I. Production d’une image négative
II. Teinte de la plaque rendue uniformément foncée par un révélateur, ce qui représente un état neutre ;
III. Image positive, c’est le phénomène dif de la solarisation. Dans cette troisième période, l’image a subi ce que l’on appelle le renversement .
En somme, ces modifications successives de l’image ont pour cause la continuation et, par suite, l’accroissement du travail opéré par l’énergie lumineuse dans les moléculesdu bromure et dans celles de la gélatine en contact. Cet accroissement provoque des réactions chimiques nouvelles entre le brome et la gélatine.
Développement et fixage. — Le développement, dans le cas du gélatino-bromure, est chose plus délicate qu’on ne le croit généralement; il demande beaucoup de soin et, en même temps, la connaissance exacte des réactions dues au bain révélateur employé et à ses auxiliaires, Y accélérateur, le retardateur .
Le procédé opératoire, du reste, est toujours le même; nous n’y insisterons pas; nous dirons sim pic-
LE GÉLATINO-BROMURE d’aRGENT
mont que le révélateur est versé clans une cuvette de porcelaine ou de verre et que la plaque impressionnée doit y être rapidement immergée, afin d'éviter les bulles d’air et la poussière. En imprimant alors au récipient un mouvement oscillatoire très lent, on peut suivre facilement le développement de l'image.
Le but à atteindre, en tout cas, c’est l’obtention d une image négative dans laquelle tous les détails du modèle se trouvent reproduits, même dans les ombres. En outre, cette image doit posséder une intensité suffisante, dans les noirs et les demi-teintes, pour qu’elle puisse servir au tirage de positifs vigoureux.
Quand il s’agit du gélatino-bromure, les révélateurs préférés sont : les uns d’origine minérale, l’oxalate ferreux, le chlorure cuivreux, etc., en solution neutre ou acide; les autres d’origine exclusivement organique. Ces derniers appartiennent à la série aromatique et ne fonctionnent généralement qu'en solution alcaline1. Ce sont : l’acide pyrogallique (triphénol), l’hydroquinone, l’iconogène, le paramidophénol, etc.
Tous ces révélateurs ou développât eur s, comme on les a nommés, en employant un mot nouveau d’allure un peu bizarre, ont une propriété commune, c’est d’être très avides d’oxygène : les premiers en solution neutre ou acide, les autres en solution alcaline.
Grâce à l’affinité de ces corps pour l’oxygène, qui agit dans le même sens et, par conséquent, s’ajoute à l'affinité du brome pour l’hvdrogène, l’eau est décomposée; son hydrogène s’unit au brome, et alors l’argent se dépose. L’image, jusque-là latente, devient visible.
Dans le cours du développement, trois cas peuvent se présenter :
1 Voir A. et L. Lumière, les Développaleitrs organiques.
Ou bien la pose a en une durée normale, correspondant à la sensibilité de la plaque;
Ou elle a été trop prolongée ;
Ou bien enfin la pose a été insuffisante.
Dans le premier cas, l'image se montre habituellement après quelques minutes d'immersion dans la liqueur révélatrice :
On aperçoit d'abord les points atteints par les lumières les plus vives, puis viennent les demi-teintes et enfin les ombres.
Il n’y a alors rien à ajouter au bain révélateur; il faut seulement surveiller le développement en examinant, de temps en temps, le cliché par transparence et fixer aussitôt que l'image a acquis le degré de vigueur voulu. C’est affaire de pratique. Le fixage se fait avec une solution, dans l’eau, d'hyposulfite au 1/15.
Si la pose a été trop longue, on s’en aperçoit bien vite. L'image est presque immédiatement visible en totalité; mais elle se voile sans tarder beaucoup, et elle conserve une teinte uniformément grise.
Dès les premiers signes d'un excès de pose, on doit recourir à un retardateur, à un composé qui retarde Lac! ion du révélateur.
Le choix à faire parmi les retardateurs dépend de la nature du bain réducteur.
Ce bain est-il formé par l’oxalate ferreux, on ajoute de dix à quinze gouttes d’une solution de bromure de potassium au 1/10. A-t-on affaire a un bain d’acide pyrogallique, on peut ajouter de l'acide tartrique ou même augmenter la proportion d’acide pyrogallique? Le diamidophénol sert-il de révélateur, on pare à l’excès de pose en augmentant la proportion de diamidophénol dans le bain.
Si la pose a été trop courte, ce qu’on reconnaît à l’apparition tardive de l'image, laquelle demeure pâle
LE GÉLATINO-KROMURE D’ARGENT
et sans détails dans les ombres, une liqueur accélératrice devra être introduite dans le bain de telle sorte que le nouveau corps agisse dans le même sens que le réducteur.
On se trouve bien, dans le cas de l’oxalate ferreux, d’ajouter quelques gouttes d'une solulion d’hyposulfite de soude au millième; — dans le cas de l'acide pyrogallique, on devra préférer une solution alcaline contenant à la fois du sulfite et du carbonate de soude. Dans le cas du diamidopbénol, on augmente la dose du sulfite de soude.
On a reconnu utile, avant de fixer l'épreuve, de l’immerger dans un bain d’alun au 1/20. Le cliclié en est amélioré ; il est plus transparent et moins sujet au décollement.
Pendant longtemps, on a cru que le véhicule du sel haloïde d’argent dans les plaques sensibles ne jouait d’autre rôle que celui d’un support inerte. Le collodion, l’albumine, la gélatine, pensait-on, n’exerçaient, par la matière organique qui les constitue, aucune influence sur la formation de l’image et sur son développement.
