I. — PORTRAITS DE PERSONNES HYPNOTISEES OU DE CELLES QUI DORMENT
Lorsqu'on photographie des personnes endormies, on est très surpris d'obtenir, à de rares exceptions près, des expressions peu agréables; les enfants seuls fournissent des portraits passables. La physionomie de la femme qui dort exprime le remords, celui de l'homme exprime la douleur. Ce fait relègue tout à fait dans le domaine du roman la beauté sublime de la « belle au bois dormant ».
Quelques portraitsd'unejeune fille hypnotisée furent montrés, en 188 1 , à une séance de la Société photographique de Berlin. Dans l'une de ces épreuves, les yeux convergent encore, mais celui de droite fixe un point plus bas que celui fixé par l'œil gauche. La mâchoire inférieure s'est abaissée, et, dans toute la physionomie, on découvre une expression de lassitude. L'ensemble de cette expression est plus naturel dans une autre épreuve. Les mains sont jointes comme pour la prière. Le visage est illuminé, les lèvres sont closes, les yeux fixent le ciel, les pupilles sont rétrécies; l'expression en général est meilleure, parce que la partie inférieure du visage a été couverte.
Comme contre-partie, nous signalerons quelques épreuves de grenouilles hypnotisées, qui prennent, au contraire, une expression très comique.
II. — LA. PHOTOGRAPHIE COMME MOYEN i/OBSERVATION DANS LES MAISONS DE SANTE
La photographie a été utilisée, comme moyen d'observation, dans les maisons de santé il y a déjà trente ans. M. Brustfield. de Chester, communiqua en 1857, à la Société photographique de Londres, la remarque, faite par lui et par ses collègues, que les personnes dont l'esprit est malade aiment à contempler leurs portraits. Il raconte entres autres qu'une malade lui demanda son portrait pour l'envoyer à son fils, afin que celui-ci put se rendre compte des progrès de la convalescence. M. Brustfield, redoutant que les aliénés atteints de monomanies dangereuses, dont l'influence fatale engendre des excès redoutables et pousse même au meurtre, parviendraient à tromper la vigilance de leurs gardiens et à fuir, proposa, il y a déjà longtemps, de photographier les sujets à leur entrée dans l'asile. Les portraits, communiqués en cas d'évasion aux autorités, faciliteraient les recherches et assureraient des captures promptes.
La grande sensibilité des plaques au gélatino-bromure permet aujourd'hui au photographe de saisir les traits les plus mobiles, c'est un résultat qu'on n'aurait pas osé espérer il y a cinquante ans.
M. Albert Londe décrit, dans le journal La Nature, un laboratoire photographique adjoint à l'une des maisons de santé de Paris. Un des plus célèbres médecins aliénistes, le professeur Charcot, se sert continuellement de la photographie, comme moyen d'observation, à l'hôpital de la Salpètrière. La malade est photographiée dès son entrée à l'hôpital, et chaque fois qu'un changement notable se produit dans son état. Ce système est surtout précieux lorsque le médecin étudie les contractions hystériques. Ces photographies témoignent fidèlement de l'état de la malade au début, ainsi qu'aux diverses phases ou époques de la maladie. Dans les cas d'hystérie épileptique ou d'hystérie simple, la photographie instantanée est très utile au médecin traitant. Le docteur Charcot a pu démontrer, par son concours, que ces maladies présentent des phases distinctes, qui se succèdent d'une façon chronique. L'appareil employé pour les observations médicales se compose
d'une chambre noire, dont la planchette porte en couronne neuf
objectifs à foyers égaux. Un disque en aluminium, noirci et percé d'une ouverture quadrangulaire, tourne derrière ces objectifs et
fait fonction d'obturateur; il est mis en action par un mouvement d'horlogerie. En repos, il ferme tous les objectifs. Un courant électrique est lancé dans un circuit électro-magnétique, en communication avec un dispositif spécial qui sert à déclencher le disque, dont l'ouverture découvre alors un des neuf objectifs. Le déclencbeinent a lieu à chaque fermeture du circuit. L'appareil est ainsi toujours prêt à entrer en fonction et se dispose comme dans la figure 157. Pour opérer, le médecin ferme le courant au moment voulu, au moyen du commutateur D {fig. 158), et la pose commence. S'il désire obtenir rapidement une série de poses, à des
Figure 158. - Appareil photo-électriaue A. Londe.
intervalles égaux, il lance le courant de la batterie B dans le métronome C, dont les branches E, plongeant dans des godets contenant du mercure, ouvrent et ferment automatiquement le circuit. Une aiguille qui tourne avec le disque obturateur indique, sur le devant de la chambre A , l'objectif qui a été découvert le dernier. La manotte Jl/sert à remonter le mouvement d'horlogerie. Nous croyons intéresser le lecteur en reproduisant, figure l."><),des essais obtenus sur une plaque par l'appareil que nous venons de décrire. La cliambre avait été dirigée sur deux personnes mar-
chant dans la rue. Les neuf images nous montrent successivement ces personnages marchant l'un derrière l'autre, puis se rejoignant pour marcher finalement côte à côte.
