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CHAPITRE XV

COLLODION SEC ET COLLODIONS PRÉSERVÉS NOUVEAU PROCÉDÉ AUX ÉMULSIONS SÈCHES

Notions générales. — Appareil spécial pour opérer avec les plaques sèches. — Le collodion. — Nettoyage des glaces. — Procédés au miel à l’oxymel, procédés au lait solidifié, au malt , à la gélatine et à la morphine. — Procédé au tannin. — Révélateur acide. — Révélateur alcalin. — Collodion sec rapide de Brebisson. — Collodion sec rapide à la dextrine gonunée. — Procédés au collodion albuminé. — Collodion au café sucré. — Collodion sec au tabac gommé, à la cire et à la colophane. — Collodion sec résineux. — Procédé spécial de M. Boivin. — Procédé négatif sur albumine. — Collodion sec rapide au bromure d’argent pur. — Emulsions au bromure d’argent. — Procédé Chardon.

Ce qui malheureusemeiil limite la production des paysages animés, si nous pouvons nous exprimer ainsi, c’est l’embarras d’une lente et de tout le matériel énorme indispensable pour opérer sur collodion humide en voyage', surtout si l’on veut reproduire des vues d’une grande dimension. Depuis longtemps les photographes cherchent un moyen de s’affranchir de tout cet embarras. Une foule de formules ont été proposées, beaucoup d’entre elles donnent des résultats excellents; mais, outre les difficultés plus ou moins grandes que présente l’emploi des collodions secs ou recouverts d’une liqueur préservatrice, le temps de pose le plus rapide pour ces procédés dépasse de beaucoup celui que nécessite le collodion humide, et par conséquent n’en permet l’usage que pour les monuments, ou pour produire la nature inanimée.

Pour qu’un collodion conserve sa sensibilité, il faut que l’iodure d’argent qui se forme dans le bain sensibilisateur soit mélangé à une certaine quantité de nitrate du même métal ; or,. si la glace, au sortir du bain, reste trop longtemps

avant d’être impressionnée et développée, l’eau qui tenait le nitrate en solution s’écoule et sèche ; il se forme alors, à la surface de la couche, des cristaux de nitrate d’argent qui rendent l’opération impossible.

Quelques auteurs ont proposé de laver la glace après la sensibilisation, et de la débarrasser ainsi de tout nitrate libre dont la cristallisation crible la couche de cette multitude de trous qui détruisent l’image ; mais alors elle perd toute sensibilité, et les épreuves qu’on obtient sont généralement grises et sans vigueur. Ce n’est donc pas le moyen d’atteindre le but proposé, et seul jusqu’à présent le collodion humide, employé dans de bonnes conditions, peut le remplir.

Depuis quelque temps le procédé aux émulsions sèches dont nous parlerons plus loin a fait de rapides progrès, grâce aux persévérantes recherches d’hommes dévoués au nouvel art, aussi les résultats obtenus sont-ils satisfaisants à tous les points de vue, et il est probable que dans un avenir trèsprochain il remplacera avantageusement toutes les autres préparations sèches et humides, mais la rapidité seule laisse encore à désirer aussi bien avec ce procédé qu’avec les autres procédés secs.

Le meilleur procédé connu jusqu’à ce jour comme collodion sec proprement dit, est celui qui consiste à recouvrir la couche sensible au sortir du bain d’argent d’une substance gommeuse, sirupeuse, tannique, gélatineuse ou albuminoïde en solution ; employées pour préserver cetle couche de la dessiccation, ces solutions, qui varient selon l’opérateur, conservent une certaine sensibilité à la couche d’iodure d’argent en la maintenant dans un état d’humidité relatif. Néanmoins le temps de pose est toujours quatre ou cinq fois plus considérable qu’il ne le serait avec un bon collodion humide, dans les mêmes conditions de lumière.

Quelques photographes emploient également des matières résineuses qu’ils ajoutent au collodion lui-même, afin de pouvoir opérer à sec.

