‹ La photographieChapitre 31 sur 44 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Un mot sur la vision stéréoscopiquc. — Moyens de donner un relief apparent aux épreuves photographiques. — Stéréoscope de Wheatstone et de Brewster. — Monostéréoscope. — Comment se produisent les épreuves photographiques destinées au stéréoscope.

Notre intention n'est pas de décrire ici le stéréoscope au point de vue optique; nous voulons seulement en parler en ce qui concerne la photographie.

Nous croyons toutefois devoir donner brièvement quelques explications au sujet d'un instrument qui permet de voir en reliefun dessin tracé sur une surface plane.

Nos yeux nous montrent les objets tels qu'ils sont avec leurs reliefs ; ils ne sont pas perçus par notre vision comme des objets tracés sur un plan : ils nous apparaissent solides et saillants. L'étude de la vision démontre que cet effet est produit en nous par la superposition de deux images planes que chacun de nos yeux perçoit simultanément. Voici une expérience très facile à exécuter qui démontre ce fait en toute évidence.

Placez devant vos yeux un livre dans une position verticale, de manière que le dos en soit seul visible. Fermez Tœil droit et ouvrez l'œil gauche, vous apercevrez seulement alors la face de gauche. Après cette expérience, fermez l'œil gauche et ouvrez l'œil droit, c'est la face de droite seule que vous percevrez. Pour donner plus de netteté à cette expérience, on peut fixer

Fig, 68. — Différence cnlrc la vision monccnlaire et la vision binoculaire.

une feuille de papier blanc sur une des faces d'un livre relié en rouge, et, dans ce cas, on apercevra alternativement le côté blanc ou le côté rouge, suivant que l'on ouvrira l'œil droit ou l'œil gauche. Quand les deux yeux sont ouverts on aperçoit en même temps les deux faces. L'expérience peut être faite de la même façon avec un cube ou une pyramide quadrangulaire (fig. 68).

On aperçoit les deux faces de droite et de gauche quand les deux yeux sont ouverts ; suivant que l'œil droit ou l'œil gauche sont fermés, le cube ou la pyramide prennent l'aspect de nos figures de gauche et de droite. Notre esprit, par l'habitude, sait com.biner ces deux plans, et cette combinaison nous donne l'impression du relief ou de la saillie.

Pour construire un stéréoscope, c'est-à-dire un appa-

Fig, 69. — Stéréoscope de Brewster.

reil qui nous donne d'une image plane l'impression d'un relief, il faut prendre deux dessins de cette image, de telle façon que chacune de ces images soit envoyée sur chacun de nos yeux , comme le ferait l'objet lui-même.

Un des premiers stéréoscopes qui aient été mis entre les mains du public, a été imaginé par Wheatstone. Cet instrument est emprisonné dans une boîte rectangulaire

Deux dessins du même objet sont représentés conformément aux principes de la vision stércoscopique ; ils sont appliqués dans la boîte de telle façon qu'ils forment entre eux un biseau. Les yeux de l'observateur se

Fig. 70. Stéréoscope de Helmlioltz.

placent devant une lunette extérieure et perçoivent les images par réflexion dans deux miroirs. Les petites lunettes peuvent être réglées selon la vue de l'observa-

LE STÉBÉOSGOPE. 313

teur. Quand elles sont mises au point, les deux images sont perçues en une seule, qui offre l'aspect d'un objet saillant et en relief.

Le stéréoscope à prismes de Brewster (fig. 69), le stéréoscope à lentilles Helmholtz ( fig. 70), ont apporté de grands perfectionnements à cette branche si intéressante de la physique. Ces instruments sont l'objet d'un commerce très important depuis un grand

Fig. 71. — Monostéréoscope.

nombre d'années. Tout le monde aujourd'hui a regardé des photographies dans ces instruments : leur maniement èst trop simple et trop usité pour que nous nous y arrêtions.

Le stéréoscope a été découvert à peu près en même temps que le daguerréotype. Il a d'abord servi à regarder des épreuves faites à la main ; dès que la photo-

graphie fut créée, les deux arts nouveaux se prêtèrent un mutuel appui, et se lièrent si étroitement entre eux, que le stéréoscope et l'épreuve photographique ne semblent plus être aujourd'hui que les deux parties d'un même instrument.

En 1858, un habile praticien, M. Claudel, a imaginé

Fig. 72. — Stéréoscope à colonne.

un système stéréoscopique assez curieux, en ce sens que plusieurs personnes peuvent profiter à la fois des effets de relief produits par l'appareil. Cet instrument se compose d'un écran noir où l'on a ménagé un espace qu'occupe une glace dépolie. On envoie sur cet écran,

à l'aide de deux objectifs, les deux images d'un même objet, qui se confondent en une seule et donnent la sensation du relief sans le secours d'aucun instrument d'optique (fig. 71). Ce système ingénieux n'est pas très usité.

La facilité de se procurer par la photographie des épreuves naturelles aussi délicates que précises, a contribué à perfectionner singulièrement les stéréoscopes, que l'on construit de nos jours avec une admirable précision.

