif devra être fait au collodion humide et non au charbon par contact, il sera plus avantageux de faire l’agrandissement en deux parties, c’est-à-dire que le transparent sera à peu près moitié de la dimension du grand cliché à obtenir.
Pour cela, on place le petit cliché dans le porte-glaces de la chambre noire, le collodion en dehors, si on veut obtenir en dernier lieu un grand négatif au charbon pouvant donner une image définitive redressée en opérant par double transport, ou par les sels d’argent: le petit cliché serait, au contraire, tourné le collodion en dedans, si l’on devait imprimer au charbon par transport simple, ou si on voulait faire un grand négatif au collodion humide ou sec.
2i8 LA PHOTOGRAPHIE EN AMÉRIQUE
On règle alors la dimension de l’épreuve en reculant plus ou moins le chevalet portant la glace-écran sur laquelle on met au point, le réflecteur est placé à un angle convenable, pour que l’image soit régulièrement éclairée dans toutes ses parties, puis on prépare une glace au collodion humide, qui, une fois sensibilisée, est mise à la place exacte qu’occupait la glace-écran sur le chevalet; l’objeclif est découvert, et l’image, projetée par la lentille amplifiante, s’imprime plus ou moins rapidement, selon l’actinisme de la lumière, l’intensité du cliché, le diaphragme de l’objectif, etc. Le temps d’exposition peut donc varier de 10 à 30 minutes, mais il devra toujours être assez prolongé pour que l’image, vue par transparence, soit parfaitement détaillée et que les moindres demi-teintes soient apparentes, car, s’il en était autrement, le négatif serait dur et heurté; c’est pourquoi il est préférable de dépasser le temps de pose que de rester en dessous.
Par expérience nous pouvons affirmer que le grand secret pour la réussite des agrandissements est dans le mode de faire le positif transparent, quelque soit d’ailleurs le procédé employé, car, si ce transparent n’est pas fait dans les conditions qui conviennent à ce genre de travail tout spécial, le résultat final est toujours mauvais ou médiocre. En général, il est peu d’opérateurs qui donnent une exposition suffisamment longue au positif, à moins qu’ils ne l’aient vu pratiquer, et presque tous restent en deçà du développement.
Le révélateur employé pour faire le positif transparent au collodion humide doit être plus faible en fer et plus fort en acide que pour le développement des clichés négatifs ; l’image viendra donc plus lentement sous son action, mais le réactif sera maintenu jusqu’à ce que tous les détails semblent enterrés et qu’aucune trace d’image ne se montre plus à la surface; c'est à ce point du développement que, vue par réflection, l’image entière sera recouverte d’un dépôt d’argent grisâtre et que les grandes lumières seules seront visibles, tandis qu’en regardant par transparence tous les détails et les demi-teintes les plus délicates apparaîtront; on peut alors laver, fixer et relaver de nouveau. On remarquera que.
traité ainsi, le transparent manque de profondeur et de brillant ; pour lui donner la vigueur voulue il faut le virer de ton. Pour cela on emploie une solution de biclilorure de mercure à 3 pour 100 d’eau que l’on maintient à la surface jusqu’à ce que la couleur gris bleu du transparent se change en une teinte plus chaude dans les ombres, en ayant soin de ne pas verser la solution deux fois à la même place. Il peut être alors lavé, séché, et gommé ou verni selon qu’on veut retoucher sur gomme ou sur vernis, pour lui faire subir toutes les corrections qu’on jugera convenable avant défaire le grand cliché qui, lui, ne nécessitera plus aucune retouche importante.
Un boncollodion négatif sensibilisé dans un bain d’argent à 7 ou 8 pour 100 convient parfaitement pour faire le positif par transparence agrandi ; quant au révélateur, il se compose de :
Eau distillée 1 litre.
Sulfate de fer ammoniacal 40 grammes.
— de cuivre 10 —
Acide acétique cristallisable 60 c. c.
Alcool méthylique 3:) —
— à 36 degrés 30 —
Il est peu de clichés obtenus dans le travail courant, même ceux qui sont faits directement, qui puissent produire de bonnes épreuves positives sur lesquelles la retouche ne soit pas nécessaire, lorsqu’ils n’ont pas été soigneusement retouchés eux-mêmes; à plus forte raison ce travail est-il indispensable quand on opère par agrandissement ; on comprendra donc qu’il soit plus avantageux de retoucher le positif transparent d’une dimension égale ou moitié moindre que le négatif lui-même, d’abord parce que cela est plus facile puisque le travail consiste plutôt à repiquer des points dont les effets peuvent être vus à chaque touche, ensuite, parce que ce positif terminé, on pourra faire autant de clichés qu’on voudra qui tous auront la même valeur, et seront exempts de retouche, ce qui est précieux pour les éditions importantes.
