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CHAPITRE XVI

LA PHOTOGRAPHIE EN AQUARIUM

Bien avant que j’aie eu l’idée d’essayer de prendre des clichés de photographie sous-marine, les naturalistes ont cherché le moyen d’obtenir de bonnes images photographiques des animaux tenus en captivité dans les aquariums.

Des éssais nombreux ont déjà été tentés dans ce sens, et quelques-uns ont même été ' couronnés de succès. Cependant le procédé employé n’a jamais donné qu’exceptionnellement de bons résultats, à cause des difficultés Irès réelles auxquelles on se heurtait.

A ma connaissance, on s’est toujours servi d'appareils ordinaires placés hors de l’eau.

L’opérateur pouvait de cette façon faire une mise au point rigoureuse, mais il était forcément gêné par le miroitement qui se produit à la surface vitreuse de la paroi des grands aquariums.

M. Prouho, professeur à la Faculté des Sciences de Lille, est arrivé, pendant qu’il était préparateur au laboratoire Arago, à produire quelques clichés tout à fait remarquables. Il se plaçait dans l’obscurité et photographiait les objets, soit par transparence, le côté opposé de l'aquarium étant seul éclairé, soit par réflexion, la face antérieure des animaux recevant la vive lumière que fournit le magnésium en brûlant (fie/. 44).

D’autres travailleurs ont pris également au labora-

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toire de Banyuls plusieurs clichés remarquables dans l’aquarium de l’établissement.

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Ces photographies étaient d’ailleurs obtenues sans dispositif spécial, et la beauté des clichés tenait à l’habileté des opérateurs. C'est ainsi que M. le professeur Topsent a enrichi la bibliothèque de la station d’un magnifique album de photographies, document unique en son genre, reproduisant les principales espèces d’éponges qui vivent dans les environs de Banyuls.

Malgré ces premiers résultats, il paraissait difficile de faire de la plaque photographique une application courante dans le cas particulier qui nous occupe.

J’ai pensé que l’appareil photo-sous-marin donnerait peut-être un moyen plus pratique de photographier les animaux en captivité.

A cet effet, j’ai considéré l’aquarium au même point de vue que la mer libre dans laquelle j’avais jusque-là opéré, et j’ai immergé la boîte étanche dans l’intérieur même du bac où se trouvait l'animal dont je désirais reproduire les traits.

Les premiers essais effectués dans cette voie ont été assez heureux pour m’engager à poursuivre ce genre d’expériences. Après avoir immergé la boîte photographique dans les plus grands bacs que l’on possède au laboratoire Arago, bacs constitués par de grands parallél ipipèdes rectangles, dont les parois latérales en glace ont environ 2 mètres dans leur plus grande étendue, je reconnus que je pouvais, sans inconvénient, expérimenter dans des récipients beaucoup moins volumineux.

Avec l’instrument dont je disposais, le premier appareil de photo-sous-marine décrit (fig. 12), il suffit, en effet, d’une distance de 15 centimètres environ entre l’objectif et l’objet pour obtenir sur la plaque une image nette, à condition toutefois d’employer un diaphragme de très petite ouverture.

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Si l’objet est de faible dimension, comme c’est le cas ordinaire, on peut avoir son image de grandeur naturelle. Les moindres détails s’y trouvent reproduits.

Fig. 45. — Groupe d’éponges photographié au laboratoire Arago.

Voici la manière d’opérer:

A-t-on affaire à un animal fixé, un coralliaire ou un

actiniaire, le procédé à mettre en œuvre est très simple : il suffit de disposer convenablement ie sujet à l’une des extrémités du bac, en ayant soin de placer en arrière de lui un écran approprié au fond que l’on veut obtenir. Cette première précaution est, en effet, très nécessaire pour arriver à un rendu satisfaisant.

Les objets blancs et transparents doivent se projeter sur un fond sombre, noir ou bleu foncé : les parties rouges doivent se trouver en face de couleurs claires, blanc ou rose, pour ressortir avec leur maximum de vigueur.

On laisse ensuite l’animal ou la colonie animale s’épanouir tout à son aise et prendre la position de repos. Quand les polypes se sont bien étalés, on introduit dans le bac l’appareil photographique, en le plaçant à une distance du sujet qui varie avec la dimension de l’image qu’on veut recueillir,

Il est bien entendu que l’eau, quelles que soient les précautions employées, sera mise en mouvement etcommuniquera ses oscillations au sujet. Il faut attendre que le calme soit rétabli. A l’aide d’une ficelle, on fait alors manœuvrer l’obturateur, et l’appareil entre en fonction.

Si l'on a soin d’éclairer convenablement l’aquarium, ce qu'on peut facilement réaliser en drapant, tout autour des glaces, des voiles blancs destinés à renvoyer la lumière, on opère comme dans un atelier photographique.