Après le stéréoscope à crémaillère de Brewster, le stéréoscope à colonne surtout, imaginé par M. Février, donne aux photographies une saillie, un relief et un grossissement tels, que rien ne représente mieux la nature. Dans ce dernier appareil, les yeux braqués sur les oculaires, on fait tourner un simple bouton qui met en rotation un axe autour duquel sont disposées des photographies stéréoscopiques (fig. 72). La Suisse, les Pyrénées, la Chine, le Japon se succèdent aux yeux de l'observateur, qui peut admirer, sans bouger de son fauteuil, les sites le plus difficilement accessibles au voyageur.

Arrivons à présent aux procédés employés pour produire des épreuves photographiques propres à être vues à travers l'oculaire du stéréoscope.

La vue photographique doit être double, c'est-à-dire qu'il faut prendre deux vues du même sujet; ces deux vues doivent être identiques dans leurs parties centrales et différer d'une certaine quantité sur leurs parties latérales. Pour arriver à ce résultat, on prend une première VU'* de l'objet, en plaçant l'appartil vers la droite; on

en prend une deuxième en détournant l'objectif vers la gauche. Pour donner plus de précision" aux épreuves, on prend généralement les deux vues à la fois, à l'aide de deux chambres noires distinctes, liées entre elles par un châssis mobile à la partie supérieure d'un trépied.

Si l'on veut prendre les deux vues stéréoscopiques d'un objet tel qu'un buste ou une statue, on place les deux chambres à 2 mètres environ du modèle ; on les écarte l'une de l'autre de 0™,15àpeu de chose près. On doit avoir soin, avant d'introduire dans les chambres les glaces collodionnées, de bien s'assurer que l'inclinaison des deux images produites au foyer des chambres noires est convenable pour donner l'effet voulu. A cet effet, on s'assure que le point du modèle qui est au centre de la glace dépolie de droite, se trouve également au centre du verre dépoli de gauche. Cette opération fondamentale une fois faite, on prend les vues photographiques par la méthode ordinaire.

L'appareil prêt à fonctionner est représenté figure 73.

La figure 74 donne le fac-similé d'une épreuve stéréoscopique formée de deux vues photographiques placées l'une à côté de l'autre; dans des conditions propres à la vision stéréoscopique.

Il est bon, pour le stéréoscope, de tirer les positifs sur verre ; la transparence du verre éclaire mieux le dessin, et contribue à lui donner du relief et de la saillie.

Quand on veut prendre des vues stéréoscopiques de paysages, de monuments, ou en général de vues éloignées, on ne prend qu'une seule vue à la fois, avec une même chambre noire. Cette chambre est soutenue par une planchette, où^..lc glisse facilement en se por^^nt

LE SU» .OSCOPE. 521

à gaucljo droite de la p^^Mtion première, untraînée par deux 1.4 . Tes que l'on peut . \ Jonté faire glisser ^ins une rai .re ^fig. 71). On prend une première vue au payso - î3laçant la chambre à la partie gau-^be de la plaixv.1. i en s'étant bien rendu compte »ae Tobjet qui oc - aans h hambre noire le centre de figure. Cette VuO pris . ansporte l'ap^.o.jil à gau-

Fig. 75. — Planchette de] la charo^jrt '^ojre' pour la prise de.', inies stéréoscoj'i > ,

che de la pl^ncbHe, on le fa't \arier de posii^on par tâtonnemen^o, ju?^qu'à ce que ie même objet occupe encore le centre de fi^^are, quoique l'objectif ait été changé de sa position première. On prend une seconde vue dans ' conditions. Les deux points occupés pa:^ la chambre / ire s^^' ^eparés entre ei ^: environ de 0"',07, f ^pace qui corre:>jjond à peu près à Yv «rtum^nt moyen des deux prunelles humaines.

CHÀPITKi^ X

La photo^''aphie est-elle un art — Ses usages au point de vue de la peinture. — R'-Droducti^ estampes. — Voyages d'exploration. — Photographie au magnésium. — x^es portraits-cartes considérés comme documents historiques.

Les peintres ne sont généralement pas portés à l'admiration de la photographie; ses procédés physir,^> chimiques semblent incompatibles avec les ntimeu qui les animent; il i dr répugne de placer le collodion à côté de la palette des couleurs à l'huile. Beaucoup d'entre eux sont même d'une sévérité outrée à l'égard de l'art de Daguerre ; il en est qui s'exaspèrent quand on fait devant eux l'éloge d'épreuves photographiques.

La photographie, disent-ils, ne compose rien, elle ne donne qu'une copie, un calque inexorable, brutal dans sa vérité. Elle manque de sentiment, nulle flamme de génie ne lui donne la vie. Elle est maladroite, elle donne une valeur égale aux masses et aux détails accidentels. Fait-elle un portrait, elle saisit son modèle avec gaucherie, elle dessine mieux les ganses de son

Page 1