Il est toujours préférable de faire le transparent agrandi d’après un petit cliché original non g*ctoiiché lorsque cela est possible, car le travail est alors beaucoup moins important et plus correct.
Ayant fait sur le positif transparent le travail de retouche et les corrections que l’on juge nécessaire, il reste à exécuter le cliché négatif, que l’on peut obtenir de plusieurs façons. Si ce cliché doit être plus grand que l’image transparente, on place celle-ci dans le porte-glace qui est devant la fenêtre, au lieu et place qu’occupait le petit cliché original, on met cette image au foyer sur une glace-écran de la dimension que l’on veut donner au négatif, et on opère au collodion humide comme à l’ordinaire, avec cette différence que pour obtenir le positif transparent d’après le petit cliché original on emploie un très-petit diaphragme dans l’objectif amplifiant, tandis que pour le grand cliché d’après l’image transparente, on peut laisser rouverture beaucoup plus grande pour abréger le temps de pose, qui peut varier de 30 secondes à 2 minutes. Une exposition complète et un développement rapide donneront les meilleurs résultats en employant un réactif plus concentré en sulfate de fer et moins acidifié que celui indiqué plus haut pour le développement du transparent ; le cliché mis en valeur par un renforcement convenable s’il 3^ a lieu est fixé, lavé, séché et verni comme à l’ordinaire; si l’opération a été bien faite, le cliché, aussi bien que l’impression qui en résultera, ne nécessiteront d’autre retouche que le repiquage des points blancs occasionnés par les grains de poussière ou autres petits accidents inévitables dans les manipulations de grandes plaques.
Chez les personnes âgées, les rides du visage et les pores de la peau sont “généralement trop marqués sur le négatif agrandi, lorsqu’avec intention surtout, on n’a pas voulu pousser trop loin la retouche du positif par transparence ; dans ce cas on peut adoucir ce défaut sur l’image imprimée en interposant une feuille de gélatine d’épaisseur variable entre le papier sensible et le cliché lors de l’insolation. Si le négatif était trop uniforme d’éclairage on pourrait donner plus d’effet en collant au dos sur toute la surface une feuille
de papier végétal ou minéral, sur lequel ou rehausserait les grandes lumières au moyen d’une estompe chargée de plombagine.
Cliché au charbon. — Dans la description qui vient d'être faite plus haut, nous avons supposé que l’agrandissement définitif devait être fait en deux fois, ainsi que cela se pratique le plus souvent par ce procédé ; il peut arriver cependant que l’on veuille faire le grand cliché de la même dimension que le positif par transparence obtenu du petit cliché original, dans ce cas le grand négatif peut être fait au charbon ainsi que nous allons l’indiquer.
Le positif par transparence terminé, verni et retouché ainsi qu’il a été dit précédemment, est bordé tout autour avec une bande de papier noir ou jaune d’environ un centimètre de largeur, puis exposé dans un châssis-presse en contact avec une feuille de papier mixtionné sensible.
Pour l’obtention du cliché au charbon, on choisira de préférence un papier mixtionné très-chargé en matières colorantes, afin d’avoir plus d’intensité dans les noirs, et le temps d’exposition devra être calculé au photomètre, de façon que les moindres demi-teintes soient bien marquées, sans cependant que les parties transparentes se trouvent voilées.
Le développement se fait sur verre collodionné, mais non ciré, absolument comme cela est décrit dans la partie de cet ouvrage qui traite de la photographie au charbon ; après avoir fixé par l’alun et lavé en dernier lieu, l’image est abandonnée à la dessiccation, puis renforcée avec une dissolution de permanganate de potasse, ainsi que nous l’expliquons en détail, page 257. Il suffit alors de placer ce cliché dans un châssis-presse avec une feuille de papier sensibilisé, soit aux sels d’argent, soit aux sels de chrome, pour obtenir une bonne épreuve positive que l’on monte et que l’on retouche comme à l’ordinaire, si on le juge convenable.
