CHAPITRE XXI
Il y aurait grand avantage à ce que la photographie sous-marine, qui jusqu’à présent n’a donné lieu qu’aux recherches de laboratoire que j’ai exposées dans les chapitres précédents, fût adoptée non seulement par les chercheurs professionnels, mais aussi par les amateurs.
Les progrès qui ont été réalisés dans la photographie terrestre, grâce à l’engouement du public, où les photographes se comptent par légions, me font présager qu’il serait très profitable pour la science qu’une partie de l’élite de ces amateurs consentît à consacrer les loisirs des déplacements balnéaires à la photographie sous-marine.
La création de ce sport nouveau est-elle possible?
Est-il possible de prendre de bons clichés sous l’eau sans l’outillage spécial d’un laboratoire, équipage nombreux, scaphandre et atelier de mécanique?
J’en ai la ferme conviction.
Je crois qu’un simple amateur, possédant un appareil bien construit et d’un modèle peu encombrant, pourrait, par ses seules ressources, dans le voisinage immédiat de la côte, recueillir des vues, paysages ou instantanés d’animaux qui fourniraient de pittoresques et intéressants documents.
Cet appareil n’est pas difficile à réaliser.
Je vais décrire le modèle que m'a soumis M. Jules Deleury, et qui me paraît ne nécessiter que peu de modifications secondaires pour l’amener à la perfection relative.
Pour obtenir un formai moins encombrant, l’habile
Fig. 50. — Vue extérieure de l’appareil photo-sous-marin pour amateurs
(système Deleury).
ingénieur a adopté un appareil contenant des plaques 9 X 12 à châssis immobile. Il permet la mise au point à 1 mètre, lm,50, 2 mètres, 2m,50, etc., par suite de la disposition de l’objectif à court foyer qu'on peut avancer ou reculer par un mouvement d'hélice, comme cela se pratique dans beaucoup d’appareils employés à la surface du sol.
Chambre noire de l’appareil. — La chambre noire est une boîte en métal épais et parfaitement étanche.
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Elle est formée de deux moitiés inégales, A et B, qui peuvent se rapprocher intimement grâce à un joint en caoutchouc, C, et qui sont pressées l’une contre l’autre par une série d’écrous.
La partie A présente en arrière un grand orifice cf obturé à l’état normal par une plaque de métal s’appliquant sur un joint de caoutchouc et qui sert, exceptionnellement, pour la mise au point.
La partie A offre encore dans sa portion supérieure, en E, un orifice obturé par un bouchon en métal et qui sert à la manœuvre du châssis.
La partie B présente également deux orifices : un orifice antérieur 0, fermé par une glace transparente qui correspond à l’objectif et un presse-étoupe H, par où Ton peut actionner l’obturateur.
Complétons cette description extérieure de l’appareil en signalant la présence de deux colliers, P et P', qui renforcent les deux parties, A et B, et sur lesquelles sont rivées deux boucles qui permettent de descendre ou de remonter l’appareil. Le collier P' peut être armé de bambous de différentes taPles qui s’insèrent en T [fig. 50) et dont nous verrons l’utilité en expliquant comment se fait la mise au point. Cette pièce T, qui est destinée à recevoir un bambou de longueur variable, peut se couder latéralement et facilite la mise au point sur un objet déterminé. Les deux colliers portent, en outre, les pieds, R et R', à l’aide desquels l’appareil peut reposer sur le fond.
Châssis de l’appareil photo-sous-marin. — L’organe qui contient la plaque sensible est un châssis à volet qui peut se loger au fond de la partie A (Voir les quatre coupes du châssis, fig. 51).
Il présente, à la partie inférieure du volet, une bague B dans laquelle peut se visser une tige T qui passe, à frot-
Fig. 51. — Coupes théoriques du châssis de l’appareil photo-sousmarin. — En bas, le châssis est supposé fermé et tel qu’on l’introduit dans l’appareil. — A gauche, le châssis est toujours fermé, mais on a vissé la tige T. — Plus haut, on a tiré sur la tige T de manière à entr’ouvrir le volet. — Enfin, dans la figure supérieure, à gauche, le châssis est complètement ouvert.