Figure 159. - Épreuves obtenues avec l'appareil de Londe.
El. — APPLICATION DE LA PHOTOGRAPHIE INSTANTANEE A L'ÉTUDE DES MOUVEMENTS PHYSIOLOGIQUES RAPIDES
Nous trouvons, dans le Journal d" Anatomie et de Physiologie de 1865, un article intitulé : Études critiques sur les mouvements du cœur, dans lequel MM. Onimus et A. Martin prétendent avoir photographié, malgré le peu de rapidité des procédés connus alors, les pulsations du cœur, dans les positions extrêmes de cet organe.
Le Dr Stein, de Francfort, fit activement, quelques années
après, de la photographie physiologique : il s'évertua à reproduire graphiquement le jeu de certaines fonctions, telles que les pulsations du cœur, les hattements du pouls, la respiration, la contraction des muscles et les variations de la température du corps.
Déjà en 1863, Czermak suggéra à l'Académie des sciences de Vienne l'idée de photographier les hattements du pouls. Il proposa de concentrer au moyen d'une lentille les rayons lumineux et de les faire passer sur le champ d'un houton hémisphérique à fixer sur
l'artère. L'ombre sautillante de ce bouton, projetée sur un écran, aurait produit distinctement une courbe photographiable. Cette idée ne fut jamais mise en pratique, et c'est l'appareil imaginé plus tard par le Dr Stein qui sert aujourd'hui. Cet appareil donne avec exactitude des courbes graphiques. Il se compose (fig. 1G0) d'un petit cadre en laiton sur lequel est fixé le ressort FF. Celui-ci porte au-dessus, en A, un bouton . en métal, et en dessous un petit anneau en corne, g qui vient s'appuyer contre l'artère. Le bouton A .g se trouve en communication, par la tige M, avec S le levier en corne H, qui oscille en b. Un petit â écran noir C, percé d'un trou à son centre l, est s fixé à l'autre extrémité du levier. La vis $ sert à g rapprocher le dispositif de l'artère. Le cadre en
* métal se fixe sur l'avant-bras au moyen de deux .2 bandes en caoutchouc BB, qui s'accrochent en S mmmm. Le levier de ce léger appareil prend un
* mouvement sautillant sous l'impulsion du pouls. S Si l'on lait tomber un faisceau lumineux, par l'ou-
£ verture l, sur une surface sensible mue par un g mouvement d'horlogerie , ce faisceau tracera une 2, courbe qui correspond aux battements du pouls, •f La figure 161 représente une courbe graphique « des battements du pouls. La courbe prend plus de i hauteur lorsque la pulsation est plus forte, comme, s par- exemple, après le repas, ou après la montée | d'un escalier. Il ne dessine pourtant jamais une ë pulsation ascendante ou descendante simple. Le sang bat par deux pulsations contre les parois de l'artère et l'on distingue l'intervalle qui sépare l'expansion et la contraction du cœur.
Les remarquables travaux du Dr Stein ont été consignés en un volume qui donne également la description des appareils employés (1).
(1) La Lumière au service des Recherches scientifiques, Halle-à-S., 1885, en allemand.
On sait que la production d'un son et la prononciation des voyelles sont réglées par certains mouvements des lèvres et de la bouche, qui ont intrigué de tout temps le dialecticien.
Les figures 162 à 164 montrent la position des lèvres pendant
la prononciation des voyelles A, 0 et U, et donnent un exemple de la manière dont on peut lire sur les lèvres. Ces figures ont été dessinées d'après des photographies jointes à un article de M. Félix Hément, intitulé : Les progrès récents dans renseignement des sourds-muets (1).
La photographie instantanée a élucidé encore d'autres problèmes qui se rattachent plutôt à l'art qu'à la science. M. Banard, de New- York, a photographié des violonistes, des chanteurs, des comédiens, des pianistes, dans l'exercice de leur art. Ces instantanées reproduisent les positions des doigts, des mains, les mouvements de la bouche, etc., etc., et fournissent d'excellents modèles aux jeunes élèves, car elles ont été prises d'après des maîtres connus et appréciés.
(4) La Nature, 1885, p. IC8