‹ La photographie, est-elle un art?Chapitre 8 sur 18 · C. PUYO. — LISEUSE lS3o · texte numérisé non relu

C. PUYO. — LISEUSE lS3o

Gravure de Malvaux.

Bien mieux, c'est le même cliché ! Et en etfet c'est le même cliché; mais, — aiirandissement. changement de papier, mise en cadre différente, transposition de valeurs, — ce n'est pas la même épreuve. C'est le même canevas, ce n'est pas la même trame ; ce sont les mêmes paroles, mais avec un autre chant. Ou' V a - t - il

JOHNH.GEAR. — ÉTUDE.

donc de nouveau? Un acide? — Non, un sentiment. — Un corps? — Non, une àme...

Le seul progrès matériel et technique est l'emploi du papier à dépoiiillelueiif. On sait que les papiers sur lesquels s'impriment les épreuves photographiques sont de trois sortes : d'abord, les papiers blancs, comme le papier albuminé, qui noircissent spontanément sous l'action de la lumière sans qu'on puisse intervenir autrement que pour arrêter cette action. — Secondement, les papiers au bromure, qu'on commence à développer faiblement dans un bain, puis où Ton inter\-ient pour activer l'apparition de l'image avec des pinceaux pleins du liquide révélateur. — Enfin le papier charbon-velours ou à la gomme bichromatée, qui est un papier coloré, par exemple en brun xan Dyck ou en terre de Sienne brûlée, et d'où l'on enlève lentement avec l'eau et le pinceau tout ce que la lumière n'a pas fortement fixé, en laissant tout ce qu'on désire garder sur l'épreuve. L'image vient peu à peu ainsi par dépouillement. Ces derniers papiers se prêtent à un travail très lent. La venue de l'image s'y trouve subordonnée à l'intervention directe de la main de l'opérateur et est ainsi dirigée par une volonté changeante, au lieu de l'être par des lois naturelles et immuables. Pendant une heure, deux heures quel(|uefois, l'artiste tra^'aille. tandis que le papier est encore humide. Il lui faut la justesse de coup d'teil, la rapidité de décision, l'adresse manuelle, qui caractérisent l'aquarelliste.

On aperçoit tout de suite combien le rôle de l'homme a grandi. Quel être faible, et à cruelles hinuiliantes fonctions était réduit le photographe autrefois! A partir du moment où le cliché de \cvvc était plongé dans le bain, toiu échappait à ses prises. Penché sur ces cuvettes pleines de vénéneux liquides, il

attendait, désarmé, impuissant, inactif, que les acides mortels eussent fait leur œuvre. Ses yeux ne pou\'aient percer l'effrayant mystère où s'élaborait, sans lui, rimaii;e naissante d'un front, d une joue, d'une prairie, d'eaux, d'insectes, de tiges et de fleurs.

Aujourd'hui, les fenêtres sont entr'ouvertes. L'épreuve ne gît plus dans un

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