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CHAPITRE X

Paysage ayec personnages,

L'effet artistique d'un paysage est encore rehaussé par l'introduction de personnages, à l'avant-plan ou au second plan. A cause des poses courtes exigées par les procédés actuels, les paysages de genre que nous voyons aujourd'hui ont plus de mouvement et plus de naturel que les photographies de jadis. Souvent un

Figure 38. - Paysage avec figures.

paysage insignifiant qui présente par lui-même peu de ressources lait beaucoup d'effet par l'introduction de personnages que le sentiment artistique du photographe saura grouper et choisir.

M. Robinson, l'habile photographe anglais, a traité ce sujet dans d'admirables pages de la lecture desquelles l'amateur, en l'absence de règles fixes, tirera grand profit. « Les figures ne doivent pas seulement être dans le paysage, elles doivent faire partie dit, paysage*. Si l'on y introduit plus d'une, ces figures

doivent sembler être tellement liées les unes aux autres qu'il serait impossible de les séparer sans détruire tout l'ensemble •> II

ne faut assigner aux personnages qu'on introduit dans l'arrangement d'un paysage que des actions simples et natur elles.

Nous allons reproduire dans les figures 38 et 39 quelques com*

(l) La Photographie en plein air, par B.-P. Holiinson, Irad. par H. Colard. Paris, Gaulhier-Villars .

positions dues à M. Robinson, photographe à Tunbridge-Wells. La figure 40 est une autre photographie de genre du même artiste. Un homme d'un âge déjà mûr tourmente une jeune fille par des questions saugrenues. La jeune fille à la mine moqueuse a réponse à tout et c'est elle qui rira la dernière. Cet ensemble si naturel, plein d'abandon, ne manque pourtant pas de présenter dans l'exécution de sérieuses difficultés. Que nos lecteurs essayent de l'imiter, ils trouveront dans le cercle de leurs relations des modèles tout prêts à les y aider. M. Robinson choisit ses modèles,

Figure 40. - Paysage avec figures.

surtout les dames, dans le milieu qu'on est convenu d'appeler le monde. Les costumes ne sont pas des costumes de théâtre, mais bien des nippes de campagnardes. Les sujets se présentent quelquefois de la manière la plus inattendue. " Je me souviens, » écrit Robinson, « qu'il y a quelques années nous traversions un verger, nous allions photographier une vue choisie auparavant et nous devions passer par une porte pratiquée dans la palissade donnant sur la route. Un de mes modèles, qui avait un bâton à la main, courut en avant pour ouvrir la porte; quand cela fut fait, il se

retourna et se rangea en nous attendant contre la palissade, tout en chantant d'un air moqueur un vieux refrain :

« Open ihc gale and le! her through For slic is Pally Watty's cow. »

Ouvre/ la porte et laissez-la passer Car c'est la vache de Patty Wally.

Quelle pose charmante avait mon modèle tout en chantant. Je fis immédiatement une photographie dont la figure 41 donne une esquisse.

Kigure r. - Composition photographique.

Quelque temps après, je vis le même modèle sur le bord d'un ruisseau, criant à ses compagnes : •• Puis-je le franchir? •> C'était encore un sujet, mais le fond était fort laid et ne conve-

nait pas. Je me mis à la recherche d'un autre fond et je le trouvai {flg. 42).

Figure 42. - Composition photographique.

M. Rob. Slingsby a traité d'une façon charmante un motif bien simple, pris dans la vie enfantine de tous les jours, dans une pho-

Figure 4?. - Composition photographique.

tographie intitulée : « Cela flottera- t-il? » Quelques enfants con-

fient un petit bateau à la mer [fig. 43). On devine sur leur physionomie leur anxiété. Cela fiottera-l-il ?

Figure 13. - Enfants au bord de la mer.

Un autre sujet a été photographié par M. P.-H. Emerson \fnj. 44). Une dame d'un âge mûr dirige une classe; la scène se passe dans un jardin ; le motif principal est une admonition en règle faite

Figure -H. — École primaire.