C’était une erreur. L’eau n’est pas le seul corps servant d’intermédiaire entre le révélateur et le sel d’argent. Des expériences du capitaine Abney et de M. R. Colson montrent, au contraire, que la substance organique de ces véhicules (au moins en ce qui concerne la gélatine) a sa part d’action dans le phénomène.
Voici la conclusion à laquelle a été conduit M. R. Colson, à la suite d’expériences logiquement interprétées 1 :
« Les considérations que je viens d’exposer con-
R. Colson, la Plaque photographique , p. 20.
•« (luisent à une conclusion plus complète : l’oxydation « du révélateur au détriment de l’oxygène de l’eau, au « contact des molécules du gélatino-bromure, produit « un dégagement d’énergie; celui-ci termine le travail « moléculaire amorcé dans le composé d’argent et dans « la matière organique par la lumière ou par une « autre forme de l’énergie et provoque la combinaison « de l’hydrogène de la gélatine , soit directement avec « le brome du bromure, soit avec l’oxygène de l’eau, « laquelle fournit ainsi une nouvelle quantité d’hydro- « gène au bromure impressionné.
« Ce mécanisme est une conséquence directe et « logique du grand principe de la transformation et de « la conservation de l’énergie. »
Le capitaine Abney explique même le phénomène du renversement de l’image, dont il a été question plus haut, par l’oxydation du sous-bromure, au détriment de la gélatine.
Il paraît donc incontestable que la matière organique du véhicule joue, au contact du bromure, un rôle important dans le développement de l’image. Mais est-on en droit, à cause de cela, d’affirmer que sa présence est indispensable pour que la lumière soit capable de créer l’image latente et la rendre apte h se révéler plus tard sous l’influence d'uu réducteur ?
Un fait bien connu semble contredire une pareille affirmation, c’est le fait de la formation de l’image latente dans la plaque de Daguerre. Il n’y a, celle fois, que l’argent et la vapeur d’iode ou de brome qui interviennent pour la formation de la couche sensible ; il n’y a que la vapeur de mercure qui concoure au développement de l’image. Quant à la substance hydrogénée, elle fait absolument défaut.
La contradiction pourrait bien n’être qu’apparente.
LE GÉL ATI. NO-BROMURE d’ ARGENT
Pour arriver à une conclusion non discutable, il faudrait opérer comme il suit :
1° Détruire, à la surface de la plaque, toute trace de matière organique, en portant préalablement cette plaque à une haute température;
2° La sensibiliser et développer l’image hors de tout contact possible avec la vapeur d’eau; par suite, exécuter ces deux opérations dans une atmosphère parfaitement sèche.
Si l’on obtenait une image, en opérant ainsi, il serait démontré que la présence d’une matière hydrogénée n'est pas indispensable pour provoquer la conversion de l'énergie lumineuse en énergie mécanique et. en énergie chimique. À notre connaissance, aucune expérience de ce genre n’a été tentée jusqu’à présenl.
li reste à indiquer la composition des bains révélateurs. Nous répéterons ce qui a été déjà dit à propos du collodion : il existe pour le gélatino-bromure une foule de formules se rapportant à la composition de ces bains réducteurs. Chaque opérateur a, pour ainsi dire, la sienne, qu’il considère naturellement comme la meilleure.
Pour nous renfermer dans les limites que comporte cette étude, c’est-à-dire dans un historique rapide de la photographie, depuis ses origines jusqu'à nos jours, nous ne parlerons que de celles qui concernent :
1° Le bain révélateur à l’acide pyrogallique ;
2° Le bain au diamidophénol.
Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici, à cet effet, les formules publiées par MM. Lumière, de Lyon, qui ont si largement contribué par leurs recherches personnelles à la vulgarisation de la plaque au gélatino-bromure1..
Voir A. et L. Lumière, Développement et Tirage en photographie .
LES PKOGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIE
1. Bain à l’acide pyrogallique. — On prépare séparément les deux solutions suivantes:
Eau
Sulfite de soude
300 cm3 60 gr.
Acide pyrogallique
20 gr.
Eau
Sulfite de soude
. 300 cm3
60 ar.
Carbonate de soude
75 gr.
MM. Lumière recommandent l’emploi du sullile de soude anhydre qui, à poids égal, est deux fois plus actif que le sulfite cristallisé.
Pour développer une plaque déjà plongée dans la solution A, on n’ajoute d’abord que quelques gouttes de la solution B. Le reste ne sera ajouté que peu à peu, si cela devient nécessaire. Pour une pose trop longue, une faible quanti té de carbonate de soude suffit. S’il y a manque de pose, on ajoutera la totalité de la solution B.
IL Bain au diamidophénol. — La composition du révélateur normal est la suivante :
Eau 1 .000 cm»
Sulfite de soude anhydre 30 gr.
Diamidophénol (chlorhydrate) 3 gr.
Cette solution doit être préparée au moment de s’en servir :
Il faut ensuite :
1° Faire dissoudre à l’avance le sulfite de soude anhydre dans l’eau;
2° Prélever approximativement sur cette solution la
Bibliothèque des écoles et des familles, pp. 8 et 10. Henri Gauthier, éditeur.
LE GÉL ATI AO-BROMURE d’aRGEAT
quantité de liquide nécessaire pour une opération et y ajouter le poids correspondant de diamidophénol (50 centigrammes pour 100 grammes de solution à 3 0/0).
Si la pose est trop longue, ajouter progressivement du diamidophénol; si elle est trop courte, ajouter du sulfite.