PRÉLIMINAIRES
C’est un art d’origine essentiellement française, d’un avenir scientifique sans limites, et d’un charme passionnant que nous allons tenter de vulgariser. Il n’y a que peu de temps, la photographie exigeait des connaissances spéciales, des manipulations délicates, une installation et un outillage coûteux. La pratique en était forcément restreinte au petit nombre, et nous n’eussions jamais songé à en faire l’objet d’une récréation facile, si de récentes découvertes n’avaient simplifié les procédés, réduit le travail de laboratoire et abaissé les frais à un chiffre que tous peuvent aborder.
Le procédé au collodion est désormais remplacé par celui au gélatino-bromure d’argent, dont la formule défi-
nitive a été libéralement donnée au public par le docteur Yan Monkhoven.
Nous n’entrerons pas dans les détails d’exposition qui feraient comprendre la différence immense qui existe entre les anciens et le nouveau procédé, et sans préambule nous expliquerons en quoi se résument les acquisitions et opérations nécessaires pour obtenir de bons clicbés, sans savoir rien de la chimie photographique ni des manipulations de l’appariteur.
Grâce aux travaux d’habiles praticiens , on trouve aujourd’hui à bas prix, dans le commerce , des glaces toutes préparées, c’est-à-dire enduites d’une couche sensible à la lumière et qu’il suffit de présenter à un objectif photographique, pour obtenir un groupe, une vue ou un portrait.
D’autre part, nombre de constructeurs ont depuis longtemps exercé leur ingéniosité à établir des appareils à bon marché, légers, peu encombrants , d’un maniement facile.
Les résultats acquis permettent d’affirmer que, malgré les progrès infinis que l’on est en droit d’attendre de cet art , il est désormais fixé ; nous possédons en ce moment un matériel commercial peu coûteux, aisément maniable, des procédés simples parfaitement contrôlés, toutes les garanties nécessaires pour que ceux qui sont tentés de s’y adonner puissent réussir sans longs efforts. Il est certain que, dans un avenir très rapproché, on apprendra la photographie comme on apprend à lire et à
écrire; l’étude en sera imposée dans les programmes élémentaires. Dessinateurs, ingénieurs, géomètres, touristes, tous ceux qui vivent des arts du dessin, tous ceux qui ne les considèrent que comme un passe-temps, doivent avoir à leur disposition les ressources illimitées de la photographie.
Car il ne s’agit plus seulement aujourd’hui de reproduire une figure ou une image avec une précision mathématique ; l’impression aux encres grasses, en rendant cette image inaltérable permet de la multiplier à l’infini et d’en faire œuvre de librairie, tandis que la photogravure, encore dans l’enfance, mais déjà aidée de la galvanoplastie, assure, pour un temps prochain la réalisation de modelés assez délicats pour résister môme à l’épreuve du microscope.
Onpeut prévoir l’époque où unsimple fil tenduàtravers l’espace permettra de voir de notre fauteuil européen les chutes du Niagara, ou les fêtes mystérieuses que l’Indoustan consacre à la Sakty-poudja, aussi nettement que l’on perçoit déjà de quatre ou cinq kilomètres, l’orchestre et les chœurs de l’Opéra.
La photographie associée à l’électricité autorise tous les rêves, et peut-être un jour sera-t-il donné à nos enfants stupéfaits, non seulement d'entendre la merveilleuse harmonie que la course des mondes chante, dit-on, dans l’infini, mais aussi d’admirer des paysages stellaires dans ces innombrables soleils dont l’œil humain ne connaît encore que l’éblouissant éclat.
Sans aller si loin, tous doivent comprendre combien il
est indispensable de s’initier à un art d’un tel avenir, de façon à pouvoir en suivre sans efforts les développements.
C’est cette initiation que nous allons tenter de rendre aussi simple et aussi pratique que possible.
Oilans, janvier 1882.
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