à un écolier paresseux. On pourrait reprocher à cette photographie des costumes trop modernes pour l'époque à laquelle cette scène a dû se passer-

Il arrive quelquefois que le sujet d'une étude se présente naturellement; le photographe n'a plus alors qu'à attendre le moment propice pour opérer. La figure 45 nous retrace un cas semblable et un sujet photographié par M. Max Ziegler, de Berlin. Le négatif doit son origine aux circonstances suivantes :

L'Association des artistes donnait une grande fête costumée dans un parc aux environs de Berlin. M. Ziegler, muni de son appa-

Figurc 45. - Retour d'une fête costumée.

reil, s'y était rendu, persuadé d'avance que les sujets à photographier se présenteraient en nombre et d'eux-mêmes. Bien lui en prit, car au moment où il se disposait à photographier la villa d'un riche propriétaire, une barquette amenait trois jeunes filles retour de la fête. Les laisser aborder, les prier de s'occuper des cygnes qui les suivaient fut l'affaire d'un instant. Grâce à une pose rapide, l'heureux photographe put prendre sur le vif la charmante scène.

CHAPIPRE XI

Photographies de rues. — Vues animées de ville.

On se contentait autrefois de photographier les intérieurs de villes sans chercher à y introduire la vie de tous les jours; bien au contraire, on choisissait l'heure où les places et les rues étaient désertes et l'élimination des quelques rares passants et curieux n'était pas la partie la plus agréable de L'opération. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Le temps de pose étant réduit de trois minutes à moins d'une seconde, le photographe peut surprendre le mouvement de la vie active d'une grande ville. L'exécution n'en demande pas des manipulations bien spéciales.

Pour faire la photographie d'une rue ou d'une allée très longue, il faut presque toujours diaphragmer fortement l'objectif afin d'obtenir la netteté des avant-plans.

On place généralement l'appareil au premier ou au second étage d'une maison, les personnages à l'avant-plan viennent donc à une petite échelle et leurs mouvements se présentent avec une petite amplitude sur le verre dépoli. On peut alors user d'une pose relativement longue. A moins d'avoir à l'avant-plan un cheval au trot, une pose de l/20c à 150e de seconde est déjà assez rapide. Dans les grandes villes, comme par exemple à Londres, le photographe trouve quelques difficultés pour prendre des vues de rues. L'atmosphère y est souvent chargée de fumée ou de brouillard et cela principalement le matin. A certains jours, connue le lundi matin par exemple, le mouvement tourne à la cohue, le photographe court alors les risques de s'énerver beaucoup et de voir son appareil renversé. Dans des cas de cette espèce, il convient de supprimer le

trépied et de fixer l'appareil sur l'impériale d'un omnibus, sur une grille ou une borne d'annonces, ce qui met quelquefois le photographe dans des positions bien drôles ou même dangereuses. Outre cela, dame Police ne s'occupe pas de photographie, elle voit souvent dans l'homme à l'objectif un voleur, si pas un criminel. Le Photographia News raconte qu'un amateur de ses amis fut pris pour un dynamitard, arrêté et accusé, rien moins que de vouloir faire sauter la Bourse de Londres, parce qu'il s'était réfugié dans un soupirail de cave pour braquer sa chambre.

Si le mouvement étourdissant des rues de Londres est un sujet qui doit tenter le photographe amateur, que dirons-nous de la vie si fiévreuse des principales artères de Paris. M. Cobb, dont les instantanées de Londres sont universellement connues, s'est également laisser entraîner par ce spectacle. La figure 46 est une instantanée de l'Avenue de l'Opéra, prise presque au carrefour des boulevards. La façade de l'Opéra tonne un magnifique fond à ce vaet-vient enfiévré.

En dehors du mouvement quotidien de nos rues, nos voies publiques offrent encore d'autres sujets à photographier instantanément, c'est ainsi que les cortèges historiques ou carnavalesques, et surtout les processions ont le don d'intéresser le photographe. M. Colard nous retrace dans la figure 47, la cérémonie religieuse connue à Bruxelles sous le nom de » la procession du Saint-Sacrement des Miracles ». Dans une rue étroite et bordée d'assez hautes maisons se presse une foule de gens curieux et recueillis, une forêt de riches bannières se balancent au vent. L'ensemble est fort harmonieux et parfaitement attachant.

Dans la figure 48, nous voyons un régiment de ligne français traverser un pont.

S'il n'est pas toujours nécessaire de dissimuler sa présence dans les rues d'une grande ville, il en est autrement lorsqu'on désire photographier un sujet ou un groupe isolé dans une allée ou un chemin solitaire. Il faut quelquefois cacher l'appareil bien soigneusement, mettre au point un plan quelconque (on place son aide à un point déterminé) et attendre patiemment que le sujet vienne se mouvoir dans ce plan. Le photographe, qui a eu soin

de ne pas se laisser voir lui-même, déclenche alors l'obtura leur

{/ig. 19). Pour obtenir un effet artistique, il vaut mieux laisser

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