ORGANE DE LINSTI>CT DE LA PROPAGATION
Un genre à la fois tout-puissant et tout déterminé d'émotions et de sentiments; un appareil organique extérieur tout à fait particulier, point alternatif de départ et de retentissement de ces deux manières de sentir; un but exclusif et capital, celui de la reproduction, ralliant à lui tout un ordre (Jes fonctions de l'économie : il y avait là, au moins en apparence, quelques raiions scientifiques de rechercher s'il
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n'existe point dans l'encéphale un foyer d'action particulier à la vie de l'espèce, comme il y en existe un pour la vie de relation de l'individu, et si des deux parties dans lesquelles, chez l'homme et chez les grands animaux surtout, cet organe est presque complètement divisé, l'une ne serait pas exclusivement consacrée à la sensibilité procréatrice, et l'autre à la sensibilité animale et à la pensée.
Si ce ne fat point là la manière dont Gall se posa cette question, ce fat au moins le sens dans lequel il la résolut; et la plus petite partie de la masse nerveuse de la tête, le cervelet, devint pour lai la condition encéphalique de l'instinct de propagation. Cette nature déterminée de la fonction reproductrice, cette distinction non moins grande de l'organe nerveux qu'on lui attribuait, la possibilité, au moins, de leur corrélation, éveillèrent l'attention des médecins et des naturalistes. Plusieurs d'entre eux parurent croire à la réalité de la découverte. Gall , en revanche, prit d'eux avec empressement les foits qui pouvaient lui servir à la mieux établir, et le principal organe du système fit son entrée dans le monde physiologique, escorté d'un appareil de preuves qui devait, hélas ! manquer à ses frères. Ce n'est pas que ces preuves eussent toutes un caractère sérieux et discutable, Gall se fût montré infidèle à ses habitudes et à sa méthode; et l'on retrouve ici autant qu'ailleurs ces misérables histoires dont j'ai donné quelques exemples. Elles y ont de plus un genre de
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mérite, que le lecteur devine bien, et qui tient à la nature de l'organe qu'il s'agissait de fonder.
La première histoire de ce genre, celle qui vraiment ouvre la scène, est celle d'une jeune veuve qui avait, depuis son enfance, d'impérieux besoins de volupté, et à laquelle, durant ses crises, Gall soutenait la nuque avec le plat de la main , ce qui le mit à même de sentir dans cette partie tout à la fois une grande chaleur et une proéminence bombée t?'ès-considérable {{). La seconde histoire, prise d'Apollonius de Rhodes, sous le couvert de M. Schoell, est celle de la sorcière Médée, qui, dans des crises pareilles, souffrait et brûlait aussi à la nuque (2). Ces deux histoires sont suivies de cinq ou six autres de même espèce, de même valeur et de môme goût. Je les laisse là , bien entendu, pour passer à l'examen de preuves au moins discutables, et qui, comme Gall lui-même l'a établi, peuvent se diviser en deux séries : 1° faits pris de l'état de santé et dans la corrélation du développement du cervelet à celui de l'amour physique, dans la série des espèces animales, dans la série des âges de l'homme, dans les deux sexes, enfin dans les propensions individuelles de nature à faire éclater la réalité de ce rapport; 2° faits pris dans l'état de maladie et dans la corrélation réciproque d'une altération du cervelet à une altération des parties sexuelles ou de leurs fonctions.
(I) Sur les fonctions du cerveau, t. III, p. 246. (î) If/id, t. III, p. 547.
Parmi les preuves de la première série, preuves prises de l'état de santé, dans l'anatomie et la physiologie, celle que Gall fait valoir d'abord consiste à avancer que le cervelet existe dans tous les animaux qui s'accouplent, et qu'il est plus considérable chez les espèces où cet accouplement se répète avec une grande salacité.
