CHAPITRE V. — PHOTOGRAPHIE APRÈS DÉCÈS
vent servir pour les études dont nous avons parlé précédemment. Il sera seulement nécessaire fréquemment de faire usage de grossissements beaucoup plus considérables, «qui atteindront parfois 1000, 1500 diamètres et même davantage.
La question de coloration des microbes, surtout par les procédés de double coloration, aura une importance particulière.
Nous examinerons ce point tout à l’heure.
En dehors de l’examen microscopique des organismes divers, il sera quelquefois intéressant de conserver l'aspect des cultures que l’on est conduit à faire et des modifications qui se succèdent avec le temps.
On fait le plus souvent les cultures de microbes sur des tranches végétales, comme celle de la pomme de terre, ou dans des milieux tels que la gélatine, celle-ci étant enfermée dans des petits tubes à essai.
La reproduction des cultures en plaques ne présentera pas de difficultés particulières ; il suffira de placer la préparation sous la chambre verticale et d'opérer comme nous l’avons indiqué pour les pièces anatomiques.
La photographie des cultures en tubes est beaucoup plus délicale à cause de la courbure du verre qui donne des reflets qu'il est difficile d'éliminer. On peut y arriver cependant par deux méthodes; l’une consiste à mettre le tube de culture dans une cuve à faces parallèles remplie d’eau. Le tube devient invisible et les reflets sont complètement supprimés.
Ce dispositif permet d'opérer par transparence ou par réflexion : dans le premier cas on mettra la cuve bien en lumière, et on l’éclairera au besoin avec un condensateur; dans le second, il suffira de mettre derrière la cuve un morceau de carton ou d’étoffe foncée pour avoir un fond noir sur lequel la préparation se détachera parfaitement.
L'autre procédé pour éliminer les reflets nous a été indiqué par le D' Doyen de Reims. Il est beaucoup plus radical; il consiste à couper avec un diamant toute la partie antérieure du tube.
Nous donnons dans la P{. WVI une magnifique culture de Ba-
cillus mesentericus faite sur la pomme de terre, et deux cultures
en tubes faites et photographiées par M. Doyen. Comme on peut
s’en rendre compte, les reflets n'existent aucunement.
De l’obtention des préparations destinées à la reproduction photographique. — Les coupes que fait l’histologiste pour ses recherches peuvent ne pas se prêter à la reproduction photographique ou ne donner que de mauvais résultats, et ceci pour deux raisons bien déterminées, leur épaisseur ou leur mode de coloration.
Les pièces destinées à l'examen microscopique sont, après des
préparations spéc
ciales qui ont pour but d'obtenir un durcissement convenable, coupées en tranches aussi minces que possible au moyen de rasoirs ou d'instruments plus perfectionnés qu’on nomme des microtomes. L’obtention de ces coupes est très délicate, et il paraît fort difficile de n’obtenir qu’un seul plan de l’objet étudié. L’épaisseur de la coupe n'est du reste pas un inconvénient pour l’histologiste, car, armé d’un objectif à très fort grossissement, il parcourt les divers points de sa préparation, et, s’il est nécessaire, en faisant varier la vis micrométrique il peut examiner successivement les divers plans dans l'épaisseur de la coupe. On sait en effet que les objectifs microscopiques n’ont qu'une profondeur de foyer très faible; par suite, l’observateur ne sera pas gêné par la présence des plans voisins.
Lorsqu'il s’agit de photographier de telles préparations, les conditions de l’expérience peuvent changer. Il faut que la plaque photographique donne la reproduction fidèle de tout ce qui est dans le champ de l'objectif; par suite, on sera conduit naturellement à diaphragmer plus ou moins de façon à obtenir la netteté indispensable dans l'espèce. Par ce fait même, on augmentera la profondeur de foyer, et, si la préparation est tant soit peu épaisse, on pourra voir simultanément plusieurs plans, d’où une confusion inévitable des images des divers plans.
Le raisonnement le plus élémentaire exige donc de chercher à obtenir des coupes aussi minces que possible quand il s'agira de les photographier.
On mettra de côté toutes les coupes présentant un défaut quel-
conque, cassure ou coup de rasoir, car ces défauts prendraient une
LONLE. — Photographie médicale. PI, XVI ê. TF T EN EN Y À Al T T CULTURES MICROBIENNE Culture de Staphylococcus aureus. Culture de Staphylococcus albus. Phototypes négatifs de E. Doyen et F. Rothier. Culture de Bacillus mesentericus sur la pomme de terre. Phototype négatif A. Londe. Photocollographie Chêne et Longuet,
CHAPITRE V. — PHOTOGRAPHIE APRÈS DÉCÈS, 169 importance considérable. Ce sera une affaire de soin et d’habilete de la part de l’opérateur.
