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NICÉPHORE NIEPCE, DAGUERRE

Ce n’est point au chlorure d’argent qu’eut recours, pour sensibiliser ses plaques, le premier inventeur de la photographie, Nicéphore Niepce1. Il voulait produire d’emblée l’image directe, l’image positive; et le chlorure d’argent ne pouvait lui fournir qu’une image négative.

Niepce, né à Chalon-sur-Saône, en 1765, consacra une partie de sa jeunesse au métier des armes. Engagé volontaire en 1792, il servit comme lieutenant en Sardaigne et en Italie, devint pendant plusieurs années administrateur du comté de Nice et rentra en France en 1801. 11 s’adonna dès lors, avec ardeur, à l’étude de la mécanique et de la chimie; et c’est en 1813 qu’il conçut la pensée de fixer, d’une manière définitive, sur l’écran mis au foyer de la chambre noire, l’image qu’y faisaient apparaître momentanément les rayons lumineux venus des objets extérieurs. Il fut aidé dans ses recherches par son frère Claude.

Niepce mit à l’essai, pour atteindre son but, la plupart des substances impressionnables à la lumière qu’on connaissait à cette époque.

1 Voir Davanne, Conférence sur Nicéphore Niepce. Gauthier-Vil- Iars. 1 8 45.

LES PRÉCURSEURS

Après bien des tâtonnements, il fixa son choix sur le bitume de Judée.

Cette matière, à l’état naturel, jouit de la propriété de se dissoudre dans l’essence de lavande et dans le pétrole rectifié. Chose remarquable ! elle perd cette faculté de dissolution quand elle a été insolée au préalable. ou, plus exactement, cette faculté décroîtà mesure que l’exposition aux rayons lumineux est prolongée davantage.

Mettant à profit cette propriété, Niepce prit une lame d’un métal poli — du cuivre — et fit adhérer à sa surface une mince couche de bitume de Judée. La lame fut ensuite portée, dans la chambre noire, au lieu et place de l’écran de verre dépoli, mis antérieurement au foyer. Dans ces conditions, l’image des objets extérieurs se forma sur la couche de bitume, après que l’action lumineuse eut été continuée pendant plusieurs heures.

La couche sensible, ainsi modifiée par l’insolation, fut ensuite soumise à l’action des dissolvants habituels du bitume de Judée. Ceux-ci n’enlevèrent que les parties non insolées et laissèrent à leur place les parties incomplètement dissoutes, qui produisaient, par leur ensemble, des gradations de teintes correspondant aux variations d’intensité des rayons lumineux.

Le dessin se trouvait, parce fait, dégagé et rendu persistant. L’image apparaissait alors avec un ton jaune d’or sur fond noir; ce fond noir était constitué par le métal poli. L’image était, bien entendu, renversée par rapport à l’objet. Malheureusement on ne la voyait bien que sous certaines inclinaisons, à raison du miroitage des fonds, et en réalité elle était fort imparfaite.

Niepce, en 1824, essaya d’en tirer parti d’une autre façon.

La planche de cuivre recouverte de bitume, après

une exposition prolongée clans la chambre noire, ne se présentait-elle pas comme préparée spécialement pour fournir une gravure à l’eau-forte? Pourquoi ne l’utiliserait-il pas à cette fin? La lumière avait opéré le travail du graveur; à la suite de son action, le métal se trouvait mis à nu aux points que l’acide aurait attaqués?

Cette tentative ne lui réussit pas mieux que la précédente.

Il ne se doutait guère qu’il y avait là, pourtant, le point de départ d’une industrie future, qui devait être des plus florissantes : la Photogravure.

Ils sont grandement à plaindre ces chercheurs intrépides, comme Niepce, qui, poursuivant sans relâche, avec un désintéressement absolu, la réalisation d’une idée qui leur paraît féconde, manquent des moyens matériels pour la faire aboutir.

Niepce avait dû construire, de ses mains, les nombreux appareils destinés à ses essais. La chambre noire de Porta perfectionnée, le chariot destiné à la mise au point, étaient son œuvre. L’objectif était représenté par une simple lentille enlevée à une lorgnette et qu'il avait enchâssée dans l’ouverture de la chambre noire.

Cette insuffisance complète des moyens de travail le décida à partir pour Paris.

11 y fit la connaissance d’un peintre décorateur fort habile, Daguerre (Louis-Jacques-Mandé), qui, par des moyens différents des siens, s’occupait de recherches du même genre. Daguerre était déjà connu du public par l’invention du diorama en 1822, dont le succès à Paris dura plus de vingt ans.

Niepce et Daguerre s’associèrent. En 1829, ils mirent en commun les résultats acquis par leurs travaux antérieurs et poursuivirent ensemble la solution du problème de la chambre noire. Par un traité régulier, l’association

LES PRÉCURSEURS

des deux chercheurs devait durer dix ans (de 1829 à 1839). Niepce mourut en 1833, quatre ans après la signature du traité, et Daguerre continua seul les recherches.

En 1839, au moment où le traité allait expirer, Daguerre communiqua sa découverte à l’Académie des Sciences, avec pièces à l’appui. Elle était le fruit de la collaboration avec Niepce, de 1825 à 1833, puis de ses travaux personnels depuis 1833.

Le problème était résolu, Daguerre obtenait, fixée d’une manière durable sur plaque métallique , l'image des objets extérieurs recueillie dans la chambre noire.

Parmi les faits nouveaux signalés par Daguerre, le plus important, sans conteste, est la production de Yimage latente , quand la couche sensible est formée par de l’iodure ou du bromure d’argent.

Expliquons ce qu’on entend par ces mots : image latente.

Quand on fait agir peu de temps la lumière sur une surface sensible de cette espèce, l’altération produite n’est pas visible; elle existe, mais sans qu’on puisse l’apercevoir, il faut, pour dégager l’image, faire intervenir un corps nouveau qu’on appelle un révélateur ; c’est, en général, un composé chimique possédant des propriétés réductrices.

Le révélateur fait apparaître l’image ; elle existait donc avant son emploi ; mais on ne la voyait pas. On a dit alors qu’elle était latente. Avec le chlorure d’argent, rien de semblable, quand on opère à la façon ordinaire. Nous l’avons dit plus haut, le chlorure d’argent se colore en violet, et la couleur est d’autant plus foncée que la lumière a plus longtemps agi.

On a beaucoup disserté sur la nature de cette image latente.

Les uns ont pensé que, dans le cas qui nous occupe,

l’action chimique de la lumière n’ayant intéressé qu’une très faible épaisseur de la couche sensible, l’argent réduit était en trop petite quantité pour changer la couleur de la surface impressionnée. Mais, quand intervenait le révélateur, son action réductrice surl’iodure ou le bromure portant sur les parties altérées de la couche sensible, la quantité d’argent déjà déposé se trouvait augmentée.

D’autres ont nié l’action chimique, telle qu’on la conçoit d’ordinaire; ils admettent une modification purement physique. La lumière aurait simplement déterminé, dans les points atteints, un groupement moléculaire nouveau, sur lequel le révélateur agirait, en tant que réducteur, uniquement par sa propriété réductrice.

Quoi qu’il en soit de ces deux explications, la découverte de l’image latente a été une découverte de premier ordre ; elle a ouvert la voie aux progrès si rapides que la photographie a accomplis de nos jours.

Examinons maintenant le procédé opératoire de Daguerre.

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