CHAPITRE VIII
Procédé au collodion sec. — Emploi de Talbumine, du miel, du tannin. — Procédé au papier ciré. — Photographie inaltérable au charbon. ~ Méthode de Poitevin, de Swan, etc. — • Photographie à la lumière électrique.
Ce procédé photographique sur collodion humide, que nous avons décrit avec détails, donne des épreuves excellentes, d'une grande netteté, d'un degré de perfection souvent étonnante ; mais il est entaché d'un vice fondamental dans la pratique. Aussitôt que la plaque de ver est couverte de collodion sensibilisé, il faut la porter dans la chambre noire. Si on la laisse sécher, elle n'est plus impressionnable. Or le collodion s'évapore avec une grande rapidité, son usage devient très difficile pour le photographe en voyage, et surtout pour celui qui veut opérer dans les pays chauds.
Depuis longtemps, on s'est efforcé de trouver le moyen de préparer à l'avance des glaces collodionnées qui, quoique sèches, soient aptes à garder l'empreinte de l'image de la chambre noire. Le problème a été ré^ solu en additionnè^at le collodion de matières gommeu
ses ou résineuses, de telle sorte qu'au lieu de se fixer en une pellicule imperméable, il put au contraire demeurer poreux, afin de s'imbiber du liquide sensibilisateur à un moment donné, et quelques instants avant son exposition dans la chambre noire.
CoUodion sec. — Le lecteur se rappelle que l'albumine fut employée en photographie jusqu'au moment de l'apparition du collodion. Quelques opérateurs, fait sant judicieusement de l'éclectisme, sont revenus à ce procédé, qui peut rendre de grands services dans quelques cas particuliers.
Procédé à l'albumine. — On étend sur laglaccbicn nettoyée le collodion ioduré ordinaire ; on y étale pardessus une couche de blanc d'œufs additionnée de bromure et d'iodure d'ammonium, d'ammoniaque et de sucre candi.
La glace ainsi couverte d'une liqueur qui préserve le collodion inférieur est séchée sur l'étagère du labora toire, puis elle est enfermée dans une boîte à rainures parfaitement close. Quand on voudra se servir de cette glace, il n'y aura plus qu'à la sensibiliser dans le bain de nitrate d'argent, et le reste des opérations s'effectuera par la méthode ordinaire.
Le temps de pose est assez long par ce procédé, dont nous venons de donner le principe, la description sommaire; pour en obtenir de bons résultats, il faut suivre scrupuleusement les recommandations de son inventeur, M. Taupenot.
Le nettoyage de la glace offre une importance capitale, plus grande encore que dans la confection du cliché par le collodion humide. Après avoir étendu le
collodion sur la glace, on la sensibilise avec un bain neutre de nitrate d'argent. La glace est égouttée et recouverte ensuite de la couche d'albumine ou blanc d'œufs que l'on a eu soin de préparer la veille. Il a suffi de verser quelques blancs d'œufs dans un verre, d'y ajouter une petite quantité d'iodure et de bromure d'ammonium, quelques gouttes d'ammoniaque, et de battre très énergiquement le mélange. L'addition de sucre candi est utile; elle a pour but de maintenir l'albumine fluide, et de permettre de l'étendre facilement sur la place comme on le fait pour le collodion. La glace, une fois albuminée, est séchée à l'abri de la lumière et de la poussière; elle pourra être employée très avantageusement cinq ou six heures après avoir été préparée.
Quelques opérateurs ne se contentent pas de faire sécher l'albumine à l'air libre, ils l'étaient dans des conditions spéciales et la font sécher avec le concours du feu. Ils opèrent dans ce cas dans les conditions suivantes.
On bat des blancs d'œufs additionnés d'iodure et de bromure d'ammonium. Quand la mousse produite d'abord par l'agitation s'est affaissée, on étale le liquide sur une glace parfaitement nettoyée. Il faut beaucoup d'habileté pour étaler l'albumine et la faire sécher tout à la fois sur un fourneau. On peut suspendre la glace à ses quatre coins par quatre fds métalliques terminés en crochets et roulés en torsade. L'albumine est versée au milieu de la glace ; la torsade de fil se détend, égalise la couche en donnant un mouvement rapide de rotation à la glace. L'opération se fait au-dessus d'un petit îour-
neau, où des charbons allumés activent l'évaporation et la dessiccation de Falbumine.