Dans certains cas, si l’image négative au charbon était beaucoup trop faible pour donner une bonne épreuve positive, même après l’intensification par le permanganate de
potasse, on pourrait, d’après le grand positif par transparence, imprimer une image négative sur une feuille de papier très-mince au chlorure d’argent, qui serait fixée sans être virée, puis on la collerait au dos du cliché au charbon pendant qu’elle est encore humide, en passant un peu de gomme forte sur les bords du papier, qui sera tendu comme une peau de tambour après dessiccation; il va sans dire que les deux images doivent se trouver superposées d’une façon exacte, pour que les lignes ne se trouvent pas doublées lors du tirage de l’épreuve positive.
Si l’intensité était alors trop grande, il suffirait de rendre le papier transparent avec un mélange par parties égales de baume du Canada et de blanc de baleine mêlé à la cire vierge, étendu au dos avec un fer chaud. Les clichés, traités ainsi, ont une grande harmonie et possèdent toutes les qualités des négatifs sur papier, sans en avoir les défauts.
La combinaison des deux clichés superposés permet d’en modifier la valeur ; ainsi, lorsque le négatif au charbon manque de détails par suite d’une exposition trop courte, on aura soin que le cliché-papier soit surexposé; quand, au contraire, le premier négatif est uniforme et gris, on lui donnera une plus grande valeur en le doublant d’un cliché-papier très-faible, de façon que les noirs soient très-transparents.
Pour les clichés agrandis provenant de reproductions de cartes, on aura soin que le cliché-papier soit faiblement exposé sous le positif, mais on pourra teinter le fonds et les grands noirs par la lumière au sortir du châssis afin d’atténuer le grain du papier, et ce cliché, ainsi obtenu, sera fixé cette fois sur le côté de fimage du négatif au charbon au lieu d’être placé du côté opposé; mais, dans ce cas, la juxtaposition devra être aussi exacte que possible pour éviter que les lignes soient doublées.
Lorsque ce travail est fait avec soin, il abrège de beaucoup la retouche du cliché et celle de f épreuve positive sur papier.
Agrandissement par cliché avec retouche artificielle sur papier minéral, procédé de M. Lambert. — Le procédé de M. Lambert, que nous allons décrire.
diffère du précédent, aussi bien dans l’exéculion du positif par transparence que dans celle du cliché agrandi, qui doit être aussi léger et transparent que possible pour permettre une retouche spéciale sur le papier translucide que l’on place de chaque côté.
Le petit cliché original (non retouché autant que possible) est bordé de papier noir ou jaune et placé dans un châssispresse avec un morceau de papier au charbon, très-chargé en matière colorante de même dimension, puis exposé à la lumière (1). L’impression doit^être beaucoup plus vigoureuse que pour les images destinées à être transportées sur papier, afin que les moindres demi -teintes soient parfaitement accusées lorsqu'on regarde l’épreuve par transparence; le temps de pose sera donc le double environ de celui nécessité pour les autres images.
Au sortir du châssis, celte image est appliquée sur une glace non cirée et développée, ainsi qu’il est indiqué au chapitre qui traite spécialement des impressions par les sels de chrome.
S’il existait quelques points transparents, on les reboucherait avant de faire le grand cliché, pour éviter d’avoir à gratter les points noirs opaques qui se produiraient.
Comme le matériel et le mode de travail senties mêmes que pour le procédé que nous avons décrit plus haut, l’imago positive par transparence qui vient d’être laite au charbon par contact, et, par conséquent, de la même dimension que le petit cliché original, est placée dans le porte-cliché de la chambre noire, le côté de la gélatine en dehors pour redresser l’image, et l’on procède à l’opération du grand cliché au collodion humide.
Quelques recommandations sont ici nécessaires. Lorsqu’on a à travailler sur des glaces de grandes dimensions, on doit employer un collodion très-fluide afin d’éviter les mouton-
(1) On fabrique loul spécialement pour ce travail un papier inixtionné dont la matière colorante se compose uniquement d’encre de Chine dont la dissolution se liltre parfaitement sur papier, ce qui permet d’obtenir des positifs transparents d’une pureté beaucoup plus grande que quand on emploie un papier au charbon contenant des couleurs minérales dont les grains sont toujours visibles, quelque bien broyées qu’elles soient.
nages et les stries; un bon collodion ordinaire, auquel ou ajoute un peu d’éiher et d’alcool et uu tiers environ de trèsvieux collodion devenu impropre au travail de l’atelier par suite de son manque de corps et de sensibilité, convient parfaitement.
Un bain d’argent à 7 p. 100 est suffisamment concentré.
