‹ La photographie sous-marine et les progrès de la photographieChapitre 24 sur 62 · COUP D’ŒIL GÉNÉRAL SUR LES PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

COUP D’ŒIL GÉNÉRAL SUR LES PROGRÈS DE LA PHOTOGRAPHIE

Nous bornerons là cet exposé sommaire des progrès accomplis par la photographie dans les soixante années qui ont suivi sa découverte. On peut y reconnaître trois périodes distinctes :

1° La période de la plaque daguerrienne ou doguerréotypie;

2° La période du collodion ;

3° La période du gélatino-bromure.

1. La première est caractérisée par l'emploi exclusif de la plaque métallique polie, à la surface de laquelle était produite, par voie chimique, la couche sensible.

C'était là un procédé direct, donnant immédiatement le positif, et auquel on ne pouvait malheureusemeut demander le cliché découvert plus tard, qui pouvait seul aboutir à la multiplication rapide des épreuves.

Pendant cette période, d’une douzaine d'années environ, le progrès fut très lent; la plaque donna, du premier coup, tout ce qu'elle pouvait donner; on parvint seulement à accroître la sensibilité de la couche sensible en faisant varier sa composition.

Malgré les prévisions optimistes d’Arago, ni la science, ni l'industrie ne purent tirer un parti avantageux de cette image, pourtant très tine et à tons très doux, développée sur la plaque métallique. Daguerre

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demeura convaincu toute sa vie, — il mourut en 1850, — qu’en dehors de la plaque il n’y avait pas de photographie possible.

II. La seconde période date de l'invention du cliché par Fox Talbot. A partir de ce moment, la daguerréotypie fut définitivement abandonnée et la photographie — la vraie — prit un essor inespéré.

C’était un procédé indirect; mais le négatif obtenu allait désormais remplir le rôle de la planche du graveur.

Pour constituer le véhicule des sels haloïdes d’argent, on tâtonna d’abord ; on essaya un peu de tout : papier, albumine, collodion, gélatine, etc.

Finalement le collodion fut adopté par la grande majorité des opérateurs*

Le collodion présentait, en effet, des avantages exceptionnels : produits peu coûteux pour la préparation de la couche sensible et qu’on peut toujours se procurer au même degré de pureté; production facile de cette couche, en employant, comme support, la lame de verre ou de celluloïd ; tout le monde peut y réussir après un court apprentissage ; enfin les négatifs obtenus avec le collodion présentaient une grande finesse et une grande transparence des images.

Le collodion humide ne peut, il est vrai, lutter avec le gélatino-bromure pour la sensibilité ; mais il l’emporte sur lui, quand on peut impunément prolonger la pose.

Ce qui a nui au collodion, c’est la nécessité de l’employer toujours humide pour arriver à une sensibilité acceptable.

Le collodion sec eût peut-être satisfait à tous les desiderata, si l’on avait étudié et amélioré sa préparation, en y mettant du soin et de la persévérance; mais le gélatino-bromure, avec sa supériorité écrasante, s’est

bien vite imposé à l’amateur et aux professionnels.

III. La troisième période, — on doit faire remonter ses commencements à l'année 1870, — est de beaucoup la plus brillante.

On peut dire que la plaque au gélatino-bromure, dont on augmente ou on diminue la sensibilité à voloDlé, est l'instrument le plus précieux qui, dans ces derniers temps, ait été mis à la disposition de l'homme de science et de l'industrie.

Avec elle, l'instantané est devenu possible. On obtient aujourd'hui couramment de magnifiques épreuves avec des poses d'un vingtième, d’un cinquantième de seconde.

La plaque est employée sèche; par suite, on peut l’exposer dans la chambre noire, en un lieu quelconque, à une époque quelconque, sans s'inquiéter de l'époque de sa préparation et en ajournant le développement à une date plus ou moins éloignée.

En voyage, pour diminuer le poids et le volume, — qui pourrait être encombrant, — du grand nombre de plaques dont on a fait provision avant le départ, on a la faculté de substituer aux plaques ordinaires à support de glace ou de celluloïd de simples pellicules qui n'occupent plus qu'un espace très restreint.

Avons-nous besoin d'ajouter que, pour sauvegarder, dans le transport, l'intégrité des plaques et surtout de celles qui ont été impressionnées, il y a lieu de recourir aux plus minutieuses précautions, afin de les soustraire à la lumière, à l'humidité, aux variations brusques de température? C'est par des négligences en cette matière que s'expliquent certains défauts de la plaque, qui n'apparaissent qu'au moment du développement : halos, voile, taches, piqûres, etc...

