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CHAMBRE NOIRE DE PORTA LE CHLORURE D’ARGENT

Chambre noire de Porta. — Dans la seconde moitié du xvi° siècle, vers 1560, a été réalisée la première expérience qui Offre un rapport direct avec la photographie et qui doit être considérée comme son véritable point de départ.

Un savant Napolitain de cette époque, Giambattista della Porta, constata qu’en faisant arriver par une étroite ouverture pratiquée au volet d’une chambre obscure les rayons lumineux qu’envoient des objets éclairés situés en dehors de la chambre, l’image de ces objets vient se peindre sur un écran, — verre dépoli ou feuille de papier translucide, — placé au fond de la chambre, en regard de l’ouverture. Cette image, qui reproduit exactement la forme et la couleur des objets, est toujours renversée et d’autant plus nette que l'ouverture qui donne accès aux rayons lumineux est elle-même plus étroite.

L’image obtenue est essentiellement fugace ; et, quand on ferme l’ouverture du volet, on reconnaît que la lumière n’a laissé sur l’écran aucune trace de son passage.

Si l’on voulait répéter l’expérience de Porta avec sa

simplicité originelle, mais dans les conditions les meilleures, il faudrait que l’ouverture pratiquée au volet eût un diamètre de deux à trois dixièmes de millimètre au plus, avec les bords taillés en biseau, et que l’arête terminale du biseau fût parfaitement nette et nullement frangée.

Un premier perfectionnement ne tarda pas à être introduit dans la construction de la chambre obscure. On enchâssa dans l’ouverture du volet une lentille convergente, — la lentille objective ou l 'objectif, — et, dès lors, l’image produite gagna beaucoup en finesse et en netteté ; seulement il fallut alors rendre l'écran récepteur mobile, afin de pouvoir le placer rigoureusement au foyer conjugué de l’objet posé en avant de l’objectif, opération qu’on a nommée la mise au point.

L’expérience de Porta, telle que nous venons de la décrire, n’aurait jamais conduit à d’importantes applications. Un dessinateur pouvait suivre avec un crayon, sur une feuille de papier servant d’écran, tous les contours de l’image et en donner un dessin plus ou moins réussi. C’était tout.

Aussi, pendant plus de deux siècles, n’a-t-on tiré aucun parti de l’expérience de Porta. Elle est restée à l’état d’expérience uniquement curieuse.

Le problème que la science photographique acluclle s’est donné la mission de résoudre est vaste et complexe. Chaque radiation lumineuse possède, en quittant la source d’où elle émane, une certaine quantité d’énergie ; eh bien il s’agit de faire servir cette énergie, en la transformant (en travail chimique, par exemple), à la fixation d’une manière durable, — sur l’écran de la chambre noire de Porta, — du dessin et de la couleur des objets, dessin et couleur dont on ne savait obtenir jusqu’alors qu’une image fugitive.

LE POINT DE DÉPART DE LA PHOTOGRAPHIE

En termes plus précis, cela revient à découvrir «me substance qui , appliquée en lame mince sur l'écran , puisse être modifiée , soit dans sa structure physique, soit dans sa nature chimique , par le travail qu exécutera chaque radiation. La modification produite devra persister, après que la lumière aura cessé d’agir, et elle sera plus ou moins profonde en chaque point, de manière à correspondre directement à l'intensité et à la nature propre du rayon excitateur.

Certes c’était une idée hardie que de demander à l’agent lumineux de se mettre à notre disposition comme dessinateur et comme peintre. Nous verrons pourtant qu’une pareille conception a pu être réalisée complètement par la science moderne, au moins en ce qui concerne le dessin des objets.

Les substances sensibles à l'action de la lumière ne sont pas rares dans la nature et dans les laboratoires. On en trouve et dans le monde minéral, et dans le monde organique : ainsi les sels haloïdes d’argent, quelques sels de mercure et de plomb, etc. ; la gélatine, le bitume de Judée, certaines essences, quelques résines, etc.

