PLAQUES ORTIIOCHROMATIQUES. TIRAGE DES POSITIFS
Il a suffi pour cela de placer devant l’objectif une lame mince, d’un jaune clair, à faces rigoureusement parallèles. Dès lors les radiations du côté du violet seront affaiblies, tandis que celles appartenant à la région du rouge conserveront sensiblement leur valeur première ; une compensation pourra s’établir, et les valeurs relatives des différentes couleurs seront conservées dans l’image que fournira la plaque sensible.
Quelquefois, avant de terminer la pose, on s’est bien trouvé d’enlever le verre jaune pour permettre à toutes les radiations d’agir à la fois pendant quelques instants; seule, la durée de la pose se trouvera augmentée.
On a plus généralement recours aujourd’hui aux plaques dites or thp chromatique s ou isochromatiques qu’on trouve dans le commerce.
On les prépare en introduisant ou, pour mieux dire, en incorporant dans l’émulsion de gélatino-bromure d’argent une matière colorante artificielle convenablement choisie, qui augmentera la sensibilité du vert, du jaune et du rouge et qui, en même temps, contractera une sorte de combinaison avec la gélatine.
Ainsi l’éosine agit dans ce sens pour le vert et le jaune. Associée à la chlorophylle, elle sensibilise le vert et le rouge.
La cyanine additionnée d’ammoniaque convient pour l’orangé et le rouge.
Comment peut-on comprendre le genre d’action de ces teintures artificielles ?
Voilà, par exemple, la cyanine qui sensibilisera pour le rouge. Eh bien! La cyanine absorbe les radiations rouges. Pareillement l’éosine sensibilisera pour le vert et le jaune, et il est établi qu’elle absorbe ces deux
sortes de lumières colorées, lien est de môme pour les autres teintures employées.
11 semble y avoir là opposition entre les deux effets. Comment la radiation peut-elle sensibiliser le bromure si elle est d’abord absorbée par une substance étrangère?
M. R. Colson en donne une explication que nous croyons devoir reproduire in extenso: d’abord, parce qu’elle nous paraît tout à fait rationnelle ; et qu’en second lieu elle est très clairement formulée1.
« Puisqu’on observe que les teintures en question semblent former avec le gélatino-bromure de véritables combinaisons, il est naturel de penser que le nouvel arrangement moléculaire qui en résulte est tel que le mouvement vibratoire lumineux puisse y déterminer plus facilement le travail préliminaire, cause de l’image latente. Lorsqu’une teinture sensibilise pour une lumière d’une certaine couleur, l'examen spectroscopique montre que les rayons de cette couleur sont en effet absorbés par le composé, ce qui se traduit, dans le spectre, par une bande obscure à la place que cette couleur doit occuper. Il y a donc travail absorbé par la teinture et transformation en impression latente. »
« Cette condition d’absorption est nécessaire, mais elle n’est pas suffisante; car beaucoup de substances qui ont la propriété d’absorber certaines radiations ne sont pas capables d’y rendre sensible le gélatino-bromure. Cela tient sans doute à ce que l’association des molécules de la teinture à celles du gélatino-bromure n’est pas assez intime pour que les vibrations imprimées aux premières par la lumière puissent entraîner les secondes, surtout si les premières ne subissent pas de décomposition chimique sous l’action de ces radiations. L’énergie absorbée, qui doit toujours se retrouver sous
1 Voir R. Colson, toc. cit., p. 56.
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une forme quelconque, se manifeste alors probablement sous la forme calorifique. »
Avec les plaques orthochromatiques, la durée de la pose est certainement augmentée ; mais on sait que, grâce à la maturation, on peut accroître la sensibilité du gélatino-bromure autant qu’on le veut; l’augmentation de pose rendue nécessaire par l’emploi des plaques orthochromatiques peut toujours être amenée à une valeur telle qu’elle soit négligeable.
Ainsi on obtient avec ces plaques convenablement choisies des instantanés, c’est-à-dire qu’on parvient à réduire la durée de la pose à une petite fraction de seconde.
MM. Lumière, par exemple, pour impressionner les clichés qui doivent servir au fonctionnement de leur cinématographe, n’emploient qu’une pose de 1/15 à 1/20 de seconde.
■ Obtention directe d’un positif. — A l’époque où le col I odio n avait la vogue comme véhicule des sels sensibles, on se procurait des positifs sans passer par le cliché. Il suffisait de couler, sur l’épreuve négative obtenue, d u bitume de Judée, qui y formait une couche noire rapidement solidifiée.
L’épreuve négative se trouvait, du coup, transformée en positive.
La raison en est que l’argent déposé sur le négatif est opaque quand on le regarde par transparence et donne, par suite, l'impression du noir, tandis qn’il paraît blanc quand on reçoit dans l’œil la lumière qu’il renvoie par réflexion. Si donc vous placez le cliché sur un fond noir et si vous avez pris la précaution de ne pas trop le forcer comme vigueur, les blancs du négatif vous paraîtront noirs, par transparence ; et
les noirs, blancs par réflexion. L’image vous produira dès lors l’effet d’un positif.
Seulement, une pareille méthode ne peut nous donner qu’un seul positif à la fois; il faut tout recommencer: préparation, exposition à la chambre noire, développement, etc., pour en avoir un nouveau; la multiplication des épreuves est impossible.
Tirage des positifs. — Il faut en définitive passer par le négatif pour arriver à un positif qu’on puisse multiplier à volonté.
La technique du procédé est des plus simples.
Placez, dans l'obscurité, sous l'image négative et en contact parfait, par tous ses points, avec la couche impressionnée, une feuille de papier sensibilisé de môme étendue que le cliché ou même qui le déborde un peu. Faites agir la lumière du jour ou directement celle du soleil à travers le verre qui sert de support au négatif et, autant que possible, arrangez-vous de telle façon que cette lumière tombe à peu près normalement sur le cliché.
Bientôt les noirs apparaîtront en blanc sur la feuille de papier et les blancs en noir.
Quand l’impression sera suffisante et aura môme dépassé un peu le point que vous voulez atteindre comme vigueur, vous fixerez le positif avec l’hyposulfite. Il ne faut pas oublier que le fixage a pour effet d’affaiblir toujours un peu l’épreuve.
Examinons maintenant comment on peut réaliser ces indications dans la pratique.
1° Le papier sensible. — En fait de papiers sensibles, on en a prôné de bien des espèces.
Nous citerons : le papier albuminé au chlorure d’argent ; le papier au citrate d'argent, au collodio-bromure,