(lue dirons-nous des services de premier ordre que,

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grâce au gélatino-bromure, la photographie rend, tous les jours, à la science pure, à l'art, à l'industrie? Ils sont tellement nombreux et variés que nous ne saurions, en quelques pages, décrire, même succinctement, ces applications si intéressantes de la photographie. Il eût fallu écrire une monographie pour chacune d’elles. Nous ne pouvons ici qu’énumérer les plus importantes.

En astronomie, les résultats ont été merveilleux. Des radiations pour lesquelles la rétine humaine est insensible, impressionnent le gélatino-bromure et font connaître à l’astronome l’existence de mondes nouveaux, perdus dans l’immensité des espaces.

La plaque impressionnée représente pour nous un sixième sens, qui nous procure la vision de radiations que l’œil ne peut percevoir.

Pour les voyages d’exploration, la plaque devient un auxiliaire des plus commodes et des plus sûrs.

Elle permet la reproduction exacte, rigoureusement fidèle des œuvres d'art, des monuments, des inscriptions, etc.., qu’on rencontre sur sa route. Et, cette fois, l’imagination d’un dessinateur ou d’un peintre n'intervient plus pour interpréter la chose vue.

Ensuite, à l’aide des procédés photomécaniques dont le développement grandit tous les jours, les reproductions peuvent être multipliées à l’infini, placées, à titre d’illustrations, entre les pages d’un livre, et constitue ainsi un moyen très efficace d’enseignement par les yeux.

Des résultats pareils et qui ont bien aussi leur valeur sont obtenus pour la reproduction des tableaux, des sculptures, etc., qu’on ne pouvait étudier jadis que dans les Musées.

L’art militaire profite, à son tour, du secours que leur

prête la photographie, pour la confection des cartes et pour les études de balistique.

Les opérations relatives à la topographie, au lever dés plans, à l’établissement des courbes de niveau, s’exécutent aujourd’hui avec plus de promptitude que jamais, et elles offrent les meilleures garanties d’exactitude, grâce aux épreuves photographiques que l’on a prises sur le terrain, dans des conditions spéciales, fixées à l’avance.

Voici encore une science relativement nouvelle, la Chronophotographie , qui n’eût pu exister avant les découvertes de la plaque sensible.

Les admirables travaux de M. Marey sur la locomotion de l’homme, le vol des oiseaux et même la natation des poissons, lui doivent leurs rapides succès.

Le cinématographe de MM. Lumière est encore dans le même cas.

En histoire naturelle, la plaque sensible a donné naissance à la microphotographie .

On a aujourd’hui le moyen de reproduire, avec le grossissement que donne le microscope, l’image exacte des préparations, parfois fort délicates, qui sont déposées sur le porte-objet.

La météorologie l’utilise tous les jours dans plusieurs de ses appareils enregistreurs.

La médecine, la chirurgie, l’histologie sont devenues ses tributaires. Il n’est pas jusqu'à l Instruction criminelle qui n’ait recours au gélatino-bromure, pour la reproduction des pièces à conviction, pour l’anthropométrie, pour la recherche des falsifications.

Il est enfin une science, née d’hier, science pleine de

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promusses et qui, en tout cas, découvre déjà des horizons tout à fait nouveaux, la Radiographie. — Elle n’a progressé jusqu'à présent qu’à la faveur de la plaque au gélatino-bromure. Nous voulons parler, sous ce titre de radiographie, des rayons Rôntgen, qu'on a eu le tort, selon nous, de nommer les rayons X.

Une semblable appellation n’a aucun sens précis et ne peut amener que la confusion dans le langage.

Il y a tant d'autres rayons distincts de ceux-là qui nous sont inconnus! Ceux qu’on découvrira demain, puisqu’ils sont inconnus aujourd’hui, seront donc encore des rayons X... ?

Dans le même groupe, entrent aussi les radiations fournies par les sels d’uranium qu a signalées, le premier, M. H. Becquerel, et celles qu’émettent les corps radiants étudiés par M. et Mme Curie.

La plaque au gélatino-bromure a été l’instrument indispensable mis en jeu pour toute cette catégorie de recherches. Elle a permis aux chercheurs de ne pas s’égarer par trop dans ce dédale de phénomènes, aussi étonnants qu’inattendus.

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