De ces procédés, qui tous ont plus ou moins d’analogie entre eux, nous donnerons ceux dont l’exécution pratique est la plus facile, les résultats les plus constants et les plus

certains, tout en conservant une sensibilité au moins égale à tous ceux dont la manipulation demande des soins tellement minutieux qu’ils n’offrent qu’incertitude et déception. Nous citerons, en tête de ces derniers, le procédé Taupenot, dont les résultats, d’une grande finesse il est vrai, ne compensent pas les difficultés qu’on rencontre dans son exécution, et les insuccès trop fréquents, conséquence de ces difficultés ; aussi, beaucoup d’opérateurs font-ils abandonné pour revenir à ceux beaucoup plus élémentaires et plus simples, qui consistent à maintenir fliumidité delà couche sensible par l’application d’une liqueur sirupeuse, tannique ou gommeuse qui, en modifiant la structure de la pellicule du collodion, empêche les mollécules d’argent d’être isolées les unes des autres, et permet l’action des réactifs.

Ces procédés sont ceux que nous avons toujours employés avec le plus de succès et auxquels nous sommes revenu après avoir expérimenté les uns après les autres tous ceux proposés par les novateurs, dont cependant nous donnerons un certain nombre de formules, pour que nos lecteurs puissent se convaincre par leur propre expérience de la vérité de nos assertions.

Nous poserons comme principe général que, à peu d’exceptions près, l’emploi du collodion sec ne nécessite presque jamais des glaces préparées des années et même des mois à l’avance ; quelques semaines ou même quelques journées suffisent, neuf fois sur dix, pour fexécution complète des opérations en campagne.

Il est toujours préférable, quel que soit le procédé qu’on emploie, de ne préparer les glaces que peu de temps avant de s’en servir, les épreuves seront plus vigoureuses et les résultats plus certains.

On nous objectera peut-être qu’il est embarrassant, lorsqu’on part pour une longue excursion photographique, de se charger de tout le bagage nécessaire pour la préparation des plaques et le développement des clichés, et qu’il serait alors aussi avantageux d’opérer sur collodion humide ; à cela nous répondrons, que qui veut la fin veut les moyens, et que malheureusement la photographie a ses difficultés et ses incon-

vénienls auxquels il faut se soumettre, si l’on veut plus tard jouir de la satisfaction d’avoir produit une belle épreuve; quant à opérer sur collodion humide, il n’est pas possible de le faire dans tous les cas, en raison des difficultés qu’on éprouve souvent à préparer les glaces sur le terrain au moment même où il faut s’en servir. On peut donc, lorsqu’on a l’intention de faire un voyage, emporter le matériel nécessaire pour le travail qu’on se propose, et dans chaque endroit où on voudra prendre des vues, il sera facile d’organiser un laboratoire dans lequel on préparera, la veille au soir; toutes les glaces nécessaires pour le travail de la journée ; on les développera le soir en rentrant.

On évitera ainsi une foule de déceptions et on arrivera certainement à des résultats satisfaisants.

On s’occupe depuis quelque temps de remplacer le verre, qui est lourd et fragile, par un tissu sensible capable de produire de bons clichés pendant les excursions lointaines. Un Anglais, M. Warnerke, qui le premier a imaginé ce genre de support extrêmement portatif et léger, prépare sa pellicule transparente avec du collodion normal à l’huile de ricin appliqué sur une feuille de papier enduite de caoutchouc dissous dans la benzine, qu’il sensibilise par une dernière couche de collodion bromo-ioduré, ou avec une émulsion à la gélatine. L’emploi de ce tissu est des plus commodes, car il suffit pour Tutiliser de coller les bords sur une glace unique qui sert pour maintenir la planimétrie du papier pendant l’exposition successive de tous les clichés. Lors du développement on enlève la pellicule du papier qui servait de support, et on l’applique sur une glace mouillée pour lui faire subir toutes les opérations du développement, du renforçage et du fixage; le cliché obtenu est alors pelliculaire et peut s’imprimer indifféremment des deux côtés.

Appareil spécial pour opérer avec les plaques sèches (1). — Quel que soit du reste le mode d’opérer qu’on

(1) L’inventeur et constructeur de ce laboratoire de voyage est M. Jonte, ébéniste pour la photographie, 120, rue Lafayette; c’est le même qui construit également le laboratoire américain pour opérer en campagne sur collodion humide, et l’appareil panoramique de M. Brandon.

adoptera, nous allons donner la description d’un appareillaboratoire aussi ingénieux cpie commode pour l’emploi du collodion sec en campagne; cet appareil, peu volumineux et très-léger, permet d’emporter douze glaces sensibilisées, ce qui est grandement suffisant pour le travail d’une journée. Il réduit donc à sa plus simple expression le bagage du photographe excursionniste, puisque le poids total, avec douze

Fiû. 45. — Appareil-Laboratoire poiir changer les plaques sèches pendant les opérations en campagne.

glaces de 15X20 centimètres n’excède pas 5 kilog. 1/2; il peut se porter très-facilement sur le dos avec des brettelles, ou à la main comme une boîte de couleurs.