La question de coloration des coupes peut entrainer beaucoup d’insuccès; aussi devons-nous à ce sujet faire une étude spéciale.
Nous avons vu dans le cours de cet Ouvrage que la plaque photographique n’est pas apte à traduire d’une manière exacte les diverses colorations d’un objet en tant que valeurs. En effet, en dehors de leur coloration, les divers rayons du spectre ont une intensité donnée que notre rétine apprécie parfaitement. Ainsi le jaune et le rouge sont des couleurs claires, Le vert et le bleu sont des couleurs sombres. Voulons-nous dote en grisaille l’effet ressenti par nous en regardant l'uniforme du soldat français, pantalon rouge et capote bleue, nous rendrons le bleu par une teinte plus sombre que le rouge. De même, un toit rouge, se détachant sur la verdure sombre des arbres, se traduira par une note claire.
En Photographie, tous ces effets seront complètement renversés. Le rouge du pantalon, le toit en question, viendront noirs: le bleu de la capote, la verdure des arbres, seront rendus en notes plus claires.
C’est là, jusqu’à nouvel ordre, une impuissance de la Photographie qui peut fausser complètement le rendu de certains effets.
C’est pour cette raison que des préparations parfaites pour l'examen histologique peuvent donner sur la plaque photographique des résultats absolument contraires à ce que l’œil percevait. Donnons un exemple : On colore fréquemment les microbes en violet plus ou moins foncé et les tissus qui les renferment ou le fond sur lequel ils se détachent, en rose ou en rouge plus ou moins intenses. L’œil perçoit l'impression d’un objet foncé se détachant sur un fond clair. Sur la plaque photographique, ce sera précisément l'inverse; le fond sera foncé, quelquefois même presque noir, et les microbes seront blancs ou plus ou moins gris. L'effet sera donc totalement changé.
Dans un autre ordre d’idées, une lésion dans une préparation est indiquée per une coloration soit jaune, soit rouge peu intense ;
tous les détails de la lésion sont perceptibles. Vient-on à photo-
graphier cette coupe, les parties atteintes seront traduites par un noir plus ou moins intense dans lequel il sera difficile d’aller chercher les points intéressants.
On pourra atténuer ces défauts dans une certaine mesure en mettant en œuvre les procédés isochromatiques et obtenir, par suite, des résultats plus satisfaisants. On sait, en effet, que, par l’introduction de certaines substances telles que l’éosine, par exemple, dans la couche sensible, on augmente sa sensibilité pour certains rayons tandis qu’on la diminue pour d’autres. La plaque, qui est ordinairement si sensible aux rayons violets et si réfractaire aux rayons jaunes et verts, est modifiée complètement et les deux colorations extrêmes peuvent être obtenues et donner une bonne image par une exposition unique, tandis que dans le cas précédent, pour avoir également le bleu et le rouge, il eût fallu donner à celui-ci une pose beaucoup plus considérable.
L’usage des verres ou des solutions colorées destinées à intercepter certains rayons trop actiniques présentera également de nombreuses ressources à l’opérateur, qu’il les emploie isolément ou même combinées avec les plaques isochromatiques. IL devra
faire une série d’essais préliminaires qui lui indiqueront le dispo-
sitif le meilleur à adopter dans chaque hypothèse. IL est assez difficile en effet de poser des règles fixes dans l'espèce, car l'effet produit dépendra d’une manière absolue de la nature du colorant employé : tel rouge donnera de bons résultats, tel autre ne donnera rien.
En ce qui concerne les procédés de coloration habituellement employés, il faut distinguer entre les méthodes de simple coloration et celles de double coloration. Dans les premières, les éléments à étudier se détachent colorés sur fond incolore, car, la préparation étant teintée uniformément, certaines parties se trouvent ou décolorées complètement ou colorées bien plus légèrement.
Dans les secondes, la coloration du fond est différente de celle de l’objet à étudier, où, certains éléments se colorant d’une façon, les autres se colorent d’une autre manière; d’où grande facilité pour distinguer les divers tissus différents.
Comme exemple de simple coloration, nous citerons les prépa-
rations de microbes qui, colorés soit en violet, en bleu, en rose