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LES PREMIÈRES TENTATIVES

Photographie des couleurs. — Tous les procédés que nous avons décrits jusqu’à présent n’ont servi qu’à reproduire la figure, ou, si l’on veut, la forme détaillée des objets placés devant l’objectif de la chambre noire. Cette forme, nous savons aujourd’hui en obtenir la reproduction sur une plaque, sur une feuille de papier, avec une fidélité parfaite.

C’est la lumière qui, remplissant l’office d’un dessinateur impeccable, nous a donné des dessins d'une grande finesse avec les clairs, les ombres, les demi-teintes, distribués comme sur l’objet lui-mème.

Il restait un problème fort intéressant à résoudre, celui de la reproduction des couleurs avec leurs nuances si diverses, telles qu’elles se montrent à nous sur l’écran dépoli de la chambre noire. Et c’était encore à la lumière qu’on allait demander d’effectuer ce travail.

La question est à l’étude depuis de longues années. La magnifique découverte de Niepce et Daguerre date de 1839, et les premiers essais sur l’obtention des couleurs en photographie remontent à 1848.

Il y eut d’abord la période des tâtonnements avec des demi-succès ; les progrès furent lents. Vinrent ensuite les vues théoriques, et les chercheurs reprirent cou-

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rage. Si le but n’est pas complètement atteint, on peut du moins affirmer qu’on s’en est notablement rapproché.

Poitevin, ce travailleur modeste, qui avait la passion des recherches en photographie, eut, le premier, l’idée de recourir à l’argent chloruré pour lixer les couleurs sur ■papier.

Voici comment il procédait : Le papier, imprégné d’une solution de sel marin, passait dans un bain d’azotate d’argent au cinquième. Le chlorure de sodium, en réagissant sur l’azotate, donnait du chlorure d’argent insoluble dans l’eau et de l’azotate de soude. Le chlorure d’argent se trouvait ainsi incorporé à la pâte du papier.

Après avoir été bien lavé et séché, le papier était immergé dans une solution de chlorure d’étain. Séché de nouveau, on le soumettait à l’action de la lumière jusqu’à ce qu’il eût pris une teinte d’un violet très foncé.

A ce moment, nouveau trempage du papier dans une liqueur résultant d’un mélange de trois solutions : de sulfate de cuivre, de bichromate de potasse et de chlorure de sodium ; à la suite de cette dernière opération, le papier était apte à recevoir l’impression de la lumière. Placé alors dans un de ces châssis-presses décrits plus haut, destinés à l’obtention des positifs en photographie, et recouvert d’un écran translucide diversement colorié, il était exposé, pendant vingt ou vingt-cinq minutes, à la radiation solaire.

La lumière avait agi à travers l’écran sur le papier sensible, mais non d’une manière uniforme; elle avait imprimé, pour ainsi dire, sur la surface chlorurée, chacune des couleurs qu’elle avait rencontrées en traversant l’écran. En un mot l'écran était reproduit sur le papier avec chacune des teintes qu'il portait.

Malheureusement les couleurs ne persistaient pas ;

elles s’effacaient petit à petit, quand on laissait le papier exposé au jour. Le papier prenait bientôt, en tous ses points, une même teinte grise.

Gomme on l’a dit, avec raison, la lumière avait indirectement détruit elle-même son œuvre.

Tout récemment, M. de Saint-Florent a repris le procédé de Poitevin, en l’améliorant. Les couleurs qu’il obtient sont plus vives; elles persistent plus longtemps ; mais elles disparaissent à la longue.

Malgré les insuccès que nous venons de signaler, il n’en reste pas moins ce fait, désormais acquis à la science : que F argent chloruré , quand son état moléculaire a été modifié cl'une certaine façon par F énergie lumineuse , se colore des mêmes teintes que la lumière colorée qui le frappe.

M. Wiener, en 1895, s’est occupé de ces colorations, on peut dire spontanées, des couches sensibles, lesquelles ont été nommées chromo-sensibles. Il semble d’après lui que de telles combinaisons colorées sont de véritables teintures, dues à la formation d’un sous-chlorure d’argent actif. Ce sous-chlorure serait capable de prendre des couleurs très variées et de teindre ainsi une couche de collodion ou de gélatine, que le chlorure ordinaire servirait seulement à mordancer.

Avant Poitevin, un physicien éminent, Edmond Becquerel, et un expérimentateur qui avait déjà fait ses preuves, Niepce de Saint-Victor, poursuivirent, chacun de son côté, la solution du même problème. Tous les deux échouèrent sur la question du lixage des couleurs. Leurs travaux n’en offrent pas moins un grand intérêt.

E. Becquerel opéra sur la lame d’argent poli de Daguerre.

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Il la portait d’abord et la maintenait pendant un certain temps, à la température de 300°, non pas seulement, comme on l’a dit, pour détruire les impuretés qui pouvaient salir sa surface, mais bien pour la constituer dans un état moléculaire nouveau, que des expériences antérieures avaient désigné comme le plus propre à l’apparition des couleurs.

Il s’agissai t ensuite de chlorurer l’une de ses faces. Le moyen employé par E. Becquerel n’était pas banal.

Il lit l’électrolyse de l’acide chlorhydrique étendu, en employant comme électrode positive la lame d’argent, et comme électrode négative un pinceau de fils de platine. Ces derniers étaient immergés dans l’acide chlorhydrique, à quelques centimètres de distance de la lame, et pouvaient être promenés devant elle. Le courant était fourni par une pile de trois éléments Bunsen.

Avec une semblable disposition, le courant cheminait dans le liquide de la lame d’argent aux fils de platine, entraînait dans le môme sens le métal hydrogène, tandis que le chlore, marchant en sens contraire du courant, arrivait sur la lame d’argent et la cblorurait.

La plaque ainsi sensibilisée, après avoir été lavée et séchée dans l’obscurité, était ensuite maintenue, pendant plusieurs jours, à l’abri de la lumière, dans une étuve chauffée à 40°. C’était une sorte de recuit qu’on lui faisait subir et qui avait pour résultat un accroissement de sensibilité.

E. Becquerel faisait alors tomber sur elle, après l’avoir placée dans une chambre obscure, un spectre solaire rendu fixe, pendant un temps assez long. Cette fixité était réalisée par l’emploi d’un béliostat convenablement orienté, qui donnait au faisceau lumineux, avant sa dispersion par le prisme, une direction invariable, malgré le déplacement apparent du soleil.

La plaque retirée de la chambre obscure offrait,

exactement reproduit, le spectre avec ses couleurs naturelles; mais, comme précédemment, les couleurs s’effaçaient progressivement, à la suite de l’exposition prolongée de la plaque au plein jour.

Niepce de Saint-Victor chlorurait ses plaques, soit avec un hypochlorite alcalin, soit avec un bain chlorurant ordinaire ; mais il parvenait à conserver plus longtemps les couleurs, en recouvrant la plaque d’un vernis au chlorure de plomb, la faisant ensuite recuire et l’exposant enfin à l’action des faisceaux de lumière colorée.

En somme, on produit directement les couleurs soit sur papier, soit sur plaque métallique ; mais on ne sait pas les fixer.

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