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tement doux, par l’orifice M de la partie A. On enlève cette tige T, lorsque le châssis est ouvert, pour pouvoir visser le bouchon S, ainsi que cela a été figuré dans la quatrième coupe. Les figures ci-jointes dispensent de toute autre explication.
Objectif de l’appareil photo-sous-marin. — L’objectif, o, est un objectif à court foyer qui travaille dans une petite chambre à air N, constituée par un tube en métal T qu’on peut visser en S et qui est fermé en avant par la glace G.
Il est fixé dans un tube, t, qui lui permet d’avancer
Fig. 52. — Coupe schématique de l'organe contenant l’objectif.
ou de reculer en prenant un mouvement hélicoïdal dans une bague, b (fig. 52).
Cette bague est fixée en V contre la paroi interne de l’appareil et supporte en arrière l’obturateur, ob.
Obturateur de l’appareil photo-sous-marin. — L’obturateur est un obturateur à lames du type ordinaire pou-
vant fonctionner en instantané ou en pose sous la pression de l’air contenu dans une poire; le tube de l’obturateur est très long et se loge dans le tube H qui se continue par un tube en plomb enroulé sur une bobine.
Cet obturateur peut se transformer aisément en un obturateur électrique du type que nous avons décrit dans le chapitre consacré aux appareils électriques qui ont servi à la photographie sous-marine, le tube en caoutchouc est alors remplacé par deux fils fins entourés de gutta-percha.
Fonctionnement de l’appareil photo-sous-marin. — Le châssis est chargé dans la chambre noire à la façon ordinaire. On peut le transporter en pleine lumière, puisque la plaque est abritée par le volet.
On met le châssis en place, après avoir séparé les deux parties, A et S, de la chambre noire; il se loge exactement dans un cadre situé dans la partie profonde de A, où on l’assujettit à l'aide de taquets qui le maintiennent immobile.
Ceci fait, et avant d’avoir reboulonné les deux parties A et B, on dévisse le bouchon E et l’on introduit la tige T dans l’orifice situé au-dessous de E (fig. 51). On visse l’extrémité de cette tige sur la bague du châssis B, puis l'on réunit les deux parties de la chambre noire B en vissant les écrous qui compriment le joint de caoutchouc interposé entre ces deux parties.
Ceci fait, il ne reste plus qu’à tirer sur la tige T jusqu’à ce que la bague B sorte en M par l’orifice, on dévisse la tige et l’on visse à bloc le bouchon E.
L’appareil photo-sous-marin est prêt à fonctionner. 11 ne reste plus qu’à le descendre en place et à faire travailler l’obturateur.
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Voici comment on doit procéder :
Veut-on photographier un objet à une distance de 3 mètres ?
Avant d’ouvrir le châssis, on dévisse le tuhe T (fig . 52) pour placer l’objectif à la distance convenable. Le tube T se dévisse en S, et permet d’atteindre le tube qu’on tourne jusqu’à ce qu’il affleure à la marque correspondant à 3 mètres. On revisse ensuite le tube T.
L’appareil est disposé pour photographier à3 mètres : il s’agit maintenant de l’amener à la distance convenable, pour cela on visse en P' [fig. 50); un bambou de 3 mètres, qui se place dans l’axe de l’objectif.
On descend ensuite l’appareil avec précaution et on le laisse reposer sur le fond. Par tâtonnement, en déplaçant progressivement l’appareil, on fait coïncider l’extrémité du bambou avec l’objet qu’on veut avoir au centre de la plaque.
Selon la pente du terrain, l’extrémité du bambou se place, en eflet, trop haut ou trop bas par rapport à l’objet.