Avant de rappeler quelques faits qui montrent la fausseté de ces deux allégations, je veux donner, à. leur occasion, de nouveaux exemples de la manière dont, le cas échéant, raisonne Gall. « Chez les ani- « maux, dit-il, dont la propagation ne s'effectue pas « par le concours de deux sexes, on ne distingue « rien qui ressemble au cervelet (I). » Il y a, en effet, parmi les invertébrés et dans la classe des mollusques, des animaux, véritables hermaphrodites, qui se fécondent isolément, et dont la masse nerveuse céphalique n'offre pas assurément de cervelet, pas plus qu'elle n'olTre d'autres parties qui puissent, sous aucun rapport, être assimilées à celles de lencéphalc des vertébrés. Mais il y a aussi tous les autres animaux invertébrés, insectes, crustacés, annélides, mollusques même, dont le ganglion céphalique n'offre pas plus de cervelet que celui des mollusques hermaphrodites, et qui se reproduisent néanmoins par suite d'une union sexuelle, soit simple, soit même double. Ces faits, Gall ne lesconnais-
(0 Sur le<! fonctions fia cfivmu, l. III, p 201.
sait-il pas? Et si, les connaissant, il n'en a pas tenu compte, que faut-il accuser de sa logique ou de sa bonne foi? Mais dans le cas où il les eût ignorés, comment a-t-il pu prononcer le nom même du cervelet à propos du système nerveux des animaux invertébrés, et faire de son absence prétendue cbez quelques mollusques bisexuels un argument à l'appui de l'affectation de cet organe à l'instinct de la propagation?
« S'il était possible, dit encore Gall, de démon- '( trer que cette conformation l'existence du cerve- (( let) a lieu, sans exception, dans les plus petits «animaux, soit déterre, soit aquatiques, cette cir- (( constance suffirait seule pour établir que le cene- «let est l'organe de l'instinct de reproduction fl). » Et quand cette proposition, que Gall, sous forme de question, a l'air de donner comme vraie, aurait en effet, ce caractère, est-ce qu'on pourrait en faire découler la conclusion qu'il en tire ?Dans tous ces animaux, grands et petits, aquatiques ou terrestres, ainsipourvus de cervelet, est-ce qu'indépendamment du besoin de rapprochement de sexes, il n'y a pas des mouvements, de la sensibilité, de l'instinct? Et ne serait-ce pas, dans cette manière de raisonner, une conclusion tout aussi légitime à tirer du fait de l'existence du cervelet chez ces espèces animales, que de dire que, chez elles, cet organe est celui de
(l) Sur les fonctions du cerreau, t. III, p. 261.
l'instinct, de la sensibilité et des mouvements? Il n'est, du reste, pas vrai que dans les animaux vertébrés le cervelet soit dans un rapport constant de coexistence ou de développement avec l'existence ou le développement de l'instinct de reproduction. C'est là un fait tellement bien établi, et tellement connu de tout le monde, que je me borne à rappeler ce qu'en a dit Desmoulins.
Les grenouilles rainettes, les crapauds, et surtout les couleuvres et les vipères, reptiles chez lesquels manque, à proprement parler, le cervelet, se rapprochent par un véritable accouplement, et l'on sait combien est grande l'énergie avec laquelle le crapaud procède à l'acte de la fécondation [\]. Au contraire, dans la plupart des poissons, et par exemple dans le barbeau, les silures, les gades, le cervelet, dans sa partie moyenne, qui existe seule chez les poissons, a un volume énorme, et ces animaux, loin de s'accoupler, ne connaissent souvent pas môme la femelle dont ils fécondent les œufs (2). Enfin les cy-
(I) Anafomie du si/s(ème nerveux dea animaux à vertèhres, 2 vol. in-8. Paris, 1825, t. II, p. 579.
M. Magendie a enlevé à des grenouilles mâles , pendant l'acte même de la fécondation , la légère bande de substance médullaire qui représente le cervelet ; l'accouplement n'en continuait pas moins. 11 cessait par l'elFet de la lésion des lobes cérébraux. (Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux, t. II, p. 333 et suiv.)
(2) Anatomie du système nerveux des animaux à vertèbres, t. II, p. 578.
nocéphales, espèce de singes, dont la lubricité est devenue proverbiale, ont la masse du cervelet, et surtout ses lobes latéraux, moins développés à proportion que l'homme (1).
Gall dit, en second lieu, qu'à partir de la naissance, le cervelet, proportionnellement au cerveau, croît et décroît avec l'âge et à des périodes déterminées, suivant qu'avec l'âge aussi croît et décroît, aux mêmes périodes, le penchant à l'amour physique (2).