La fig. 45 pourra donner une idée de sa construction, bien

qu’il soit difficile de se rendre compte du mécanisme qui est à l’intérieur.

Cet appareil se compose d’une boîte à double fond dont les dimensions ne dépassent pas 35 centimètres de haut sur 24 de large et 10 d’épaisseur, pour opérer sur glaces de 15 X 21; il présente une très-grande facilité dans les opérations et remplace avec beaucoup d’avantages la boîte à escamoter dont beaucoup d’amateurs faisaient usage.

Le haut est la chambre noire, le bas la boîte à glaces complètement fermée à la lumière, renfermant douze glaces préparées. Le tout se visse sur un pied-canne qui peut en même temps servir de bâton de voyage. Au moment d’opérer, une planchette s’abat sur le devant et forme une tablette horizontale supportée par des équerres, qui permet de donner à la chambre noire tout le développement nécessaire^ selon le foyer de l’objectif employé.

Quand on a mis au point, la glace dépolie est ramenée d’un demi-centimètre en arrière environ, et deux crémaillères que l’on élève remontent juste au foyer la glace sensible qu’elles ont accrochée dans la boîte du dessous. Chaque foîs qu’une glace monte ainsi, un numéroteur indique extérieurement le numéro d’ordre qu’elle occupait dans la boîte inférieure.

On peut sauter plusieurs numéros, si on a des glaces de préparations différentes à employer, sans qu’il s’établisse jamais de confusion, grâce à ce numéroteur.

Après le temps de pose nécessaire, on rentre les deux crémaillères qui remettent dans la case la glace impressionnée, et au moyen d’un bouton on fait avancer la chambre sur la boîte à glaces : les crochets abandonnent la première glace pour en prendre une seconde, et ainsi de suite jusqu’à douze. -

Chaque glace est encastrée d’avance dans un petit châssis en bois très-mince et très-léger qui la garantit de tout contact et en facilite les mouvements. Après les opérations, la boîte à glaces est portée dans le laboratoire ; on l’ouvre par le fond pour en retirer celles qui ont été exposées pour les développer, et on les remplace par des nouvelles.

Le collodion. — La nature du collodion, et surtout du coton azotique qui entre dans sa composition, a une trèsgrande importance pour l’emploi à sec.

Le collodion pulvérulent, qui se désagrégé sous le doigt lorsqu’il a été étendu sur une lame de verre, est de beaucoup préférable à celui dont la pellicule s’enlève en feuilles, car il est plus perméable aux liquides que le collodion corné.

Le colon fabriqué à haute température, d’une nature poudreuse, à fibres courtes et d’une couleur jaunâtre, produisant une couche mince et une image intense, donne généralement un bon collodion à structure poreuse pour les procédés secs.

Les vieux collodions sont également préférables aux collodions fraîchement préparés pour la plupart des procédés à sec, parce qu’ils contiennent des matières organiques qui se combinent avantageusement avec l’iodure d’argent lors du développement.

Le nettoyage des glaces. — La propreté des glaces étant d’une importance capitale pour tous les procédés à sec, le plus sûr moyen d’arriver à ce résultat, sans leur faire subir un nettoyage trop minutieux, est de couvrir la surface d’une couche préliminaire d’albumine étendue d’eau, ainsi qu’il est indiqué page 176.

Cette précaution assure, en outre, l’adhérence de la couche de collodion, et l’empêche de se soulever et de se détacher pendant le développement, ainsi que cela arrive fréquemment.

Lorsqu’on ne veut pas employer les couches préalables, on peut, après un nettoyage très-soigné des glaces, en terminer le polissage avec de la poudre de talc que l’on frotte à la surface avec un tampon en peau de chamois, jusqu’à ce qu’il glisse sans résistance; ce moyen, qui sert à faciliter le décollement des images dites émaillées, est également très-bon pour éviter les soulèvements et pour donner . de l’adhérence au collodion dans les procédés secs.

