LIMITE EXTRÊME
DE LA PÉNÉTRATION DES RAYONS LUMINEUX DANS l’eAU
Quand on photographie un paysage à l’air libre, la profondeur des derniers plans est presque indéfinie.
Si le temps est clair, on peut obtenir, avec quelques précautions, des images jusqu’aux limites extrêmes de l’horizon.
La courbure de la terre est le seul obstacle qui s’oppose à la reproduction d’horizons plus lointains et si une chaîne de montagnes très élevée, mais placée cependant au-delà des limites ordinaires, se trouve en face de l’observateur, rien n’empêche de la reproduire avec ses principaux détails.
Les photographies sidérales, qui maintenant sont d’une pratique courante dans nos observatoires, nous montrent que la limite à laquelle peut atteindre l’objectif peut être dans l’air poussée jusqu’à l'indéfini.
Dans la photographie sous-marine, les conditions ne sont plus les mêmes.
Une plaque sensible, quand elle est immergée à une très grande profondeur, se comporte comme dans l’obscurité et n’est nullement impressionnée; on ne peut songer à changer ce résultat qu’en faisant intervenir à cette profondeur une source nouvelle de lumière.
LIMITES Qü’OiN PEUT CHERCHER A ATTEINDRE 291
Ce fait suffit à nous indiquer qu’il existe une limite extrême que l’on ne peut dépasser dans la reproduction d’un paysage sous-marin.
Alors même qu’on opère à une faible profondeur sous l’eau, la plaque ne peut donner des images nettes que dans des limites restreintes, au maximum à une centaine de mètres.
Nous prendrons un exemple pour bien faire comprendre notre pensée.
Soit un objet, un rocher, par exemple, situé à 10 mètres de profondeur et à 100 mètres environ de l’objectif.
Ce rocher va être fortement éclairé par les rayons normaux venus du soleil et qui n'ont à traverser qu’une couche d’eau de 10 mètres ; mais, pour que la plaque puisse être impressionnée, le rocher doit envoyer des rayons lumineux vers l’objectif.
Ces rayons ont maintenant à traverser une couche d’eau épaisse de 100 mètres, puisque nous avons supposé que telle était la distance entre le rocher et l’appareil photographique. Ils seront donc absorbés en grande partie avant d’atteindre l’objectif; ils ne pourront impressionner la plaque, et l’image du rocher ne pourra être obtenue dans ces conditions, pour les raisons que nous avons données dans la I,e partie, page 56.
On voit par cet exemple combien faible doit être la limite de la profondeur que peuvent atteindre les derniers plans dans la photographie sous-marine.
En réalité, les limites sont encore plus restreintes. Quand on photographie dans l’air, l’état de l’atmosphère est loin d’être indifférent ; s’il existe de la vapeur d’eau sous forme de brouillard, si même les diverses couches aériennes ne sont pas homogènes et ont des densités
différentes par suite de variations dans la température, les derniers plans deviennent confus.
Ces causes d’erreurs sont plus fréquentes et plus accentuées dans le milieu eau; au lieu de brouillard, nous constatons souvent la présence de particules organiques provenant de décomposition des matières végétales. Elles jouent le rôle d’écran et empêchent une impression nette des objets.
La différence de densité entre les diverses couches aqueuses est aussi très facile à constater. Elle provient non seulement des variations de la température sous l’influence des courants de fond ou de surface, mais aussi de la différence de composition du milieu. Il ne faut pas oublier en effet que l’eau de mer contient en dissolution un certain nombre de sels, et que le degré de saturation des diverses couches liquides varie dans des proportions relativement considérables.
11 y a donc là toute une série de causes secondaires qui contribue à rendre vague le contour des objets et à restreindre lechamp, déjàsi borné, de la photographie sous-marine.
Nous avons vu plus haut que l’horizon photographique était limité par l’absorption des rayons lumineux dans l’eau.
11 est donc intéressant de se demander quelles sont les limites extrêmes de la pénétration des rayons lumineux dans l’eau de mer?
Nous ne connaissons qu’une expérience pouvant nous renseigner à cet égard, c’est celle qui a été faite par MM. Fol et Sarasin au large de Villefranche (Alpes- Maritimes).
Pour obtenir plus de précision dans les résultats, ces savants ont utilisé des plaques à l’iodo-bromure d’argent dont la sensibilité est extrême, puisque la lumière des