PAYSAGE SOUS -MARIE (POSE
Librairie C.Keinxocdd
LËS PREMIERS ESSAIS DE PHOTOGRAPHIE SOUS-MARINE 18o
accentuées, pour fournir des noirs et des blancs bien tranchés, et les clichés obtenus sont forcément ternes.
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Fig. 19. — Paysage sous-marin de la baie de Banyuls (Vue prise avec le premier appareil de photographie sous-marine).
Le second inconvénient, le plus grave, du reste, causé par le dépôt vaseux, c'est qu'il est impossible de se déplacer sur le fond sans troubler le milieu ambiant.
A chaque pas, le scaphandrier soulève un nuage de boue qui se maintient en suspension pendant plusieurs
minutes et qui obscurcit l’eau que les rayons lumineux doivent traverser.
J’ai persisté cependant, malgré ces conditions défavorables, jusqu’au moment où j’ai pu obtenir une série de clichés, sinon tout à fait bons, du moins suffisants.
Mais je n’ai pas tardé à chercher un point plus propice à mes expériences, et je l'ai rencontré un peu plus au sud du laboratoire, dans une petite anse fortement lavée par la houle et qu'on appelle, dans le pays, la baie du Troc (fig. 20).
Cette baie du Troc, enfermée entre deux hautes collines rocheuses, se trouve être en même temps un des points les plus pittoresques de la côte.
Malgré la violence des vents du nord, le fond est tapissé de prairies sous-marines qui s’enfoncent en pente douce vers la haute mer.
Les courants violents que détermine la houle lorsque le vent régnant souffle ont amené la formation de petites plaques de sable qui découpent la prairie et constituent de véritables sentiers où l'on peut circuler à l’aise, lorsqu'on a revêtu le vêtement imperméable.
Rien n’est pittoresque comme de suivre un de ces chemins tracés par le courant ; de chaque côté, sur le talus corrodé par le ilôt, s’étalent les grandes tiges des Pocidonies, dont la végétation est luxuriante et dont l'aspect rappelle celui des plantes des pays tropicaux.
Le scaphandrier se trouve encadré par la muraille verte, car les tiges de ces singuliers végétaux arrivent jusqu’à la hauteur du casque.
Quand on circule dans la prairie proprement dite, après avoir franchi les talus dont je viens de parler, les grandes herbes qu’on est obligé d’écarter pour marcher arrivent seulement au niveau de la poitrine.
Enfin, dans cette petite anse du Troc, on trouve également de grands rochers tapissés d'algues et qui présentent de larges excavations où vivent de nombreux animaux.
Les profondeurs de la baie sont très variables, et l’on peut opérer depuis 2 mètres jusqu’à 11 mètres, en descendant le long du plan incliné formé par le fond.
Voici le mode opératoire que j’ai adopté pour obtenir mes clichés avec l'appareil photographique assez rudimentaire que j’avais alors à ma disposition.
Le bateau étant solidement ancré sur le fond et maintenu dans une position invariable à l’aide d’une série d'amarres fixées aux rochers de la côte, je revêtais l’habit de scaphandrier, et je descendais sur le point choisi d’avance comme centre d’opérations.
Après avoir pris terre à la profondeur voulue, je donnais au patron le signal de me faire descendre les différentes parties de l’appareil photographique.
Je recevais au bout d’une corde le trépied en fer, l’appareil contenant la boîte photographique et un poids en fonte destiné à caler le tout.
Je me mettais alors en marche pour choisir définitivement le point de vue à reproduire.
Le paysage une fois choisi, j’installais à loisir le pied de l'appareil, etje disposais la boîte photographique de manière à n’avoir plus qu’à soulever un bouchon pour ouvrir l’obturateur.
Ceci fait, un nouveau signal était expédié par moi au patron, qui tenait en main, la corde de sauvetage. Ce signal signifiait que la pose était commencée, et j ’attendais patiemment que le patron m’indiquât île nouveau la lin de l’opération.
On comprend, en effet, qu’il est impossible ou, du moins, fort difficile, à moins d’un dispositif spécial, d’em-
Fig. 20. — Paysage sous-marin de la baie du Troc (Vue prise avec le premier appareil à 7 mètres de profondeur après une longue pose).
Grâce à la méthode que j’avais adoptée, cette difficulté se trouvait tournée, le patron ayant pour mission de consulter sa montre et de me prévenir en temps utile.
C’est ainsi qu’ont été obtenues les photographies
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porter avec soi, lorsqu’on descend en scaphandre, une montre pouvant guider pour la durée du temps de pose.
représentées {fig. 19 et fig. 20). après des poses qui ont duré jusqu’à une demi-heure. Le grand inconvénient du procédé que j’employais alors réside précisément dans la durée de cette pose.
Le paysage sous-marin est loin d’être immobile ; même parles temps les plus calmes, dans les fonds où j’opérais, la houle se fait toujours sentir, et les plantes, entraînées par le mouvement des couches liquides, subissent des mouvements d’oscillation qui donnent du flou à l’image. Or, avec le premier appareil que j'avais fait construire, j’étais obligé de faire impressionner la plaque pendant un temps très long et, pour obtenir plus de netteté dans les images, je tendais au contraire à diaphragmer de plus en plus, ce qui me forçait à allonger démesurément le temps de pose pour obtenir une impression sur la plaque photographique.
Ces premiers clichés étaient loin d’être bons. Ils constituaient, en tout cas, un premier point de départ; cependant j’étais loin d’en être absolument satisfait.
Pourquoi les premiers essais n’onl-ils fourni que des images médiocres?
Le milieu eau est-il impropre à l’obtention de bonnes photographies?
L’expérience de ces trois dernières années m’a prouvé que le milieu n’était nullement le coupable et qu’il suffisait de perfectionner l’appareil photographique pour perfectionner les images obtenues.