DE LA LUMIÈRE G
mates sont plus photogéniques ; mais les effets en sont plus durs et heurtés.
Les toilettes en velours noir, marron, gros vert, offrent le plus de difficulté pour les portraits pris dans un atelier, par suite du temps de pose exagéré que nécessite cette étoffe, lorsque l’on veut obtenir quelques effets de lumière ; il est rare, dans ce cas, que les chairs et autres parties claires du vêtement, dont l’exposition à la lumière eût dû être beaucoup moindre, ne soient pas solarisées.
On comprendra facilement par ces seuls exemples combien le photographe rencontre de difficultés pour traduire la nature sous son véritable aspect, puisque sa palette incomplète ne lui permet pas de donner à tous les objets leur valeur relative; pour le paysage, dont nous parlerons bientôt, ces difficultés sont plus grandes encore que pour le portrait, par suite des oppositions violentes qui existent entre la verdure antiphotogénique et les édifices, dont beaucoup s’impressionnent, au contraire, trop rapidement.
L’état atmosphérique et climatérique a une grande influence sur l’intensité chimique de la lumière et sur sa qualité; au printemps et à l’automne, par un beau jour clair, ou encore lorsque le soleil est voilé par des nuages blancs et lumineux, l’actinisme est plus grand que par un beau soleil d’été qui émet toujours des rayons jaunes; dans la matinée, la lumière est également plus photogénique que dans l’aprèsmidi; les opérations seront donc plus rapides.
Par certains jours d’hiver, lorsque le sol et le toit des maisons sont couverts de neige, la lumière a une trèsgrande puissance d’action; mais, comme elle est très-éclatante, les effets produits sont généralement durs par suite de la réverbération des reflets blancs qui inondent l’atmosphère.
On voit donc que si, pour agir utilement sur les substances chimiques employées à la formation de l’image photographique, la lumière doit être aussi blanche que possible, le soleil n’a pas besoin de briller de tout son éclat, comme certaines personnes se le figurent à tort; le temps de pose varie néanmoins en raison de l’intensité lumineuse, il sera
donc plus considérable par un jour sombre que quand le modèle est inondé d’une belle lumière vive et francbe, que l’on peut toujours réduire à volonté, mais qui fouille tous les détails des draperies pour en rehausser l’éclat.
Le thermomètre a également une certaine influence sur la lumière, ce dont il faudra tenir compte pour le temps de pose, car elle a son maximum d’action à environ + 10 degrés centigrades; on voit que la chaleur, comme le grand froid, ralentit les opérations au lieu de les activer.
Ce serait donc une erreur de croire que dans les pays chauds, entre les tropiques par exemple, la lumière a une action plus vive que dans les latitudes tempérées ; le contraire a même lieu le plus souvent, car, la grande chaleur ayant une influence retardatrice, l’actinisme est moindre lorsque le thermomètre est très-élevé, que quand il marque 8 à 15 degrés centigrades. Un des pays les plus favorisés sous le rapport de la lumière blanche est le nord de la Californie, où l’atmosphère est d’une pureté exceptionnelle. Les opérations y sont deux fois plus rapides qu’en Égypte, où la chaleur est beaucoup plus élevée.
La lumière du gaz, d’une bougie, etc., etc., même celle du soleil traversant un verre jaune', orange, rouge ou vert, n’a en quelque sorte aucune action sur les sels d’argent ou d’or et ne les décompose pas.
La lumière électrique et celle du magnésium, avec celle du soleil, les font noircir, même lorsqu’elles traversent un verre bleu ou violet très-foncé, absorbant une plus grande quantité de lumière éclairante que le verre jaune clair qui agit surtout sur la lumière chimique.
L’éclairage ne doit pas être trop puissant, parce que le modèle devant recevoir la lumière sous une certaine inclinaison, et non de face, les ombres portées auraient une trop grande intensité sur le côté non éclairé; afin d’adoucir ces ombres lorsqu’on ne peut les éviter, on se sert d’un écran blanc ou rose, qui reflète la lumière et harmonise les effets.
Pour terminer ce chapitre sur l’influence lumineuse dont l’action, pleine de mystères, peut néanmoins se plier bien souvent aux exigences du photographe qui sait l’employer,
DK LA LUMIÈRE
nous dirons d’abord, en nous appuyant sur la pratique, que le portrait ne s’obtiendra presque jamais bien en plein air, même à la lumière diffiise. Il sera plus ou moins heurté et sans demi-teintes.
En plein air, même au nord, la lumière, quelque diffuse qu’elle soit, ne l’est jamais assez pour compenser l’action trop vive de la lumière directe réfléchie dans son plan d’incidence. Ce qui fait que le plus petit défaut d’harmonie dans les diverses teintes du modèle doit produire forcément des tons plus ou moins criards et choquants à l’œil; de plus, la lumière étant trop vive fera ressortir d’une façon exagérée les méplats et les rides qui se voient fort peu à l’œil nu, et donnera à la physionomie une expression grimaçante, par suite de la contraction des yeux, qui supportent difficilement l’action directe du soleil.
Il n’en sera plus de même dans un atelier vitré comme celui que nous avons indiqué dans le chapitre précédent, car il ne peut y pénétrer qu’une lumière diffuse très-franche, que les parois du salon, qui la reçoivent du dehors, reflètent dans tous les sens, en inondant le modèle d’une lumière douce et harmonieuse; aussi les ombres se fondront-elles avec les clairs et donneront-elles des tons d’une suavité parfaite.
Les réflexions multiples qui s’opèrent dans l’intérieur d’un salon de pose bien compris emprisonnent en quelque sorte la lumière, en exagérant et en adoucissant en même temps les tons. Si à l’action du verre s’ajoute celle des réflecteurs en toile, habilement disposés à proximité du modèle, on comprendra qu’un bon portrait est toujours possible, quelque temps qu’il fasse.
Pour les vues, les conditions de lumière qui sont préférables sont celles qui placent les points du paysage à reproduire dans un éclairage d'une intensité à peu près égale partout, à l’heure où le soleil, aux environs du zénith, projette la lumière de haut, parce qu’alors les ombres portées sont peu considérables.
Les levers et couchers du soleil, si beaux en nature, se traduisent très-mal en photographie, en raison des couleurs
peu photogéniques qui se reflètent en rouge sur tout l’ensemble du paysage. On devra donc choisir l’instant où le sol, sous le rapport de l’éclat, se trouve en harmonie aussi grande que possible avec le ciel, pour que tous les objets produisent une impression à peu près égale à la chambre noire; on évitera ainsi les solarisations et les oppositions trop vives qui gâtent l’harmonie du tableau.