‹ La photographie sans objectif au moyen d'une petite ouverture: propriétés, usage, applicationsChapitre 8 sur 9 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Nous avons résumé dans le Chapitre I les trois propriétés remarquables que présente ce procédé; il nous reste à indiquer les services que ces propriétés sont appelées à rendre dans différentes applications photographiques.

Vues de paysages, de monuments, etc.

Tout d'abord la mise au point simultanée de tous les objets compris dans le champ de l'ouverture est une qualité précieuse pour toutes sortes de vues, mais particulièrement utile lorsqu'on veut photographier des objets dont certaines parties sont très rapprochées de l'appareil ; dans ce cas, lorsqu'on se sert d'un objectif, uni petite différence dans la distance des objets introduit une grande différence dans la distance

des images, et, si l'objet à représentera quelque profondeur, les parties seules sur lesquelles le point est fait donnent des images nettes; avec la chambre à petite ouverture, cet inconvénient ne se présente pas. Elle est donc particulièrement propre à la photographie d'objets offrant une grande profondeur, tels que monuments ou paysages avec de longues perspectives dont les premiers plans sont à quelques mètres de l'appareil, ou encore statues et groupes de sculpture, dont la reproduction fait le désespoir des artistes en raison de l'étroitesse de mise au point des objectifs. On obtient ainsi, en même temps qu'une exactitude rigoureuse, une grande douceur et une grande harmonie de tons, qui impriment aux épreuves obtenues par ce procédé un cachet artistique.

Les longues lignes droites de l'architecture sont rendues avec une rectitude parfaite.

Il faut ajouter que le vaste champ de l'ouverture permet d'employer cette chambre dans les cas où les conditions locales, ne laissant à l'opérateur qu'un faible recul, obligent à placer l'appareil près du monument, ou, en général, de l'objet à photographier.

Pour les vues de monuments et de paysages,

on emploiera avantageusement un système de plusieurs ouvertures, organisé ainsi qu'il a été indiqué plus haut (^voir Chapitre III), et permettant de faire varier la distance focale, c'està-dire les dimensions et le nombre des images. On pourra alors, sans changer la place de l'appareil, obtenir sur une plaque sensible d'un format donné : soit une vue d'ensemble en prenant une faible distance focale qui donne de petites images d'un grand nombre d'objets, soit des vues de détail avec une grande distance focale qui produit de grandes images d'un petit nombre d'objets.

Vues panoramiques.

Ce procédé permet de représenter, par un moyen très exact et très simple, une portion ou l'ensemble de l'horizon qu'on aperçoit d'un point élevé.

Remarquons tout d'abord que des clichés plans sont impropres à donner une représentation exacte d'une vue panoramique.

Si, en effet, on vient à développer sur un plan, les unes à la suite des autres, les six ou sept épreuves positives obtenues de clichés plans

en faisant le tour d'horizon, et si Ton promène l'œil le long de cette bande pour en examiner successivement les différentes parties , en le maintenant à la distance à laquelle on voit distinctement les images placées en face, Tœil ne se trouve, dans ce déplacement, que de temps en temps au point de vue de la perspective exacte de chaque épreuve, lorsqu'il passe sur la perpendiculaire élevée au milieu de chacune; et encore faut-il, pour cela, que la distance du centre de l'objectif ou de Touverture à la plaque ait été, pendant la pose, égale à la distance de la vision distincte. Entre ces perpendiculaires, Fœil ne voit plus que des images déformées qui ne sauraient représenter le panorama.

Pour remédier à cet inconvénient, on peut, il est vrai, augmenter le nombre des clichés, de telle sorte que, dans chacun, les rayons extrêmes de la perspective rencontrent le cliché sous un angle ne s'écartant pas trop de 90®; autrement dit, chaque cliché est réduit à sa portion centrale ; mais l'opération de la pose est alors allongée, et les raccords étant très nombreux introduisent des causes d'erreurs dans l'ensemble du panorama.