On prépare ainsi un certain nombre de glaces. Quand on veut les utiliser, on les sensibilise dans un bain de nitrate d'argent, additionné d'acide acétique. Le développement s'effectue au moyen de l'acide gallique ; le fixage se fait à l'hyposulfite de soude.
Le procédé à l'albumine exige un temps de pose considérable dans la chambre noire ; le développement de l'image ne se produit qu'après une demi-heure de contact avec les liquides révélateurs. Il ne peut pas être employé pour les portraits. Mais son usage est très recommandable pour reproduire des dessins, des tableaux, des gravures, car on obtient au moyen de l'albumine des clichés très fins et d'un ton très harmonieux.
Procédé au miel. — On a remplacé plus tard l'albumine par une couche de miel coupé de son volume d'eau. Après avoir sensibilisé la glace, on la laisse égoutter, et on étend de suite le miel, comme on le fait pour le collodion. Les glaces séchées à l'abri de la poussière et de la lumière sont enfermées dans une boîte à rainures hermétiquement close ; on peut les transporter sur la localité où elles doivent être impressionnées.
La glace, ainsi préparée, doit être utilisée dans un délai de six heures ; si on voulait la conserver pendant un plus grand espace de temps, pendant plusieurs jours par exemple, il faudrait avoir soin de la laver sous un filet d'eau, au moment où elle est sortie du bain d'azotate d'argent. Ce lavage a pour but d'enlever l'excès d'azotate d'argent, et de ne laisser adhérer sur la glace
que riodure d'argent, dont le collodion se trouve imbibé. Quand ce lavage sera complet, on recouvrira la glace de la dissolution préservatrice, et on la laissera sécher comme nous venons de l'indiquer.
Avec des glaces ainsi préparées, la durée de l'exposition à la lumière, sera environ de quatre à cinq minutes : elle ne dépassera guère deux minutes avec celles qui auront été albuminées de suite au sortir du bain d'argent, sans avoir été débarrassées de leur excès de nitrate d'argent.
Quand on emploie le miel comme couche préservatrice, la glace, après l'impression lumineuse, est plongée, la face collodionnée en dessus, dans un bain neutre d'azotate d'argent à 3 pour 100. Onl'y maintient quelques minutes, et l'on fait apparaître l'image avec un liquide révélateur contenant 3 grammes d'acide pyrogallique et 15 grammes d'acide acétique par litre d'eau. Il est bon de renforcer l'épreuve avec quelques gouttes de la solution d'azotate d'argent mélangée avec le miel étendu, que l'on a conservée et qui a servi à recouvrir le collodion au début de l'expérience. L'épreuve renforcée est lavée, et fixée au moyen de l'hyposulfite de soude.
Quelques opérateurs préfèrent employer le miel à la place de l'albumine. Le procédé Taupenot à l'albumine a l'inconvénient de donner souvent des ampoules et des taches sur les clichés.
Procédé au tannin, — Ce procédé, dont on a beaucoup parlé, est dû au major G. Russell. Grâce aux travaux persévérants et ingénieux de ce savant, il est possible aujourd'hui de conserver pendant fort longtemps
des glaces préparées, sans leur voir perdre aucune de leurs propriétés. Leur sensibilité est certainement bien plus considérable que celle des glaces obtenues par les procédés ordinaires. La découverte du major Russell consiste à combiner le tannin, ou acide tannique, avec la couche d'iodure d'argent, destinée à être impressionnée par la lumière. Le procédé primitif, publié en 1861, a été singulièrement modifié, depuis cette époque; nous le décrirons avec les perfectionnements que les praticiens lui ont communiqués successivement.
La glace est enduite d'un collodion spécial, contenant de petites quantités d'iodure de cadmium, ajouté à l'iodure et au bromure d'ammonium. On sensibilise au moyen d'un bain de nitrate d'argent très franchement acidulé par l'acide acétique. La glace une fois sensibilisée est lavée très complètement à grande eau, puis recouverte d'une solution de tannin dans une eau alcoolisée au dixième (eau avec 10 pour 100 d'alcool : 100 parties. Tannin : 2 1/2 à 3 parties). La solution de tannin est versée à plusieurs reprises sur la glace, qui est lavée et séchée contre un mur, ou mieux sur le support à rainures. Il va sans dire que ces opérations ont lieu dans le cabinet noir ; quand la glace est sèche, on la chauffe légèrement ; elle peut être conservée ainsi pendant un temps d'une longue durée.
