‹ La photographie, est-elle un art?Chapitre 16 sur 18 · DÉSIRÉ DE CLERCQ. — LE POTIER · texte numérisé non relu

DÉSIRÉ DE CLERCQ. — LE POTIER

Gravure de Reymond.

numéroté par les guides, où d'ingénieux industriels tiennent à la disposition des touristes une chaise, une lunette d'approche et du soda. Il s'agit de ce c^ue M. Jules Breton appelle très justement « le sujet esthétique «, une puissante ordonnance de nuages sur l'eau, comme dans le Chiemsee de M. Henneberg; une symphonie de branches emmêlées pour résister au vent et tendues vers le ciel pour prendre dans l'air leur nourriture, comme on en a vu dans les photographies de M. Dardonville, Etang du parc de Rambouillet^ et de M""" Dansaert, At Home\ un groupement gracieux de jeunes tilles lisant, comme dans le groupe de M. Puyo reproduit au revers du présent volume.

Ce sujet, ils le veulent nettement déterminé, congruent en toutes ses parties, et, pour ainsi dire, organique. Comme ils pourront bien retrancher l'inutile dans ce que leur fournit la nature, mais non pas ajouter le nécessaire, il faut que cette nature soit plutôt trop riche en intérêt que trop pauvre. D'ailleurs, si

ce sujet est un peu touffu, ils marquent leur intervention d'artistes en le simplifiant. M. Puyo parle de ï « unité du motif », et se courrouce contre « les détails qui sollicitent le regard en dehors du centre d'intérêt ». Il traite de « l'équilibre des lignes », des « rappels nécessaires ». On croirait entendre un pur classique de l'école de Winckelmann. L'étude prolongée, non des livres, mais de la nature, ramène ces photographes aux lois générales qui régirent jadis l'école, et non point parce que ce sont des règles, mais simplement parce que ce sont des nécessités. « Ces lois de la composition, disent-ils, n'ont rien d'arbitraire; quand nous songeons aux conditions que doit remplir toute œuvre d'art et que nous apparaissent aussitôt les idées d'unité, d'ordonnance, de subordination, n'est-ce pas le rationalisme grec et notre conception unitaire du monde qui nous imposent ces lois générales? Pareillement, l'idée d'équilibre, qui la fait naître, sinon le sentiment intime que tout obéit à la loi de la gravitation ? D'où l'emploi général, dans la composition, de la forme triangulaire, le triangle étant de toutes les figures celle dont le centre de gravité est le plus bas. E!nfin, les règles qui président à l'harmonie des tons et à leurs liaisons et imposent l'usage des rappels, découlent de l'idée de relation et de l'impuissance des organes à juger autrement que par comparaisons successives... »

Ainsi, tout doucement, tout silencieusement, ces hommes armés d'une machine conspirent pour l'idéal classique des anciens jours. Il n'ont point fait de hardis manifestes, ni proclamé la déchéance d'aucun art. Leur aflRche représentait seulement une femme laissant tomber de pâles fleurs de tournesol. « Nous ne réclamons nullement le titre d'artistes, disaient-ils en 1S96; le public, habitué aux choses d'art, saura bien nous le décerner de lui-même, s'il trouve que nous sommes 'arrivés à le mériter ». Dans leurs longues et laborieuses contemplations en face de la nature, ils n'ont pas rêvé les grandes jouissances de la gloire. Ils n'ont pas cherché l'argent. Ils n'ont cherché que le plaisir; et le plaisir, rappelons-nous-le bien, a donné plus de belles œuvres à l'art que l'ambition, — le plaisir modeste, intime et muet que cherchaient les Millet et les Rousseau dans les sentiers de Barbizon. — Ils aiment la nature : ils écoutent ce qu'elle dit, et elle leur dit parfois ce qu'elle ne dit pas à d'autres. Après la grande moisson faite par les paysagistes du siècle, ils viennent, se courbant et ramassant des glanes. Mais, des glanes des champs, on peut encore se nourrir, et mieux que des fleurs artificielles, quatrocentistes ou cinquocentistes, cueillies dans les ateliers...

Ces artistes n'ont rien de mystérieux : ils dévoilent et jettent à la foule tous leurs secrets et toutes leurs recettes. Les prend qui \cut ! Mais peu les prennent, et moins encore en profitent. Car ce n'est pas leurs papiers et Iclu's ingrédients chimiques, et leurs écrans et leurs lampes au magnésium, qui font Iclu' supurio-

Craig Annan. —

Les Frères Blancs

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rité, c'est leur éducation esthétique et c'est leur goût. Pas plus en art qu'en armes, il n'est de « botte secrète ». Ce sont les procédés les plus simples et les plus connus qui mènent le mieux au but qu'on veut atteindre; le secret n'est point dans une combinaison de' recettes soigneusement tues et dont on peut livrér ou ne pas livrer la formule : il est dans la tête, il est dans l'œil, il est dans la main, il est dans le cœur. Et s'il fallait une- preuve de plus que ce ne sont nullement des procédés nouveaux, mais bien de noiivelles intentions qui créent ces belles œuvres photographiques, on la trouverait dans ce fait que, parmi tant de milliers de photographes qui couvrent la surface de la terre, il n'en est guère plus de huit 011 dix en France, et d'une vingtaine à l'étranger, qui aient, jusqu'ici, produit des épreuves comparables à des œuvres d'art. Et combien chacun en produit-il ?

A peine, par an, une ou deux qui vaillent la peine d'être citées. Cela doit rassurer les artistes; et ceux-ci feraient sagement en imitant leurs confrères de l'exposition de la Walker art Gallery à Liverpool, et en ouvrant les portes de leurs expositions de blanc et de noir aux photographes, chercheurs modestes et enthousiastes qui s'acheminent, par des voies différentes, au même idéal.

Quand on se promène dans la longue galerie des Candélabres du Musée des Antiques au Vatican, si on lève les yeux au-dessus des têtes d'Hermès et de Furies, des Silènes et du Mercure psycopompe, et de la Diane d'Éphèse aux seize mamelles, et du Satyre enlevant une épine du pied d'un Faune, et si Ton regarde les plafonds peints durant le présent pontificat, on aperçoit une allégorie singulière. Les Sciences et les Arts, représentés par des figures ornées d'attributs, font hommage de leurs progrès à la Religion. Et parmi ces ligures, en bonne place, est la Photographie tenant son horrible machine, appelée

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