CHAPITRE XV
La Photographie instantanée en Astronomie et en Météorologie.
La photographie a rendu déjà de grands services à l'astronomie et à la météorologie; ainsi grâce à elle on est parvenu à prouver la sphéricité de la lune. Nous ne nous arrêterons pas à la photographie de la couronne du soleil, mais nous décrirons les appareils construits par M. Janssen et destinés à photographier instantanément des séries de phénomènes célestes. L'éminent astronome de l'Ohservatoire de Paris s'est servi de la photographie pour retracer d'une manière indubitable les phénomènes qui accompagnent le passage de Vénus sur le soleil. Déjà, en 1871, il avait construit une espèce de revolver dans lequel une surface sensible en rotation recevait successivement et à de courts internales des impressions lumineuses. La figure 70 nous retrace le passage du Vénus sur le soleil ; la série de photographies instantanées fut prise en 70 secondes. Le disque de Vénus se détache en noir sur la partie éclairée fournie par la lumière solaire. Les différentes phases des phénomènes ont été fidèlement retracées. L'appareil de M. Janssen a été le point de départ des remarquables travaux de M. Marev. Dans ces derniers temps, l'emploi de la photographie a été proposé pour étudier les nombreuses étoiles filantes qui se présentent dans notre atmosphère, à certaines périodes. La chute de bolides, si intéressante, du 27 novembre 1X72, alors (pie la terre traversa la queue de la comète de liiela, engagea fortement le D' Zenker à se servir de la photographie comme moyen d'observation du même phénomène, qui devait se renouveler le 27 novembre 18KÖ. Quoique la chute des étoiles filantes se fasse avec une grande vitesse, elles ont pourtant une action sur la plaque sensible ; il n'est doue pas
étonnant que l'appareil braqué sur le ciel fournisse un négatif sur lequel, à côté des légers tracés fournis par les étoiles, on découvre la trajectoire de cette chute.
En plaçant deux appareils, bien parallèles, à la distance de quelques kilomètres l'un de l'autre et en déclanehant électriquement en même temps leurs obturateurs, on obtiendra deux négatifs sur lesquels on pourra reconstituer la trajectoire entière des météores.
La photographie est chargée aujourd'hui de retracer les phéno-
Kigure 70. - Image positive obtenue par M. Jansen lors du passage de Vénus sur le soleil, le 8 décembre 1874.
mènes célestes dans presque tous les observatoires du globe et il est certain que fort peu d'essais n'ont pas répondu à l'attente des astronomes. Après la terrible éruption du volcan Krakateo (27 août 1883), le ciel prit une forte coloration qui, s' alliant à d'autres manifestations météorologiques, éveilla l'attention des astronomes. Ces phénomènes, provenant probablement de la projection d'une quantité colossale de particules poussiéreuses ou de vapeurs, se manifestaient même en Europe. Thollon relate que le ciel de Nice, ordinairement si pur, se troubla et resta voilé pendant
plusieurs jours. Le soleil, même pendant les jours les plus beaux, resta enveloppé d'un halo.
Ch. Mousette fit la même observation un peu plus tard et essaya de photographier le phénomène observé, opération qui lui réussit parfaitement, le 23 avril 1884. La figure 71, qui a paru dans La Nature, nous retrace ce halo qui est très caractéristique.
Les météorologues ont généralement reconnu que l'observation
l-'igure 7| . - Halo do soleil.
attentive des nuages, de leur forme, de leur hauteur, était d'une grande utilité pour l'étude dos phénomènes atmosphériques.
Le nephoscop, inventé en 18G0 par le docteur Zenker, malgré les améliorations de Braun (1867), ne donne exactement, ni la hauteur des nuages, ni leur direction ; il n'est donc pas étonnant que l'usage de cet instrument soit remplacé par l'emploi do l'appareil photographique.
Harwer décrit en 1881 un appareil pour photographier stéréoscopiquement les nuages et obtenir des données sur leurs formes et leurs dimensions verticales. Le capitaine Abney entreprit, en 1883, à Kew des essais sur une plus vaste échelle. Il fit établir aux deux bouts d'une base de 200 mètres environ, deux chambres photographiques dirigées vers le ciel qui, par un déclanchement électrique, photographiaient au même moment une même série de nuages II en obtint ainsi les données pour en déterminer les dimensions trigonomé triques. Le docteur Zenker fit également des essais pour déterminer, au moyen de la photographie, la hauteur des nuages. Il employait (1882) deux ou trois objectifs de 50 centimètres de foyer et des plaques de 14 centimètres carrés. Les chambres étaient montées verticalement. Les épreuves obtenues démontrèrent que les cirrus planent moins haut qu'on ne le pensait jusqu'alors. C'est par ces observations que l'on peut suivre pas à pas le courant descendant de l'air chaud ou humide ou bien enregistrer l'ascension des cirrus le matin et leur descente le soir. On parvient ainsi à calculer la vitesse exacte des divers courants atmosphériques, leur point de rencontre parfois très éloigné, leur influence sur les pressions minima, la formation de la pluie à l'intérieur des nuages et leur forme véritable. Ainsi se montre l'observation des nuages, au moyen de la photographie instantanée, un auxiliaire puissant de la météréologie pratique et scientifique; et il serait à souhaiter que ces observations photographiques fussent pratiquées systématiquement et pendant un temps assez long dans les stations météorologiques.
Une des plus curieuses instantanées atmosphériques obtenues est celle transmise par M. Robinson Howard, de Dakota, à M. Holden, directeur de l'Observatoire de Washburn, et relatée dans les comptes rendus des séances de l'Académie des sciences de Paris. C'est une photographie du terrible ouragan qui désola le 28 août 1885 les environs de la ville de Dakota. Les journaux du Wisconsin donnèrent au tornado une vitesse de 64 kilomètres et
la zone ravagée avait une largeur de 91 mètres. Le terrible tourbillon, par son extrémité inférieure, rasait le sol en arrachant et en détruisant tout ce qu'il rencontrait sur son passage; il soulevait des flots de poussière et c'est ces colonnes mobiles que M Howard photographia fortuitement.
On a observé que ces formidables tourbillons sont amenés par des troubles dans les couches supérieures de l'atmosphère; qu'ils se meuvent dans une certaine direction avec des vitesses effrayantes sans presque changer leurs formes : on dirait qu'ils ne font que glisser sur les couches inférieures L'observation approfondie de ces tourbillons appelés cyclone (m hurricane aux Antilles, typhon dans la mer de Chine, etc., rendrait de grands services à la navigation qui n'a, pour les prévoir, que des relations empiriques ou fabuleuses.