Il est vrai, et le fait est incontestable, qu'à la naissance la proportion du volume du cervelet au cerveau est bien moindre qu'elle ne le sera à l'âge adulte, à l'âge de vingt-cinq ans par exemple. Je ne rapporterai point toutes les évaluations qui ont été données de cette proportion par les anatomistes qui s'en sont occupés, par Chaussier, Cuvier, Carus, M. Cruveilhieretpar Gall lui-même (3), et, m'en tenant à une sorte de moyenne, je rappellerai qu'à la naissance la proportion en poids du volume du cervelet
(1) Ânatomie du système nerveux des animaux à vertèbres, t. 11, p. 677.
(2) Sur les fonctions du cerveau, t. III, p. 255.
(3) Gall montre ici encore son défaut ordinaire de sévérité dans les observations mcmes de caractère scientifique sur lesquelles il prétendait appuyer son sysième. Il dit qu'à la naissance, la proportion du cervelet au cerveau peut être ou du neuvième ou du vingtième, c'est-à-dire qu'elle pourrait varier de moitié. Or, on sent bien , qu'excepté dans des cas décidément pathologiques, une telle variation dépasse toutes les limites assignées à la réalité. {Sur les fonctions du cerveau, loco suprà.)
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à celui du cerveau proprement dit est d'un vingtième, tandis qu'à l'âge adulte cette proportion est d'un septième. Mais à quel âge cette dernière proportion s'établit-elle ? Est-ce à dix-huit ou vingt ans à peu près, à l'âge de la puberté réelle, comme Gall avait intérêt à l'établir, ou est-ce plus tôt, à l'âge de cinq ou six ans, par exemple? Voilà la question^ et ici encore Gall s'est prononcé pour Je contraire de la vérité.
Déjà, comme il en convient lui-même (1], Sœmmering, Ackermann, les frères Wenzel, lui avaient objecté que la proportion du cervelet au cerveau, qu'on remarque dans l'âge adulte, s'établit bien avant cet âge, bien avant celui de la puberté, puisqu'on la rencontre déjà à l'âge de quatre ou cinq ans ; et les faits rapportés par Sœmmering et par les frères Wenzel ne permettent pas de douter de la vérité de leur allégation. On voit, par exemple, dans le tableau dressé par ces derniers, du poids proportionnel du cerveau et du cervelet suivant les âges, que chez un garçon de trois ans et chez deux petites tilles, l'une de trois ans et l'autre de cinq, la proporportion du cervelet au cerveau était d'environ un septième (2). J'ai moi-même, dans des enfants de
(1) Sur les fonctions du cerceau, t. III, p. 55G.
(2) Jos. et Car. \\eme.\, De penifiori structura cerehri Iiominis et brutorurn, in-fulio, Tuliingue, 1812- Tabula terlia, cerebii generatim, cerebii ac cerebelli speciatim pondus, à statu embrjonis usque ad decrepitam tiominis œlatem.
l'âge de trois ans à celui de dix, pesé proportionnellement, un certain nombre de fois, le cerveau et le cervelet, et j'ai obtenu des résultats véritablement identiques à ceux qu'ont publiés les frères AVenzel, c'est-à-dire que j'ai constaté qu'à l'âge de trois, cinq, six, huit, dix ans, la proportion du cervelet au cerveau est d'un septième ou d'un sixième (1). Mais tous les faits de cette nature n'ébranlent pas Gall. S'il en a vu de pareils, il se garde bien de les rapporter, et cela ne l'empêche pas de répéter avec son assurance ordinaire que c'est à seize ou vingt ans seulement que s'établit la proportion définitive du cervelet au cerveau ^2]. Il est bien clair qu'il n'en est rien, et que c'est douze ou quinze ans plus tôt, c'està-dire à l'âge de quatre ou cinq ans, que s'établit la proportion prétendue pubère du volume du cervelet à celui de l'autre partie de l'encéphale. Que devient alors la signification physiologique que Gall a tenté de lui attribuer ? Voilà qu'il faudrait maintenant faire
(1) Voici deux pesées que je viens de faire à l'instant même. Gall n'en a jamais autant donné, car il n'en donne aucune.
Fille dgée de cinq am.
Poids du cerveau 861 grammes.
Poids du cervelet 121
Rapport du poids du cervelet à celui du cerveau, 1:7,1 ib. Garçon âge' de six ans.
Poids du cerveau 1 ,048 grammes.
Poids du cervelet 150
Rapport du poids du cervelet à celui du cerveau , I : G, 98.