La petite ouverture résout le problème en

permettant l'emploi d'un écran cylindrique. On reçoit alors l'image sur nne surface sensible enroulée en forme de portion de cylindre vertical dont l'axe est dans le plan et passe par le centre de l'ouverture. On a ainsi une perspective cylindrique qui jouit des propriétés suivantes : Soient O le centre de l'ouverture {/ig. 5), A

Fig. 5.

et B deux points extérieurs faisant leurs images en a et 6 sur la surface du cylindre vertical représenté en plan par la section horizontale passant par le point O. Cette section est une portion de circonférence ayant son centre en O.

Tous les plans verticaux passant par ce point, tels que Aa, B6 rencontrent à angle droit la surface du cylindre ; il en résulte que la lumière

et les images ne sont pas dilatées sur les bords de l'écran comme cela a lieu avec un écran plan sur lequel les rayons extrêmes tombent obliquement. A un angle aOb correspond sur la circonférence un arc déterminé qui reste identique à lui-même lorsque l'angle tourne autour de son sommet O sans changer de valeur ; autrement dit, les angles horizontaux sont conservés en perspective cylindrique, et cela est vrai ici d'une façon mathématique.

Considérons maintenant (Jig» 6) une coupe

Fig. 6.

de la chambre et du cylindre par un plan vertical passant par le centre de l'ouverture ; la section du cylindre est une droite génératrice. Tout point extérieur C placé dans ce plan vient faire son image c sur cette génératrice ; si l'on prend dans

le sens vertical un champ inférieur à 90**, les images c ne seront pas sensiblement dilatées.

Supposons que l'épreuve positive du cliché cylindrique soit obtenue et enroulée, à son tour, en portion de cylindre comme le cliché pendant la pose, et qu'on place l'œil au point où se trouvait le centre de l'ouverture ; on restituera alors exactement le terrain dans l'étendue du champ.

Afin de faciliter cet examen, il est bon de donner au cylindre un rayon égal à la distance de la vision distincte; celle-ci est variable suivant les individus, mais on peut prendre une moyenne de 26^™ à 3o^™.

Si Ton déroule l'épreuve sur un plan, l'œil, en se déplaçant le long de cette bande à la distance de la vision distincte, aperçoit encore, dans chaque plan vertical, les objets tels qu'ils sont. La section du cylindre par le plan horizontal du point O est une circonférence et se développe suivant une ligne droite; les sections par les 'plans verticaux passant par O sont des lignes droites, les génératrices, et se développent suivant des lignes droites perpendiculaires à celle qui provient du développement de la circonférence; toute autre section du cylindre par un plan passant par le point O est une ellipse et

se développe suivant une ligne courbe. Donc, ri mage d'une droite du terrain se développe suivant une ligne courbe si cette droite n'est située ni dans le plan horizontal du point O ni dans un plan vertical passant par ce même point. Il faut ajouter que la courbure de ce développement est pVu sensible si le plan de la section rencontre les génératrices du cylindre sous un angle différant peu de 90®, ce qui a lieu lorsque le panorama est limité à une faible hauteur audessus et au-dessous de la ligne d'horizon. Ces considérations n'ont d'importance que si l'on examine à la fois une grande longueur du développement; maison se contente le plus souvent de regarder la partie qui se trouve en face de l'œil, à la distance de la vision distincte, et cette partie est assez restreinte pour que les courbures y soient peu sensibles et négligeables.

Lorsque la bande est enroulée cylindriquement, et qu'on place l'œil au point de vue, ces courbes redeviennent en perspective des lignes droites.

On peut réaliser très simplement l'enroulement de la surface sensible en portion de cylindre. Cette surface est constituée par une couche de gélatinobromure déposée sur un support

souple (cartons pelliculaires Thiébaiit, plaques souples Balagny, etc.) Le cylindre se construit très simplement au moyen de deux planchettes sciées en forme de demi-circonférences auxquelles on donne par exemple un rayon de 25^™ à 3o*^™; elles forment les bases et sont réunies entre elles au moyen de deux montants verticaux occupant la position des génératrices extrêmes; la surface sensible est fixée au moyen d'épingles sur les tranches des deux bases; on a soin de la tendre de façon qu'elle prenne la forme de la surface cylindrique indiquée par les bases. Le tout est ensuite disposé dans la chambre noire de sorte que l'axe du cylindre soit dans le plan et passe par le centre de l'ouverture.

