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DE LA SUBSTANCE RÉVÉLATRICE

Photographie au gélatino-bromure d’argent. — Depuis Daguerre, la science photographique a réalisé de bien grands progrès; mais il n’en est pas de plus important, de plus considérable que la découverte et. l’emploi du gélatino-bromure d’argent pour faire acquérir aux plaques une grande sensibilité .

Poitevin, vers 1850, avait déjà employé la gélatine pour la formation de la couche sensible. On n’y prit pas garde. Son procédé ne fut repris et perfectionné que vers 1870.

Il y a, par le fait du gélatino-bromure, deux éléments nouveaux qui interviennent, en vue de régulariser et d’accroître la promptitude de l’action lumineuse sur la couche impressionnable.

En premier lieu, les aptitudes chimiques spéciales du véhicule employé, — la gélatine, — qui, malgré son altération facile au contact de l’air humide, agit toujours favorablement, à raison de sa richesse en hydrogène.

En second lieu, le mode de préparation mis en jeu, qui a pour résultat de permettre à la substance sensible, au bromure d’argent, d’acquérir un groupement moléculaire nouveau, le rendant beaucoup plus apte à se modifier sous l’intluence de la lumière.

La méthode dont nous parlons porte le nom d 'émulsionnage.

Jusqu’à présent nous avions opéré par voie de trempage, — c’est l’expression adoptée. — Le bromure ou l’iodure alcalin déjà engagés dans le véhicule choisi : albumine, collodion, etc., était épandu en couche mince sur une plaque transparente servant de support. Cette plaque était ensuite trempée dans une solution d’azotate d’argent; et là se produisaient les réactions chimiques faisant apparaître deux sels nouveaux :

1° Lebromured’argent — le corps sensibleà lalumière;

2° Un azotate alcalin correspondant au bromure employé.

En outre, il pouvait rester dans la couche sensible : parfois un excès de bromure alcalin, parfois un excès d’azotate d’argent. Ces divers corps, l’azotate d’argent surtout, exerçaient, dans bien des cas, une action nuisible, ou rendaient au moins le résultat final incertain.

De plus le bromure d’argent, qui avait pris naissance, se trouvant comme empâté dans son véhicule, était peu accessible, dans toutes ses parties, aux rayons de lumière qu’on dirigeait sur lui ; delà diminution de la sensibilité.

Le procédé de l’émulsionnage, tout au contraire, rend facile, comme nous le verrons, l’élimination complète des sels étrangers ; puis il permet aux particules du bromure d’argent, demeurées en suspension dans l’émulsion, de réaliser le mode de groupement qui convient exclusivement à leurs attractions réciproques. Suivant la température, suivant l’alcalinité ou la non-alcalinité du véhicule, suivant l’ancienneté plus ou moins grande de la préparation, le bromure se montre : tantôt sous forme de houppes ou

LE GÉLATINO-BROMURE d’âRGEIST

flocons, tantôt de poudre très fine, tantôt de poudre grenue ou cristalline.

En un mot, les particules du corps sensible se groupent librement dans chaque cas , sans subir un empâtement forcé.

Nous n’entrerons pas dans de grands détails sur la préparation de la plaque au gélatino-bromure d’argent, comme semblerait pourtant l’exiger l’importance de ce produit. Cette préparation est assez délicate; elle demande des soins minutieux; elle réclame une installation spéciale, un outillage qui ne se trouve pas toujours à la disposition des amateurs de photographie et même des professionnels.

D’ailleurs elle se fait aujourd’hui en grand dans l’industrie, et cela dans les conditions les plus favorables.

On a donc tout intérêt, même au point de vue de la dépense, à s’adresser, pour l’achat de ces plaques, à une maison justement renommée pour l’authenticité et la bonne qualité de ses produits. Si on veut fabriquer soi-même, on trouvera tous les renseignements qu’on peut souhaiter dans les traités spéciaux1.

Indiquons rapidement les opérations successives qu’exige la préparation du gélatino-bromure d’argent.

I. Dissolution de la gélatine dans l’eau. — On prend une gélatine de bonne qualité, à peu près pure et peu ou point colorée ; on la fait gonfler d’abord dans l’eau froide, puis dissoudre dans l’eau distillée chaude.

Disons une fois pour toutes que c’est l’eau distillée ou l’eau de pluie filtrée dont il faut exclusivement se

1 Albert Londe, Photographie moderne , 1896 ; Davanne, la Photographie théorique et pratique , 1888 ; Gey.met, Traité pratique de Photographie, 1895.

servir dans toutes les manipulations ci-dessous décrites. Les eaux de source renferment toujours des sels calcaires et des chlorures qui amènent des réactions,, souvent nuisibles à la pureté des clichés.

