INSTALLATION DU LABORATOIRE
Il est peu d’appartements, et il n’est pas de maison, où il ne soit facile d'installer sans grands frais le cabinet obscur, ou laboratoire nécessaire aux manipulations photographiques.
Ce laboratoire peut être organisé, soit à la cave , soit au grenier. La cave est parfois trop humide, le grenier est souvent bien haut; aussi, quelques amateurs se contentent-ils d’une installation entre deux portes. On condamne l’une des portes, on garnit les angles de rayons sur lesquels se posent les flacons, entonnoirs à filtrer et cuvettes. Puis on scelle à hauteur d’appui une planche de 40 centimètres de largeur percée au centre d’un trou de 30 centimètres de diamètre. Sous ce trou se cloue une sorte d’entonnoir en zinc d’environ 10 centimètres de profondeur et dont la tubulure est munie d’un tuyau en plomb ou caoutchouc qui conduit l’eau, soit dans un seau placé
au-dessous, soit au dehors, si l’on peut percer le mur.
En somme, c’est l'évier du laboratoire et, quelle que soit l’installation adoptée, nous recommandons de faire évacuer les eaux à l’extérieur, car la dépense d’eau est considérable.
Ce laboratoire est certainement le plus simple et le moins dispendieux, mais il a l’inconvénient d’être souvent trop resserré et aussi de nécessiter l’emploi d’une lanterne à verres rouges, à moins que l’on ait la possibilité de percer la porte condamnée et d’y établir une vitre rouge.
Nous n’acceptons la lanterne qu’au cas d’impossibilité de travailler dans un laboratoire, en voyage par exemple. Alors la lanterne est indispensable pour développer le soir les glaces posées dans lajournée. Mais, en général, et pour le travail habituel, elle ne donne qu’une lumière insuffisante. Sa projection lumineuse qui n’embrasse qu’un angle très faible, oblige à chercher, en tâtonnant, flacons et éprouvettes, si bien que trop souvent on les choque et on les brise.
Si l’onne peut s’installer qu’au grenier ou à la cave, la première chose à faire est de construire une sorte de large guérite en planches minces ou lambris , bien joints. Au cas où l’ouvrier n’arrive pas à obtenir une obscurité complète, on garnit soigneusement de papier les moindres fissures par où la lumière pourrait pénétrer. Une porte étroite, munie de bourrelets, donne accès dans ce laboratoire.
Que l’installation ait lieu à la cave, au grenier ou dans une pièce spéciale, le jour ne doit y arriver que par un carreau de verre rouge d’environ 40 sur îiO centimètres, placé autant que possible de façon à ce que l’on voie clair sur l’évier. A la cave c’est un larmier à vitrer, au grenier c’est un châssis à fixer dans le plafond. La lumière venant du haut éclaire bien le laboratoire, et
de plus elle permet de mieux juger des développements successifs du cliclié.
Nous devons insister encore, et toujours, sur l’absolue nécessité de ne laisser pénétrer dans le laboratoire que de la lumière rouge, et cette lumière rouge doit même être assez sombre. 11 est rare que l’on trouve dans le commerce des verres de cette couleur suffisamment foncés. Aussi, pour éviter la dépense de deux verres supperpcsés, conseillons-nous de coller sur une vitre rouge une feuille ou deux de papier de même teinte. Du reste, il est indispensable de faire l’essai de son laboratoire, et voici comment l’on doit procéder à cette opération essentielle :
Prenez une glace sensible, enveloppez la moitié de sa surface de papier noir ou drap noir, et tenez-la pendant huit à dix minutes exposée devant votre verre rouge, la porte du laboratoire étant fermée, bien entendu. Après ce temps, vous développerez la glace, et si, sous l’action du développateur, une différence de teinte se produit entre la partie soumise à la lumière rouge et celle couverte par le papier noir, c’est que, ou bien le verre n’était pas d’un rouge assez foncé, ou bien quelque lumière extérieure filtrait dans le laboratoire. Le reflet de lumière extérieure étant facile à constater, l’expérience susdite doit s’appliquer surtout à la recherche de l’intensité du verre rouge.
La même expérience doit être faite avec la lanterne si l’on établitson laboratoire entre deux portes. En tous cas, en toutes situations, on doit se rappeler, avoir toujours eu l’esprit , que les glaces au gélatino-bromure sont d’une extrême sensibilité à la lumière et que, soit dans le laboratoire, soit dans la manœuvre du châssis contenant la glace, les plus grandes précautions doivent être prises pour éviter les voiles.
Nous dirons plus tard ce qui, en langage photographique, se nomme un voile.
En résumé, quel que soit le lieu que l'on choisisse dans l’appartement ou dans la maison pour en faire un laboratoire, il est indispensable qu’une planchette, une table ou un rayon à hauteur d’appui soit placé devant la vitre rouge. Cette table ou planchette est munie d’un évier de petite dimension par où s’écoulent les eaux de lavage, soit au dehors, ce qui est mieux, soit dans un seau , ce qui est moins commode, car le seau est vite rempli, si grande que puisse être sa capacité.
Il est indispensable d’avoir à sa portée des rayons où l’on puisse poser flacons et cuvettes. Dans un angle, des tablettes d’encoignure, percées d’un trou, servent à emmancher les entonnoirs en verre, et sous ceux-ci d’autres rayons supportent les flacons où s’écoulent les liquides à filtrer.
Si l’on peut faire sceller dans le mur, au-dessus de l’évier, une fontaine à robinet dont le jet sert à laver les glaces, on aura une installation parfaite. La dispositiondes lieux ne s’y prête-t-elle pas, on se servira tout simplement d’une carafe ou d’un broc léger pour le lavage des clichés.
Tout cet aménagement, une fois le local adopté, est fort simple et généralement peu coûteux. Avec 40 ou SO francs au maximum on en paie largement les frais.
Pour suivre un ordre régulier, nous devrions parler ici del’atelierdepose. Maiscomme nous nous sommes imposés de donner avant toutle moyen le plus simple pour arriver à la pratique photographique, nous consacrerons à la fin de ce traité un chapitre spécial à l’atelier vitré. Du reste, l’atelier vitré est chose superflue pour la majeure partie des amateurs qui, presque fous, s’adonnent de préférence au paysage, et qui, s’ils ont des portraits, des groupes ou des reproductions à faire, les font à loisir, au dehors, en choisissant un beau jour.