‹ La photographie sans objectif au moyen d'une petite ouverture: propriétés, usage, applicationsChapitre 7 sur 9 · DE POSE · texte numérisé non relu

DE POSE

Maintenant que nous connaissons la loi du maximum de netteté, qui donne le diamètre le plus convenable à employer dans chaque cas, il reste à fournir quelques renseignements pour la mise en pratique du procédé.

Ouverture.

L'ouverture doit être circulaire et présenter le moins possible de bavures. On obtient de bons résultats en se servant de lames minces de cuivre ou de zînc; je perce le trou au moyen d'une mèche à tranchant incliné, de façon à obtenir un cône très ouvert. Il faut avoir soin de s'arrêter d'abord à une ouverture un peu plus petite que l'ouverture définitive; on Tamène ensuite au

diamètre voulu en y enfonçant une aiguille jusqu'à un trait marqué d'avance sur la section de la tige ayant le diamètre fixé.

Chambre.

La chambre peut être constituée simplement par une caisse en bois, ouverte d'un côté pour l'introduction du châssis contenant la plaque sensible, et munie, du côté opposé, de la lame métallique perforée. On pratique dans la paroi une fenêtre de quelques centimètres de hauteur et de largeur, de façon que les rayons lumineux puissent entrer sous forme d'an cône ayant un angle de 90**, et l'on fixe, par un procédé quelconque, sur la paroi la lame munie de l'ouverture, en ayant soin de placer celle-ci au milieu de la paroi et de coller du papier noir sur les joints pour empêcher la lumière de pénétrer par ceux-ci à l'intérieur de la boîte ; il est bon de coller encore du papier noir sur les faces intérieures de la feuille de métal et de la boîte, afin de supprimer toute surface réfléchissante qui pourrait diffuser une certaine lumière sur la plaque sensible.

Si la chambre est pourvue d'un soufflet, qui permet de placer la plaque à différentes distances

de l'ouverture, il faut se réserver la possibilité de changer le diamètre de l'ouverture en conséquence; à cetefTet, dans la feuille métallique seront pratiquées différentes ouvertures calculées pour les différents tirages dont on compte se servir. On peut, par exemple , employer le dispositif suivant : Les ouvertures sont placées sur une droite parallèle à l'un des côtés du rectangle de la lame ; les deux bords parallèles à cette direction sont engagés dans deux rainures, qui permettent de faire glisser cette feuille de façon que l'ouverture convenable soit amenée au centre de la paroi de la chambre; pour ne laisser pénétrer la lumière que par l'ouverture centrale et seulement au moment voulu, on forme un obturateur au moyen d'une autre feuille métallique glissant sur la lame des trous dans deux rainures perpendiculaires aux deux précédentes, et percée d'une fenêtre notablement plus large que l'ouverture, soit de 1^°^ environ de diamètre; lorsque les parties pleines de l'obturateur se trouvent placées sur les ouvertures de la chambre, la lumière n'entre pas; pour la pose, on amène la fenôtre en face de l'ouverture (*).

(*) MM. Dehors et Deslandres, 8, rue des Haudriettes,

Champ et mise en plaqué.

L'angle dans lequel les images se produisent avec une intensité et une netteté sensiblement uniformes est de 90® environ. Il s'agit ici de surfaces sensibles planes; car, en employant des surfaces sensibles disposées cylindriquement comme il en sera question (Ghap. IV) au sujet des vues panoramiques, on peut aller plus loin. La différence provient de ce fait que, avec une surface plane, la section des faisceaux lumineux par ce plan s'allonge de plus en plus lorsque leur incidence devient plus oblique, c'est-à-dire au fur et à mesure que les bords s'éloignent davantage du centre de la plaque, tandis que, avec un cylindre, sur l'axe duquel se trouve le centre de l'ouverture, l'incidence des faisceaux lumineux perpendiculairement à cet axe est normale à la surface sensible. Si l'on se sert de surfaces planes, telles que les plaques de verre qui sont aujourd'hui d'un usage courant, il est bon de ne pas dépasser un angle de 90**; c'est donc cette valeur qu'il convient d'adopter comme maximum.

ont entrepris la fabrication d'un système rotatit muni des ouvertures convenables, pouvant servir pour vues simples ou stéréoscopiques, et s'adaptant à toutes les chambres.

Connaissant ainsi le tirage à employer pour chaque diamètre d'ouverture, et réciproquement, ainsi que le champ de cette ouverture, on peut se passer de Temploi du verre dépoli.

Voici un moyen qui permet alors de diriger la chambre et de voir si un objet déterminé fait bien son image sur la plaque sensible. Si la chambre est une simple boîte, sans soufflet, on trace sur le dessus un angle dont le sommet est placé au milieu de Paréte supérieure de la paroi verticale antérieure , au-dessus de Touverture, et dont les côtés passent par deux points pris sur l'arête supérieure de la paroi verticale postérieure au-dessus des bords de la plaque sensible; on dispose alors l'appareil de façon que l'objet soit compris entre les prolongements des deux côtés de cet angle, et l'on est ainsi sûr que son image est tout entière sur la plaque dans le sens horizontal. On exécute une opération analogue sur une des faces latérales pour mettre l'image en plaque dans le sens vertical.

Si la chambre est munie d'un soufflet, on ne trace pas les côtés de l'angle ; celui-ci n'en existe pas moins dans l'espace, déterminé comme cidessus.