Malgré le faible diamètre du diaphragme employé, la pose peut être réduite à environ trois minutes dans l’intérieur d’une salle éclairée seulement d’un côté. On pourrait diminuer ce temps de pose dans des proportions notables en travaillant à l’air libre, mais je n’ai pu me rendre compte par moi-même de cette diminution du temps de pose, car, par suite de la disposition

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des aquariums, j’ai toujours opéré dans l’intérieur du laboratoire.

Quand il s’agit des animaux agiles, des Poissons par exemple, ou des Crustacés, on est obligé d’adopter un autre dispositif.

Il faut, en effet, que l’animal pose en face de l’objectif, et qu’au moment de l’opération il ne se déplace pas dans des limites trop étendues, ce qui arriverait sûrement si l’on se contentait de la méthode précédemment adoptée.

Pour éviter celte difficulté, j’enfermais l’animal dans un globe de pendule approprié à sa taille.

Le globe, renversé et présentant son ouverture en haut, était rempli de sable dans le premier tiers de sa hauteur. Ce sable servait de support à une lame de verre, de façon à ce que le sujet à photographier se trouvât toujours en regard d’une des faces planes du globe. On sait en effet que les globes de pendules présentent dans leur partie moyenne deux faces à peu près parallèles.

Ce récipient ainsi disposé était immergé à l'une des extrémités du bac, en avant de l’écran choisi. Après y avoir enfermé l'animal, j’avais soin de fermer, mais incomplètement, la partie supérieure du globe, à l’aide d’une plaque de verre, de manière à maintenir une communication constante entre l’intérieur du récipient et le reste de l’aquarium.

Dans ces conditions, il est bien rare que l’animal n’adopte pas une position de repos, pendant laquelle il est facile d’opérer, et, de cette façon, la photographie d’un animal agile est ramenée au cas précédent.

Dans un aquarium de moyenne taille, on peut toujours disposer l’animal de manière à fournir une bonne

image. Les conditions d’éclairage du reste de la salle peuvent être négligées, puisqu’on peut isoler le bac sur lequel on opère à l’aide de voiles appropriés. Les réflexions qui se produisent à la surface du verre sont évitées. Enfin la mise au point n’est pas nécessaire, et l’appareil est toujours réglé pour la vision nette, à condition qu'on adopte un diaphragme assez petit.

Ces essais ont été faits sans le secours de la lumière artificielle; ce mode opératoire me paraissait avoir, en effet, un grave inconvénient : Malgré toutes les précautions prises, la lumière ne pénètre qu’incomplètemcnt dans l’intérieur du récipient contenant de l’eau de mer; il se produit des réflexions sur les glaces de faquariurn qui nuisent à la netteté de l’image. En un mot, la chambre où l’on opère est sensiblement mieux éclairée que l’animal que l’on veut photographier.

Depuis ces expériences, M. Fabre-Domergue paraît avoir tourné heureusement la difficulté, et je vais reproduire ici la description du dispositif qu’il emploie, dispositif qui est appelé à rendre des services à beaucoup de naturalistes1 :

« Dans un aquarium rectangulaire de 70 centimètres de longueur sur 50 centimètres de largeur et autant de profondeur, je fais arriver, dit l’auteur, un courant d’eau filtrée à travers une petite poche de flanelle. Le trop-plein de l’aquarium est réglé de manière à maintenir le niveau de l’eau à 1 ou 2 centimètres au-dessous du bord supérieur. Sa face postérieure est garnie extérieurement d’un écran peint en gris, formant le fond du paysage.

« Dans le vase ainsi disposé, je place un fond de

1 Fabre-Domergue, Photographies d'aquarium ( Photo-Gazette , 8° année, n" 8, 1898).

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graviers et de roches couvertes d’algues, préalablement bien lavés, sous un filet d’eau.

« Le tout est arrangé, aussi naturellement que possible, de façon à former un petit paysage aquatique en harmonie avec les mœurs des animaux que l’on se propose de photographier. Ceux-ci sont alors introduits dans l’aquarium, et le courant d’eau étant bien réglé, le tout est laissé au repos pendant quelques heures, de façon à donner à la population le temps de s’acclimater à sa nouvelle demeure.

« Bien que, dans des conditions favorables, on puisse essayer d’utiliser pour ces reproductions la lumière directe du soleil, j’ai dû, par suite de la disposition de mon aquarium, renoncer à m’en servir. J’ai donc eu recours à l'éclair magnésique.

« Au-dessus de l’aquarium et reposant exactement sur ses bords, on dresse une boite en bois mince, formée de trois côtés, un antérieur et deux latéraux, d’une hauteur égale ou un peu supérieure au récipient. C’est a l’intérieur de cette boîte, le plus près possible de la surface de l’eau et dans des positions variables, que l’éclair magnésique doit se produire. Pour cela, la paroi antérieure est percée d’un trou dans lequel glisse à frottement doux une tige de fer terminée par un anneau où se trouve enchâssé un godet de métal.