Nous avons vu que le champ dépasse 90°; comme cette valeur de 90® donne de bonnes images, même sur les bords, et est commode pour la division du panorama, nous l'adopterons comme élément de panorama. On fait donc le quart d'horizon sur un quart de cylindre, et l'ensemble des quatre bandes ainsi obtenues dans quatre positions successives de la chambre, chacune faisant un angle de 90® avec la précédente, forme un panorama complet. Les quatre clichés négatifs donnent lieu à quatre épreuves

positives ; en fixant celles-ci sur un cylindre complet, ayant le même rayon que le cylindre des clichés, et en les raccordant par la superposition des images appartenant aux mêmes objets, on a le panorama complet ; si l'on place l'œil sur l'axe de ce cylindre, à la hauteur à laquelle se trouvait l'ouverture de la chambre par rapport aux images, et si l'on pivote sur soi-même, ou si l'on fait tourner le cylindre, on aperçoit successivement toutes les parties de l'horizon complet. Ou bien encore on développe cette longue bande sur un plan, et l'on en examine successivement les différentes parties en déplaçant l'œil d'un bout à l'autre.

Il est nécessaire, pour un bon raccordement entre les quatre quarts d'un panorama, que chaque position de la chambre noire fasse un angle de 90** avec la position précédente. Un moyen simple d'y arriver est le suivant, en supposant que la caisse formant la chambre ait des parois sensiblement à angle droit. On cherche un point éloigné placé dans le prolongement du plan d'une des parois latérales de la chambre lorsqu'elle est dans la position de la première pose ; quand celle-ci est terminée, on fait tourner l'appareil jusqu'à ce que le plan de la paroi

antérieure ou postérieure passe par le point en question; et ainsi de suite.

Il est bon de donner à la bande sensible une longueur telle qu'elle recueille les images dans un angle un peu supérieur à 90**, afin d'avoir, sur les bords des épreuves consécutives, des images communes permettant le raccordement.

Il est nécessaire aussi de conserver l'horizontalité du dessus de la chambre, dans les quatre poses, au moyen d'un niveau à bulle d'aîr. On s'assure d'ailleurs que le cylindre fixé dans la chambre noire est perpendiculaire au dessus de la chambre.

On peut obtenir les quatre quarts d'un panorama, et même plusieurs panoramas, à la suite l'un de l'autre, sur la même bande sensible, en disposant dans la chambre un rouleau de cette bande, dont on déroule la longueur nécessaire pour chaque pose en même temps qu'on enroule, à l'autre extrémité, la longueur qui vient de poser; il suffit, pour cela, de deux tambours mobiles autour d'axes verticaux, dont l'un, celui qui enroule, est mis en rotation au moyen d'une manivelle extérieure, et dont l'autre, celui qui déroule, frotte contre un ressort qui permet d'en régler la mobilité.

Le ^rayon du cylindre est choisi d'après l'application qu'on a en vue et d'après les conditions dans lesquelles on opère. A poste fixe, on peut choisir un rayon de So^™, qui ne donne pas lieu à des dimensions exagérées pour la caisse. Si, au contraire, on est obligé de se déplacer, par exemple dans une excursion, on prend un rayon moindre, et l'on amplifie ensuite les clichés ou épreuves, si cela est nécessaire.

Levers topographiques.

Un cliché plan obtenu dans la chambre a petite ouverture représente une perspective exacte, mais renversée, des objets extérieurs; le point de vue de cette perspective se trouve au centre même de l'ouverture. On peut donc, au moyen de clichés pris en deux stations M et N, restituer sur une planchette, par recoupements, tous les points du terrain vus à la fois de ces deux stations, à la condition d'avoir rapporté au préalable sur la planchette les positions m et n de ces deux points à l'échelle fixée.