(2) Sur les fonctions du cerveau, t. 111, p. 257.
commencer la puberté chez les garçons eux-mêmes à l'âge de quatre ou cinq ans, à un âge auquel assurément Gall lui-même n'oserait la faire remonter que dans des histoires tout exceptionnelles.
Ceci donc prouvé, que c'est bien avant l'âge où se manifeste le penchant à l'amour physique que le cervelet acquiert, relativement au cerveau, la proportion qu'il gardera toute la vie, est-il nécessaire de prouver aussi que cette proportion ne diminue point dans la vieillesse, c'est-à-dire à mesure que diminue et va en s'éteignant ce même besoin du rapprochement des sexes ? Gall aurait vu, dit-il, à cet âge la turgescence nerveuse du cervelet diminuer, et les fosses occipitales inférieures qui le contiennent se rapetisser jusqu'aux dimensions de celle du crâne d'un enfant nouveau-né (1). Rudolphi lui avait aussi nié ces faits ; mais Gall encore avait passé outre, sans rien alléguer de précis. J'ai fait de nombreuses pesées de l'encéphale et de ses parties, et j'ai déjà consigné ailleurs quelques-uns des résultats qu'elles m'ont donnés (2). Dans les faits qui l£s constituent il s'en trouve sept relatifs à des individus âgés de soixante ans et au-dessus, dont deux étaient des vieillards de l'hospice de Bicêtre, trois des détenus de la prison du dépôt des condanmés, deux enfin
(1) Sur les fonctions du cerveau , t. III, p. 258.
(2) Du poids du cerveau considère' dans ses rapports avec le développement de l'intelligence { Gazette médicale de Paris, H mars 1837).
des hommes connus dans les sciences. Or, la moyenne résultant de ces sept faits se trouve donner, pour proportion du poids du cervelet à celui du cerveau, un sixième (1 : 6, o\ tandis que, d'après mes pesées encore, cette proportion, à l'âge adulte, i>'est que d'un septième (1 : 7, 3). Dans le tableau dressé par les frères Wenzel, tableau que je viens de citer, on voit de même que, chez un vieillard de soixantedeux ans, la proportion, en poids, du cervelet au cerveau était d'un septième, que, chez un troisième enfin âgé de quatre-vingts ans, elle était d'un sixième. M. Parchappe a aussi recueilli des faits relatifs au poids des deux parties principales de l'encéphale suivant l'âge, et, d'après ces faits, il se trouve qu'à l'âge de soixante ans et au-dessus, chez les homnes, la proportion du cervelet au cerveau est d'un sixième, tandis qu'à l'âge adulte, à quarante ans par exemple, elle est au plus d'un septième (1). C'est un résultat qui, pour le sujet qui nous occupe, peut être donné comme identique à celui que j'ai obtenu. Il est opposé, comme on le voit, à l'opinion que. Gall cherchait à établir, opinion qu'il n'appuie sur aucun fait qui puisse, le moins du monde, équivaloir aux faits qui appartiennent aux frères Wenzel, à M. Parchappe, ainsi qu'à ceux que j'ai observés de mon côté.
Gall, par des raisons inutiles à reproduire ici,
(I) Mémoire sur le volume de la tèfe et de l'encéphale chez l'homnip, in-S. Par:?, ISSC, p. 'i.
mais dont la légitimité ôterait beaucoup de son mérite à la pudique retenue du sexe, a supposé que, chez les femmes comme chez les femelles des animaux, le sentiment de l'amour physique est moins actif qu'il ne Test dans le sexe mâle (l). En ce qui concerne notre espèce, Tirésias n'eût pas été de cet avis, et il pouvait sur cette question se prévaloir d'une expérience personnelle dont, depuis lui, le privilège n'a été, que je sache, accordé à personne. Qui a raison, de Gall ou du vieux devin de Thèbes? c'est ce que je ne discuterai point. Ce quejeveux dire seulement, c'est que Gall a conclu de son opinion sur le peu d'ardeur amoureuse du sexe, que, dans toute la série animale, la femelle devait avoir, et a en effet, le cervelet plus petit relativement à son cerveau, que ne l'a le mâle. Cette observation s'estconfîrmée, dit Gall, sur tous les animaux qu'il a été à même d'examiner, depuis la musaraigne jusqu'à l'éléphant (2) : Gall aime cette forme d'énumération biblique, qui revient plusieurs fois dans le cours de son livre. Pour ce qui est de la femme, par qui il est au moins poli de commencer, Gall renvoie à ses planches, et à tous les crânes d'hommes et de femmes (3). Ses planches, nous n'y recourrons pas, nous avons déjà dit pourquoi, quoiqu'elles pussent bien nous donner raison contre lui. Quant aux crânes
(1) Sur les fonctions du cerveau, t. 111. {). 271 et suiv.
