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CHAPITRE IV

LES COULEURS EN PHOTOGRAPHIE

Procédé Ducos du Hauron. — Définition. — Méthode opératoire pour l’obtention des clichés héliochromiques. — Tirage des épreuves positives en couleur. — Développement des images. — Superposition des monochromes. — La Photochromie. — Procédé Léon Vidal. — Définition et application pratique.

Depuis la découverte de Nicéphore Niepce et de Daguerre, le problème de la pliotographie avec les couleurs naturelles, telles que notre œil les perçoit, a été l’objet des recherches et des expériences les plus actives de plusieurs savants qui n’ont pas reculé devant cette tâche ardue. Dès l’année 1848, M. Edmond Becquerel a fait connaître les remarquables propriétés que donne-le sous-chlorure d’argent pour la reproduction des couleurs du spectre solaire sur des plaques argentées convenablement préparées; malheureusement cette image fugitive n’a pu être fixée par le savant académicien.

Quinze ans plus tard, M. Niepce de Saiat-Victor obtint directement par la chambre noire des images colorées sur plaques daguerréennes dont la finesse et l’éclat pouvaient faire espérer la réalisation prochaine de ce difficile problème; il n’en fut rien cependant, car, comme son devancier M. Becquerel, il lui fut impossible de trouver un agent fixateur qui permît à ces images de résister à l’action de la lumière.

MM. Poitevin et de Saint-Florent ont continué les expériences faites dans cet ordre d’idées en employant du papier préparé au sous-chlorure d’argent sur lequel ils produisirent de très-remarquables épreuves en couleur, mais comme il leur fut impossible de donner à ces images une solidité suffisante, ce procédé fut bientôt abandonné complètement, car, s’il offrait de l’intérêt au point de vue théorique, il ne

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pouvait recevoir aucune application utile dans la pratique.

En présence de pareilles difficultés pour produire les couleurs directement, deux habiles chercheurs, inconnus l’un à l’autre, MM. Ch. Cross et Ducos du Hauron eurent l’idée de résoudre le problème en opérant indireelement.

La théorie sur laquelle s’appuient ces deux inventeurs est assez curieuse, et, lorsqu’elle fut publiée en 1869, elle rencontra beaucoup de sceptiques et d’incrédules ; il est vrai qu’à cette époque aucune preuve matérielle n’était venue pour confirmer le dire de ces deux chercheurs, dont l’un, M. Ch. Cross, se contentait d’indiquer d’une façon sommaire la théorie de son procédé, tandis que l’autre en faisait l’application pratique. Depuis cette époque, M. Ducos du Hauron, qui n’a cessé de s’occuper activement du système qu’il préconise, a apporté à son procédé (breveté depuis 1868) des perfectionnements importants qui lui permettent de produire des images en couleur très-remarquables, en employant la lumière seule comme palette.

Une brochure très-détaillée, que vient de publier l’inventeur, indique d’une façon précise toutes les formules et les manipulations employées par lui pour son système d’impression en couleur. M. Ducos de Hauron ayant bien voulu nous autoriser à extraire de cet ouvrage tout ce qui pourrait intéresser les lecteurs de la Photographie en Américgue, nous allons faire une description sommaire du procédé, engageant ceux que cela intéresse à étudier avec soin la brochure qui nous a servi à faire cette analyse.

D’après une loi physique, il est reconnu que le spectre solaire, dont l’échelle, formée de nuances innombrables, se décompose en sept couleurs principales, dont les substances colorantes qui servent à les traduire se réduisent à trois, qui sont : le roogr, le hleu et le jaune. C’est donc le mélange en diverses proportions de ces couleurs mères qui produit la variété infinie des nuances. Si on applique, l’une contre l’autre et sur un fond blanc, trois pellicules transparentes colorées, l’une en rouge, l’autre en bleu, et la troisième en jaune, sur chacune desquelles la matière colorante aura été répartie en épaisseurs variables, la superpo-

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sition de ces trois couches colorées fera naître rinflnie variété des teintes, dans la gradation du noir au blanc.

