CHAPITRE XVI
NÉGATIFS SUR PAPIER CIRÉ SEC
Choix du papier. — Ioduration, sensibilisation et exposition de la feuille négative. — Développement et fixage de l’épreuve. Précautions à prendre pour éviter les taches. — Nouveau procédé pour obtenir des clichés agrandis sur papier par la lumière du magnésium.
Les négatifs sur papier ciré n’ont pas la finesse de détails qu’on remarque sur le collodion, néanmoins on peut obtenir par ce procédé des images d’un ensemble artistique et harmonieux. Son plus grand défaut est la lenteur avec laquelle il s’impressionne, lenteur qui nécessite un temps d’exposition beaucoup plus considérable que tous les autres procédés humides ou secs; cependant, comme il permet de faire de longues excursions avec un bagage peu volumineux, et de rapporter des épreuves généralement bonnes, il rendra dans bien des cas de grands services aux photographes touristes ; aussi croyons-nous devoir donner les formules nécessaires pour bien opérer; ce sont celles deM. Legray, l’inventeur du procédé.
Une des conditions les plus importantes pour la réussite des clichés sur papier ciré est le choix de l’encollage des feuilles qu’on emploie. Comme l’épreuve est vue par transparence, il est facile de comprendre que la pâte doit être homogène, pure et parfaitement unie. L’encollage surtout doit être soigné, ce qui fait qu’on donne la préférence aux papiers de Saxe, dont la fabrication est en général meilleure que celle des papiers français pour ce genre de travail.
Chaque feuille ayant été choisie avec soin, on procédera au cirage de la manière suivante : le moyen le plus simple est d’avoir une boîte carrée en fer battu, dont la dimension sera un peu plus grande que celle des feuilles qu’on veut préparer; sur le couvercle de cette boîte remplie d’eau bouil-
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lante, et dont on peut maintenir la température à 100 degrés en la mettant sur un fourneau chauffé, on placera une ou deux feuilles de papier buvard, puis une feuille de papier à cirer, la surface de cette feuille sera frottée avec de la cire blanche, qui fondra à mesure qu’elle sera étendue; lorsque cette feuille sera bien imprégnée, on placera dessus une seconde, puis une troisième feuille, en procédant à chaque nouvelle feuille de la même manière. Lorsqu’on aura ciré ainsi une douzaine de feuilles, on les séparera et entre chacune d’elles on intercalera une feuille non cirée, on frottera alors le paquet en le retournant de temps à autre pour faire imprégner de cire les feuilles qui n’en ont pas reçu ; de cette façon la cire en excès est absorbée par les feuilles intercalées et double la quantité des feuilles préparées.
On examinera chaque feuille pour s’assurer qu’elle a été bien imprégnée de cire sans en retenir en excès, et on procédera ensuite à ce qu’on est convenu d'appeler le décira^e. Pour cela on fera l’inverse de ce qui vient d’être indiqué, c’est-àdire qu’on placera d’abord sur le couvercle de la boîte chaude une ou deux feuilles de papier buvard, puis une feuille de papier blanc sur laquelle on mettra une feuille cirée, et on la frottera dans tous les sens avec un tampon de papier de soie bien propre, en la retournant plusieurs fois; cette feuille devra présenter une surface lisse, de teinte uniforme, sans places blanches ou brillantes, indiquant soit un manque, soit un excès de cire. On procédera de la même manière pour chacune des feuilles à décirer, en ayant soin de les tenir bien à plat pour éviter les plis qui forment des raies indélébiles d’un effet désastreux sur les épreuves.
Le papier ainsi préparé se conserve indéfiniment, si on a soin de le tenir bien à plat dans un carton. Ainsi que nous l’avons dit, l’épreuve sera d’autant plus belle et unie que l’encollage primitif sera plus parfait, car alors les sels d’argent ne pouvant plus être altérés par la cellulose, l’image restera brillante et sans ces grenus qu’on remarque si souvent sur les épreuves faites avec les papiers mal préparés.