La glace au tannin exige un temps de pose de 2 minutes au maximum, de 55 secondes environ au minimum. Avant de développer l'image, on laissera tremper la glace dans une solution étendue de nitrate d'argent afin d'imbiber la couche tannifère. On égouttera et on
170 OPÉRATIONS ETPHOGÉDÉS PHOTOGRAPHIQUES.
développera l'image à l'aide d'une dissolution aqueuse d'acide pyrogallique, légèrement additionnée d'alcool. Si l'image a besoin d'être renforcée, une dissolution étendue d'acide citrique, mélangée d'une petite quantité de nitrate d'argent, donnera d'excellents résultats. Le fixage s'opérera après un lavage complet au moyen de l'hyposulfite de soude.
Papiei* cîré ou albuminé. — Le procédé au papier ciré consiste à remplacer le verre par le papier, pour faire le négatif. Les négatifs sur papier n'ont jamais la finesse de ceux qui se produisent sur la glace, mais ils sont cependant très suffisamment nets et harmonieux. Ces clichés sur papier ciré offrent l'avantage immense de n'être ni casuels, ni lourds, ni encombrants. Leur inconvénient réside dans la lenteur de leur impression ; avec le papier ciré, le temps de pose est considérable. Mais le photographe touriste trouvera dans son emploi la possibilité de rapporter de longues excursions un grand nombre de clichés de grandes dimensions, pesant un faible poids, et pouvant être conservés dans un simple carton à dessin.
M. Legray, l'inventeur de ce procédé si intéressant, a donné le mode d'emploi du papier ciré ; nous allons succinctement parler de cette méthode ingénieuse et pratique.
Le papier qui doit être enduit de cire est formé d'une pâte homogène et unie, bien encollé, assez mince, puisque l'épreuve doit être vue par transparence. L'opération de l'encirage est très délicate. Pour réussir, on étale la feuille sur une boîte de fer remplie d'eau bouillante que l'on maintient à 100° en la plaçant sur un
fourneau. La feuille de papier est protégée du contact du métal par l'intermédiaire de papiers buvards ; elle est frottée de cire blanche qui fond à mesure qu'elle est étendue. Quand la première feuille est bien imprégnée sur toute sa surface, on y superpose une seconde feuille de papier que l'on frotte de cire delà même façon, puis une troisième, une quatrième, et ainsi de suite jusqu'à douze. On intercale entre chaque feuille cirée une feuille de papier non cirée, on frotte tout le paquet énergiquement en le retournant alternativement dans un sens, puis dans l'autre. L'excès de cire des papiers cirés passe dans le papier avec lequel il est en contact : on a donc vingt-quatre feuilles imbibées de cire. Chaque feuille est ensuite dècwée une à une, avec un tampon de papier de soie, et quand une feuille frottée énergiquement est bien lisse, bien transparente, qu'elle n'offre pas de taches blanches ou brillantes, indiquant, soit un manque, soit un excès de cire, elle peut se conserver ainsi indéfiniment.
Les papiers cirés sont plongés dans l'iodure de potassium dissous dans l'eau de ri//. Une fois sortis du bain et séchés, ils sont frottés à chaud entre deux papiers buvards, avec un fer à repasser.
Le papier ciré ioduré a une teinte violacée ; il doit être conservé à l'abri de l'humidité et de l'air. Quand on veut le sensibiUser pour en faire usage, on le plonge
* Eau de riz, formée par 75 grammes de riz dans un litre d'eau
bouillante. 1 litre.
Sucre de lait 50 gr.
lodure de potassium . . . , . . 15
Bromure id . 5
dans un bain de nitrate d'argent additionné d'acide acétique ^
L'exposition du papier dans la chambre noire se fait en le plaçant entre deux glaces bien propres. Le temps de pose est généralement d'une heure environ, quelquefois plus ; il ne peut se déterminer que par l'expérience.
Le développement de l'image s'opère au moyen de l'acide gallique, additionné ensuite de nitrate d'argent et d'acide acétique. La feuille de papier est complètement immergée dans le bain révélateur jusqu'à ce qu'elle acquière l'intensité voulue.
Le fixage s'effectue à l'aide d'un bain d'hyposulfite de soude.
Après le séchage et le lavage, on rend au cliché de papier toute sa transparence en le frottant avec un fer à repasser chaud, après l'avoir recouvert d'un papier de soie.
Quelques opérateurs après M. Legray, MM. Vigier, Baldus, etc., ont préparé des papiers albuminés, gélatinés, qui donnent aussi de bons résultats. Les formules pour obtenir des négatifs sur papier ciré abondent. Nous renverrons le lecteur curieux de les connaître aux travaux publiés par les inventeurs.