Les glaces doivent être rodées, et on aura la précaution de vernir les bords avec une dissolution de caoutchouc dans la benzine, ou avec du vernis à la gomme laque. M. Franck

indique un autre moyen qui consiste à frotter les bords du verre avec du suif de chandelle, pour arriver au même résultat.

Ceci posé, nous allons faire connaître les principaux procédés de collodion préservés et secs, sans avoir à revenir sur les questions préliminaires qui sont les mêmes pour tous.

Procédé au miel. — La glace, convenablement nettoyée ’ et albuminée, sera recouverte d’une couche de collodion bromo-ioduré, largement éthéré pour être bien adhérent.

La proportion de bromures peut être également augmentée, pour donner plus de rapidité et de détail dans les ombres et dans la verdure.

Après l’étendage du collodion, la glace sera sensibilisée, dans un bain d’azotate d’argent à 8 p. 100 d’eau distillée, acidulé à l’acide acétique cristallisable.

Si les glaces préparées doivent être impressionnées et développées dans les six heures environ qui suivent leur préparation, elles seront égouttées d’abord au sortir du bain d’argent, puis recouvertes immédiatement, sans subir aucun lavage, d’une couche de miel coupé à volume égal d’eau distillée; cette solution préservatrice, préalablement filtrée au travers d’un linge fin, sera étendue sur la couche sensible de la même manière que le collodion; l’excédant, reversé dans un verre gradué, sera conservé pour être additionné à la solution révélatrice. Les glaces ainsi recouvertes de la liqueur préservatrice seront dressées sur l’étagère du laboratoire, la face collodionnée en dessous; en ayant soin d’étendre quelques feuilles de papier buvard sous l’angle inférieur pour faciliter l’écoulement du liquide et éviter les taches; les glaces, séchées à l’abri de la poussière et de la lumière, seront ensuite renfermées dans une boîte à rainures, parfaitement close, pour être emportées sur les lieux où elles devront être impressionnées.

Si on voulait conserver les glaces pendant plusieurs jours, il faudrait, au sortir du bain d’azotate d’argent, les laver avec soin, au moyen d’un filet d’eau distillée ou de pluie.

pour enlever Tazotate d’argent libre qui reste à la surface du collodion, et ne conserver que la couche d’iodure d’argent. Ce lavage devra être fait le plus complètement possible, si l’on veut éviter les taches lors du développement. Après ce lavage, les glaces seront égouttées, puis recouvertes, comme nous l’avons dit plus haut, de la liqueur préservatrice, et abandonnées à la dessiccation.

Les glaces ainsi préparées pourront se conserver pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines, mais leur sensibilité sera moitié moindre environ que celle des glaces qui n’auront pas été lavées au sortir du bain sensibilisateur, et qu’on veut employer quelques heures seulement après leur préparation.

L’exposition à la chambre noire varie selon l’intensité de la lumière, le foyer de l’objectif et l’ouverture du diaphragme. Un paysage bien éclairé, en bonne lumière, exigera, avec un objectif simple, muni d’un diaphragme de 1 centimètre d’ouverture, une pose de deux minutes à deux minutes et demie avec les glaces non lavées ; mais avec celles qui auront été débarrassées de tout nitrate libre par le lavage au sortir du bain d’argent, l’exposition dans les mêmes conditions de lumière demandera environ quatre à cinq minutes.

Au sortir du châssis, la glace impressionnée sera plongée, la face collodionnée en dessus, dans une cuvette horizontale, contenant une solution argentifère à 2 p. 100, non acidulée; on lavera la couche dans ce bain pendant quelques minutes, en imprimant à la cuvette un mouvement de balancement de droite à gauche, puis on retirera la glace, qui sera égouttée d’abord, et on fera apparaître l’image, en la couvrant d’un seul trait avec le révélateur composé de :

Eau distillée üOO grammes.

Acide pyrogallique 2 —

— acétique cristallisable 10 c. c.

Lorsque tous les détails de l’image seront bien venus, on reversera le liquide dans le verre qui le' contenait; on ajoutera à cette solution, pour renforcer l’épreuve, quelques gouttes d’une solution argentifère à 2 p. 100 et une petite

LA PlIOTOGRAnilE EN AMÉRIQUE

quantité du miel qui a servi à couvrir la couche de collodion, et qu’on a dû réserver dans un flacon spécial ; l’épreuve sera de nouveau couverte de cette liqueur, que l’on versera successivement du verre sur la glace et de la glace dans le verre, jusqu’à ce que l’image ait acquis le degré d’intensité nécessaire pour produire un bon cliché. On rejettera alors entièrement le liquide, et l’épreuve, ainsi développée et renforcée, sera lavée avec soin, puis fixée dans une solution saturée d’hyposulfîte de soude. Enfin, après un dernier lavage, on pourra gommer, sécher et vernir, comme à l’ordinaire.

