‹ La photographie instantaneeChapitre 30 sur 53 · CO · texte numérisé non relu

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grands progrès ; les photographes ont cependant négligé les plus beaux effets de la nature. Parmi ces derniers, M. Robinson cite avant tout, les effets du ciel et de l'atmosphère. Le ciel communique au paysage tout son caractère et il possède sur lui une très grande influence. Par la perspective, les ombres s'affaiblissent ou se fortifient, par les nuages la lumière et la teinte se modifient.

Quels admirables effets de lumière et d'ombre, de clair-obscur et d'obscur ne produit pas un rayon de soleil perçant les nuées d'orages pour venir se jouer à la surface ridée de l'eau.

Le photographe, de même que le peintre, court au-devant d'un

Figure 36. - Paysage avec ciel nuageux.

effet artistique certain, en se livrant à de semblables études. L'atmosphère est le fond naturel de l'arrière-plan du paysage, elle doit remplir le même but que le fond dans le portrait et ne pas être représentée, comme cela se fait trop souvent, par une surface de papier blanc. Le ciel doit servir à donner de la plastique aux objets principaux et à les faire ressortir. Le paysage obtient du relief par la direction des lignes des nuages mise en opposition avec les siennes, par l'opposition de la lumière et de l'ombre. En un mot, le ciel doit servir à produire du relief ou de l'ampleur et, en général, pour servir de repoussoir à moins que pourtant le ciel ne

soit l'objet principal à photographier, comme cela sera le cas par un beau coucher de soleil. Le paysage alors devient l'accessoire. Le photographe, vraiment artiste, trouve un précieux auxiliaire dans le ciel; s'il sait se servir de ses effets picturaux, il rendra intéressant le motifle plus banal, celui qui par lui-même ne vaut pas la moindre attention. Le ciel devient surtout important lorsque l'horizon d'un paysage est bas et forme une ligne droite (fig. 3G).

Dans cette figure (d'après Robinson), nous trouvons une singulière concordance de tons qui proviennent des grandes masses de lumière amassées dans le ciel et répétées dans le paysage. Les nuages devraient prendre une place plus importante dans la photographie du paysage que celle qu'on leur a assignée jusqu'à maintenant.

Figure 37. - Paysage avec ciel nuageux-

On ne peut dire qu'une éprouve, dans laquelle le ciel est représenté par une grande surface blanche, ne soit pas naturelle, mais pour un admirateur de la nature, pour l'artiste, elle sera nulle, insipide et peu poétique.

Nous ne saurions comprendre un photographe qui, se rendant compte des réelles beautés des nuages, se priverait volontairement des grandes ressources d'équilibre et d'harmonie qu'ils apportent dans la composition d'un paysage. Il est impossible de photographier les nuages en même temps que le paysage. Rarement, les premiers se présentent dans les conditions voulues, et fut-il môme

ainsi, la photographie en présente de grandes difficultés. Il vaut mieux prendre séparément des clichés de nuages qu'on appliquera par double impression, sur la positive du cliché du paysage, photographié également dans les meilleures conditions possibles {(ig. 37). Cette intercalation n'est pas si difficile pour un opérateur soigneux que l'on pourrait le croire. Le ciel avec les nuages exige en moyenne un tiers du temps de pose demandé pour le paysage luimême.

Les cumulus aux arêtes vives se détachant fortement du ciel et les cirrus conviennent le mieux pour le paysage ; leur forme change souvent et leur aspect est des plus pittoresques, surtout lorsque le soleil les éclaire par derrière, en face de l'objectif.

Le photographe doit cependant se garder de commettre la faute grave de se servir de ces clichés de nuages lorsqu'il se trouve en face d'un paysage vivement éclairé par la droite ou la gauche. Le Dr Stolze a démontré tout le ridicule d'une semblable méprise. Bien souvent, les nuages se présentent dans le ciel avec des contours très indéfinis, les négatifs que l'on en obtient conviennent parfaitement à tous les paysages ordinaires. Les clichés de cumulus seuls demandent un emploi judicieux.

L'endroit le plus propice pour photographier les nuages est certes le bord de la mer. On choisira un jour ou l'orage ou la pluie montent à l'horizon. Le ciel encore pur à l' avant-plan sera un puissant repoussoir pour les contours fantastiques et pittoresques des nuées.

On rencontre alors, en fort peu de temps, une grande variété de formations de nuées dont le photographe habile peut faire une ample moisson. La question pratique de la photographie des nuages n'offre rien de particulier ni de difficile.

On pourra employer un Aplanat ou bien un objectif simple qu'on aura soin de diaphragmer fortement : la pose sera de 1/5 à 1/2 de seconde. Au révélateur, il faut ajouter 5 à 20 gouttes d'une solution à dix pour cent de bromure de potassium. Le tout est de poser rapidement et d'obtenir un cliché peu dense propre à la manipulation de l'interposition. Cette opération qui consiste à intercaler, par une seconde impression et au moyen d'un cliché

séparé, dans la partie blanche d'une épreuve figurant le ciel du paysage l'image d'une ou de plusieurs nuées est bien facile.

On commence par tirer une épreuve du paysage. Lorsque celle-ci est suffisamment venue, on remplacera le négatif paysage par un négatif nuage au dos duquel on a appliqué une couche qui couvre à 1 ou 2 millimètres près les contours du paysage. On procède ensuite à une seconde impression. Si le premier négatif renferme des arbres isolés ou des parties à arêtes vives se détachant sur le ciel, on aura soin de couvrir les parties déjà imprimées par les parties les plus denses du cliché nuage.

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