dans le violet où X = 0;i
Il va sans dire que ces nombres n’ont rien d’absolu. Leur valeur change d’un observateur à l’autre ; mais il importe de constater que la variation a lieu pour tous dans le môme sens; et toujours le maximum d’effet se montre dans le jaune verdâtre.
Maintenant, laissons de côté l’écran rétinien et prenons pour écran récepteur une couche sensible, renfermant l’un ou l’autre des sels haloïdes d’argent : iodure, bromure, chlorure. Nous reconnaissons que, pour l'un de ces sels d’argent donné, l' altération a lieu ou n’a pas lieu; quelle est plus ou moins forte quand elle se produit (toutes choses égales d’ailleurs ), suivant que la radiation lumineuse mise en jeu correspond à telle ou telle longueur d’onde.
Citons, pour prouver la réalité de ce fait, l’expérience suivante qu’il est facile de répéter :
Sensibilisons une plaque au collodion en lui incorporant, à la façon ordinaire, de l’iodure d’argent dont l’équivalent chimique a pour valeur 235. Seulement,
LE GÉLATINO-BROMURE d’aKGENT
prenons la précaution de choisir cet iodure pur et surtout absolument débarrassé de toute trace de l’un de ses congénères : bromure ou chlorure.
Faisons tomber sur elle, dans une chambre non éclairée, un spectre solaire que nous rendrons fixe en nous servant d’un héliostat bien orienté ; laissons les couleurs qui composent le spectre agir pendant un temps suffisant pour que l’image latente ait pu se former. — 11 est nécessaire de recourir pour cette expérience à des lentilles et des prismes de quartz.
Développons et fixons l’image par les procédés habituels ; nous verrons une portion seulement du spectre reproduite sur la plaque. Ce sera toute la région comprise entre la raie F et l’ultra-violet. Les rayons de longueur d’onde supérieure à celle qui caractérise la raie F n’ont que très faiblement impressionné l’iodure.
11 s’est manifesté un maximum très marqué d’intensité très près de la raie F, du côté de G.
Répétons, dans les mêmes conditions, la même expérience, en substituant dans la couche collodionnée, à l’iodure, le bromure d’argent dont l'équivalent chimique est 188, et nous verrons que la limite de décomposition du sel d’argent se trouve reportée du côté du rouge.
Enfin remplaçons, dans la couche que nous voulons sensibiliser, le bromure par le chlorure, dont l’équivalent a pour valeur 143,5; et nous constaterons que l'attaque du chlorure s’est effectuée dans toute l’étendue du spectre et même dans l’infra-rouge, eu présentant des maxima dans diverses régions.
Cette expérience nous conduit donc à la conclusion suivante : A mesure que l’équivalent chimique de la substance impressionnable d i m inné, la radiation extrême du côté du rouge, capable d'altérer sa constitution chimique, correspond à une longueur d’onde de plus en plus grande.
Tel esl le résultat obtenu avec le coilodion pris comme véhicule. Serait-il le même avec le gélatinobromure ou l’albumine?
On ne saurait l’affirmer a priori; mais il est, en tout cas, grandement probable que la relation générale qui existe entre ces deux variables : l’équivalent chimique du sel baloïde d'argent d’une part et la longueur d’onde de la radiation extrême du côté du rouge pouvant le décomposer, d’autre part, offre des variations dans le même sens , quel que soit le véhicule utilisé .
En tout cas, nous devons tirer de ce qui précède la conclusion suivante : Tandis que ce sont les rayons jaunes qui impressionnent le plus vivement la rétine, ce sont les rayons bleus et violets qui agissent le plus fortement sur les plaques photographiques.
Examinons maintenant quel parti nous pouvons tirer des notions précédentes, — tout spécialement dans le cas du gélatino-bromure d’argent, — quand il s’agit de rendre compte de la formation de l’image latente et du rôle des révélateurs.
Nous savons que, pour expliquer les phénomènes si variés qu’on étudie en oplique, les physiciens ont. été conduits à admettre l'existence d’un milieu élastique d’une très faible densité, l’éther, lequel serait répandu dans tout l’espace et même dans l’intérieur des corps.
L'éther servirait de véhicule à la lumière, de même que l'air sert de véhicule au son. Son existence n’est pas scientifiquement établie; seulement on peut dire que tout se passe comme si l’éther existait réellement, avec les propriétés et la constitution que les physiciens lui attribuent.
Par le mouvement ondulatoire de ce milieu élastique, l’énergie que fournit une source lumineuse : le
LE GÉLATINO-BROMURE d’aRGENT
soleil, les étoiles, etc., est transportée à distance avec une énorme vitesse.
A chaque espèce de radiation simple émanée de la source, correspond une longueur d’onde déterminée, longueur qui caractérise la radiation considérée.
Cette longueur d'onde est, pour tous les rayons, d’un ordre de grandeur extrêmement faible. On en acquerra une idée exacte, en sachant que pour le violet du spectre solaire (raie K) cette longueur X = 393 millionièmes du millimètre. Pour la raie A (rouge limite), a = 760 millionièmes de millimètre.
L’éther vibre en transportant l’énergie lumineuse; et les vibrations de ses particules sont normales à la direction de propagation.