11 faut donc modifier la position de l’extrémité du bambou et, pour y réussir, visser les pieds R et R' de manière à donner une inclinaison convenable.
Il y a là une manœuvre assez délicate et qui exigera, peut-être, pour les manœuvres courantes un pied du même modèle que celui qui nous a servi dans la dernière campagne et qui est représentée page 180.
Ce n’est qu’à la suite de ces opérations préliminaires qu’on pourra, après un moment de repos, pour laisser à l’eau le temps de se calmer, agir sur la poire et faire fonctionner l’obturateur.
Dans ces conditions, on pourra obtenir par des temps calmes et par beau soleil de bons clichés instantanés,
jusqu’à des profondeurs de 6 à 7 mètres ; cependant, si les opérateurs veulent s’outiller un peu plus complètement et se mettre à même de travailler, même par les temps sombres, il leur sera avantageux d’utiliser l’éclair au magnésium dans les conditions suivantes :
On fait construire une boîte étanche, de forme rectangulaire, dont le fond est garni d’une lame de verre et dont les parois sont tapissées de métal (du fer-blanc par exemple); la boîte, convenablement lestée, est garnie de liège à la périphérie. On l’immerge comme un flotteur, de manière à ce que le fond constitué par la lame de verre plonge dans l'eau et se place au-dessus de l’objet.
Une capsule de magnésium finement pulvérisé, munie d’une mèche, est placée directement sur la lame de verre. Un aide enflamme la mèche et referme la boite, tandis qu’on ouvre l’obturateur.
Le procédé d’éclairage que je propose ici n'est en somme qu’une application du procédé d’éclairage employé par M. Fabre-Domergue, pour la photographie en aquarium, que j’ai signalé dans un chapitre précédent. Dans ces conditions, on pourra obtenir des photographies de grand intérêt et des paysages tout à fait inattendus.
En immergeant un appât au niveau de l’extrémité du bambou, il sera facile d’attirer les poissons et les animaux agiles et de prendre des clichés d’animaux en plein mouvement.
Comme il serait désagréable de trouver dans le cliché la trace du bambou, il est préférable de placera l’extrémité de celui-ci une ficelle rattachée à un liège. Quand l’appareil est en place, on exerce sur l’extrémité du bambou une traction latérale, et, comme le support de
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ce dernier est articulé latéralement en T (fig. 50), le bambou se déplace et sort du champ.
Graduation de l’appareil photo-sous-marin. — La graduation de l’appareil pour la mise au point aux différentes distances est une opération assez délicate qui se fait une fois pour toutes avant de commencer les expériences. Cependant, comme on peut être amené à faire des rectilications de mise au point, il est bon de connaître le procédé employé.
On enlève l’obturateur qui gênerait pour manœuvrer l’objectif, on remplace le châssis par un châssis spécial sans volets, muni d’une plaque de verre dépoli, qui occupe exactement l’emplacement de la plaque sensible et qui est percée en l’un de ses points d'un orifice.
Parcel orifice, on fai I passer l’extrémité d’une pince spéciale qui actionne le tube de l’objectif.
On dévisse la plaquer/ {fig. 50), située en arrière de la partie de la chambre noire désigné par la lettre A.
On n’a plus dès lors qu’à disposer l’appareil verticalement, le tube de l’objectif plongeant dans l’eau, et à procéder comme nous l’avons indiqué pour la graduation du grand appareil de photographie sous-marine, chapitre X, page 215.
Dans le cas de l’appareil Deleury, on doit cependant remarquer qu’au lieu de déplacer le châssis qui est maintenu fixe par les taquets, on agit sur l’extrémité de la pince fixée sur le tube de l’objectif, et on éloigne ou l’on rapproche celui-ci, jusqu’à ce que l’écran, placé à une distance donnée apparaisse avec le maximum de netteté :
C’est l’objectif que l’on déplace au lieu de faire varier la position de la plaque de verre dépoli.