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La Photographie comme moyen de reproduction rapide

Jusqu'ici, dans tous ces exemples, la Photographie avait surtout pour but de préserver de la destruction des indices éphémères, en vue des discussions ultérieures de l'instruction et de l'audience. Mais les cas sont encore plus nombreux dans lesquels la Photographie documentaire intervient uniquement comme moyen de reproduction rapide pour faciliter et hâter les actions de la Justice.

Exemple : des armes, des instruments d'effraction, ou encore des vêtements sont retrouvés sur les lieux d'un crime. Le premier soin de la Justice sera de rechercher l'origine de ces objets et le marchand qui a pu les vendre, pour arriver jusqu'à l'acheteur lui-même. La Photographie, en multipliant les fac-similés de ces objets, permet de les

répandre instantanément entre toutes les mains où ils ont chance d'être reconnus.

La Photochromograpliie et ses équivalents devront venir en aide à la Photographie proprement dite, toutes les fois que les objets àreproduire seront surtout reconnaissables parleur coloration spéciale. Ce cas s'est présenté tout récemment à l'occasion d'une malle qui avait servi au transport de Paris à Lyon d'une personne assassinée mystérieusement il y a quelques mois. Par sa forme, elle rappelait exactement les innombrables malles dites chape- Hères, qui sont en usage dans tous les pays du monde. La teinte rouge antique de la toile cirée qui la recouvrait devait seule permettre de la reconnaître. Or la Photographie ordinaire aurait transformé celle couleur un peu criarde en un ton noir uniforme.

Quelquefois l'enquête cherche à découvrir non seulement le propriétaire, mais encore la désignation spéciale et l'emploi d'un objet trouvé sur les lieux d'un crime. Si les premières tentatives dans cette voie restent infructueuses, c'est encore au grand public, qui contient des personnes de toutes les spécialités, que l'on a recours.

Tirage instantané sur papier positif. — En Photographie judiciaire, la rapidité d'exécution est toujours la première des qualités. Aussi près de la moitié des tirages pour les affaires criminelles sont

exécutés sur du papier couché au gélatinobromure d'argent.

Ces papiers sensibilisés, que plusieurs maisons françaises fabriquent maintenant dans la perfection, sont couverts d'une émulsion analogue à celle des plaques sèches ordinaires, et peuvent donner des images positives après quelques secondes de pose et un court passage dans un bain de développement et de fixage.

Le procédé peut rendre les plus grands services dans les affaires criminelles où le coupable connu est en fuite. Iln'y a presque plus personne en France qui ne se soit fait photographier, ne serait-ce que dans une foire, au moyen du procédé sur métal, dit ferrotypie. L'expérience montre que, dans la moitié au moins des enquêtes judiciaires de nos jours, la Police arrive à retrouver quelques-uns de ces portraits (^affaires Walder,Allmayer, Géomay, elc); d'où l'obligation d'être à même d'en livrer quelques milliers d'exemplaires dans les deux heures qui suivent la saisie de l'épreuve originale.

Pour rendre le tirage plus rapide et surtout moins coûteux, on ne reproduira que la tête et le cou jusqu'à la cravate, en faisant le sacrifice du buste et de la largeur des épaules. On peut arriver ainsi à grouper, au moyen d'une faible réduction, douze de ces têtes sur un cliché de o'",09 sur o™,i3. Ces images timbres -postes de o'",o3 environ de côté reviennent alors sur papier instantané à moins de

o^*',oi pièce, et il devient possible d'en tirer plusieurs mille dans une nuit (* ).

Si le lendemain de l'affaire Walder, par exemple, on avait pu tirer la photographie de l'assassin en fuite à vingt mille exemplaires, et en distribuer des épreuves à tous les inspecteurs des garnis, aux contrôleurs de billets de chemin de fer, aux employés de l'octroi, aux commissaires spéciaux des gares frontières et maritimes, aux brigades de douaniers et de gendarmerie cantonale, etc., le coupable n'aurait probablement pas écha])pé.

Phototypographie pouj^ journaux. — Mais le moven le plus rapide pour vulgariser soit le portrait d'un criminel, soit des fac-similés d'objets qu'il y aurait avantage à faire reconnaître, est encore la publicité par les journaux. Ils accepteraient avec plaisir des autorités compétentes l'offre gracieuse d'un cliché typographique relatif à une actualité judiciaire, à la condition qu'il soit exécuté de façon à pouvoir être immédiatement intercalé dans le texte et qu'il présente quelque intérêt pour les lecteurs.

Malheureusement, les clichés en phototypographie faits directement d'après l'image photographique (seul procédé assurant la ressemblance

(') Voir, page 70, la description de la trappe spéciale pour l'impression du papier au gélatinobromurc.

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d'une manière certaine), demandent à être tirés avec beaucoup de soin et s'empâteraient certainement sur les presses à tirage rapide des journaux quotidiens. Il faut de toute nécessité transformer au préalable la photographie en un dessin au trait, ouvrage demandant beaucoup de tact et dans l'exécution duquel la ressemblance peut facilement sombrer.

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