(2) Ihid.. p. 274.
(3) Ibid.. p. 2T5.
d'hommes et de femmes, la comparaison sur le vivant n'en serait ni aussi facile ni aussi concluante que Gall veut bien le dire ; j'ai de ce fait une expérience cranométrique assez grande. Il vaut mieux s'en tenir au poids comparatif du cerveau et du cervelet dans les deux sexes; non-seulement cela est plus facile, mais cela est infiniment plus sûr. Or, j'extrais du mémoire de M. Parchappe, d'après deux moyennes de vingt-neuf et de dix-huit faits, que le poids du cervelet est à celui du cerveau comme 1 est à 6, 4 dans l'homme, et comme 1 est à T, 1 dans la femme (1), ce qui semblerait donner gain de cause à Gall. Je ne dissimule rien, comme on le voit. Mais je trouve d'après un tableau de ce même mémoire, sur le poids du cervelet et sur celui du cerveau suivant les âges et dans les deux sexes, que le rapport de ces deux parties de l'encéphale est vraiment le même dans l'homme et dans la femme (2). C'est qu'en effet, pour qu'on pût établir qu'il en est autrement, il faudrait qu'on eût affaire à des différences tout autrement constantes que celles que je viens de mentionner, surtout tout autrement considérables, et qui se formulassent par d'autres chiffres que des fractions de décimales. J'ai de mon côté pesé comparativement le cerveau et le cervelet de vingt femmes ayant toutes atteint ou dépassé l'âge adulte, puisqu'elles avaient de 34 à 87 ans, et que la moyenne de
(1) Mémoire cité, p. Cî).
(2) Ihid.,^. 74.
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leur âge était de 62 ans. Le rapport en poids de ces deux parties de l'encéphale, chez elles, s'est trouvé être, en moyenne, de plus d'un 7"® (cervelet : au cerveau : : 1 : 6, 9), tandis que ce rapport dans le sexe mâle, à l'âge adulte, est de moins d'un 7""^; c'est-àdire que, d'après ces faits, le cervelet serait, chez la l'emme, plus gros, proportionnellement au cerveau, qu'il ne l'est chez l'homme. C'est justement l'opposé de l'assertion émise par Gall, qui s'est bien gardé du reste de l'appuyer d'aucun chiffre. Notez, en outre, que les pesées d'après lesquelles j'ai établi cette moyenne du rapport, eu poids, du cervelet au cerveau dans le sexe, appartiennent en majorité à des femmes fort âgées, c'est-à-dire de l'âge de 60 à 87 ans, de cet âge auquel, suivant Gall, le cervelet décroît depuis longtemps d'une manière notable. C'est là un fait à ajouter à ceux qui prouvent, comme nous l'avons vu plus haut, que cette opinion de la décroissance du cervelet dans la vieillesse n 'est pas plus vraie que celle de la moindre proportion de cette partie de l'encéphale dans le sexe féminin.
Quant au rapport du cervelet au cerveau dans les deux sexes chez les animaux, il est bien entendu que, d'après Gall, ce sont les mâles qui ont le plus gros cervelet, et que cette différence est manifeste et sur les crânes et sur les cerveaux. Les planches de son atlas sont encore là qui le prouvent jusqu'à l'évidence, et Gall fait remarquer, en outre, que « le cervelet est plus grand d'un sexe à l'autre dans les
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« espèces chez lesquelles les mâles sont, en tout (! temps, capables de s'accoupler, et où les femelles « sont restreintes, à cet égard, à de certaines pé- « riodes, que dans les espèces chez lesquelles le « mâle et la femelle sont, l'un comme l'autre, sous « la même influence périodique (1). » On ne peut certes rien demander de mieux pour la vérité de l'organologie, à l'endroit des fonctions reproductrices. Je n'ai pas examiné comparativement beaucoup de crânes et de cerveaux d'animaux mâles et femelles, dans le but de savoir lequel des deux sexes a, proportionnellement au cerveau, le plus gros cervelet. Mais il se trouve que j'ai là, sur la table où j'écris, le crâne d'un coq et celui d'une poule, celui d'un lièvre et celui d'une hase, ceux d'un chevreuil mâle et d'une chevrette, ceux enfin d'un loup et d'une louve. Je les examine, les retourne dans tous les sens, je mesure comparativement à l'intérieur l'étendue des deux parties du crâne qui contiennent, l'une le cerveau, l'autre le cervelet, et l'on sait que cette opération est très-facile. Or, j'affirme, au risque d'être traité comme je traite Gall, c'est-à-dire de n'être pas cru, que du coq à la poule, du chevreuil à la chevrette, il n'y a, dans la proportion de la masse supposable du cervelet à celle du cerveau, rien absolument qui diffère, et que dans les deux autres couples animaux, c'est à l'avantage de te femelle que serait la différence.