Le collodionnage doit se faire du côté bombé du verre afin que le papier minéral, dont on aura à se servir ultérieurement pour la retouche, s’applique parfaitement contre l’image; cette application, qui semble très-difficile à première vue lorsqu’on a à opérer sur de très-grandes surfaces, devient très-difficile si la glace est posée par son centre sur une sorte de pivot, une bouteille par exemple, qui la soutient et permet de lui donner l’inclinaison nécessaire pour l’étendage et l’écoulement du collodion dans un vase à large ouverture.
Le temps d’exposition varie de quinze secondes à dix minutes, selon l’intensité de la lumière, la nature de l’objectif employé, l’ouverture des diaphragmes, et aussi de la dimension de l’image amplifiée; mais on doit toujours donner un petit excès de pose, afin que les noirs soient bien fouillés et que l’ensemble du cliché soit plutôt gris que heurté.
Lorsqu’on juge le temps d’exposition suffisant, la plaque est posée sur le pivot placé au milieu de la cuvette à développement, et on la couvre d’un seul coup du révélateur indiqué formule n® 3, page 158; quand tous les détails de l’image sont parfaitement venus, on lave avec soin, puis on fixe, sans jamais renforcer, dans une cuvette remplie d’une dissolution d’hyposulfite de soude à 25 p. 100, et on termine par un lavage abondant. Le cliché ainsi traité est abandonné à la dessiccation sans être gommé ni verni.
S’il existait de grandes taches opaques sur l’image négative, on les gratterait avec la pointe d’un canif pour laisser le verre transparent dans ces endroits; ainsi préparé, onpro^ cède à l’application du papier pelure minéral, voir page 219, sur lequel se font les retouches et le renforçage artificiel de l’épreuve, renforcée déjà en partie par les deux doubles de ce papier.
AGRANDISSEMENTS PAR GLIOHÉS -00
Lorsqu'on sera ramiliarisé avec les opérations que nous venons de décrire, on en reconnaîtra la facilité d’exécution et surtout l’économie, Dans certaines contrées, où il est sinon impossible, du moins très -difficile et dispendieux de se procurer ‘les artistes nécessaires pour exécuter les relouclies, sans lesquelles les grandes photographies ne sont plus acceptables aujourd'hui, on comprendra tous les avantages de ces procédés, qui permettront en même temps de mettre les grands portraits à la portée de tous.
Ces mêmes procédés d’agrandissement et de retouche peuvent s’appliquer à la reproduction agrandie des paysages dont on n’a qu’un petit cliché.
D’après les descriptions que nous venons de donner, on comprendra qu'il devient plus facile et moins coûteux de faire, par ce procédé, tous les portraits qui dépassent la grandeur 18X24 ou 21X^7 centimètres, surtout pendant les jours sombres d’hiver, alors qu’il est presque impossible d’obtenir de bons clichés de grandes dimensions, par suite du manque de lumière.
Multiplication des négatifs au moyen d’une épreuve positive par transparence. — Dans bien des cas, la multiplication des clichés devient indispensable pour produire en peu de temps un grand nombre d’épreuves ayant toutes la même valeur; on obtiendra facilement ce résultat de deux façons : en employant le collodion chlorure d’argent dont il a été parlé précédemment, car il traduit la finesse du cliehé original dans ses moindres détails, et surtout par le procédé au charbon dont les résultats ne sont pas moins bons. Il suffira même de retoueher un seul cliché sur lequel on fera ensuite une épreuve positive par transparence, pour reconstituer autant de négatifs qu’on le voudra, qui 1 tous seront aussi parfaits que le négatif original.
! Si on emploie le collodion chlorure, l’impression de l’é- ; preuve positive sur glace transparente, aussi bien que celle I des négatifs, se fait dans un châssis-presse ordinaire, en i ayant soin de placer derrière une feuille de papier noir.
On peut suivre les progrès de l’impression avec la plus
grande facilité sans avoir besoin de séparer les deux plaques, puisque la transparence du verre permet d’observer l’image par derrière en soulevant le coussin de papier qui est sous la planchette brisée du châssis.
Ce travail est d’une grande facilité d’exécution elles résultats sont aussi sûrs que rapides.
Par ce moyen, tous les négatifs résultant du cliché retouché deviennent exempts de retouche, ce qui présente une notable économie de temps et d’argent. On peut, en outre, selon le ton qu’on donne au positif par transparence, changer en l’améliorant la nature du premier cliché.
