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La Photographie comme agent d'investigation

Dans les exemples qui précèdent, nous avons vu la Photographie agir comme mojen de préservation et de multiplication; mais il y a d'autres cas encore plus curieux et assez rares où l'objectif, jouant un rôle d'investigation, arrive à voir et à fixer des traces que nos yeux ne sauraient percevoir directement. Voici, par exemple, un effet de commerce qui semble correctement établi et où l'œil humain ne découvre aucun indice apparent de grattage et de lavage chimique; faisons-en une reproduction photographique agrandie au quintuple, et nous verrons paraître dans les mailles du papier les marques de l'ancienne écriture.

Il s'agit là de la mise à profit de l'un des reproches les plus sérieux que l'on ait adressés à la Photographie; celui de confondre les couleurs

et de donner au jaune, par exemple, des teintes trop foncées. Tandis que les grains parsemés de cet estompage jaunâtre échappaient entièrement à notre œil, grâce à leur petitesse et à leur ton clair, la plac[ue argentée les enregistre, les agrandit et nous en donne une image en noir!

C'est, pour un autre but, exactement le même procédé que celui qui est suivi pour la reconstitution des palimpsestes, ces vieux manuscrits sur parchemin dont les copistes du moyen âge avaient iait disparaître l'écriture pour y écrire à nouveau. Bien des textes anciens et précieux, que l'on croyait perdus à jamais, ont été retrouvés de cette façon dans les mailles de ces vieux documents où ils gisaient ignorés. Au début de ces découvertes, on avaitrecours à la Chimie pour raviver les caractères effacés, mais la Photographie a permis d'arriver aux mêmes résultats sans altérer les documents originaux.

De même que pour les photographies de lableaux et d'objets coloriés en général, on est amené à placer un verre jaune devant l'objeclil pour éclaircir sur le positif la reproduction des nuances jaunes du modèle, de même, lorsqu'il s'agira de reconstituer des écritures effacées, nous conseillons de placer un verre bleu sur le trajet des rayons lumineux, afin de produire l'effet inverse; c'est-à-dire d'exagérerla tendance de la plaque photographique à voir le jaune en noir.

Le photographe peut, en prolongeant ou en diminuant le temps de pose, éclaircir ou foncer sur son image les ombres d'un relief. Il y a là également un moyen de faire enregistrer à l'objectif des effets d'ombres et de lumières qui ordinairement échappent à nos yeux. C'est ainsi que dans certaines circonstances on pourrait être appelé à faire revivre par la Photographie les phrases inscrites au crayon sur un carnet de poche, malgré l'ablation de la page elle-même, à la condition que l'une des deux pages suivantes ait été conservée. La pointe du crayon imprime en effet sur le papier un sillon mousse qui, dans certains cas, peut traverser plusieurs feuilles. Notre œil, qui fouille dans les creux etles ombres, ne le perçoit que très imparfaitement i^voir la note page 47)7 mais il n'en est pas de même de l'objectif, si l'on a soin d'éclairer le document par un jour oblique, rasant presque parallèlement sa surface.

Nous ne saurions terminer ce Chapitre sans dire un mot des applications de la Photographie microscopique à la Justice.

Les prouesses du microscope contre les falsificateurs de denrées alimentaires sont bien connues. Son œil amplifiant sépare aisément le bon du mauvais. Il retrouve traîtreusement les résidus de falsification dans les vins teintés à la graine de sureau, il ferme l'entrée de nos marchés aux viandes trichinées

APPLICATIONS DIVERSES. i>9

— et confond l'assassin en permettant de distinguer le sang de poulet du sang humain.

Ces images sont généralement fixées par la Photographie avant d'être portées devant la Justice. Mais leur reproduction comme leur interprétation scientifique sont plutôt du domaine delà technique microscopique que de celui de la Photographie judiciaire (' ).

(*) Consulter sur ce sujet l'Ouvrage de M. Davanne^ La Photographie. Traité théorique et pratique, tome II, p. 4^3 et suivantes. 2 beaux volumes grand in-8, avec 284 figures et 4 planches spécimens; 1886-1888 ( Paris, Gauthier-Villars et fils). — Pabst, chimiste principal au Laboratoire municipal, La L*hotograpJiie.

<")> ClIAPITRK IV.

L'atelier de Photographie judiciaire que nous allons prendre comme type est celui de la Préfecture de Police, qui a été aménagé par nous, sous la haute direction de M. Daumet, architecte du Palais de Justice, et de M. Louvard, en exécution d'un vote du Conseil général de la Seine.

Le nombre des individus que l'on y photographie s'élève de 4o à 80 et c[uelquefois à 100 par jour. Il est indispensable, pour ne pas entraver les actes de l'instruction et de la Justice, que les opérations de pose soient toutes terminées avant midi; de là la nécessité inéluctable d'assurer des communications faciles et de tout sacrifier à la rapidité.

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