‹ La Photographie judiciaire, avec un appendice sur la classification et l'identification anthropométriquesChapitre 15 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tainement dans l’indécision, et pour peu que son gibier ait quelque talent pour se grimer, notre limier aura grande chance soit de revenir bredouille, soit même, de se lancer sur une fausse piste et d’inquiéter un innocent voyageur.

La photographie de profil, au contraire, le mettra à l’abri de tout mécompte, mais à la condition sine quâ non qu’il soit familiarisé avec la manière de s’en servir.

C’est une erreur de croire qu’il suffit, pour se pénétrer d’une physionomie et arriver à se graver dans la mémoire les traits d’un visage, de les regarder longuement et attentivement et d’en imprégner en quelque sorte son œil. A quelques exceptions près et à moins d’être doué d’une mémoire visuelle extraordinaire, c’est là un essai voué à Un insuccès certain. Les quelques exemples de brillantes reconnaissances faites impromptu par des magistrats gratifiés de cette qualité peu commune, ne sauraient ébranler dans notre esprit cette conviction basée sur dix ans d’observations. Dans la plupart des cas, l’image irraisonnée que l’on recueillera ainsi s’effacera rapidement du cerveau. Y resterait-elle, que les mêmes causes qui donnent parfois à deux photographies de la même personne un aspect tout à fait dissemblable pourraient se représenter pour empêcher l’identification au moment propice.

Supposez que la Police possède l’ancien portrait

UTILISATION d’un PORTRAIT JUDICIAIRE. 35

d’un malfaiteur récidiviste photographié, il y a hien des années, à la suite d’une arrestation; peut-on, longtemps après, s’attendre à lui retrouver la même physionomie lorsque, le lendemain d’un coup fructueux, il circulera dans les rues, heureux, habillé de neuf et bien nourri?

Ici, comme pour les parties du problème examiné précédemment, c’est aux particularités de structure et de conformation qu’il faut s’attacher. Pour trouver ces particularités, pour en fixer l’image dans son esprit, il est indispensable d’en avoir fait une étude systématique et d’être familiarisé avec leur nomenclature.

Précédemment, lorsque nous n’avions qu’à nous occuper de la juxtaposition des lignes d’une photographie avec celles d’une autre photographie ou d’un détenu, cette étude pouvait sembler superflue. La comparaison minutieuse des deux formes,faite à tête reposée, suffisait pour faire ressortir à l’œil laressemblance oula dissemblance sans avoir besoin de l’exprimer par le langage.

La situation est tout autre lorsque l’identité doit être établie instantanément entre un individu qui passe rapidement et le souvenir d’une image. Car, comme nous le disions plus haut, l’agent, quoique généralement porteur d’une épreuve photographique, ne peut guère, en pratique, s’en servir qu’à la dérobée.

Or, l’expérience comme le raisonnement mon-

trent que cette image, ce document visuel, n’arrivera à s’-enregistrer dans le cerveau qu’autant que cet organe sera à même d’en repasser les traits et les caractères et par la mémoire optique et par le langage.

Les psychologues modernes enseignent que la mémoire d’un objet se compose de la résultante de l’impression visuelle et chromatique, de l’impression tactile ou de structure et de l’impression auditive. La sensation interne évoquée par le mot cloche, par exemple, ne sera complète que lorsque notre intelligence aura combiné l’image ou le portrait de la cloche avec le son métallique qu’elle produit et le mot cloche qui l’exprime. Tant que cette jonction cérébrale n’est pas faite chez l’enfant, la vue de la cloche ou l’audition du son d’une cloche ou l’émission du mot cloche ne produit chez lui qu’une sensation imparfaite et fugitive.

Nous dirons de même qu’aussi longtemps que telle particularité d’anatomie extei’ne dont la présence suffirait à elle seule pour faire reconnaître un individu entre mille, n’aura pas reçu un nom qui permette d’en emmagasiner dans la mémoire la forme et la valeur signalétique, elle restera non perçue et sera comme si elle n’existait pas. On l’a dit, il y a longtemps : nous ne pensons que ce que nous pouvons exprimer par la parole. Il en est de même de la vue : nous ne pouvons revoir en pensée que ce que nous pouvons décrire.

Conclusion. — L’agent chargé d’une mission aussi difficile que de rechercher et d’arrêter un criminel à l’aide d’une photographie, doit être à même de réciter et de décrire de mémoire la figure de celui qu’il poursuit. C’est la meilleure façon de prouver à ses chefs qu’il a pris à cœur la tâche qu’on lui a confiée.

Nous ferons connaître au lecteur, dans l’Appen-' dicefinal surl’Anthropométrie,laterminologie toute spéciale que réclame la connaissance de ce sujet.

Certes, plus d’un de nos lecteurs sera étonné de voir la science de la Police emprunter ses méthodes à l’Histoire naturelle et aux Mathématiques.

Nous croyons pourtant que cette étude descriptive de la figure humaine intéressera autant le photographe portraitiste que le mandataire judiciaire. L’un et l’autre ne sont-ils pas des scrutateurs delà physionomie humaine, sous des points de vue, il est vrai, bien différents !

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