‹ La photographie instantaneeChapitre 48 sur 53 · CHAPITRE XX Instantanées d'animaux · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX Instantanées d'animaux

Il y a, parmi los photographes, des praticiens qui s'adonnent spécialement au portrait, avec éclairage Rembrandt, d'autres cultivent les portraits d'enfants, d'autres encore préfèrent les études d'animaux.

Figure. 103. - Étude de chats, d'après Pointer.

M. Robinson relate, dans un de ses ouvrages, qaé le célèbre peintre anglais Joshua Reynald .avait coutume de se familiariser

avec ses modèles avant d'entreprendre une étude. Il s'initiait à leur vie aussi complètement que possible, dînait avec eux, passait toute une soirée à leur côté et ne cessait de les étudier, sans en avoir l'air.

Le photographe gagnerait beaucoup en imitant cette habitude et se trouverait fort bien de ne pas voir défiler devant son objectif des inconnus.

Pour photographier les animaux, il faut énormément de patience et de soins. S'il est difficile, par exemple, de s'appro-

Figuie 10i. — Étude de chats.

cher d'un chat avec un appareil pour le photographier, il est encore plus difficile et même impossible de transporter l'animal dans un atelier et de l'y disposer pour la même opération. Le chat veut un portrait de famille, c'est-à-dire qu'il ne se laisse prendre que par un ami et au milieu des objets qui lui sont familiers.

Pour réussir les études d'animaux, le photographe devra étudier ceux-ci d'aussi près, si pas même plus, que le portraitiste étudie ses modèles. Il ne peut s'attendre à être bien accueilli

y dès la première minute par le boule-terrier, ni de trouver le chat dispose à lui faire entendre un ron-ron caressant dès qu'il l'approche.

Les dames américaines avaient créé, en 188 1, la mode de faire photographier leur chat. C'était un travail qui rapportait aux praticiens un fort gros salaire, bien mérité d'ailleurs. Le chat n'était-il pas, en erïet, au moins aussi capricieux que sa jolie maîtresse? Ne' fallait-il pas une bien grande attention pour ne pas con-

Figure 105. - Étude de chats.

fondrelesdivers négatifsdetouscesminoisqui, après tout, se ressemblent au tantentre eux que les fils du Céleste empire ? Lephotographe courait de plus le risque de se faire égratigner par de jolis ongles tout roses si, par erreur, il avait osé remettre à sa cliente le portrait d'un poussy quelconque, au lieu de celui du favori. En Angleterre, également, Poussy a eu L'Honneur de se voir faire la cour par les photographes les plus habiles. Entre autres, par M. Pointer, de Brighton, (pu a fait une spécialité de ces études. Les figures 103, lui, LOS, 108 et k)7 nous donnent la repro-

duction (malheureusement peu réussie) de toute une série humoristique de portraits de chats.

Mes Favoris, X Élève attentif', la Bonne d'enfant, En admiration sont les résultats d'un travail patient. La h'gure 107 donne à une échelle plus grande Mes Favoris, de M. Pointer.

Le chien a un caractère tout différent de celui du chat : peu lui importe l'endroit où il se trouve, l'aspect d'une figure étrangère (pourvu qu'elle lui soit sympathique) ne le préoccupe pas énormément. Il est donc facile de le photographier, sans même qu'il s'en

Figure 106. - Étude de chats.

aperçoive. Les grandes espèces s'y prêtent même avec beaucoup de complaisance et d'abandon. Les petits chiens sont moins dociles, ils n'aiment pas de rester longtemps en place. Pour assurer leur immobilité relative, il serait difficile de tracer une règle de conduite à suivre. En général, un bruit violent fait pour éveiller leur physionomie produit l'effet opposé à celui qu'on désire; on obtient beaucoup plus par de léger s grattements sur une feuille de papier,sur la table ou de légers bruissements faits avecla bouche.

. Figur« mi. - É:uda de chats.

Tout le monde sait quel eHet l'audition du mot — Rat — produit sur le terrier; mais c'est un moyen dont il ne faut se servir qu'en

toute extrémité, car le terrier ne reste plus longtemps en place lorsque ce mot magique a été prononcé, même du bout des lèvres.

Le chien qui jappe est un tourment pour le photographe; en lui donnant à boire immédiatement avant la pose, on peut encore parvenir à le photographier. Lorsque le^rhienVsi très docile, il

Figur« 109. - Lion de la Haute- Nubie- Instantanée-

donne un bon sujet à intercaler dans le paysage. Le photographe de profession se voit très souvent Obligé de faire poser des chevaux. Heureusement que le cheval esl un bon modèle; la position des oreilles et de la tète donne déjà à elle seule tout le caractère de l'animal. Il ne s'agit donc, plus que de faire poser le

cheval sur les quatre pieds et d'obtenir ceux-ci sur le négatif. Un

1 igure 110. — Tigre du Bengale. Instantanée.

coup de sifflet ou le bruissement d'une leuille de papier suffisent ordinairement pour rendre le cheval immobile et lui faire dresser

Figure 111. - Tigre du Bengale. Instantanée.

les oreilles. Beaucoup de chevaux ont l'habitude de mâcher le

culté réelle consiste dans le balancement de la queue, lorsque les

mouches tourmentent la bête. Il vaut mieux photographier le

cheval par un temps légèrement couvert : les mouches sont alors moins abondantes et la robe ressort mieux.