Ce procédé très-simple est d’une réussite infaillible, lorsqu’on apporte les soins nécessaires pour la préparation des glaces. Une propreté scrupuleuse est surtout indispensable pour éviter la poussière qui ferait tache. Néanmoins, les accidents sont beaucoup moins à craindre que lorsqu’on emploie le procédé Taupenot, dont le moindre inconvénient est de produire des ampoules et des taches malheureusement trop fréquentes.

Le procédé au miel que nous venons d’indiquer donne des négatives vigoureuses, douces et harmonieuses; le temps de pose est beaucoup moindre qu’avec l’albumine, et la préparation est infiniment plus facile, plus simple et plus pratique.

Les principales précautions à prendre sont, comme nous l’avons déjà dit : un bon nettoyage des glaces, ce qui est aussi indispensable pour tous les autres procédés, une grande propreté pour éviter la poussière qui tend à se coller aux matières poisseuses; enfin, de crainte que le collodion ne se détache et ne glisse sur la glace pendant les lavages répétés, en laissant pénétrer l'eau sous la couche, on pourra, lorsque l’enduit préservateur sera sec, passer sur les bords de la glace, à l’aide d’un pinceau, une légère couche de vernis blanc; malgré cette précaution, on devra user déménagements pendant le cours des opérations, et ne pas laisser couler l’eau d’une manière trop brusque lors des lavages.

Par une température très-basse, on pourra activer le développement de l’image, en faisant tiédir au bain-marie le bain d’argent à 2 p.' iOO, dans lequel l’épreuve est placée au sortir du châssis, ainsi que le révélateur.

OOLLODION SEC ET CÜLLODIONS PRÉSERVÉS 271

Les manipulatious pour tous les autres procédés étant à j)eu près les mômes, nous indiquerons seulement les formules avec les observations spéciales pour chacune d’elles.

Procédé à Toxymel. — La liqueur préservatrice, que nous nommons oxynicl, se compose de miel coupé d’eau et additionné d’acide acétique ; on la prépare de la manière suivante :

Dans un vase en porcelaine, de la capacité de 1 litre environ, mettez :

Miel pur 400 grammes.

Eau distillée 400 —

CliaufTez le vase au bain-marie et écumez le mélange avec une cuiller, jusqu’à ce qu’il ne se forme plus d’écume blanche ; la liqueur ainsi purifiée, ajoutez 20 centimètres cubes d’acide acétique cristallisable , et continuez à écumer s’il se forme une nouvelle écume ; retirez du feu et laissez refroidir. Cette liqueur s’emploie exactement de la même manière que le miel simplement coupé d’eau, c’est-àdire que la glace, sensibilisée et égouttée, sera recouverte, après ou sans lavage, selon qu’on voudra l’employer immé-» diatement ou la conserver plus longtemps, d’une ou deux couches de cette liqueur préservatrice, puis séchée, exposée, développée et fixée de la manière indiquée précédemment. Ce procédé est un peu plus rapide que celui au miel seul.

Procédé au lait solidifié, de M. Anthony, de New-York. — Mettez dans une capsule :

Lait de vache écrémé dOO c. c.

Sucre blanc 300 grammes.

Faites évaporer jusqu’à siccité, en remuant le liquide avec une baguette en verre; préparez la liqueur préservatrice en faisant dissoudre environ 6 grammes de la poudre de lait qui se trouve au fond de la capsule dans 100 grammes d’eau distillée; au sortir du bain d’argent sensibilisateur, la glace

sera lavée soigneusement, puis recouverte à deux ou trois reprises de la liqueur préservatrice. Après un nouveau lavage, elle sera séchée près d’un feu doux.

Procédez ensuilc de la même manière que pour les procédés au miel ou à l’oxymel.