Supposons, en effet, que du point M on prenne par ce procédé une vue dans laquelle soit compris le point N, en employant une glace au

gélatinobromure placée verticalement, et que l'on ait tracé sur le cliché son intersection HH' avec le plan horizontal déterminé par le centre O de l'ouverture. En abaissant {^fig* 7) ^" point /i', image et perspective du point N, une perpen-

Fig. 7.

dlculaire sur la ligne HH', on obtient le point /i'', projection horizontale du point n\ sur le plan horizontal O. D'autre part, dans ce plan hori-

zontal, la distance du centre O àla ligne HH' représente la distance du point de vue au tableau. Donc, si l'on décrit sur la planchette, de m^ projection horizontale du point M et du point O sur la planchette, comme centre, une circon* férence ayant pour rayon la distance de O àHH', et si l'on place le cliché (la gélatine contre le papier, de façon à donner aux images leur sens positif et redressé par rapport au point m) de telle sorte que la ligne HH' soit tangente à la circonférence et que le point n"se projette exactement sur la ligne m/i, l'image photographique représentera en position le rabattement horizontal, autour de HH', de la perspective du terrain compris sur le cliché.

Si Pon abaisse dechaque point,/?' par exemple, de l'image, une perpendiculaire p'p" sur HH', la droite mp" représente la projection horizontale de la droite OP; donc la projection horizontale du point P quelconque du terrain sur la planchette doit se trouver sur la droite mp". En opérant de la même manière en N, on obtient sur la planchette une autre droite np qui coupe mp" en/>, projection cherchée du point P.

D'autre part, une construction graphique très simple donne la distance du point P du terrain

au plan horizontal du point O; il suffit de rabattre le triangle OpV autour de sa trace horizontale mp, au moyen du triangle Op^ p" que l'on connaît; pour cela, on mène la perpendiculaire à mp en p^' et l'on y porte une longueur p" p\é^dXe à p'p"\ le point p[ ainsi obtenu est le rabattement du point /?', et la droite mp\ le rabattement de la droite OP. En élevant en p une perpendiculaire à mp jusqu'à sa rencontre avec mp\^ on obtient en Pj le rabattement de P, et la longueur pP^ représente, à l'échelle du dessin, la distance du point P au plan horizontal de O; si l'on connaît la cote du point M, d'où celle du point O, on en déduit celle du point P.

Donc, en partant d'une base MN, on peut déterminer, par ce procédé, en n'employant que quelques constructions géométriques très simples, la planimétrie et le nivellement des points que l'on aperçoit des stations M et N dans un angle pouvant atteindre près de 90® de part et d'autre de la droite MN. Au moyen d'un canevas convenablement choisi, et en opérant de proche en proche, cette méthode permet de lever très rapidement une grande étendue de terrain; elle est surtout utile pour déterminer

la topographie de régions que l'on peut apercevoir de loin et où il est difficile sinon impossible d'accéder.

La précision d'un semblable lever dépend de la nature de la matière sensible et de son support, ainsi que de la façon dont sont déterminés les points tels que /?.

Or, la couche de gélatine impressionnable est complètement adhérente au support et ne subit de déformations par son passage dans les bains que si le support lui-même en est affecté; le verre présente une invariabilité absolue, et c'est pour cette raison que nous avons seulement parlé de clichés sur ve^rre dans cette application. Toutefois, comme le verre apporte une certaine gêne dans les constructions géométriques indiquées plus haut, et que, d'autre part, il est nécessaire que l'image photographique soit assez transparente pour permettre de l'orienter sur la planchette, on peut se servir d'une épreuve positive sur papier mince au chlorure d'argent ou au ferrocyanure, etc., sans la faire passer dans des bains qui déformeraient certainement le papier et qui altéreraient les dimensions des images. Dans cet usage à sec, l'image disparaîtra, il est vrai, au bout de quelque temps, par l'effet de

la lumière, mais on aura vite fait de l'employer; d'ailleurs, il sera facile d'en obtenir du même cliché autant qu'on le voudra. Cette épreuve remplacera le cliché et permettra de piquer rapidement sur la planchette la position des points tels que p'^ elp[.