La photographie instantanée sert non seulement à reproduire

liaire très utile au zoologue. Etudier les fauves dans nos jardins

zoologiques ou nos ménageries, surprendre et retracer leurs mouvements, saisir et enregistrer leurs habitudes, voilà certes une des applications les plus instructives et les plus attrayantes de la photographie. Nous donnerons dans les pages qui suivent la reproduction des clichés obtenus par un photographe anglais, M. Hinxmann, pendant un voyage fait dans le jardin zoologique de Londres (1). Voici (fig. 108, 109) le lion de la Haute-Nubie.

Figure 115. — Girafes.

Nous croyons qu'on a rarement obtenu une photographie plus importante du roi du désert. Le tigre {fig. 110, 111) est un modèle peu commode. On ne voit pas les barreaux de la cage; il n'est pas à supposer, cependant, que le photographe se soit introduit dans la cage pour prononcer devant son modèle le tradi-

(1) Les clichés ont été tirés du Graphie

tionnel : « Ne bougeons plus ». Il est fort probable que le tigre,

par esprit de contradiction, se serait empressé, tout au contraire, de prouver à l'audacieux photographe que les procédés photographiques n'ont rien de compatible avec son humour à lui et l'aurait initié à ses procédés instantanés — de destruction.

L'éléphant femelle (flg. 112) a été rapporté par le prince de Galles lors de son voyage aux Indes.

L'ours blanc (////. 113), par son attitude, nous donne une idée de ses dispositions à l'égard de M. Hirixmann et fait bien pressentir

Figure 117. - Csrî de Liolidorf.

le parti qu'il lui aurait fait si le traitreux appareil ne lui avait pas permis de le croquer lui-même, à distance.

La figure 114 nous montre deux chameaux dont l'allure plus pacifique contraste avec celle du sujet précédent.

Dans la figure 1 15, l'une des girafes regarde le sol d'un air singulier comme si c'était la première fois qu'elle l'apercevait; l'autre girafe semble s'étonner de ce que sa oompagne porte son attention aussi bas.

Le zèbve(fig. 116)est apprivoisé; il connaît son gardien et, malgré

cela, celui-ci ne touche pas l'animal. Que l'on remarque les oreilles relevées, l'expression de la queüe, la position des jambes de devant. Tout cela exprime la méfiance. Le zèbre, parait-il, est plus timide, plus peureux, plus méfiant que méchant ; c'est pourquoi on n'a jamais réussi complètement à le dresser à la manière des chevaux. Et cependant, il pourrait rendre des services, semhle-t-il. Pour finir cette énumération, nous avons le cerf de Liehdorf

Figure us. Miss Cora dans la cage aux lions.

117). C'est un animal d'origine asiatique et, quoique plus petit, il est identique avec le Wapiti du Canada.

M. Hinxmann n'est pas le seul photographe qui se soit occupé des fauves. M. Loissiuins, de Genève, en a publié, il v a linéique temps, de très remarquables séries. Cet habile photographe s'est introduit dans les cages pour opérer : il est vrai que les lions et

les tigres étaient bien gardés, par une intrépide dompteuse Miss Cora, comme le montrent les figures 118 et 110.

Ce travail, néanmoins, présente de grands dangers pour le photographe, qui y laisse quelquefois des lambeaux de sa peau, comme cela arriva à M. Auguste Petit, à Paris. Lorsque le praticien opère dans un jardin zoologique ou dans une cage, il fera bien de mettre au point un plan donné. Un morceau de journal mis

Figure 119. - Miss Cora dans la cage aux lions.

debout par terre convient parfaitement à cet effet. Au moment où le gardien amène le sujet ou bien à l'instant où celui-ci se présente dans le plan choisi on découvre l'objectif. Une autre étude d'animaux (1), que nous reproduisons dans la figure 120, est non seule-

(1) Scientific American, Supplément 4882, n° 362, p. 5813.

ment intéressante au point de vue de l'histoire naturelle, mais elle témoigne hautement du courage de celui qui en a pris le négatif.

Un amateur anglais, parcourant les environs de Bombay avec son appareil, rencontra près de Muygapier un immense marais dont les alentours étaient ornés d'une riche végétation tropicale. Son désir de reproduire ce magnifique décor lui fit déployer le

trépied et la chambre; au moment de se couvrir la tête du voile, pour la mise au point, il voit surgir, sur le verre dépoli, un immense crocodile qui sortait des flots, suivi bientôt d'un second et d'autres encore. Toute une bande se dirigeait vers lui, avec le désir apparent de déjeuner à ses dépens. Notre homme acheva tranquillement l'opération photographique, puis se sauva à toutes jambes dans une direction opposée.

Page 1