Pour iodurer le papier, on y incorpore un iodure soluble
qui, mis en contact avec le bain d’acéto-nitrate d’argent, doit lui donner sa sensibilité. Pour cela on prépare le bain suivant :
Eau de riz (1). 1 litre.
Sucre de lait 30 grammes,
lodure de potassium 12 —
Bromure de potassium 3 —
dans lequel les feuilles de papier décirées seront plongées successivement et bien à plat, en ayant soin d’éviter les bulles d’air, qui formeraient plus tard des taches sur l’épreuve; lorsqu’on a plongé ainsi quinze ou vingt feuilles les unes sur les autres, avec les précautions que nous venons d’indiquer, 011 les laissera s’imprégner du liquide pendant une ou deux heures environ, on retournera le paquet, et chaque feuille sera retirée pour être suspendue et séchée.
Cette solution peut être remplacée par la suivante :
Eau distillée 1 litre,
lodure de potassium 30 grammes.
Bromure de potassium 10 —
Iode pur 0.3 —
On fera dissoudre l’iode dans une solution concentrée des deux sels, et on ajoutera ensuite la quantité d’eau indiquée.
On devra plonger le papier dans le bain à l’aide d’un pinceau doux, afin d’éviter les bulles d’air et les taches. Après l’immersion d’un certain nombre de feuilles on ajoutera quelques cristaux d’iode dans le bain, pour le ramener à la couleur jaune foncé qu’il tend à perdre par l’absorption de l’iode libre par le papier.
Lorsque le papier ciré sort du bain d’iodure, il semble opaque et grenu, mais il est facile de lui rendre sa transparence primitive en le chauffant avec un fer à repasser, en ayant soin toutefois de le placer au préalable entre deux
(1) Pour faire l’eau de riz, il suffira de faire bouillir 73 grammes de riz dans 1 litre d’eau jusqu’à ce qu’il soit crevé, on décante et on ajoute alors 6 grammes de colle de poisson à l’eau que l’on fait bouillir de nouveau pour dissoudre cette colle ; le sucre de lait , l’iodure et le bromure sont alors ajoutés, et on filtre avec soin avant de s’en servir.
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Iciiilles de papier buvard ; la sensibilisation sera peut-être alors un peu plus difficile, mais l’image gagnera considérablement en finesse.
Après dessiccation le papier ioduré prend une teinte violacée à la lumière^ mais cette couleur change bientôt dans le bain sensibilisateur. Il devra être gardé bien à plat dans un carton spécial, à l’abri de l’humidité et de l’air, et pourra se conserver ainsi pendant plusieurs mois sans altération sensible.
De même que le papier simplement salé ou albuminé, le* papier ioduré demande à être sensibilisé à l’aide d’un bain d’argent, pour que l’iodure de potassium qui y est incorporé se transforme en ioduré d’argent sensible à l’action de la lumière.
Le bain sensibilisateur se compose de :
Eau distillée 1 litre.
Azotate d’argent })ur 73 grammes.
Acide acétique cristallisable 73 c. c.
que l’on pourra iodurer en y ajoutant quelques gouttes d’une solution d’iodufe de potassium.
Le bain d’acéto-nitrate bien filtré est versé dans une cuvette propre ; et on y plonge une feuille de papier ioduré en chassant les bulles d’air qui peuvent se former ; quelle que soit la teinte qu’elle eut avant la sensibilisation, elle blanchit rapidement.
Au bout de trois à quatre minutes, on la retire pour la plonger dans une autre cuvette remplie d’eau distillée ou de plôie, dans laquelle on la lave une première fois ; on lui fait subir un second lavage dans une troisième cuvette remplie également d’eau fraîche, et enfin on l’égoutte et on l’éponge entre plusieurs feuilles de papier buvard jusqu’à ce qu’elle soit presque complètement sèche. On continue ainsi la sensibilisation en faisant subir successivement à chaque feuille l’opération que nous venons de déerire. Les feuilles sont ensuite mises à plat, l’une sur l’autre, avec une feuille de papier buvard sec, puis comprimées jusqu’à ce qu’elles soient entièrement sèches; dans cet état, elles sont prêtes à
recevoir rimpression, on doit donc les tenir à l’abri de la lumière.
