‹ La photographie en AmériqueChapitre 7 sur 151 · DE LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

DE LA LUMIÈRE

Considérations générales sur la lumière; de son action sur les sels d’argent selon la couleur des corps et l’état de l’atmosphère.

Gomme tout le monde le sait, la lumière joue le principal rôle dans la photographie, mais il y a deux sortes de lumière bien différentes : l’une, qui a un pouvoir éclairant plus ou moins puissant, dont l’action est nulle ou à peu près sur les composés argentiques à base d’iode, de brome ou de chlore, employés à la formation des images photographiques; et l’autre, moins éclatante, et par conséquent moins perceptible pour nos organes, mais qui agit sur les sels d’argent avec une intensité d’autant plus grande qu’elle se rapproche le plus du blanc.

L’échelle des couleurs du spectre solaire se compose de la gamme suivante, en commençant vers le bas : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé et rouge. Les trois premières de ces couleurs, qui forment ce qu’on est convenu d’appeler la lumière blanche, sont les plus photogéniques; les quatre dernières, qui ont en apparence un éclat plus » grand, sont à peu près sans action sur les composés argentiques et sur les sels de chrome; c’est pourquoi, à première vue, on peut se former une fausse idée de la valeur relative de ces couleurs, dont les unes, très-brillantes, restent sans effet actinique, tandis que les autres, presque incolores et invisibles, ont une grande puissance chimique. C’est pourquoi toutes les couleurs ne s’impriment pas également vite ;' ainsi le noir, le rouge, l’orangé, le jaune et le vert sont beaucoup plus longs à décomposer les iodures et les bromures que le blanc, le bleu, le lilas, le rose, etc., etc.; ces

premières resteraient même complètement noires, si elles ne recevaient une quantité plus ou moins considérable de lumière blanche, réfléchie par les objets qui les entourent.

On devra donc tenir compte des couleurs du modèle à reproduire, pour se guider sur la durée de l’exposition, et aussi pour projeter plus de lumière sur les parties longues à venir, tout en maintenant un jour moins vif sur celles qui doivent agir plus promptement, afin d’éviter les tons heurtés et durs; nous voulons parler ici des images à reproduire dans un atelier dont les dispositions intérieures permettent de manœuvrer l’action lumineuse, pour la projeter avec'plus ou moins d’intensité sur telle ou telle partie pour produire des effets artistiques. Dans certains cas, on devra même user d’artifices pour modifier la valeur de quelques couleurs qui se traduisent sous une gamme trop différente de celle que l’œil perçoit, ce qui en change l’aspect; ainsi, par exemple, les cheveux ou la barbe d’un blond jaune ou rougeâtre, qui en nature paraissent très-clairs, se traduiraient en noir intense, si on n’avait le soin de projeter à la surface une légère couche de poudre d’un blond clair qui les ramène à leur valeur apparente sur l’image photographique. Lorsque, au contraire, on veut obtenir des détails dans la barbe et les cheveux blancs qui s’impressionnent plus rapidement que la face dont la teinte est plus ou moins jaune et rouge, on emploie une poudre d’un jaune rougeâtre qui en retarde l’impression sur le cliché. Pour une décoration jaune, rouge ou verte, un numéro de même couleur au collet d’un habit militaire, qui se confondraient avec le noir du vêtement, on les blanchit avec de la craie pour les faire ressortir.

Tous les tissus, bien que de même couleur, ne s’impressionnent pas avec la même rapidité ; ainsi le bleu, le violet, le rose, qui deviennent complètement blancs lorsque l’étoffe est en coton, en soie ou en mousseline, deviendront, au contraire, gris foncé, presque noir^ après un temps d’exposition relativement le même, si le tissu est en laine, et surtout en velours. Certaines étoffes à reflets brillants, de couleur sombre, antiphotogéniques, telles que le satin noir ou vert, s’impriment souvent plus vite que d’autres dont les couleurs

Page 1