Pour que le recoupement p soit fait dans de bonnes conditions, il importe que le point p" soit éloigné le plus possible du point m; car plus il sera loin, et moins l'erreur commise sur sa position aura d'influence sur la direction de la droite m/?, et, par suite, sur la position du point p ; d'autre part, l'intersection p ne sera bien déterminée que si les droites mp et np ont des directions faisant entre elles un certain angle.

Pour tracer sur le cliché la droite HH', on disposera à poste fixe dans la chambre, en avant de l'emplacement de la glace sensible, un cadre métallique portant un fil fin horizontal, dont l'ombre sera projetée sur le cliché pendant la pose; ce fil doit être exactement dans le plan horizontal du centre O de l'ouverture lorsque l'appareil est en station ; il faut, d'autre part, que la glace soit verticale. On réalise ces conditions en construisant les châssis de telle sorte

que la glace soit perpendiculaire au dessus de la paroi supérieure de la chambre, en plaçant ce dessus horizontal, en déterminant (au moyen d'un cathétomètre, par exemple) le plan horizontal du centre de l'ouverture pratiquée au milieu de la paroi autérieure de la chambre, et en fixant le fil dans ce plan.

Les châssis qui contiennent les glaces doivent être construits avec soin, de façon que la surface sensible se trouve exactement à la distance voulue du centre de l'ouverture. Cette distance sera fixée d'après le champ et les dimensions d'image qu'on désire obtenir.

Vues stéréoscopiques.

Ce procédé photographique offre un moyen très simple d'obtenir des vues stéréoscopiques à perspective absolument exacte restituant le vrai relief des objets. De telles vues présentent un grand intérêt, car elles donnent la possibilité de revoir ces objets dans l'espace comme si on les regardait réellement avec les deux yeux.

On sait qu'une vue stéréoscopique d'un objet consiste en deux dessins, représentant chacun l'aspect sous lequel l'objet est vu séparément

par chacun des deux yeux, de telle sorte que, en plaçant simultanément chaque œil en face de chacune de ces deux images, on ait la sensation du relief de l'objet, comme si l'on voyait celui-ci directement à sa position dans l'espace.

Cette restitution a lieu lorsque les pinceaux lumineux, émanant des deux points qui représentent les images de chaque point de Tobjet et aboutissant aux deux yeux, sont situés dans un même plan et font entre eux un angle égal à celui des pinceaux lumineux émanant du point lui-même de l'objet et aboutissant aux deux yeux.

Pour obtenir ce résultat avec la chambre à petite ouverture, il suffit de remplacer l'ouverture unique par deux autres, identiques, placées sur une ligne horizontale, et séparées par une distance égale à l'écartement des axes des deux yeux, soit 6^" à 7^™, et de disposer un carton noirci dans la chambre de façon à la partager verticalement en deux compartiments, afin d'empêcher les rayons lumineux qui pénètrent par chaque ouverture d'aller former des images sur la moitié de plaque sensible placée en face de l'autre ouverture; l'angle des pinceaux qui, émanant de chaque point de l'objet à représenter, passent

par les deux ouvertures, est alors le même que si ces pinceaux aboutissaient aux deux yeux ; si la plaque sensible se trouve à une distance des ouvertures égale à la distance de la vision distincte , on devra , en regardant à la fois les deux épreuves positives, convenablement placées l'une par rapport à l'autre, éprouver la sensation du relief de l'objet comme si on le voyait directement.