(I) Sur les fonctions du cerveau, t. 111, p. 277.
Gall, prétendant que le cervelet est l'organe supérieur et central du penchant à l'amour physique, devait le trouver très-développé chez les individus, mâles ou femelles, de notre espèce ou des autres espèces animales, en qui ce penchant est aussi trèsmarqué, et il cite, en effet, un grand nombre d'observations particulières, confirmatives de la vérité de cette corrélation. J'ai déjà signalé quelques-unes de ces observations, en leur donnant le nom qu'elles méritent. Je pourrais en citer quelques autres dignes de la même qualification, celle, par exemple, de la bossue qui mit en péril la pudeur de Gall (1) ; on ne trouvera pas mauvais que je m'en abstienne. Quant aux autres faits qu'il rapporte, faits qui offrent à un degré moins marqué le caractère de fables, et dont le contrôle et la reproduction seraient possibles, voici ce que j'ai à en dire.
De ces faits, les uns au nombre de deux ou trois sont relatifs à des idiots chez lesquels Gall dit avoir remarqué dans une corrélation évidente un gros cervelet et une grande salacité. La grosseur proportionnelle du cervelet des idiots est un fait physiologique réel. Je l'ai signalée dans un travail où j'ai montré que chez eux le rapport du cervelet au cerveau est sensiblement plus considérable que chez les hommes de facultés intellectuelles ordinaires (2), et
(I) Sur les fonctions du cerveau, t. III, p. .334. (?> Mémoire cité sur le poids du cerveau considéré dam ses
1 3 4 DJtS UKGANES
j'ai depuis eu occasion de continuer les mêmes observations. Mais les idiots sur lesquels je les ai faites n'étaient, en aucune façon, remarquables par leur penchant à l'amour physique. Yoicitout simplement ce qui en est de ce gros cervelet des idiots. L'état d'infériorité mentale qui caractérise ces derniers se lie à une moindre proportion des hémisphères cérébraux, qui sont dans l'encéphale la condition plus particulière de l'exercice de l'intelligence, et le cervelet, organe plus spécial des mouvements, qui ne sont pas lésés chez eux, ne partage pas, au même degré, ce défaut de développement. Plus donc l'entendement de l'idiot décroît, plus son cerveau décroît aussi, son cervelet ne diminuant pas dans la même mesure. Mais cette plus grande proportion du cervelet chez ces malheureux ne doit nullement, comme on le voit, être mise en rapport avec l'instinct de rapprochement des sexes, et Gall, par conséquent, a eu tort de chercher à établir cette corrélation.
Du reste, dans les deux ou trois faits individuels qu'il a empruntés aux idiots, comme dans tous les autres faits de même nature, pris soit de l'homme, soit des animaux, il est question non point de gros ou de pesants cervelets, évalués même à la vue, mais seulement de grosses ou de larges nuques, observées à l'œil encore plus qu'au toucher. Or, pour qui s'est livré, d'une manière un peu suivie, à l'apprécia-
rapports avec le développement de l'intelligence (Gazette médicale de Paris, 1 1 mars 1837).