Le second moyen non moins bon de reproduire un cliché original précieux, qu’on ne veut pas exposer aux chances d’un grand tirage, et dont cependant on veut obtenir un grand nombre d’épreuves ayant toutes la même valeur est, comme nous l’avons dit, l’emploi du procédé au charbon, dont nous parlerons dans la troisième partie de cet ouvrage ; les négatifs obtenus par ce procédé peuvent être appliqués sur glaces ou laissés à l’état pelliculaire, ce qui permet, dans ce dernier cas, de les imprimer soit d’un côté, soit de'hautre, et d’en conserver un grand nombre dans un simple cahier de papier buvard.
Multiplication des clichés par le procédé' au charbon. — Quand on veut obtenir des clichés dans le même sens que le négatif type, on procède comme il sera expliqué dans le chapitre traitant du procédé au charbon, pour produire un positif par transparence. Le négatif est bordé, tout autour, avec du papier noir ou jaune, puis exposé dans un châssis-presse avec un morceau de papier mixtionné peu chargé en gélatine, de manière à éviter les épaisseurs, mais contenant une proportion importante de matière colorante rouge parfaitement broyée et filtrée.
On devra employer, pour ce travail, un papier au charbon préparé spécialement, car, si la mixtion contenait peu de matières colorantes, l’image manquerait d’intensité; si, au contraire, elle était trop chargée en. couleur, l’épreuve serait plus vigoureuse, mais aussi elle manquerait de finesse.
La sensibilisation de la mixtion colorée se tait de la même manière que pour le travail ordinaire ; mais au sortir du bain de bichromate, le papier au charbon est posé à plat sur un verre poli bien propre, la mixtion au contact avec le verre sur lequel on la lait adhérer en passant au dos la raclette en caoutchouc; après cinq minutes d’application, on détache la feuille de la glace et on la met à sécher. Cette opération a pour but de donner à la couche sensible une surface plus fine et plus plane avant l’impression sous le cliché.
Le temps d'exposition varie, naturellement, selon l’intensité du cliché et de la lumière, mais il doit être poussé assez loin pour que tous les détails du dessin soient parfaitement imprimés et que l’image, vue par transparence, donne une excellente positive lorsqu’on la regarde derrière un verre dépoli. Par approximation, on peut calculer que l’insolation doit être au moins double de ce qu’elle serait pour une image destinée à être transportée sur papier.
Le développement se fait, comme il sera indiqué plus loin, sur glace collodionnée, mais sans qu’il soit nécessaire de la cirer; après dessiccation, celte épreuve positive, que l’on peut retoucher si on le juge convenable, est exposée à la lumière, en contact avec une nouvelle feuille de papier mixtionné, semblable à la précédente; mais, alors, le temps d’exposition doit être beaucoup plus court que dans la première opération, afin que le négatif qui en résultera possède des noirs transparents et des blancs vigoureux, car il ne sera réellement bon qu’autant qu’il aura les effets du cliché original, non comme teinte, mais comme harmonie. Une simple opération servira, mieux que toutes les descriptions, à fixer définitivement l’opérateur sur ce point.
Le négatif obtenu, il se trouve très-rarement à sa valeur, à moins qu’il ne soit le résultat d’une positive très-dure obtenue aux sels d’argent ; généralement, au contraire, le négatif est gris d’effet et de torce ; pour lui donner l’intensité voulue, on se sert d’un bain composé de :
Eau ordinaire 25Û c. c.
Permanganate de potasse 2 grammes.
Ce liquide, filtré ou non, est mis dans une cuvette plate avec le cliclié à intensifier, qui, en peu d’instants, eliange de teinte en virant au jaune orange plus ou moins foncé, selon la quantité de permanganate contenue dans la solution.
Cette opération peut se faire en pleine lumière, et un cliché traité ainsi prendra, en peu d’instants, une teinte antiphotogénique qui lui donnera toute l’intensité qu’on pourra désirer; l’opération sera terminée par un bon lavage à l’eau froide.
Dans certains cas faciles à juger, la positive elle-même pourra être renforcée avec le même bain de virage avant l’impression du négatif ; mais il est généralement préférable d’employer un positif détaillé et harmonieux, et de renforcer le cliché.
On doit surveiller avec soin l’action du permanganate, qui agit assez rapidement sur la gélatine.
Gomme on a la faculté de renouveler cette opération autant de fois qu’on le juge convenable, il vaut mieux arrêter l’action du renforçage trop tôt que trop tard, pour ne pas avoir un cliché dur et heurté.