Les glaces préparées au lait solidifié conservent leur sensibilité très-longtemps ; lorsqu’on omettra le lavage indiqué après la sensibilisation du collodion, le temps de pose n’excédera pas de beaucoup celui qu’on aurait mis avec un collodion humide; mais lorsque la plaque aura été lavée, la pose sera à peu près double.

Les négatives obtenues par ce procédé ont peu d’intensité, mais les détails de l’image ont une grande finesse et beaucoup de douceur.

Procédé au malt. — Le malt, qui n’est autre chose qu’une décoction d’orge germé, donne des résultats excellents employé comme enduit préservateur ; sans vouloir affirmer que la sensibilité sera égale à celle du collodion humide, nous avons constaté, par nos propres expériences, que l’impression est assez rapide, non pour donner des instantanéités, mais pour reproduire la nature animée au milieu d’un paysage bien éclairé; ainsi, nous avons obtenu, avec un objectif simple muni d’un diaphragme de 1 centimètre d’ouverture, des vues en plein soleil en 30 secondes; les détails de rimage ne laissaient rien à désirer, et l’intensité était très-satisfaisante.

On prépare la liqueur préservatrice en faisant d’abord dissoudre 300 grammes de malt non desséché dans un litre d’eau tiède bien pure ou distillée, on remue le mélange pendant un quart d’heure environ, puis on fait bouillir le liquide pendant dix minutes , en le maintenant à une température de -j- 70° ou 12^ centigrades, et en continuant à remuer avec un agitateur en verre; on laisse digérer ensuite pendant une heure, à une température moins élevée, puis on fait refroidir et on filtre sur une toile.

Le liquide ainsi filtré est limpide et d’une belle couleur jaune; on le verse dans un ballon de verre et on ajoute

30 gouttes d’acide acétique; le ballon est mis alors dans un bain-marie, et la température poussée jusqu’à ébullition du liquide; on le retirera du feu, on le laissera refroidir et reposer, après quoi on décantera et on ajoutera 30 centimètres cubes d’alcool. Il faut filtrer une dernière fois avant de l’employer.

Le malt d’une couleur claire est celui qu’on doit préférer.

Au sortir du bain sensibilisateur, la glace sera lavée avec de l’eau de pluie ou distillée jusqu’à disparition de tout aspect gras, et après avoir été égouttée, elle sera recouverte à deux ou trois reprises différentes de la liqueur préservatrice, de manière qu’elle pénètre bien la couche de collodion. Alors la glace est mise dans une cuvette horizontale remplie d’eau distillée, et, après un séjour de quelques minutes, on fait couler à sa surface un filet d’eau fraîche, et on l’abandonne à la dessiccation, à l’abri de la lumière et de la poussière.

Après l’exposition à la chambre noire, la glace sera plongée pendant une minute dans un bain d’azotate d’argent neutre, à 4 ou 5 p. 100; on fera ensuite apparaître l’image, soit avec la solution révélatrice de sulfate de fer, comme il est dit pour le collodion humide, soit avec l’acide pyrogallique.

On pourra toujours obtenir une intensité suffisante avec le révélateur au sulfate ferreux, si l’on y ajoute quelques gouttes d’une solution composée de :

Nitrate d’argent i gramme.

Acide citrique 1 —

Eau distillée 30 —

On pourra également activer le développement à l’acide pyrogallique et rendre la solution plus énergique par l’addition d’une solution d’alun à 5 p. 100 ajoutée au révélateur dans la proportion de 5 p. 100.

Un mélange à partie égale d’une dissolution de tannin (2 de tannin p. 100 d’eau) à la liqueur préservatrice au malt alcoolisée, donne encore plus de sensibilité.

Enfin, cette sensibilité est encore augmentée par l’addition d’une petite quantité de glycérine au mélange de malt et de tannin.

Voici la proportion dont on doit faire usage :

Liqueur préservatrice de malt 50 c. c.

Dissolution de tannin à 2 pour 100 .... 50 —

Glycérine 10 —

Cette solution sera versée sur la couche bien lavée, comme il a été dit.

Un des grands avantages du procédé au malt est la ténacité avec laquelle la couche sensibilisée adhère à la glace, ce qui permet la manipulation sans craindre les accidents et les ampoules qui se produisent si souvent avec d’autres procédés.

