‹ La Photographie judiciaire, avec un appendice sur la classification et l'identification anthropométriquesChapitre 46 sur 50 · Classification anthropométrique · texte numérisé non relu

Classification anthropométrique

Les altérations de la physionomie occasionnées par l’âge, les passions et les maladies, quelque accentuées qu’elles puissent être, ne sont pas les seules difficultés dont la Photographie judiciaire ait à triompher pour assurer l’identité des malfaiteurs professionnels. Le principal obstacle résulte avant tout du nombre presque infini, d’épreuves qu’une collection de ce genre atteint rapidement dans les grandes capitales.

Savez-vous qu’en sept ans la Police a collectionné plus de 90000 cartes d’hommes adultes (sans compter les femmes et les enfants), qui représentent l’ensemble de la population criminelle de Paris? Croyez-vous qu’il soit possible, pour les cent inculpés arrêtés chaque jour, d’examiner successivement ces 90 000 photographies?

G^est d’autant plus impossible que la plupart des individus ayant des condamnations judiciaires cherchent à les dissimuler en prenant de faux noms.

Voici en quelques mots le procédé de classification de photographies que nous avons proposé pour remédier à ce désidérata et qui a été adopté par la Préfecture de Police depuis 1882 :

Il consiste essentiellement à relever sur les dé-

Relevé du signalement anthropométrie

PPE ND ICE.

ment parle Dépôt, un certain nombre de longueurs osseuses déterminées {fig- *4)5 puis, en prenant pour base les chiffres ainsi obtenus, à classer les photographies de ces individus en suivant un ordre analogue à celui des flores, catalogues, etc., de telle sorte que l’on soit toujours à même de retrouver, dans la suite, dans une collection pouvant comprendre plusieurs millions d’épreuves, le portrait d’un récidiviste qui serait signalé comme dissimulant sa véritable identité sous un faux nom.

Explication du système. — Les 90 000 photographies réunies jusqu’à ce jour se répartissent ainsi qu’il suit :

Photographies classées suivant la longueur de tête :

Petites longueurs de tête.. 3 o 000

Moyennes longueurs de tête. 3 o 000

Grandes longueurs de tête. 3 oooo

Total .. 90 000

Les explications que nous avons .données précédemment sur la courbe binomiale ont montré que pour arriver à une répartition tripartite égale, il fallait de toute nécessité que la série des longueurs moyennes eût des limites beaucoup moins étendues que celles des longueurs extrêmes. L’expérience a prouvé que ces conditions pouvaient toujours être pratiquement réalisées.

Chacune des trois divisions de 3 o ooo est ensuite répartie, suivant le même principe et sans plus s’occuper aucunement de la longueur de la tête, en trois séries suivant la largeur de la tête de chacun.

Ces nouvelles subdivisions, au nombre de neuf, ne contiennent plus alors, savoir :

Cartes.

Celles des petites largeurs de tête, que io ooo Celles des moyennes largeurs de tête, que io ooo Celles des grandes largeurs de tête, que 10 ooo

Ces subdivisions de ioooo sont elles-mêmes partagées en trois groupes, suivant la longueur du doigt médius gauche et comptent alors chacune,

savoir :

Environ

Celles des médius petits. 3 3 oo

Celles des médius moyens. 3 3 oo

Celles des médius grands. 3 3 oo

On obtient ainsi vingt-sept groupes de 33 oo photographies envirctfL chacun.

La longueur du pied fournit une quatrième indication, qui divise encore chacun des vingt-sept paquets précédents entrois de noo photographies, que l’on réduit ensuite en des éléments de 4oo à peu près, en prenant pour base la longueur de la coudée, puis de 120 au moyen de la hauteur de la taille.

io8

PPENDICE.

La couleur des yeux, qui fournit à elle seule sept divisions, et la longueur du doigt auriculaire interviennent en dernier.

La longueur de Xenvergure et la hauteur du buste sont des renseignements accessoires servant plutôt à la description physique du sujet qu’à la classification de son signalement.

