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CHAPITRE I

COUP d'œil historique sur la science

DES nuages au XVIII® SIÈCLE

La forme des nuages varie à l'infini . Il paraissait même impossible aux premiers observateurs de faire rentrer, dans une classification quelconque, ces météores aqueux aux aspects si délicats et si changeants. Les physiciens cependant en sentirent la nécessité dès le commencement de notre siècle, mais ce n'est qu'après bien des tâtonnements qu'ils sont arrivés à se reconnaître un peu au milieu de ce dédale.

L'étude des nuages oflfre, en effet, de grandes difficultés. L'impuissance du dessin à en saisir les apparences sur le vif avait rebuté les plus

hardis chercheurs et réduit cette partie de la physique du globe à n'être qu'une science assez... nuageuse (c'est le cas de le dire), jusqu'au jour où la photographie vint à son secours.

Sans remonter plus haut que le xviii® siècle, citons les opinions courantes à leur endroit.

Si nous ouvrons le Cows de physique de Pierre van Musschenbroek ^ nous voyons que, pour le savant hollandais, tous les nuages sont des brouillards ou des nuées plus ou moins élevées : « Le brouillard est composé de vapeurs et d'exhalaisons, qui s'élèvent insensiblement de la terre, ou qui tombent lentement de la région de l'air, en sorte qu'elles y paraissent comme suspendues...

« Une nuée n'est autre chose qu'un nuage ou un brouillard, mais elle s'élève seulement plus haut dans l'atmosphère. » De plus, les nuées changent continuellement de grandeur, défigure, et leurs contours sont irréguliers.

Savérien, dans son Dictionnaire de mathématique et de physique (1753), adopte à peu de chose près les mêmes définitions. « Le brouillard.

1 Musschenbroek, Essai de Physique, traduit du hollandais par Pierre Massuet. Leyde, 2 vol. in-4*, 1739, t. II, p. 744 et seq. Cet ouvrage fit autorité pendant longtemps et on le trouve souvent mentionné par les auteurs du iviii" siècle.

Pierre van Musschenbroek

physicien hollandais

(Né à Leyde en 1692, mort dans la même ville en 1761).

COUP d'œil historique il

écrit-il, est composé de vapeurs qui s'élèvent de la terre ou qui tombent lentement de la région de Tair, en sorte qu'elles y paraissent comme suspendues. S'il tombe avant que d'être parvenu à cette hauteur dont je viens de parler, on l'appelle rosée. Et il est nommé nue quand il monte fort haut et qu'il se soutient au-dessus de la région de l'aire »

Quant à Cotte, correspondant de l'Académie des Sciences et auteur de trois volumineux ouvrages de météorologie, voici ses idées sur les nuages. Il est bon de s'y étendre, car elles peuvent être considérées comme résumant « l'état d'ame » de ses contemporains à ce sujet.

« On dit que l'air est chargé de brouillard lorsqu'il se trouve près de la terre, dans l'atmosphère, tant de vapeurs et d'exhalaisons qu'elles obscurcissent l'air par leur quantité ou par leur disposition et le rendent beaucoup plus épais qu'il ne devrait être.

« Une certaine disposition de l'atmosphère et un concours de circonstances qu'il serait fort difficile de marquer avec précision déterminent quelquefois une grande quantité de vapeurs

1 Savérien, Dictionnaire universel de Mathématique et de Physique. Paris, 2 vol., 1153, in-4». Article Météore,

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grossières à s'élever à peu près comme la rosée qui remonte; alors ces vapeurs, qui s'élèvent à peine, s'étendent uniformément dans la partie basse de l'atmosphère et la rendent opaque pendant tout le temps qu'elles y demeurent suspendues. Toutes ces vapeurs flottantes, tant celles qui viennent de la rosée du matin que celles qui s'élèvent dans d'autres temps et d'une manière différente, servent à former les brouillards...

« En hiver, les brouillards sont plus fréquents qu'en été, parce que le froid qui règne dans l'air condense promptement les vapeurs et ne leur donne pas le temps de s'élever beaucoup ; si le froid augmente, le brouillard se gèle et s'attache aux branches des arbres, aux plantes sèches, aux cheveux des voyageurs, aux crins de chevaux et généralement à tout ce qui s'y trouve exposé; c'est ce qu'on appelle givre ou frimas...

« Quand les brouillards, ou les vapeurs qui sont propres à les former, peuvent s'élever assez haut, il s'en fait des amas qui flottent au gré des vents dans l'atmosphère ; ce sont les nuages ou les nuées que nous voyons suspendues de côté et d'autre au-dessus de nous et qui cachent de temps en temps le soleil et les autres astres par leur opacité. Leur figure et leur grandeur

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