Procédé à la gélatine et au carbonate de soude de M. Bartholomew. — M. Bartholomew a décrit un procédé pour préparer des plaques sèches aussi sensibles que par la voie humide. D’après l’auteur, c’est l’excès de nitrate d’argent à réaction acide qui, combiné avec l’iodure d’argent sans matières organiques, donne aux plaques humides leur grande sensibilité ; dans les plaques sèches, au contraire, la couche doit être débarrassée de tout nitrate libre ; il faut donc avoir recours à une réaction alcaline et à un enduit d’une matière organique quelconque. Pour activer la réduction de l’iodure d’argent, voici comment, mettant ce principe en pratique, l’auteur conseille d’opérer. Les glaces, au sortir du bain d’argent sensibilisateur, seront lavées avec le plus grand soin, puis-, lorsqu’on aura laissé égoutter l’eau, elles seront recouvertes d’une liqueur préservatrice composée de :

Gélatine blanche 2 grammes.

Carbonate de soude 20 — ^

Eau distillée 300

Les plaques, une fois sèches, seront exposées, puis, après avoir été humectées, développées au sulfate de fer acidifié et additionné de quelques gouttes de la solution argentifère ; on pourra ensuite renforcer l’épreuve, s’il est nécessairej avec une solution d’acide pyrogallique, comme il a été dit pour le collodion humide.

Le même auteur indique un procédé à l’acélatc de morphine, qui est d’une grande simplicité, et qui donne d’excellents résultats.

Procédé à l’acétate de morphine. — Lorsque la glace a été convenablement lavée au sortir du bain sensibilisateur, elle est égouttée, puis reeouverte trois ou quatre fois successives de la solution suivante :

Eau distillée 500 grammes.

Acétate de morphine 2 —

Les glaces préparées ainsi sont relativement très-sensibles, mais on doit les employer très-promptement, car elles perdent chaque jour de leur sensibilité.

Le développement se fait comme il a été indiqué précédemment pour les procédés au miel et à l’oxymel.

Procédé au tannin. — C’est au major G. Russell que la photographie est redevable de la découverte très-importante et très-utile, qui permet de conserver des glaces préparées pendant un temps indéfini, tout en leur maintenant une sensibilité beaucoup plus grande que celle obtenue jusqu’alors à l’aide des autres enduits préservateurs. La constance des résultats et la beauté des épreuves avec ce procédé ne laissent rien à désirer.

Cette découverte consiste à eombiner un puissant réducteur (tannin ou acide tannique) à la couche d’iodure d’argent destinée à recevoir l’image, et cela avant de lui faire subir l’impression lumineuse et le développement.

Partant de cette théorie, plusièurs modifications et perfectionnements ont été apportés au procédé primitif du major Russell, afin d’activer encore la rapidité et de faciliter les manipulations. Nous ne décrirons ici que quelques-unes de ces modifications.

M. Russell a publié en 1861 une brochure dans laquelle il a minutieusement décrit son procédé et les précautions à prendre pour réussir.

Le lecteur nous saura gré d’avoir analysé ce travail, dont

la longueur et les descriptions minutieuses sont peu engageantes au premier abord, et peuvent rebuter les commençants.

L'auteur indique des précautions sans nombre, décrit avec un soin particulier le détail des manipulations, et à force de prescriptions peut faire croire à une difficulté qui n’est réellement qu’apparente. Nous supposons que le lecteur, arrivé à ce chapitre de notre ouvrage, est déjà suffisamment familiarisé avec les opérations en général pour connaître les précautions de toutes sortes dont dépend le succès; l’intelligence et quelques essais aidant, on arrivera vite à l’application pratique des différents procédés que nous ne ferons qu’esquisser, tout en donnant les formules principales avec une scrupuleuse exactitude.

Gomme nous l’avons dit précédemment, nous n'avons pas l’intention de décrire le procédé publié par le major Russell, mais bien les modifications apportées à ce procédé et que l’expérience nous a démontré être d’une application plus pratique.

Tout collodion donnant de bonnes épreuves dans le procédé humide pourra être employé pour le procédé au tannin, pourvu qu’il adhère bien à la glace et s’étende convenablement. Il est à remarquer cependant que ceux qui contiennent des iodures alcalins sont préférables à ceux dont la sensibilisation a été faite avec des iodures et des bromures métalliques. Une petite addition de bromure (un ou deux grammes par litre environ) augmentera la sensibilité de la couche iodo-bromurée, et fournira des clichés plus vigoureux.