JLa photographie inaltérable aii charbon. — Lcs
procédés que nous avons décrits jusqu'ici donnent des épreuves dont l'existence est limitée. Quels que soient les soins et les précautions de l'opérateur, quelque par-
^ Eau distillée
Nitrate d'argent
Acide acétique cristallisabie.
1 litre.
faits que soient les lavages, l'épreuve positive sur papier est destinée à se ternir, à jaunir, h disparaître même, dans un avenir plus ou moins rapproché. Comment en serait-il autrement, puisqu'elle est formée par la réduction des sels métalliques, et dessinée en quel, que sorte par des agents chimiques altérables? Ce grave inconvénient a fait sentir la nécessité de donner la durée aux images photographiques, de leur assurer une conservation permanente, analogue à celle des épreuves typographiques et des impressions obtenues, en général, avec de l'encre grasse à base de charbon, de sanguine, ou de matière inaltérable.
On appelle épreuves au charbon les épreuves photographiques obtenues avec l'aide de matières fixes, charbon ou matières minérales inaltérables. Les divers pio. cédés de tirage des épreuves positives au charbon sont basés sur le principe indiqué par Alphonse Poitevin, en
Ce savant chimiste dont nous parlerons surtout au chapitre à^V Héliogravure, et auquel l'art photographique doit un grand nombre de perfectionnements des plus importants, avait reconnu que la lumière rend insolubles même dans l'eau chaude les corps gommeux ou mucilagineux additionnés de bichromates alcalins ou terreux ; c'est alors qu'il eut la pensée d'ajouter, pour produire des images photographiques inaltérables, des substances colorantes insolubles, telles que le charbon, les émaux en poudre, à de la gélatine, de l'albumine, de la gomme arabique, du sucre, de l'amidon, etc. ^
1 Photograjohie au charbon. Recueil pratique de divers procédés
174 OPÉRATiaNS ET IMlOCÉDÉS PHOTOGRAPHIQUES.
Une mince couche de gélatine bichroniatisée, imbibée de charbon, est étalée sur une feuille de papier que l'on expose à l'impression de la lumière à travers un cliché négatif. Après l'insolation, on soumet le papier à un lavage à l'eau tiède ; les parties de la gélatine non insolées se dissolvent ; celles que la lumière a rendues solubles restent adhérentes à la surface, et le dessin apparaît, formé par les parties insolubles du mucilage. Dès l'apparition de ce procédé indiqué par M. Poitevin, et publié d'abord plutôt comme une curiosité que comme une méthode pratique, un grand nombre d'opérateurs s'occupèrent d'étudier les phénomènes nouveaux mis au jour. MM. l'abbé Laborde, Garnier et Salmon, à Paris, Pouncy, à Londres, etc., ne tardèrent pas à imaginer des procédés analogues à celui de M. Poitevin, et plus ou moins perfectionnés. En 1864, M. Swan donna un vigoureux élan à l'art de la photographie inaltérable au charbon ; peu de temps après, M. A. Marion vulgarisa singulièrement le nouveau procédé par des productions vraiment remarquables.
Nous emprunterons d'abord au Moniteur de laphoto' graphie le curieux procédé de M. Swan. « On prend 120 grammes de gélatine qu'on fait gonfler pendant quelques heures dans 500 centimètres cubes d'eau froide, puis dissoudre à une douce chaleur. On y ajoute un blanc d'œufs battu, on agite, on pousse jusqu'à l'ébullition, puis on filtre. Ce traitement a pour but de clarifier l'albumine, qui reste en solution brillante, et
des épreuves positives formées de substances inaltérables, par Li Yî dal. Paris, 1869.