Tel est le point de départ qui a servi à M. Ducos de Hauron peur la réalisation de son système dTiéliochromie, Pour atteindre le but, il faut donc obtenir à la chambre noire trois clichés négatifs d’un même sujet, fournis par trois lumières différentes : la lumière verte, la lumière orangée et la lumière violette; on imprimera ensuite le monochrome positif roii^c sous le cliché obtenu par la lumière verte; le monochrome l»leu sous le cliché de la lumière orans;;ée, et le monochrome jaune sous le cliché de la lumière violette.

La superposition des trois monochromes, adaptés mécaniquement l’un à l’autre et placés sur un fond blanc, produit la synthèse ou l’image polychrome voulue. Il arrivera en effet que, sur le fond blanc, les couleurs transparentes des trois monochromes, en se mélangeant deux à deux en diverses proportions, produiront des couleurs binaires, c’està-dire les orangés, les verts et les violets, et, en se mélangeant toutes les trois en diverses proportions, s’éteindront partiellement ou totalement, et feront naître les ombres, c’est-à-dire les gris, les couleurs foncées, les bruns et le noir, tandis que le blanc naîtra de la simple absence de matière colorante sur chacun des trois monochromes.

En résumé, la chromophotographie imaginée parM. Ducos du Ilauron est l’art de traduire séparément par trois images. Tune rouge, l’autre bleue, la troisième jaune, l'image de la chambre noire, au moyen d’une décomposition de la lumière en trois lumières dont chacune offre la couleur complémentaire de celle de l’image dont elle procurera les empreintes, et de confondre ensuite ces trois images monochromes en une seule image, qui n’est autre que la représentation polychrome et complète du modèle. Cette décomposition de la lumière est physique ou ehiniique : physique, lorsqu’on l’obtient par l’emploi de milieux colorés (verres de couleur, y compris le prisme, etc.); ehimique, si l’on parvient à la produire au moyen de préparations photographiques uniquement impressionnables aux couleurs de telle ou telle région du spectre, à l’exclusion des autres couleurs.

Méthode opératoire pour l’obtention des clichés héliochromiques. — On peut à volonté employer la glace sensible à l’état humide, ce qui donne le maximum de rapidité, ou la couvrir d’un enduit préservateur, si on préfère la conserver pendant deux ou trois jours avant d’en faire usage. Dans les deux cas, le collodion et le bain d’argent sont les mêmes, ainsi que le révélateur. La formule de collodion qui donne les résultats les plus réguliers pour les trois clichés est la suivante :

Alcool à 40 degrés 40 c. c.

Éther à 62 degrés 60 —

Coton azotique 1 gramme.

Bromure de cadmium 3 —

Éosine 0.15 —

On ajoute au collodion, une fois fait, l’éosine préalablement pulvérisée. On n’en pulvérisera que la quantité nécessaire à chaque approvisionnement de collodion.

L’éosine, même pulvérisée, demande quelques minutes pour se dissoudre dans le collodion, et il est nécessaire d’agiter, le flacon. Elle ne se dissout jamais en totalité, il faut donc filtrer.

Ce collodion est d’un bon emploi dès le lendemain, mais il devient de plus en plus limpide au bout de quelques jours de repos; alors on le décante, à cause d’un léger dépôt poudreux qui s’est formé au fond du flacon.

Le bain d’argent se compose de :

Eau distillée 1 litre.

Azotate d’argent . de 200 à 240 grammes.

Acide azotique de 30 à 60 gouttes, suivant

la température.

L’addition de l’acide est motivée par l’emploi de l’éosine. Sans cette précaution d’acidifier le bain d’argent, les images obtenues avec le collodion à l’éosine restent uniformes et dépourvues d’intensité.

Pour assurer la solidité de la couche pendant les opérations, il est utile de les frotter avec de la poudre de talc ou de les recouvrir d’une couche mince de caoutchouc dissous

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