On comprendra facilement que, si on avait un grand nombre de feuilles de papier à sensibiliser, on devrait renouveler de temps en temps l’eau des lavages, sans quoi elle serait bientôt saturée de nitrate d’argent.
Le papier ciré peut se conserver en bon état pendant une semaine environ après la sensibilisation, surtout lorsque les lavages ont été faits d’une manière convenable. Mais il perd chaque jour de sa sensibilité; on ne doit donc le sensibiliser que par petites quantités et seulement pour les besoins d’une ou deux journées.
L’exposition se fait à la chambre noire comme pour les glaces collodionnées; seulement, la feuille est placée entre deux glaces bien propres, pour éviter les ondulations qui enlèveraient toute la netteté de l’image; on peut encore, pour obtenir plus de rapidité dans l’impression, tendre la feuille sur un carton bristol en la collant aux quatre coins pendant qu’elle est encore légèrement humide, et supprimer les glaces.
Le temps de pose ne peut être déterminé que par l’expérience, parce qu’il varie de dix minutes à deux heures en pleine lumière. Cette lenteur d’impression fait que le papier ciré n’est employé que pour la reproduction des monuments ou des paysages sans sujets animés. Il est toujours préférable d’employer un diaphragme de petite dimension, et de prolonger l’exposition pour obtenir plus de détails dans les ombres du dessin; l’image, dans ce cas, sera plus douce et moins heurtée.
Développement de l’image. — Les épreuves négatives sur papier ciré pourront être développées immédiatement ou quelques jours seulement après l’exposition, mais, dans ce cas, elles devront être tenues à l’abri de toute lumière et dans un endroit sec et frais. L’image reste latente et, comme celles produites sur collodion, elle n’apparaît qu’après l’application d’un réactif. Pour la développer, on l’immerge dans un bain d’acide gallique à 5 grammes pour
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1,000 grammes d’eau; lorsque l’image commence à paraître dans tout son ensemble, la feuille est retirée pour ajouter au bain révélateur 10 gouttes environ d’acéto-nilrate d’argent pour chaque 100 grammes de la solution d’acide gallique, la feuille est plongée de nouveau dans ce bain, où on la maintient jusqu’à ce que l’épreuve ait l’intensité nécessaire pour produire un bon cliché.
Les taches ou autres accidents sont à redouter avec ce procédé, aussi devra-t-on apporter de grands soins, et surtout une propreté extrême dans la manipulation des produits et le filtrage des liquides ; ainsi, l’addition de l’argent 'dans l’acide gallique ne doit se faire qu’après avoir retiré l’épreuve, et la feuille devra être posée à l’envers sur ce bain pour éviter que les taches métalliques ne se produisent à la surface de l’image. Enfin, la pratique indiquera bientôt tous les soins qu’on devra apporter dans les opérations.
Il en est des clichés sur papier comme de ceux qu’on produit sur le collodion : lorsque l’exposition aura été insuffisante, les grands noirs seuls apparaîtront, et les demi-teintes manqueront de détails, ce qui produira des épreuves heurtées. Si, au contraire, le temps de pose avait été dépassé, l’image, se développant partout avec rapidité, deviendrait bientôt grise et uniforme , sans pouvoir prendre de la vigueur. On jugera de la valeur du cliché en le regardant par transparence et, lorsque le temps d’exposition aura été bien calculé, l’image négative présentera des détails trèsfins dans les noirs et une grande vigueur dans les parties opaques.
Le développement est une des parties les plus importantes, on devra y apporter tous les soins possibles, parce que la beauté de l’épreuve en dépend; la pratique seule pourra faire juger et apprécier le moment précis où le développement devra être arrêté par un lavage abondant; les feuilles seront alors abandonnées pendant quelques heures dans une cuvette d’eau filtrée, pour dégager convenablement l’image avant le fixage.