EN PARTICULIER. :I.3ô
lion de la conlormalion et du développement soit du cerveau, soit du crâne; pour qui a cherché à faire celte appréciation etsur le mort etsur le vivant ; pour qui sait quelle difficulté on éprouve à mesurer d'une manière invariable durant la vie quelques-uns des diamètres du crâne, et en particulier son diamètre bi-mastoïdien, qui donne approximativement la largeur du cervelet; pour qui a appris par expérience que dans les animaux , à raison du mode des insertions musculaires qui ensevelissent, sous leurs énormes masses, toute la partie postérieure du crâne, cette opération est encore bien plus arbitraire, et bien plus difficile que dans l'homme ; pour qui n'ignore pas que du diamètre transversal du cervelet, dans le cas même où il serait possible de l'apprécier d'une manière exacte à travers les parties molles et les parties osseuses du crâne, on ne peut, en aucune façon, conclure le diamètre antéro-postérieur et le diamètre vertical de cet organe, c'est-à-dire, en définitive, ses dimensions et son volume ; pour qui est instruit de toutes ces circonstances et a été aux prises avec toutes ces difficultés, il est de toute évidence que les faits particuliers que Gall dit avoir observés soit dans l'homme, soit dans les animaux, d'un grand cervelet, c'est-à-dire d'une large nuque coïncidant avec un grand développement de l'instinct de reproduction, sont absolument de nulle valeur pour l'établissement de l'opinion qu'il a donnée comme leur expression, et de la loi qu'il en a fait découler.
Mais ce qui est bien plus évident encore, c'est que ces observations, auxquelles j'ai accordé un instant quelque importance scientifique, en les supposant recueillies de bonne foi, ne sont encore que des histoires à joindre à celles auxquelles elles sont mêlées. Je crois qu'on ne pourra guère en douter quand on aura lu le passage suivant : « J'ai rassemblé, ditGall, u beaucoup de têtes d'oiseaux au commencement du « printemps, saison de leurs amours les plus ar- « dentés ; j'en ai rassemblé d'autres au commence- « ment de l'hiver, époque où tout ce qui a rapport à la (( propagation est épuisé. Dans les tètes rassemblées « au printemps, le cervelet est plus large et plus turges- « cent ; dans les crânes, la proéminence qui y correspond « est manifestement plus large et plus bombée que dans « ceux recueillis au commencement de l'hiver (1). » Le cervelet, celte partie d'un organe indivis, qui croît au printemps pour décroître en hiver, le cerveau proprement dit ne partageant pas ces phases successives d'accroissement et de décroissement, et le crâne, cette enveloppe solide, de nature semi-calcaire, qui, dans une seule de ses parties aussi, suit ces alternatives d'augmentation et de diminution de volume ! A qui Gall espérait-il donc faire admettre de pareilles fables ? Et ne s'est-il pas ainsi condamné lui-même à n'être cru ni dans ses assertions les plus fondées, ni dans renonciation des faits les plus vulgaires?
(1) Sur les fonctions du cerveau, 1. 111, p. 281.
EN PARTICILIER. 137
Le second ordre des preuves par lesquelles Gall a prétendu démontrer que le cervelet est l'organe de l'instinct de propagation, se compose de faits pris dans l'état de maladie, et peut se rapporter à deux chefs : i° faits dans lesquels la castration, ou une altération des parties sexuelles, avait déterminé, suivant lui, une atrophie ou une maladie du cervelet ; 2° faits dans lesquels une lésion chronique ou aiguë du cervelet aurait donné lieu, soit à l'atrophie des parties sexuelles , soit à l'altération ou à l'excitation .de leurs facultés, soit à l'un et à l'autre de ces effets à la fois.
1« Faits d'influence de la castration ou de la lésion des parties sexuelles sur le cervelet . Des faits que cite GalI en ce genre, il n'y en a véritablement pas un seul qui prouve ce qu'il voudrait leur ffiire établir, et il y en a parmi eux d'évidemment controuvés. Tels sont les prétendus faits, représentés dans les planches de son atlas, de différence de développement, dans la région du cervelet, des crânes des animaux châtrés et de ceux qui ne l'ont pas été, dillérence, bien entendu, qui est en plus à l'avantage des derniers. Cette difTérence, dit Gall, est très-sensible quand on compare les crânes des chevaux hongres à ceux des étalons (1). Or, vous allez voir ce qui en est de cette différence. M. G. Marchant a fait, à Alfort, à la prière
(I) Sur les fonctions du cerveau, t. III, p. 28C.