< Le permanganate de potasse ayant la propriété de rendre la gélatine complètement insoluble, il est inutile de fixer à l’alun ; mais , si le cliché devait tirer un grand nombre d’épreuves positives, on pourrait le vernir.
Les clichés résultant de cette méthode, possèdent toute la finesse du négatif original, et s’impressionnent beaucoup plus rapidement que les négatifs aux sels d’argent.
On peut encore renforcer convenablement les clichés obtenus sur gélatine au moyen de la solution suivante :
S^olution 11® 1.
Eau chaude 1 litre.
Acide gallique. 30 grammes.
iSolution n° 3*
Sulfate de fer
Acide acétique
Eau ordinaire
40 grammes.
1 litre.
L’aeide gallique étant peu soluble dans l’eau froide, le
liquide doit être chauffé jusqu’à dissolution complète de l’acide; au moment de s’en servir, on plonge l’épreuve à renforcer dans une cuvette contenant une quantité suffisante de la solution ferrique pour la recouvrir, puis, après un instant d’immersion, on lave et on recouvre le cliché de la solution d’acide gallique ; on peut alterner ainsi jusqu’à intensité suffisante.
Si on veut obtenir, par ce procédé, des clichés rcfouniéiiî pour être tirés au charbon par transport simple, l’opération du positif sera la même que précédemment, mais le développement se fera sur une glace transparente collodionnée et eîrée; puis, aussitôt après le dépouillement de l’image, et alors qu’elle est encore humide, on la recouvrira de deux ou trois couches successives de gélatine tiède à 10 ®/o. Lorsque la gélatine a fait prise, on plonge la plaque pendant quelques minutes dans un bain d’alun à 5 »/o, puis on abandonne à la dessiccation et on recouvre, en dernier lieu, d’une couche de collodion normal.
La pellicule est alors détachée de son support en passant une pointe de canif tout autour, et il suffît, pour obtenir des clichés négatifs, de procéder comme il a été expliqué précédemment, en ayant soin de mettre le papier mixtionné en contact avec le côté du positif qui était adhérent à la glace lorsqu’on l’expose à la lumière dans un châssis.
On aura donc, dans ce cas, un positif par transparence pelliculaire qui pourra servir à faire des clichés négatifs, soit à l’endroit, soit à l’envers.
Multiplication des clichés par le collodion humide en employant une positive au charbon.
— Les deux méthodes que nous venons d’indiquer trouveront dans bien des cas une utile application ; mais il en est une troisième dont nous conseillons plus spécialement l’emploi, car elle permet d’obtenir, avec la même facilité, des clichés retournés ou redressés, dont la finesse et la valeur négative ne laissent rien à désirer, tout en permettant de modifier la dimension primitive du négatif original, en le diminuant ou en l’augmentant dans une petite proportion ;
2ü0 • LA PHOTOGRAPHIE EN AMÉRIQUE
on obtiendra même, par ce moyen, des clichés agrandis aussi parfaits que possible.
Pour cela, le positif par transparence au charbon résultant du cliché à reproduire, est mis en contact avec un verre opale ou dépoli, et placé à la partie antérieure d’une chambre noire que l’on braque sur une fenêtre ; on dirige alors un objectif par le côté opposé, en ayant soin que la lumière ne puisse pas pénétrer autrement que par l’image transparente, et on fait un cliché au collodion humide à la façon ordinaire, qui sera dans le sens du négatif original si la pellicule du positif se trouve tournée en dehors, et sera retourné si au contraire elle regarde l’objectif pendant l’opération.
On pourra modifier la valeur du cliché original et le rendre plus ou moins doux ou vigoureux, selon que le positif par transparence sera plus ou moins posé et possédera plus ou moins de détails; comme on peut renforcer ces clichés à volonté, il sera toujours facile de leur donner l’intensité désirée.
En opérant avec soin, on obtiendra souvent, par ce procédé, des clichés meilleurs que le négatif original.
L’application du verre opale au dos de l’image positive a pour effet de donner plus de douceur et d’harmonie au cliché, mais aussi il enlève une grande quantité de lumière, ce qui oblige à un temps de pose assez long; on pourra donc le supprimer lorsqu’il fait sombre ou que le positif est uniforme de tons ; dans ce cas, un verre dépoli placé devant la fenêtre, à quelque distance du négatif, suffira pour diffuser la lumière.