Comme nous l’avons dit, les collodions préparés depuis un certain temps donnent en général pour les procédés secs, quels qu’ils soient, des résultats meilleurs que ceux nouvellement préparés ; cela tient à ce que les vieux collodions sont poreux et adhérents, qualités essentielles pour les plaques sèches. Un collodion neuf très-contractile et tendant à se soulever sera rendu d’emblée propre à la préparation des glaces sèches par l’addition d’une petite quantité d’ammoniaque liquide (1 centimètre cube environ pour 200 centi-

nièlrcs cubes de collodion); il se -troublera d’abord, mais après vingt-quatre heures de repos, il aura repris sa limpidité première en laissant au fond du flacon un précipité blanc. La couche produite par ce collodion ainsi traité aura moins de corps que par le passé, mais il sera plus fluide, et la pellicule, quoique plus mince, deviendra opaque et poreuse; dans ces conditions il sera excellent, soit en l’employant avec une liqueur préservatrice de tannin ou autre, soit en l’employant à sec simplement.

La formule de collodion, que nous employons de préférence pour le procédé au tannin, est :

Éther sulfurique à 62 degrés .

Alcol rectifié à 40 degrés . . .

Coton azotique neutre . . . .

lodure d’ammonium

Bromure d’ammonium . . . .

lodure de cadmium

Lorsque ce collodion bien étendu a fait prise sur la glace albuminée, on sensibilise dans un bain d’azotate d’argent fondu à 8 ou 10 p. 100, et franchement acidifié par de l’acide aeéti(|ue eristallisable à raison de 5 à 6 c. c. pour chaque litre de bain. Comme il faut surtout éviter l’acide nitrique, on le neutralisera avec une solution de bicarbonate de soude, comme nous l’avons indiqué p. 149, si on n’avait que du nitrate d’argent cristallisé pour la préparation du bain.

Au sortir de ce bain, où elle a dû rester quatre ou cinq minutes au moins, la glace sera lavée avec soin dans l’eau distillée ou de pluie (on ne saurait trop laver), puis recouverte, après l’avoir laissée égoutter quelques instants, d’une solution composée de :

Eau distillée 100 c. c.

Tannin 3 grammes.

dans laquelle on verse, après dissolution, quatre ou cinq gouttes d’acide azotique pour la clarifier; il se fait un précipité blanchâtre, et le liquide passe parfaitement clair sur le filtre en papier.

On ajoute alors :

Alcool à 40 degrés 5 c. c.

pour faciliter la pénétration de la couche collodionnée par la liqueur préservatrice, et pour la conserver plus longtemps en bon état.

L’addition d’une goutte d’huile essentielle de girofle permet de conserver cette liqueur très-longtemps sans crainte qu’elle ne moisisse.

On verse à plusieurs reprises cette solution sur la glace en ayant soin de produire un mouvement d’ondulation pour que toute la surface soit largement couverte. La première couche, servant à chasser l’eau qui reste sur la glace, est recueillie dans une éprouvette spéciale pour être employée aux premières couches des plaques suivantes ; on terminera toujours par une dernière couche de la solution concentrée telle qu’elle sort du flacon.

Les glaces sont alors mises à sécher contre un mur, en appuyant un des angles sur du papier buvard très-propre, le collodion en dessous, pour éviter la poussière.

Après cette dessiccation spontanée, qui doit avoir lieu, bien entendu, dans l’obscurité, on les soumet en dernier lieu à une chaleur artificielle légère, et elles sont prêtes à recevoir l’insolation; mais dans cet état elles peuvent se conserver plusieurs mois sans perdre leur sensibilité d’une manière notable, à condition toutefois qu’elles seront maintenues I dans un endroit bien sec et dans l’obscurité la plus complète.

Le temps d’exposition varie selon l’objectif employé, l’ouverture du diaphragme et l’éclairage, mais il est au moins dix fois plus long qu’avec le collodion humide.

Le développement peut se faire de deux façons, à l’acide pyrogallique, ou par les procédés alcalins. Nous allons indiquer les deux moyens, en signalant toutefois les avantages sérieux obtenus avec la formule de M. Belbèze au carbonate d’ammoniaque.

Révélateur à l’acide pyrogallique.

Acide pyrogallique dissous dans 10 c. c.

d’alcool à '10 degrés 1 gramme.

Eau distillée 200 c. c.

' Acide acéli({uc cristallisable 1 —

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