Soient, par exemple, deux points A et B de l'objet ; A donne les images a et a' {fig» 8) dans les deux chambres C et C, et B les images b elb' ] si l'on substitue les deux yeux aux deux ouvertures O et O', et qu'on regarde le cliché obtenu, placé comme il l'était pendant la pose, on aperçoit deux images renversées, avec a et a! à gauche, b et b' k droite; en retournant le cliché autour d'un axe horizontal situé dans son plan, de façon que le côté du verre soit tourné vers les yeux, les deux images sont redressées et apparaissent aux yeux O et O' dans le même sens que les épreuves positives auxquelles ce cliché donnerait lieu. Or, dans ce mouvement, chacun des points aa\ bV est resté dans un même plan vertical; c'est-à-dire que les lignes droites Oa et Oa' par exemple , émanant du

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l'espace la position du point A; il en est de même pour O 6 et O b\ et, en général, pour tous les points de l'objet. On fait disparaître cette difficulté en substituant l'une à l'autre les deux épreuves positives; a vient alors en a^ tel que aa\ = 00'; de même a'a\ = 00'; il en résulte que la ligne O'Ui est parallèle à 0«, la ligne Oa\ parallèle à O'a', et que les rayons visuels dirigés des deux yeux vers Ui et a\ sont dans un même plan et font entre eux un angle égal à l'angle OAO'; de même pour les autres points.

Il faut remarquer que la dislance Ui a\ est d'autant plus petite que le point A est plus rapproché de la chambre ; elle ne devient égale à l'écartement 00' que lorsque le point A est assez éloigné pour qu'on puisse considérer les directions OA et O'A comme parallèles; en tout cas, la distance des centres des deux moitiés du cliché est égale à 00'.

Pour avoir la sensation du relief au moyen des deux épreuves positives ainsi obtenues, il suffit de les coller sur un carton en plaçant à droite celle qui provient de la moitié gauche du cliché (en regardant celui-ci redressé et du côté du verre), et inversement , les centres des deux images étant à la même hauteur et à une di-

stance égale à l'écarlement des yeux; on regarde en même temps ces deux images, chacune avec l'œil situé en face à la distance à laquelle se trouvaient les deux ouvertures par rapport à la surface sensible pendant la pose. La séparation des deux regards est obtenue au moyen de deux tubes en carton, ou, plus simplement encore, au moyen d'un écran en papier ou en carton placé entre les deux images et entre les deux yeux; et même, avec un peu d'habitude, cet écran devient inutile, car les yeux s'accoutument à ce genre d'exercice et arrivent promptement à combiner les deux images en une seule, donnant la sensation du relief.

Le moyen le plus simple et le plus sûr de placer convenablement pour chaque écartement des yeux les épreuves stéréoscopiques, consiste à coller deux de ces épreuves sur carton, séparément, et à chercher une fois pour toutes la distance qu'il faut leur donner pour que les yeux ne voient qu'une image avec la sensation du relief; on mesure à ce moment l'écartement de deux points représentant l'image d'un même point éloigné sur les deux épreuves, et l'on con naît alors la valeur dont on doit les écarter désormais.

Si les épreuves ne contiennent pas l'image d'un point éloigné, on mesure la distance de leurs centres déterminés sur les deux moitiés du cliché.

L'écartement entre les deux ouvertures étant de 6^**^,5 environ, chaque épreuve a cette largeur, ce qui correspond à la moitié d'une plaque i3 x i8 disposée de façon que le plus petit côté soit horizontal; on a ainsi un grand champ dans le sens vertical.

Si l'on veut avoir un plus grand nombre d'objets sur une vue de cette espèce, on peut rapprocher la plaque sensible des deux ouvertures ; on examine alors les deux épreuves, soit directement si le point de vue est encore à une distance de vision distincte, soit, dans le cas contraire, au moyen de loupes formant oculaires et ayant un foyer tel que l'image virtuelle du plan des épreuves soit ramenée à cette distance.