limpide. On remplace par de Feaii la quantité qui s'est évaporée et on ajoute 60 grammes de sucre blanc. C'est alors qu'on mélange la matière colorante, l'encre de Chine, qu'on a filtrée après l'avoir broyée ou délayée dans l'eau. La gélatine se conserve dans des flacons bien bouchés. Pour la rendre sensible, on prépare une solution de bichromate d'ammoniaque (30 grammes pour 90 d'eau), dont on verse 30 grammes dans 200 ou 300 grammes degélatine colorée. On couvre une glace de collodion non ioduré et d'une consistance convenable, on le laisse s'égaliser et sécher parfaitement. On chauffe cette glace et on y étend bien également la solution de gélatine, qu'on laisse reposer jusqu'à ce qu'elle ait fait prise. Après dessiccation, on peut détacher cette pellicule en passant un canif sur les bords. On a alors une feuille noire flexible, quiressemble à du cuir verni. Elle est translucide, malgré sa teinte noire, et en l'examinant on pourra facilement reconnaître si sa coloration est convenable. Cette pellicule doit être conservée dans l'obscurité et employée dans l'espace d'un jour ou deux. Quand on veut faire un tirage, la feuille est placée sous un négatif, le côté collodionné en contact avec le cliché, de sorte que l'impression se fait d'abord sur la face intérieure de la gélatine sensibilisée. Le temps de pose varie selon l'intensité de la lumière et la nature du cliché, mais, en tout cas, l'exposition ne dépasse pas le tiers ou le quart de celle nécessaire pour opérer avec les sels d'argent. La latitude est beaucoup plus grande que par les procédés ordinaires ; aussi l'image peut-elle sans grand inconvénient subir une pose trop longue. L'épreuve est ensuite collée sur le papier à
l'aide d'empois ou de caoutchouc. Après dessiccation on la plonge dans l'eau chaude à 40^" centigrades. La gélatine non isolée restée soluble se sépare rapidement, laissant le dessin, avec toutes ses dégradations de teinte, adhérent au collodion. Lorsque l'image a trempé pendanl deux heures environ, on peut, si on veut la redresser, coller dessus une feuille de papier, et quand on a laissé sécher, la première feuille, qui soutenait la pellicule impressionnée, se détache sans difficulté. L'épreuve est alors terminée, et possède une grande finesse. »
Depuis M. Swan, les méthodes de photographie dites au charbon ont fait des progrès rapides, et l'on esl arrivé à d'admirables résultats. Nous allons donner une description sommaire du procédé tel qu'il se pratique aujourd'hui. Nous emprunterons les documents importants qui vont suivre au remarquable ouvrage de M. D.-V. Monckhoven, qui les publie lui-même d'après M. Léon Vidal, l'habile secrétaire de la Société photographique de Marseille, à qui l'on doit les plus complètes études sur le sujet qui nous occupe. La première condition du succès de l'exécution de photographie inaltérable est la bonne préparation des mixtions colorées^ c'est-à-dire des couches de gélatine de couleurs diverses plus ou moins intenses étendues sur les feuilles de papier qui leur servent de support. On trouve aujourd'hui dans le commerce des mixtions toutes prêtes pour les impressions au charbon ; mais il est quelquefois préférable de les préparer, lorsqu'on doit agir sur des masses considérables. Suivant la substance solide et inaltérable que l'on incorpore dans la gélatine,
on donne au papier enduit, des tons noirs de gravure, des tons pourpres, bruns ou mine de plomb.
On broie d'abord dans Feau la matière eoiorante, charbon, sanguine, etc., de façon à la réduire à l'état de poudré impalpable, et l'on ajoute par petite dose la gélatine, dissoute dans l'eau chaude et bien filtrée. La quantité de gélatine est de 200 grammes pour un litre d'eau. On brasse le mélange de façon à le rendre parfaitement homogène.
On prend une feuille de papier de bonne qualité, on la mouille, et on l'étalé sur une glace que l'on encadre de quatre réglettes qui emprisonnent la feuille de tous les côtés de manière à former cuvette. La saillie de ces réglettes ne doit pas être supérieure à 3 ou 4 millimètres. On verse sur la glace bien horizontale la solution de gélatine, qui se prend en masse, on enlève la pellicule gélatinée en la séparant de la glace et on la laisse sécher spontanément.
Les feuilles de gélatine sont sensibilisées par une immersion dans une solution aqueuse de bichromate de potasse (à 5 p. 100 de sel); pour faire l'impression, on applique l'une d'elles derrière un cliché photographique, que l'on expose à Faction de la lumière solaire. Quand on a usé d'un cliché négatif, il y a lieu de redresser ultérieurement l'image, et c'est pour ce motif qu'il faut employer un support provisoire que l'image positive puisse facilement abandonner à un moment désiré. Nous renvoyons le lecteur qui voudrait avoir de plus amples renseignements sur ce sujet, au traité de photographie de M. D.-V. Monckhoven^ Nous devons
^ G. Masson, éditeur. Paris, 1875.
nous borner à donner seulement ici le principe d'une nouvelle branche de l'art que nous étudions; les détails pratiques nous entraîneraient trop loin de notre plan, qui doit comprendre tous les chapitres, aujourd'hui si multipliés, du livre de la photographie moderne.
