II. — PORTRAITS D'ENFANTS
Dans le groupe des épreuves appelées improprement instantanées, il faut comprendre presque tous les portraits d'enfants. Ceux-ci ne s'obtiennent cependant pas aussi facilement que les portraits d'adultes. Il fut un temps où la présence d'un enfant dans l'atelier produisait sur le photographe la même impression que l'apparition de la tête de Méduse.
C'était au temps où les clients assiégeaient les ateliers et où l'opérateur était peu disposé à consacrer un peu de peine et un peu de temps à une seule personne ; c'est à cette époque-là que l'avis « On ne photographie pas les enfants » trônait dans tout atelier qui croyait se respecter.
(1) OEuvres de Diderot, éd. Belin, Paris 1818, lome IV, IIe partie, p. 481 et 482.
Cependant, beaucoup de photographes se passionnent d'autant plus que leur sujet est plus difficile; ils suivent en cela le médecin qui adore les cas graves ou le chimiste qui se consacre d'autant plus à son analyse qu'elle est rebelle et compliquée.
Lorsque le photographe est sympathique à l'enfant et que celui-ci obéit à ce qu'on lui demande, il ne sera pas difficile d'obtenir un bon cliché. Celui qui aime les enfants aura beau jeu, car ces petits êtres remarquent de suite ceux qui les aiment, et l'entente entre l'enfant et le photographe se fera d'elle-même.
La question : Comment agira-t-on avec un enfant pendant la pose ? n'obtient pas des réponses uniformes. M. Robinson a écrit [Photographie News, 1881, p. 778) de remarquables lignes sur ce sujet. Avant tout, n'ayez pas de mouvements brusques. De la patience et beaucoup de patience!
Souvent, et cela dès les premiers moments, le photographe s'aperçoit qu'un confrère butor ou maladroit a indisposé l'enfant. Celui-ci regarde les appareils avec une véritable terreur. Cette fâcheuse disposition d'esprit s'aggrave encore par les recommandations multiples de la mère qui, presque toujours, au lieu d'amener la quiétude et l'immobilité de l'enfant, éloignent les derniers vestiges de confiance que le pauvre petit pourrait avoir encore.
C'est l'expression qui donne le plus d'attraits à la figure de l'enfant. C'est donc elle que le photographe doit provoquer avant tout et c'est là toute sa science. Les poses les plus simples, asseoir l'enfant sur une table, dans un fauteuil ou le coucher dans un berceau, sont les plus recommandables. On usera des boites à musique pour attirer son attention, mais on se gardera de les confier soit à la mère, soit à. la bonne.
L'opérateur doit montrer à l'enfant que lui seul est le détenteur des jouets. Si une seconde personne en dispose ou se trouve dans un voisinage immédiat, l'enfant devient distrait, il vaut donc encore mieux rester seul avec l'enfant et éloigner lçs proches.
Le photographe a beau jeu avec les enfants confiants, il n'a qu'à se hâter dans ses opérations. Si l'opérateur traîne, l'enfant se fatigue, il quitte sa place ou perd sa jovialité, il vaut alors mieux
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remettre la pose au jour suivant. Le premier cliché est généralement le meilleur.
Les enfants nerveux sont très difficiles à photographier. L'opérateur devra se faire bien venir de ces enfants ; déjà dans le salon de pose, il cherchera à leur inspirer confiance. Toute démarche se fera d'une façon douce, et si l'opérateur réussit à faire une première pose, il peut se féliciter, car, déjà à la seconde, l'enfant est moins craintif.
Mais c'est surtout avec des enfants timides que le photographe aura de la peine. Ceux-ci n'ont pas précisément peur de l'opérateur, mais ils sont toujours disposés à se cacher dans les jupes de leur mère. Un bon moyen est de les porter rapidement dans l'atelier de pose et de les photographier sans faire de longs apprêts. L'enfant, étonné de ce que l'on ne s'occupe pas de Lui, se laisse faire. C'est un moyen dont on n'use pas deux fois sans amener des pleurs. M. Boissonas, photographe à Genève, s'est acquis une réputation bien méritée par ses portraits d'enfants ; d'autres photographes encore, surtout en Amérique, en. ont fait une spécialité.
in. — études d'après des personnages qui rient.
Il est plus facile de saisir un enfant qui rit ou qui pleure que de photographier une personne adulte qui exprime l'un ou l'autre de ces sentiments. Le portrait d'un enfant est également plus sympathique, les traits n'étant pas aussi accentués, il s'y montre rarement des distorsions disgracieuses. Peu de personnes songeraient à se faire photographier en riant si elles savaient que le sourire lui-même n'est pas toujours agréable ni gracieux en photographie.
Sur cent poses de ce genre, quatre-vingt-dix certainement n'engageront pas les personnes à commander des épreuves. Tel visage «de jeune fille qui, en souriant nous attire, montre sur le cliché non retouché une physionomie vieille et dure. Cela provient de ce que le rire prononce avec exagération les parties musculaires qui partent du nez pour rejoindre la bouche. Malgré ce qui précède, il arrive que des praticiens habiles parviennent à faire de très beaux portraits; il faut pour réussir, avant tout, un bon
Figure 35. - Personne souriante.
modèle et le coup d'œil prompt du photographe. La figure 35 reproduit un cliché très réussi de M. Falk, de New-York.
Cette reproduction n'est pas sans critique, mais l'ensemble est gracieux et avenant. Pour clore ce chapitre, nous dirons quelques mots de l'influence des muscles de la bouche sur le jeu de la physionomie.
Aucune partie du visage ne possède autant d'influence sur l'expression que la bouche, cela provient probablement de ce que la bouche est le centre où viennent se réunir une multitude de petits muscles. En abaissant ou en relevant quelque peu le pli de la bouche, on communique au visage une expression de bonne ou de mauvaise humeur. M. Parttridge, professeur à la Royal Academy, insistait beaucoup sur ce fait dans ses lectures anatomiques. Le célèbre professeur avait une image à parties mobiles pour démontrer que l'expression des yeux, celle que les poètes chantent, ne leur est pas propre. Le regard inspiré n'existe pas si la bouche n'y concourt. Car si la bouche rit, les yeux semblent rire aussi. La physionomie reçoit donc en majeure partie son expression des muscles de la bouche.