« En poussant plus ou moins la tige, on peut amener le godet soit vers la face antérieure, soit vers le milieu, soit vers la face postérieure de l’aquarium.

« Ce godet doit être assez grand pour éviter la projection des particules magnésiques dans l’eau au moment de la combustion. L’intérieur de la caisse est peint en blanc à la colle, de façon à former réflecteur.

« On peut allumer la poudre magnésique mélangée de chlorate de potasse et posée sur une couche de cotonpoudre, soit au moyen d’une longue mèche se rendant

à l’extérieur, soit, ce qui vaut mieux, au moyen de l’étincelle d’induction d’une bobine Ruhmkorff. Dans le premier cas, il convient de ne procéder à l’allumage que par l’intermédiaire d’une bougie-tige, au bout de laquelle est fixé un tampon imbibé d’alcool, afin d’éviter d’effaroucher les animaux.

« Une soucoupe pleine d’alcool et une bougie allumée sous l’aquarium permettent d’effectuer la manœuvre sans bouger.

« L'avantage de l’éclairage par la surface de l’eau s’explique aisément : d’abord il permet d’éviter les réflexions de la lumière sur les parois extérieures de l’aquarium et, de plus, en raison de la marche des rayons dans les milieux liquides, ces rayons se trouvent concentrés dans le récipient, qui apparaît comme une masse uniformément éclairée, mais douée d’un pouvoir rayonnant relativement faible.

« Il ne reste plus qu’à installer convenablement l’appareil photographique bien en face de l’aquarium, à découvrir la glace, à armer l’obturateur pour la pose et à se munir de patience.

« En dehors des espèces fixées, en effet, les animaux aquatiques ne se placent pas toujours au gré de l’opérateur. Certains sont animés de mouvements très vifs; il en est, au contraire, qui se terrent sous les pierres, se tapissent contre le fond et ne sont pas moins difficiles à saisir.

« D’autre part, l’éclair magnésiquc est loin d'avoir une instantanéité suffisante pour permettre de fixer l’image d’un corps en mouvement avec la réduction de 4 à 10 diamètres que nous désirons obtenir. D’où la nécessité d’attendre que les habitants de l’aquarium soient calmes, nagent avec lenteur et qu’ils soient, de plus, convenablement groupés.

i< La réussite, ici, est entièrement subordonnée à

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la patience et à l’esprit d’à-propos de l’opérateur.

<( Le mieux est de s’asseoir commodément à côté de l’appareil, de tenir d’une main la poire de l’obturateur, de l’autre l’appareil d’allumage; quand on juge le moment opportun, d’un premier mouvement, on découvre l’objectif, et, presque en même temps, on allume le magnésium. L’éclair se produit, on referme l’objectif d’une nouvelle pression sur la poire, et l’opération est terminée. Le développement s’effectue par les moyens habituels. .

« L’impression causée par l’éclair magnésique sur les Poissons est extrêmement vive, mais le mouvement réflexe qui en est la suite est assez lent à se manifester, car, bien qu’en proie à une folle terreur, ils se précipitent tête baissée sur le fond ; je n’ai jamais eu, de ce fait, le moindre insuccès.

« L’éclair est éteint avant que le réflexe n’ait commencé à se produire. Si, par contre, au moment où jaillit la lumière, un des animaux se meut avec trop de rapidité, il ne donne souvent qu’une image floue qui gâte le cliché. Telle est même la principale difficulté de ce genre de reproduction.

« La condition idéale serait évidemment de faire coïncider l’ouverture de l’obturateur, armé pour une instantanéité convenable, avec l’éclair magnésique, dont on n’utiliserait ainsi qu’une partie de la durée ; mais je n’ai encore pu réaliser le dispositif nécessaire pour avoir le synchronisme des deux mouvements. »

M. Fabre-Domergue a bien voulu me communiquer quelques-unes des belles épreuves obtenues; elles ne laissent rien à désirer au point de vue du modelé et de la netteté des animaux photographiés. On sent que les Poissons, au moment où l’image s’est fixée sur la plaque, étaient, si l’on peut employer une pareille exprès-

sion, plongés dans un véritable bain de lumière.

Je n’ai pas encore expérimenté par moi- même le procédé de M. Fabre-Domergue, mais je suis persuadé qu’en l’utilisant avec le dernier appareil de photographie sous-marine on obtiendrait des résultats remarquables.

Il faudrait, pour que la réussite fût complète, avoir à sa disposition un bac de grande envergure, de plusieurs mètres de longueur, où l’image photographique pourrait reproduire un champ très étendu.

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