Toutefois , si la chambre est déjà munie d'un

CoLsoN.-^ Photographie. 4

verre dépoli, on utilisera celui-ci en substituant momentanément à l'ouverture qui doit donner le maximum de netteté une autre ouverture plus grande, de i™™ à 2™" de diamètre, qui produit une image assez éclairée et encore assez nette pour qu'on puisse reconnaître les objets et amener leurs images sur l'emplacement de la surface sensible par une manœuvre de la chambre.

Mais il faut bien remarquer qu'il s'agit là d'une opération de mise en plaque, et nullement de mise au point ; celle-ci doit se faire uniquement d'après la loi du maximum de netteté. En effet, la position du verre dépoli qui correspond à la plus grande netteté de l'image perçue sur ce verre par l'œil pour un certain diamètre d'ouverture est, pratiquement , très difficile à déterminer, parce que, si les radiations jaunes produisent le plus d'effet sur l'œil, les autres radiations du spectre visible ne sont pas sans agir aussi; chaque point de l'objet donne lieu, pour ces différentes radiations, à des petits cercles concentriques de rayons sensiblement différents, et c'est la superposition de ces petits cercles qui détermine sur l'œil l'effet résultant. Le maximum de netteté de l'image rétinienne est donc très difficile à percevoir. El,

d'ailleurs, quand même cette perception serait facile et permettrait de déterminer le maximum de netteté correspondant aux radiations jaunes qui produisent le plus d'effet sur l'œil, il y aurait encore un calcul à faire pour passer de cette position de l'écran à celle qui convient pour l'image photographique. La raison en est que la netteté de l'image produite par des rayons d'une longueur d'onde X dépend de cette longueur d'onde, qui définit une couleur déterminée. 11 suffit, pour se rendre compte de cette fonction, de se reporter à la relation

que nous avons obtenue dans le Chapitre II, relation qui donne la distance focale principale F en fonction de a ; la distance focale F est en raison inverse de la longueur d'onde X. Pour les rayons jaunes qui produisent le plus d'effet sur Tœil, on sait que X = o™", ooo 55o. D'autre part, celle des radiations solaires qui agit le plus énergiquement sur le gélatinobromure d'argent a pour longueur d'onde X = o™™,ooo43o, les autres pouvant être considérées comme ne produisant qu'un effet relativement négligeable.

Les distances focales correspondantes sont par

/Il . 4^0 4

conséquent dans le rapport ^^ = - environ ;

c'est-à-dire que la position du verre dépoli à laquelle correspondrait Timage la plus nette pour l'œil en considérant comme prépondérant l'effet des rayons jaunes, s'obtiendrait en réduisant (^) la distance du maximum de netteté relatif à l'image photographique du cinquième de sa valeur, dans les mêmes conditions de diamètre de l'ouverture.

Il ne faut donc pas chercher à employer le verre dépoli pour la mise au point; on ne s'en servira que pour la mise en plaque.

Temps de pose.

Le temps pendant lequel la surface sensible doit rester exposée à l'impression de l'image, à

(*) Il est intéressant de remarquer, en passant, que le sens de la variation de la distance focale (définie d'après le maximum de netteté de l'image) en fonction de la longueur d'onde de la radiation est inverse pour les objectifs et pour la petite ouverture; la distance focale d'un même objectif augmente lorsque la longueur d'onde augmente, c'est-à-dire en allant du violet au rouge; pour une même petite ouverture, au contraire, ainsi que nous venons de le voir, la distance focale augmente lorsque la longueur d'onde diminue, c'est-à-dire en allant du rouge au violet.

l'intérieur de la chambre, dépend de la sensibilité de la substance employée et de l'intensité de la radiation utile reçue. Comme cette intensité est extrêmement variable suivant les circonstances d'éclairement, de coloration, de distance, etc., dans lesquelles l'objet à photographier se trouve placé, et qu'il existe aujourd'hui une très grande variété de surfaces sensibles, on comprend qu'il soit impossible de donner une loi générale permettant de calculer le temps de pose dans tous les cas, quel que soit d'ailleurs le procédé employé pour la formation de l'image.

Tout ce qu'on peut indiquer ici à ce sujet, en ce qui concerne spécialement l'emploi d'une petite ouverture, consiste en quelques chiffres relatifs à certains cas bien déterminés.

Dans les conditions suivantes : distance focale de 3o*^™ qui est la plus fréquemment employée, ouverture de o™™,5 de diamètre, belle lumière mais sans soleil direct, avec des plaques Lumière (marque bleue), le temps de pose convenable est de : 4 à 5 secondes pour des lointains, lo à i5 secondes pour des objets à surface blanche moins éloignés, i à i minutes pour des premiers plans.

Si ces premiers plans sont médiocrement éclairés, la durée de pose doit être poussée à 3 ou 4 minutes.

Pour des objets encore plus rapprochés, et placés à moins de quelques mètres, le temps de pose augmente encore. Ainsi, pour reproduire un dessin, sans changement d'échelle, avec une ouverture de o™™,4} à laquelle correspond une distance de 4o^"*î î' faut i5 minutes environ dans un atelier bien éclairé.

Tous ces chiffres devront être diminués si les objets sont directement éclairés par le soleil.

Pour d'autres surfaces sensibles, la connaissance de leur degré de sensibilité indiquera la variation à faire subir au temps de pose.

Cette détermination est beaucoup plus facile à établir ici qu'avec les objectifs, en raison de la bien plus faible intensité de l'image produite par la petite ouverture, qui laisse une bien plus grande marge de temps de pose, et qui ne demande pas une aussi grande rigueur.

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