Ainsi, c’est au moyen seulement de six données anthropométriques nouvelles (car la taille et la couleur de l’œil ont été relevées de tout temps), que la collection des 90 000 portraits de la Préfecture. se trouve être divisée par groupes d’une dizaine d’unités, qu’il devient possible de retrouver et de parcourir sans avoir recours au nom, après avoir mesuré de nouveau le récidiviste simulateur.

Les petites différences de chiffres que l’on observe d’un signalement à l’autre suffisent pour empêcher toute confusion. De ce que deux longueurs de tête sont classées simultanément dans la même division (petite, moyenne ou grande), il ne s’ensuit pas nécessairement qu’elles soient identiques ; il y a bien des sortes de longueurs de tête petites, depuis la très petite jusqu’à la petite presque moyenne. Ce que nous avons dit précédemment (p. 82) sur les multiples sous-divisions de la taille pourrait se répéter rigoureusement pour toutes les autres mensurations. Aussi est-il presque impossible de trouver deux signalements anthropométriques équivalents,

se rapportant à des individualités différentes. Non seulement ce procédé est un instrument de classification, mais il suffît pour assurer l’identité de toute personne mesurée, malgré tous les changements physiques qui peuvent se produire en elle la vie durant et même après.

C’est grâce au signalement et à la classification anthropométriques que les identifications entre les photographies dissemblables citées dans cette étude ont pu être établies d’une façon certaine. L’Anthropométrie intervient également pour la reconnaissance des cadavres d’inconnus déposés à la Morgue. La mort, la position horizontale du cadavre, et quelquefois un commencement de putréfaction amènent de tels changements physionomiques que les reconnaissances d’identité de ce genre (PL VIII) deviendraient presque impossibles sans son aide.

On arriverait à une classification analogue à celle du classement anthropométrique en prenant pour base l’analyse tripartite des traits de la physionomie, telle que nous l’avons esquissée précédemment. La formalité de la mensuration serait ainsi évitée, et l’on pourrait, en cas de besoin, découvrir le nom d’une photographie anonyme non accompagnée de signalement, à la condition que l’individu représenté ait eu antérieurement maille avec la Police. On conçoit aisément les services qu’une classification de ce genre pourrait rendre dans cer- A. B. 10 •

taines affaires criminelles ou de Sûreté publique. Nous la croyons difficile, mais non pas impossible à mettre en pratique. Elle sera peut-être essayée un jour.

Voici, pour nous en tenir aux faits, existants, les résultats obtenus par le service anthropométrique, tel qu’il fonctionne depuis sept ans. Nous empruntons cette statistique au compte rendu de l’Exposition Universelle, publié le 27 novembre 1889 parle Journal Officiel :

Le Service d’identification amène annuellement la reconnaissance de 4oo à 5oo récidivistes, qui, sans cette intervention, auraient réussi à tromper la Justice.

Une autre preuve de l’efficacité de la méthode anthropométrique résulte de la disparition complète des dissimulations d’identité dans les prisons autres que le Dépôt. Tandis qu’en 1884 et i885, le chiffre des reconnaissances de récidivistes faites, après condamnation, par les surveillants de prison s’élevait de 200 à 3oo par an, le nombre des identifications de ce genre est tombé, pour l’année 1888, au chiffre de i4 sur lesquels 10 se rapportent à des individus qui, n’ayant jamais été mesurés antérieurement, ne pouvaient être reconnus par le service. Restent quatre omissions à répartir sur les 3iooo individus examinés dans l’année.

En général, les motifs qui déterminent les malfaiteurs récidivistes à dissimuler leur identité sont peu dignes de sympathie. Beaucoup cherchent simplement, en jouant des rôles de débutant, à adoucir la rigueur du Tribunal ou même à obtenir une ordonnance de non-lieu. Quelquesuns, se sachant recherchés et quelquefois condamnés par défaut sous leur véritable nom, ne tiennent pas à cumu-

PLANCHE VIÙ.

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