On a quelquefois intérêt à exagérer le relief produit par les deux yeux, surtout quand il s'agit d'objets éloignés; dans ce cas, on donne aux deux trous un écart supérieur à celui des deux yeux. Si l'on veut alors profiter du champ plus grand ainsi offert à chaque moitié du cliché, on examine les épreuves positives en plaçant

devant les yeux deux prismes qui réduisent l'angle sous lequel les deux yeux voient les deux images d'un même point de l'espace ; on peut ainsi ramener l'angle des pinceaux lumineux qui parviennent aux deux yeux à la valeur qu'il doit avoir pour que la sensation du relief se produise.

Reproduction de dessins.

Le manque absolu de déformation dans la production des images au moyen d'une petite ouverture la rend utile aussi à la reproduction des dessins, avec ou sans changement d'échelle.

Mais ici une considération d'un autre ordre intervient : celle de la netteté absolue et de la visibilité de l'image.

Lorsqu'on examine, sur un cliché négatif obtenu au moyen d'une petite ouverture, l'image blanche d'un trait noir d'un dessin, on voit que, à cheval sur l'emplacement où devrait être le bord du trait, se trouve une teinte grise allant du blanc au noir depuis Je blanc du trait du cliché jusqu'au noir du fond. Ce qui correspond au trait noir du dessin est ainsi formé d'une âme blanche, moins large que le trait réel du dessin ramené à l'échelle du cliché; cette âme

est bordée de chaque côté d'une teinte estompée qui donne la sensation du flou.

Si le dessin se compose de traits noirs séparés à petite distance par des espaces blancs, il existe de même sur le cliché pour l'image de chaque espace blanc une âme noire, séparée de l'âme blanche du trait par la teinte grise dégradée en question.

Pour que, sur le cliché, l'image blanche d'un trait noir du dessin, ou l'image noire d'un intervalle blanc, soit nettement visible, il est nécessaire que cette image, blanche ou noi?e, ait une âme bien caractérisée et bien apparente.

Or, il résulte de l'examen de nombreux clichés obtenus par la reproduction de gravures que la visibilité nette a lieu lorsque la largeur théorique des traits noirs ou blancs du dessin, ramenés à l'échelle du cliché, est supérieure à j^ ou -^^ de millimètre. Au-dessous de cette limite, les images s'estompent de plus en plus, celle d'un trait isolé finit par disparaître, et celles de plusieurs traits rapprochés se noient en une teinte grisâtre, d'autant plus foncée sur l'épreuve positive que les traits sont plus rapprochés.

La notion à laquelle on arrive ainsi au sujet

du degré de netteté absolue s'applique aussi bien auximages d'objets quelconques ; mais c'est pour les dessins au trait qu'elle est le mieux caractérisée puisque, dans ce cas, l'objet ne présente que du noir et du blanc.

De ces considérations résulte un moyen très simple de transformer un dessin au trait, par exemple une gravure, présentant des hachures noires sur fond blanc, en une reproduction à modelé continu et à demi-teintes. Il suffit, en effet, pour obtenir ce résultat, que l'échelle de la reproduction soit choisie de façon à réduire sur le cliché à moins de •— de millimètre la largeur théorique des traits et espaces blancs les plus larges. Si cette condition est remplie, on ne distinguera plus sur le cliché négatif, ni sur les épreuves positives qui en seront tirées, les hachures du dessin; ces hachures sont remplacées par une teinte continue, plus ou moins foncée sur les épreuves positives suivant que les hachures du dessin sont plus ou moins serrées.

Comme renseignement pratique, nous ajouterons que, pour l'écartement ordinaire des hachures des gravures sur bois, on obtient le résultat en question en réduisant le dessin de moitié avec une ouverture de ^ de millimètre.

Le moyen de calculer les distances de la surface sensible et du dessin à l'ouverture a été indiqué dans le Chapitre II comme exemple d'une application de la loi générale.

Ce mode de transformation est susceptible de rendre d'importants services aux dessinateurs et aux artistes; il est applicable non seulement aux tirages sur les différents papiers photographiques, mais encore aux reproductions industrielles aux encres grasses par les procédés coUographiques.

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