PROCÉDÉ DE MM. CRÛS ET DECOS DU HAURON
giner, fournissent toutes les nuances que nous rencontrons dans la nature.
Aujourd’hui, ce principe plus que discutable, il l’a ainsi modifié 1 : « La vérité est que le spectre solaire est composé d’autant de couleurs simples qu’il y a de degrés de réfrangibilité, c’est-à-dire d’un nombre infini de couleurs simples. En ce qui concerne les surfaces colorées des corps terrestres, elles émettent des étendues plus ou moins considérables des rayons du spectre; mais il arrive que trois de ces étendues jouissent de la propriété de produire, par leurs additions ou leurs soustractions respectives, toutes les sensations possibles de la couleur » ; nous les appellerons les couleurs-mères.
Partant de là, nous allons sommairement décrire le procédé Ducos du Hauron :
Un objet, dont la surface offre à l’œil différentes couleurs, est placé immobile, et avec une pose suffisamment prolongée, devant l’objectif de la chambre noire. Chacune des radiations colorées qu’il envoie va impressionner, à des degrés divers, la lame sensible placée au foyer. Mais si, sur le Irajet des faisceaux lumineux envoyés par l’objet, nous mettons en avant de l’objectif une lame mince de verre à faces parallèles (de couleur orangée , par exemple), que va-t-il arriver ?
L’orangé peut être obtenu par un mélange de jaune et de rouge. Il lui manque la troisième couleur-mère, le bleu. Donc les rayons jaunes et rouges contenus dans le faisceau incident pourront traverser la lame de verre, pénétrer ensuite dans l’objectif et aller impressionner la couche sensible. Seuls les rayons bleus seront interceptés, quoique préexistant dans la lumière incidente.
Développez maintenant le cliché avec les révélateurs
' Ducos du Hauron, Loc. cit., p. 450.
ordinaires et fixez-le. Les rayons bleus qui n'ont pas agi seront représentés par des transparences sur l’épreuve négative; les autres, qui ont impressionné, donneront des opacités plus ou moins fortes, suivant leurs intensités relatives.
On aura ainsi le négatif du bleu ou, plus exactement, le négatif qui accusera , sur l'image positive , à la suite du tirage , la présence du bleu dans le faisceau incident et sa distribution sur l'objet exposé.
Replacez au foyer de la chambre noire une nouvelle plaque sensible identique à la première et répétez exactement les mêmes opérations, après avoir substitué au verre orangé un verre vert.
Le vert est composé de jaune et de bleu. Il lui manque la troisième couleur-mère, le rouge.
Le nouveau négatif possédera, cette fois, des transparences sur tous les points de l’épreuve qu'auraient atteints les radiations rouges si elles avaient été transmises.
Après pose, développement et fixage, nous aurons le négatif du rouge.
Enfin répétons la même expérience en plaçant devant l’objectif un verre violet au lieu du verre vert, et en introduisant dans la chambre noire un troisième châssis avec plaque neuve occupant la même place que les deux précédentes.
Le violet étant un composé de rouge et de bleu où le jaune fait défaut, nous aurons un négatif où les transparences apparaîtront aux places qu’auraient frappées les radiations jaunes, si elles avaient été transmises.
Après développement et fixage, nous aurons le négatif du jaune.
Nous voici donc en possession de trois clichés : l'un pour le bleu, l’autre pour le rouge, le troisième pour le jaune.
PROCÉDÉ DE MM. CROS ET DECOS DU II AffiRON
Il est impossible de trouver dans le commerce des verres qui remplissent les conditions de couleur, de pureté, d’homogénéité que réclament ces opérations.
M. Ducos du Hauron a été obligé de préparer lui-même des écrans colorés avec des vernis convenablement choisis, étendus sur des lames de verre. 11 découpait ensuite ces lames en rondelles ayant toutes le même diamètre et les encastrait dans un tube de cuivre qui s'adaptait à frottement doux à l’extrémité du tube portant l 'objectif. Le changement des écrans colorés pouvait alors s’opérer sans difficulté et rapidement. De même, les trois châssis, portant les trois plaques, pouvaient se succéder promptement, en occupant tous exactement la même place.
Il est pourtant certain que, malgré tout, ces changements devaient rendre la pose plus longue. Les absorptions de lumière par les écrans colorés contribuaient à l’accroître encore. Heureusement l’emploi des plaques orthochromatiques au gélatino-bromure a permis de diminuer le temps total de pose.
Les trois clichés ainsi obtenus vont nous permettre de tirer trois positifs qui leur correspondront chacun à chacun (Planches I, II et III).
Seulement, au lieu de tirer les contre-types de chaque négatif sur l'un des papiers sensibles connus, comme on le fait pour les positifs ordinaires, on choisira des papiers translucides, gélatinés, au charbon (des pellicules) : l'un bien pour être exposé sous le cliché du bleu; le second rouge, sous le cliché du rouge; le troisième jaune, sous le cliché du jaune.
Le premier, à la suite du tirage et du développement, donnera à leur place véritable toutes les colorations bleues que présentait l’objet posé devant l’objectif, et pareillement pour les deux autres.
Comme les papiers au charbon que livre le commerce
sont toujours plus ou moins défectueux, M . Ducos du Hauron a confectionné des papiers spéciaux qu'il a appelés papiers mixtion nés , lesquels renferment, avec la gélatine comme véhicule, la matière colorante la plus convenable :
Le bleu de Prusse pour le bleu ;
Le carmin pour le rouge ;
Le jaune de chrome pour le jaune.
On peut lire tous les détails de la préparation dans les mémoires de l’auteur1.
Les trois papiers gélatines étaient sensibilisés par leur immersion dans nne solution de bichromate de potasse an dixième, additionnée de 25 grammes de sucre par litre. Cette gélatine bichromatée devra s’insolubiliser snr les parties insolées, d’autant plus fortement que la radiation agissante sera plus intense.
Chaque monochrome, transporté sur une lame de verre à laquelle on la fait adhérer par toute sa surface, était ensuite placé sous le cliché correspondant et exposé pendant un temps suffisant à la lumière qui tamisait à travers le cliché. On le retirait alors pour le plonger dans l’eau tiède où l’image allait se développer.
Les parties de la gélatine bichromatée, fortement impressionnées par la lumière, ne se dissolvent pas dans l’eau; elles englobent fortement, en quantité proportionnelle à l’impression reçue, la poudre colorante qui s'y trouvait auparavant disséminée. Les parties claires, au contraire, ayant été abritées contre l’action de la lumière parles opacités du cliché et, par suite, insolées, se dissolvent, en grande partie, dans l’eau tiède.
Les trois monochromes ainsi traités et séchés reproduisent alors : l’un en bleu, toutes les parties de l'objet qui ont émis de la lumière bleue; le second en rouge,
i Voir aussi E. Dumoulin, les Couleurs photographiques. Gauthier- Yillars, 1S94.