L’onde lumineuse, en cheminant, rencontre, sur sa route, une plaque transparente de gélatino-bromure. Que va-t-il se passer?
Evidemment son mouvement vibratoire va se continuer à la faveur de l’éther qui remplit les espaces intermoléculaires dubromure d’argent et de la gélatine. Mais, dans la molécule simple de bromure, qui est formée par un groupe d’atomes de brome et d’argent, il y a aussi de l’éther qui s’y trouve avec une densité ditlerente de celle de l’éther ambiant. Cet éther pourra vibrer ou ne pas vibrer; cela dépendra, nous l’avons montré plus haut, étant donnée la valeur numérique de l’équivalent chimique du bromure, de la longueur d’onde des rayons lumineux agissants.
Si l’éther contenu dans la molécule ne vibre pas, le groupe atomique demeure intact. Rien n’est changé dans sa constitution.
S’il vibre, V énergie lumineuse concentrée dam la molécule pourra se transformer en énergie mécanique. Des ébranlements, des déplacements seront alors communiqués aux atomes, dont l'ensemble forme cette
molécule, et leur état primitif d’équilibre slable sera rompu. Les atomes d’argent deviendront libres, et ceux de brome se trouveront dans des conditions favorables pour contracter avec les éléments simples, placés dans leur voisinage ou à leur contact, des combinaisons nouvelles plus stables que la précédente. L'énergie mécanique se transformera alors en énergie chimique.
Dans le cas particulier qui nous occupe, celui du gélatino-bromure d'argent, il n’y a qug l’eau contenue dans la gélatine ou bien la substance même de la gélatine, qui puisse fournir l’hydrogène au brome pour former de l'acide bromhydrique, ou bromure d'hydrogène, composé plus stable que le bromure d’argent.
Plusieurs cas sont à considérer :
1° L’action lumineuse peut avoir une intensité très faible, trop faible pour que les atomes dans les molécules du bromure soient ébranlés, puis déplacés. Il faut, nécessairement et avant tout, triompher de l’inertie de la matière ; le mouvement des atomes n'est possible qu’à cette condition.
C’est dire que l'intensité de la radiation doit atteindre 07! dépasser une certaine valeur , un minimum , audessous duquel aucun changement ne se produira dans le groupe atomique, quelle que soit la durée de la pose ;
2° Il peut se faire, en second lieu, que l’intensité de la radiation, tout en restant faible, soit pourtant supérieure à cette valeur minimum; alors la transformation de l’énergie lumineuse en énergie mécanique pourra s’opérer; le travail accompli sera peu considérable d’abord; mais, comme chaque travail nouveau s’ajoute au précédent, ce ne sera plus qu’une question de temps; le travail total ira croissant.
LE GÉLATINO-BROMl'RE D’ARGENT
La molécule de bromure emmagasinera une dose de plus en plus grande d’énergie mécanique sans que toutefois la transformation en énergie chimique ait encore eu lieu.
S'i, à ce moment, on retire la plaque de la chambre noire pour la soustraire aux radiations lumineuses, les atomes, dans la molécule du bromure, conserveront l’état nouveau d’équilibre qu’elles ont acquis. L’image existera dans le gélatino-bromure sans être percevable pour notre œil.; aucun signe extérieur n’en indiquera l’existence; nous aurons une image latente.
Cette image latente persistera dans l’obscurité; elle pourra même gagner en force, dans les premiers moments, pour décroître ensuite très lentement avec le temps.
Si maintenant, pendant cette période d’inertie, on fait intervenir une énergie étrangère, celle qui proviendra, par exemple, d’un corps avide d’oxygène, lequel enlèvera son oxygène à l’eau, ou à la gélatine, au contact du bromure ; cette énergie nouvelle s' ajoutera à la précédente ; et , dès lors , il g aura manifestation d'une énergie chimique. L’argent du bromure sera mis en liberté, et le brome s’unira à l'hydrogène de l’eau pour former du bromure d’hydrogène.
Ainsi s’explique l’apparition de l’image et son développement par l’emploi d’un réducteur. C’est au moins l’explication qui nous paraît la plus plausible, dans l’état actuel de nos connaissances.
Le lecteur qui serait peu familiarisé avec ces questions des transformations de l’énergie pourra lire, avec grand profit, les livres de M. R. Colson sur l’énergie et ses transformations et sur la plaque photographique1.
1 L.-R. Colson, l'Énergie et ses transformai ions. G. Carré et Naud, éditeurs; la Plaque photographique , G. Carré et Naud, éditeurs.
jES progrès de la photographie
3° Si, au lieu d’arrêter la pose à un moment tel que l’image soit encore latente, on laisse les radiations lumineuses continuer leur action sur la plaque, on constatera qu’au bout d’un temps plus ou moins long l’image se dégage d’elle-même et devient visible, sans le secours d’un réducteur. L'énergie mécanique accumulée finit par se transformer en énergie chimique.
M. Janssen, l’éminent directeur de l’Observatoire de Meudon, a reconnu, en effet, en 1880, sur des photographies solaires, qu’en augmentant convenablement l’intensité de la lumière ou bien en prolongeant la pose, la plaque de gélatino-bromure passe par des états successifs qui se suivent toujours dans le même ordre. Nous signalerons seulement les trois premiers.