Coloration du chlorure d’argent par la lumière. — Vers la fin du dernier siècle, en 1777, un modeste pharmacienchimiste suédois, Schèele, devenu célèbre, parce qu’il avait isolé quelques corps simples et surtout parce qu’il avait pris une part importante à la découverte de l’oxygène, reconnut et signala la coloration violette que prend le chlorure d’argent (sel d’un blanc pur), quand il est soumis à l’action de la lumière solaire. La coloration s’accentue à mesure que se continue l’insolation et, finalement, sa surface devient entièrement noire.

Le fait signalé par Schèele et, avant lui, plus vaguement, par Fabricius, passa à peu près inaperçu ; et pour-

tant, il y avait là en germe l’une des découvertes les plus merveilleuses de notre temps.

Le physicien Charles, puis Davy et Wedgwood, tentèrent d’en tirer parti, mais sans grand succès. On ne savait pas fixer les dessins, ou plutôt les silhouettes qu’on obtenait ainsi.

On s’est demandé quelle sorte de modification éprouve le chlorure d’argent en cette circonstance. Bien des opinions ont été émises sur ce point. Pour les uns, les vibrations des ondes lumineuses amènent un dédoublement de la substance en ses deux éléments, chlore et argent ; d’autres y ont vu la formation de sous-chlorures. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’une partie de l’argent contenu dans le chlorure est mise en liberté ; et. c’est cet argent réduit qui produit les colorations que l’on observe.

L’explication n’est peut-être pas aussi simple qu’on le croit généralement.

La lumière n’est pas toujours un agent de décomposition ; elle détermine souvent des combinaisons. Je citerai comme exemple le chlore et l’hydrogène gazeux, qui ne se combinent pas dans l’obscurité et qui s’unissent, avec grand dégagement de chaleur, quand leur mélange est frappé par un rayon de soleil.

D’ap rès M. Berthelot, la lumière ne jouerait, dans les réactions chimiques, que le rôle d’un agent excitateur. Les réactions dues à la lumière sont, en général, exothermiques. Le seul fait connu d’une réaction endothermique déterminée par la lumière est celui de la décomposition de l’acide carbonique par la chlorophylle dans les plantes. Mais il y a là une complication véritable^ raison des diverses réactions qui se produisent, à la fois, dans l’organisme végétal.

Pour en revenir au chlorure d’argent, nous ajoute-

LE POINT DE DÉPART DE LA PHOTOGRAPHIE

rons, comme fait bien établi : que le chlorure humide est plus sensible que le chlorure sec ; que sa sensibilité augmente quand on le mélange à une matière organique hydrogénée, collodion, gélatine, etc... Au contraire, lorsqu’on supprime, à son contact, toute substance renfermant de l'hydrogène et de l’eau en particulier ; et lorsqu’on lui enlève le mieux possible son humidité, en le plaçant dans une atmosphère parfaitement sèche, sa sensibilité décroît rapidement.

De là n’est-il pas légitime de conclure que, si le sel était chimiquement pur à l'abri de toute trace d'un corps hydrogéné , la lumière serait impuissante à le décomposer ?

Si, dans les circonstances ordinaires, une altération se produit dans le chlorure d’argent sous l’intluence du rayon lumineux, c’est que le chlore du sel se combine avec l’hydrogène de l’eau ou de la matière organique pour former un chlorure plus stable que le précédent : l’acide chlorhydrique.

Quelle que soit l’hypothèse que l’on adopte pour expliquer la transformation du chlorure d’argent, il reste toujours ce fait indéniable que, dans toutes les parties de ce chlorure où la lumière a agi, de l’argent est devenu libre, et la teinte alors produite est d’autant plus foncée que la radiation agissante a été plus intense.

11 suit de là qu’aux blancs de l’objet qui émettent la lumière la plus vive correspondent les noirs de l’image, et aux noirs de l’objet les blancs de l’image. En un mot, l’image est inverse de l’objet en ce qui concerne la valeur des teintes : c’est cette image inverse qu’on appelle image négative.

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