CHAPITRE V. — PHOTOGRAPHIE APRÈS DÉCÈS
phique. Les difficultés que l’on rencontre dans leur reproduction tiennent à la mollesse des tissus qui s’affaissent, à leur coloration et aux reflets qu’elles émettent.
Pour ce genre d’études, il faudra faire usage d’une chambre verticale. Parmi les plus perfectionnées nous citerons le physiographe universel de M. Donnadieu, qui est d’un fonctionnement irréprochable, mais malheureusement d’un prix de rev ient beaucoup trop élevé. Nous nous servons à la Salpêtrière d'une chambre qui à été construite par M. Mackenstein (*). Cette chambre, du format 13 X 18, est à long tirage, et elle peut se placer soit verticalement, soit horizontalement. Le bâti d’arrière est beaucoup plus épais que dans les chambres ordinaires, et il permet, au moyen de portes latérales, de mettre directement au point l’image reçue sur une surface opaque. Ce dispositif, comme nous le verrons plus loin, nous servira également pour la Photographie microscopique. Dans l'espèce nous employons cette chambre disposée verticalement et effectuons la mise au point sur le verre dépoli comme d'habitude (fig. 6x).
La pièce est placée soit sur une plaque de liège soit sur une planchette quelconque soit dans une cuvette de carton durei, si l’on veut un fond noir. On la cale et on la maintient dans sa posi- Lion exacte au moyen de petits tampons d’ouate mouillée. Si elle est humide, et c’est ce qui arrive presque toujours, on l’essuie avec un papier buvard non pelucheux. Le choix de l'objectif devra être fait avec soin. Pour notre part, nous préférons dans ce cas les objectifs à très court foyer. Nous employons ordinairement un rapid rectilinear Dallmeyer de o", 15 de foyer. Cet objectif devra être fortement-diaphragmé pour obtenir des divers plans avec une égale netteté. Les durées d'exposition seront en général assez longues, une ou plusieurs minutes au moins. Nous supposons en effet qu’on fait la reproduction de la pièce à l’échelle la plus grande possible.
IL y aura cependant des cas où ayant à reproduire des pièces de
faibles dimensions, mais d’une épaisseur considérable, on éprou-
(*) Get appareil, exécuté sur nos indications et celles de notre collègue M. Thou-
roude, figurait à l'Exposition universelle de 1889.
vera de sérieuses difficultés. On devra alors faire un cliché à petite échelle aussi net-que possible et l'agrandir postérieurement.
Pour éviter les reflets, il faudra tout d’abord éponger en quelque
sorte la pièce avec du papier buvard non pelucheux (le papier employé en Chimie pour la filtration des liquides est excellent).
S1 ce moyen est insuffisant on procédera différemment. On pla-
cera la pièce à reproduire dans un récipient rempli d’eau de façon
qu’elle soit complètement recouverte. Cette manière d'opérer
“gAueg "1 orydeiSoroooqouyq
‘IIX ‘Id
AVAAII 44
1DP appdiuoxa 00Gt mn ppn09&2 94
"opUOrT ‘Y F1 1 odAjojoyq
4dN 0)
“apnpou ay d018020ÿ4 — ‘AANOT
CHAPITRE V. — PHOTOGRAPHIE APRÈS DÉCÈS. 139 est très précieuse également pour reproduire les tissus qui ont tendance à s’affaisser ou les pièces en cours d’autopsie. Ce procédé a donné entre les mains de M. Donnadieu dé magnifiques résultats.
S'il s’agit de pièces dont il est important de bien définir les contours, on les mettra soit sur une lame de verre, soit dans une cuvette de verre, et l’on placera par-dessous, à 45°, un carton soit blanc soit de couleur appropriée pour donner un fond de la valeur désirée. Avec ce dispositif, toutes les ombres seront supprimées et l’on obtiendra une netteté de contours parfaite. Parmi les pièces que l’on aura souvent à reproduire, il faut citer le cerveau, dont il peut être important de conserver l’aspect à l’état frais, avant qu'il ait subi aucune opération pour obtenir son durcissement. On sait l'importance qu'a prise aujourd’hui la question des localisations cérébrales, et l’on n’ignore pas que des troubles nettement définis sont la conséquence de lésions affectant telle ou telle
région des circonvolutions du cerveau.
Ces questions de topographie cérébrale peuvent être facilitées par l'obtention de clichés photographiques qui permettront ensuite de procéder à un examen plus complet de l'organe après en avoir gardé la physionomie exacte. Si l’on croit devoir faire des coupes longitudinales ou transversales du cerveau, on les photographiera successivement sl est nécessaire. Nous donnons à titre de spécimen une reproduction d’une partie d’un cerveau vu latéralement; elle a été obtenue en plaçant le cerveau sous notre appareil vertical. Étant donnée la reproduction que nous avons faite à grande échelle et l'épaisseur de l'objet, il est nécessaire de diaphragmer fortement et de poser en conséquence. Le cerveau était calé au moyen de petits tampons d’ouate et la surface épongée avec du papier filtre de façon à enlever toute trace de liquide pouvant donner des reflets (P{. ÆT).
Dans la 4. WII, nous avons reproduit une coupe longitudinale d'un des hémisphères du cerveau. Ici, comme il n’y a qu'un plan
à reproduire, on pourra opérer plus rapidement que tout à l'heure
puisqu'il ne sera pas nécessaire de diaphragmer autant; l'épreuve montre parfaitement les détails de la substance blanche et les
divers replis de la substance grise qui forment l'écorce du cerveau
et constituent les circonvolutions. Cette épreuve a été exécutée
en photocollographie par notre préparateur, M. Sauvé fils, et le
ürage fait à 2500 exemplaires dans notre atelier de la Salpêtrière. Les arrêts de développement du cerveau, dans sa totalité ou
l’une de ses parties, sont fréquents chez les idiots et les dégénérés.
Il en est de même des hypertrophies de cet organe. La Photographie permettra de noter d’une manière très précise ces modifications et d’en donner une idée très exacte si l’on a soin de photographier toujours comparativement le même organe à l’état normal. Voici (PL. VIII), la reproduction d’une atrophie cérébrale. L’un des hémisphères est absolument sain, l’autre est considérablement atrophié. La même différence se constate sur le bulbe, dont un des côtés est considérablement diminué par rapport à l’autre.
L'étude du bulbe et de la moelle allongée sera faite de la même manière lorsque les lésions seront localisées dans ces parties.
L'examen des divers organes, s’1l est reconnu nécessaire par le médecin, sera fait par les mêmes procédés, et, d’une manière générale, on peut dire que dans bien des cas il sera fort utile de conserver l’aspect d’une pièce anatomique quelconque avant de procéder à son étude plus approfondie, étude qui nécessite forcément sa dilacération plus ou moins complète.
L'examen du squelette et des diverses parties qui le composent
pourra être également fort intéressant dans certaines hypothèses,
qu'il s'agisse d’arrêt ou d’excès de développement ou même de fractures plus ou moins bien consolidées. La constitution des os peut même être modifiée profondément comme dans l’arthropathie
des ataxiques. Ils deviennent spongieux, friables et d’une solidité
si médiocre que les malades en question se les brisent au moindre mouvement.
La reproduction de ces déformations sera faite avec facilité : il sera toujours bon, croyons-nous, de mettre à côté des épreuves des mêmes pièces normales. La comparaison sera ainsi plus facile et les moindres différences facilement perceptibles.
Aïnsi dans la 9. 62, qui représente un crâne normal et un crâne d’acromégalique, on voit immédiatement leurs dissemblances. Le
crâne d’acromégalique est beaucoup plus volumineux dans son
XIEE.