Enfin, on désiode la feuille négative comme les clichés sur verre, dans un bain d’hyposulfite de soude à 15 p. 100, où
elle séjourne juqu’à ce que la couche jaune d’iodure d’argent ait disparu.
L’opération du fixage et du lavage qui suit devra être faite avec beaucoup d’attention, pour éviter qu’il ne reste dans le papier des sels d’argent non dissous, ou de l’hyposulfite de soude.
Après le lavage et le séchage des épreuves, on rendra au papier ciré toute sa transparence et toute sa finesse, en passant à la surface un fer légèrement chaud; après toutefois l’avoir couvert d’une feuille de papier de soie. Les clichés ainsi terminés seront conservés bien à plat dans un carton pour tirer ensuite des positives, comme on le fait avec les négatifs sur verre.
Il existe une foule d’autres formules pour obtenir des épreuves négatives sur papier ciré ou non; quelques opérateurs emploient du papier albuminé ou gélatiné, d’autres exposent la feuille encore humide au sortir du bain d’acétonitrate d’argent; mais nous croyons qu’il est préférable de se bien familiariser avec une bonne formule, et pour cette raison nous ne décrirons pas toutes celles qui ont été indiquées par leurs auteurs et dont le nombre pourrait jeter du trouble dans l’esprit des personnes qui commencent à faire de la photographie.
Procédé pour obtenir des clichés agrandis sur papier par la lumière du magnésium. — Nous croyons utile de décrire un procédé, plus récent que celui indiqué plus haut, pouvant s’appliquer avec beaucoup d’avantages aux épreuves agrandies par la lumière du magnésium pendant les jours sombres de l’hiver.
On obtiendra avec ce procédé de grands clichés sur papier, d’après des petits positifs par transparence, en procédant de la manière suivante :
Mettez dans une capsule d’une capacité suffisante 3 grammes de gélatine a gonfler dans 300 c. c. d’eau de pluie; lorsque la gélatine est ramollie, chauffez jusqu’à dissolution complète ; et quand le liquide est un peu refroidi, c’est-à-dire à la température de 30 à 35 degrés, ajoutez :
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Albumine 30 c. c.
lodure de potassium 5 grammes.
Bromure d’ammonium 2 —
Chlorure d’ammonium 0.75 —
Les iodures et clilorures sont dissous dans quelques centimètres cubes d’eau distillée et ajoutés à la gélatine, l’albumiiie est versée en dernier.
Ou prend du beau papier de Saxe pas trop épais, mais bien encollé, et si, par suite de ses dimensions, on ne peut ni rimmerger complètement ni le iaire flotter, on étendra chaque feuille bien à plat sur une table, et on appliquera la gélatine iodurée avec une éponge fine bien propre; lorsqu’il est bien imprégné dans toutes ses parties, on le laisse sécher. Ainsi préparé, on peut le conserver pendant très-longtemps.
On sensibilise avec un bain composé de :
Eau distillée 1 litre.
Nitrate d’argent 80 grammes.
Acide acétique cristallisable 40 c. c.
Pour appliquer cette solution, le papier replié sur les côtés est fixé sur une planche bien plate, et maintenu tout autour avec quelques punaises. On se sert d’un tampon de coton cardé pour étendre le liquide partout également et on expose le papier pendant qu’il est encore humide.
Avec une bonne lampe à magnésium appliquée à un appareil amplifiant, le temps d’exposition ne doit pas excéder deux à trois minutes.
Le développement se fait avec une solution saturée d’acide gallique, on peut employer avec avantage le tampon de coton qui a servi à sensibiliser, car le peu d’argent qui reste dans le coton aide au développement de l’image.
Après avoir rincé, on fixe dans une solution d’hyposulfîte de soude à 15 p. 100, et on lave avec beaucoup de soin.
Lorsque le négatif obtenu par cette méthode est parfaitement sec, on procède au cirage, comme il a été dit d’autre part, pour lui donner la transparence nécessaire.