PROCÉDÉ DE MM. CROS ET DUCOS DU HAURON
Le procédé de MM. Gros et Ducos du Hauron1 est un procédé indirect; il faut passer par le négatif pour arriver aux épreuves positives. Il a donc le grand avantage de permettre la multiplication de l’image colorée, sans être obligé de recourir à l’exposition dans la chambre noire, pour chaque épreuve nouvelle.
L’idée fondamentale de ce procédé est fort originale, et ce qui sera toujours considéré comme un fait des plus curieux dans l’histoire de cette branche de la science photographique, qu’on a nommée la Photographie des couleurs, c’est qu’elle est venue, on peut dire au même moment, à l’esprit de deux Français qui ne se connaissaient pas et qui vivaient à deux cents lieues de distance l’un de l’autre.
Dans la séance du 7 mai 1869, la Société française de Photographie recevait deux communications, l'une de M. Cros, l’autre de M. Ducos du Hauron, traitant la même question, en partant des mêmes principes et en indiquant le même mode pratique de réalisation. Seulement M. Cros n’envisageait le problème de la photographie des couleurs qu’à un point de vue théorique, et M. Ducos du Hauron, s’appuyant sur la même théorie, avait déjà expérimenté et obtenu des résultats concluants.
1 Voir Ducos ou Hauron, la Triplice photographique des couleurs. Gaulhier-Villars, 1897.
La brochure de M. Cros était intitulée : Solution générale du problème de la photographie des couleurs; celle de M. Ducos du Hauron avait pour titre : Les couleurs en photographie ; solution clu problème.
M. Cros est mort sans avoir vu un succès complet répondre à ses prévisions; M. Ducos du hlauron est resté seul sur la brèche , comme il le dit lui-même.
Il a donné, par ses travaux personnels, la preuve d’une énergie de volonté à laquelle on ne saurait trop rendre hommage et que soutenait seul un ardent amour de la science.
Rien n'a pu le décourager depuis trente ans : ni les insuccès partiels, inévitables quand on voyage dans une région inconnue; ni le manque d’un outillage suffisant; ni les doutes élevés sur l’avenir de ses méthodes par des savants de marque.
Il a tenu bon malgré tout et malgré tous; et aujourd’hui, grâce à sa ténacité et à un labeur incessant, la reproduction photomécanique des spécimens de la photographie des couleurs gagne de plus en plus du terrain et occupe déjà un rang honorable parmi les opérations in dustrielles.
La place nous manque pour entrer, autant que nous le voudrions, dans les détails techniques du procédé.
Nous nous bornerons à indiquer le principe de la méthode, tel que M. Ducos du Hauron l’avait compris au début de ses recherches et dont il a rectifié, depuis, le sens et la portée; nous signalerons ensuite la première application pratique qu’il sut en tirer.
M. Ducos du Hauron admettait que, parmi les couleurs dont l’ensemble constitue la lumière blanche, il y en a trois de simples appelées primitives : le bleu, le jaune et le rouge; ce sont ces trois couleurs qui, parleur mélange en proportion, aussi diverses qu’on peut Lima-