M. Liébert a depuis longtemps organisé dans ses ateliers de la rue de Londres une belle installation de photographie à la lumière électrique, qui a aussi fonctionné pendant la durée de l'Exposition d'Électricité. Nous en donnons la description qui complète la description des divers procédés que nous avons passés en revue.
11 ne nous paraît pas nécessaire d'insister sur l 'intérêt de cette installation, on le comprendra d'ailleurs parles lignes suivantes empruntées à M. Varey, qui a fort bien décrit les avantages du nouveau procédé.
On ne dispose pas du soleil à son gré. Aussi la photographie, qui est absolument tributaire des rayons solaires, a-t-elle dû se préoccuper depuis longtemps de l'emploi de lumières artificielles possédant un pouvoir photogénique assez grand pour remplacer au besoin te soleil, surtout pendant les mois d'hiver.
La lumière électrique, qui donne un foyer lumineux d'une intensité considérable, devait naturellement attirer l'attention des praticiens. M. de la Rive fit, dès 1841, les premiers essais de la lumière électrique appliquée au daguerréotype. Mais, si l'art voltaïque produit une lumière très intense, cette lumière ne part que d'un point, ses rayons ne se divisent pas, et elle ne donne pas de pénombre aux objets éclairés. Par sa nature même, la lumière électrique ne pouvait donc convenir qu'à la
• ~ Appareil américain, adopté par M. Liébert, pour la photogra à la lumière électrique.
reproduction d'objets inanimés, de lieux non éclairés, de mines et de souterrains. Il ne fallait pas songer à la reproduction de portraits.
D'autres tentatives fai'es avec diverses lumières artificielles ne furent pas plus heureuses. Lalumière oxhydrique, la lumière au moyen d'une lampe à sulfure de carbone et à oxide d'azote, la lumière au magnésium, d'abord expérimentées, ne tardèrent pas à être abandonnées.
On est revenu à la lumière électrique et on a eu raison, car cette lumière est éminemment actinique.
Depuis le dix-septième siècle on sait que le tonnerre est un excellent photographe. Une brochure publiée en 1689 rapporte, en effet, que la foudre tombant sur une église, (( imprima le canon de la messe sur une nappe d'autel. » D'autres phénomènes du même genre sont également connus, et il était naturel que l'on songeât tout d'abord pour les reproductions photographiques, à la lumière électrique; seulement il fallait trouverun mode d'emploi spécial qui, tout en conservant à la lumière électrique ses qualités, devait faire disparaître les défauts qui l'empêchaient de s'appliquer à la photographie.
Le mode d'emploi désiré paraît être acquis d'une . façon très heureuse par les procédés américains employés par M. Liébert.
Une demi-sphère de 2 mètres de diamètre environ, et servant de réflecteur, est soupendue au plafond, de façon à présenter sa cavité, face au sujet qu'il s'agit de photographier (fig. 35).
Cette sphère porte deux crayons de charbon de
m OPÉRATIONS ET l'ROCKDÉS PIIOTOGUAPIHQUES.
cornue^ dont l'un est fixc^ et dont l'autre est rendu mobile par un pas de vis. Les charbons sont rapprochésj en faisant entre eux un ang;le droit. C'est, en somme, un ro^gulaleur à jnain, avec cette seule diflir rence qu'il n'y a pas de mécanisme, que les charbons sont rapprochés, au fur et à mesure de leur usure, au moyen du charbon mobile. A chaque pose, il faut mettre les deux charbons au point. La durée de pose est si courte que la lumière ne peut venir à manquer.
La nouveauté du système adopté par M. -A. Liébert consiste en ce que la lumière électrique ne vient pas tomber directement sur le modèle. Cette lumière se trouve tout d'abord projetée sur un obturateur qui, à son tour, la renvoie sur les parois du cyhndre, qui sont d'une éblouissante blancheur, de telle manière que les rayons lumineux, ainsi dispersés, ainsi divisés viennent positivement inonder la personne dont l'image doit être reproduite.
La clarté est superbe. Le visage est doucement éclairé, sans duretés, sans ombres exagérées.
Les yeux supportent le brillant éclat de cette lumière, sans aucune fatigue, sans avoir à souffrir de scintillements désagréables.
La lumière électrique ainsi employée est produite par une machie dynamo-électrique deGrammetype d'atelier, qu'un moteur à gaz de quatre chevaux fait marcher à raison de 900 tours à la minute.