II. Gélatine bromurée. — On fait dissoudre, dans l’eau qu’on maintient tiède, un poids déterminé de bromure d’ammonium. — Les iodures sont exclus. — Le collodion sec nous a en effet appris que c’est le bromure d'argent qui permet d’atteindre les grandes sensibilités. La solution chaude du bromure est intimement mélangée à la solution chaude (I) de gélatine. Ce mélange constitue la gélatine bromurée.

III. Gélatino-bromure d’argent. — Un poids d’azotate d’argent équivalent à celui du bromure d’ammonium(II) est dissous dans l’eau chaude.

On verse, goutte à goutte, cette liqueur toujours chaude dans la gélatine bromurée, en prenant la précaution très importante d’agiter le mélange, d’une manière continue. On empêche, de cette façon, la précipitation, au fond du vase, du bromure d'argent qui prend naissance, et l’on maintient en même temps par un moyen mécanique le sel sensible dans un grand état de division.

Il demeure entendu que cette troisième opération et celles qui vont suivre doivent être pratiquées à l’abri de la lumière du jour. On ne doit s’éclairer qu’avec la lumière la moins actinique pour le bromure d’argent, celle que laisse passer le verre, dit verre ronge.

IV. Maturation du gélatino-bromure d’argent. — A la suite de ces trois opérations, la liqueur gélatineuse (III) constitue une véritable émulsion; le bromure d’argent s’y trouve en suspension. Il s’y serait d’abord montré

LE GÉLATINO-BROMURE d’aRGENT

sous la forme floconneuse; mais l’agitation prolongée de la liqueur lui a fait prendre la forme pulvérulente, et maintenant, pour accroître encore sa sensibilité, il faut lui faire acquérir la forme grenue ou cristalline.

La forme grenue se manifeste par une augmentation, visible au microscope , du diamètre des particules isolables du bromure ; mais est-ce à dire que la molécule proprement dite a grossi?

Nous ne savons rien sur les dimensions de cette molécule ; elle échappe à tous nos moyens d'investigation. Ce sont des groupements, des agrégations de molécules qui forment le grain, et c’est sur eux seulement qu’on a pu effectuer des mesures.

Pour amener le gélatino-bromure à cette forme grenue, on pratique une nouvelle opération, dite la maturation .

Elle peut être obtenue de plusieurs façons.

La plus commode et la plus rapide se pratique en maintenant dans l’obscurité, pendant une demi-heure,, la liqueur à une température d’environ 100°, à l’aide d’un bain-marie, — c’est le procédé de l’ébullition. — La maturation se produit aussi sous l’influence des alcalis, et enfin on l’obtient encore en abandonnant la liqueur à elle-même, à la température ambiante.

Dans ce dernier procédé, le grossissement particulaire se produit spontanément sans l’intervention d’une énergie étrangère ; seulement il faut alors plusieurs jours pour que la maturation soit complète.

C’est Maddox qui a signalé l'effet exercé par la maturation, en vue d’accroître la sensibilité de la couche et de la porter même au maximum. En la poussant trop loin, on arriverait à produire le voile.

V. Prise en gelée du gélatino-bromure. — Nous savons que, lorsqu’on chauffe a 100° pendant un temps assez

long une solution de gélatine, il se manifeste, dans cette substance, un travail moléculaire qui a pour résultat la transformation de la gélatine en un isomère. Les propriétés de la gélatine normale sont, par suite, modifiées, et, en particulier, le nouveau corps ne se prend plus que difficilement en gelée, quand il revient à la température de 8 à 10°.

Il fallait donc, pour obtenir la lame solide et résistante que doit offrir le gélatino-bromure, lui rendre la faculté de se prendre en gelée,

A cet effet, on ajoute à la gélatine modifiée, placée dans un cristallisoir et refroidie, une solution de gélatine ordinaire; au bout de quelque temps, le mélange se prend en masse.

VI. Élimination des sels étrangers dans le gélatino-bromure. — Il s’agit maintenant de le débarrasser des sels alcalins et de l’excès d’azotate d’argent qu’il peut contenir.

Dans ce but, on le coupe en menus morceaux qu’on lave, à grande eau, — cette eau étant plusieurs fois renouvelée.

Pour que le lavage complet soit facilité, on place les morceaux dans un linge à mailles assez larges. On peut alors les pétrir légèrement sous l’eau avec la main et enlever par voie de dissolution les dernières traces des sels nuisibles.

VII. Épandage du gélatino-bromure. — Le gélatinobromure liquéfié est épandu sur la lame de verre bien nettoyée, en procédant comme nous l’avons indiqué pour le collodion. Seulement il faut avoir la précaution de chauffer légèrement la lame de verre avant de la recouvrir. Sans cela, l’adhérence de la gélatine au verre pourrait être insuffisante.

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