de Leuret, des pesées comparatives de cerveaux et de cervelets de juments, de chevaux hongres et d'étalons, et savez-vous chez lesquels de ces animaux le cervelet s'est trouvé le plus pesant ? Chez les chevaux hongres d'abord, chez les juments ensuite ; c'étaient les étalons qui avaient le cervelet le plus léger (1). Ce fait prouve d'abord que Gall s'est tout au moins trompé en prétendant que la castration diminue le volume du cervelet, puisqu'on pourrait, ayee bien plus de raison, arguer des faits que je viens de citer que c'est le contraire qui a lieu. Il prouve on second lieu, et ceci est relatif au rapport comparé du volume du cervelet à celui du cerveau dans les animaux mâles et dans les animaux femelles, que ce ne sont pas ces derniers qui l'ont le moins considérable, et cela, «omme je l'ai montré tout à l'heure, contrairement à l'opinion avancée par Gall, et aux prétendus faits qu'il a rapportés pour l'établir.
Gall, en même temps qu'il traite des effets de la castration chez les animaux, parle de ses résultats dans l'espèce humaine, et de l'atrophie du cervelet chez les eunuques (2). Où donc Gall a-t-il pu observer de pareils faits? Ils sont heureusement fort rares soit en Allemagne, soit en France, et, Gall n'a jamais été, que je sache, médecin de la chapelle du pape, ni archiâtre du grand-seigneur. Ce ne sontassuré-
(1) Anatomie comparée du système nerveux, de Leuret, t. J, p. 426 et puiv.
(2) Sur les fonctions du cerveau, t. III, p. 288.
ment pas les deux faits de castration qu'il cite qui l'ont mis en droit de conclure de la destruction du testicule à l'atrophie du cervelet; car, dans l'un de ces faits, où l'autopsie cadavérique suivit à six mois de distance l'opération du sarcocèle, les altérations du cervelet, on ne peut plus mal décrites, si tant il y a qu'il en existât, se répétaient dans le cerveau (1); dans l'autre, où il s'agit d'un soldat qui, dans l'opération d'une hernie, avait perdu le testicule droit, la mort n'eut pas lieu; il n'y eut qu'examen de la nuque, et Gall ne manqua pas de trouver la bosse occipitale gauche beaucoup moins saillante que la droite (2). A la suite de ces deux pauvres observations, Gall dit avoir trouvé sur plusieurs lapins, auxquels six ou huit mois auparavant il avait fait enlever un testicule^ une diminution de volume du lobe du cervelet du côté opposé à celui où la castration avait eu lieu, et la fosse occipitale correspondante également plus petite que l'autre (3). Les anatomistes qui ont eu occasion d'examiner des bosses occipitales de lapin se douteront bien que Gall n'a pas pu Mre une pareille observation, et ils seront en cela de l'avis de M. Vimont. Ce consciencieux disciple de Gall déclare, en e£Fet,n'avoir observé aucun amoindrissement d'un des lobes cérébelleux de quatre lapins châtrés d'un seul côté, et conservés en vie pendant
(1) Sur les fonctions du cerceau, t. 111, p. 291.
(2) lôid .t. III, p. 292.
(3) l/nd.
huit mois, c'est-à-dire exactement le même temps durant lequel son maître dit avoir conservé les siens [i).
Je passe sous silence les cinq ou six autres faits où des lésions, des froissements des parties sexuelles sont présentés comme ayant eu de l'influence sur la diminution de volume du cervelet, ou sur la production d'une altération de sa substance. Ces faits, dont deux au moins me semblent des histoires, n'ont aucune apparence de valeur. Mais, dans le cas même où il en serait autrement, dans le cas où l'on voudrait accorder quelque crédit à tous ces faits incomplets, mal observés, supposés, de castration ou d'une lésion des parties sexuelles, qui aurait donné lieu à une atrophie ou à une altéraion du cervelet, combien n'en existe-t-il pas d'autres où cette castration, et surtout cette lésion n'a été positivement suivie d'aucune influence de ce genre !
2° Faits de lésions, soit chroniques, soit aiguës, du cervelet, ayant donné lieu, d'après Gall, à l'atrophie ou à une autre altération des parties génitales.
Une remarque générale que je présenterai d'abord sur le plus grand nombre de ces faits, et qui suffira à leur réfutation, c'est que, depuis l'histoire de l'impuissance des Scythes, empruntée par Gall à Hippocrate, jusqu'à celle de madame de Burie, quinegai-
(1) Traité de phrénologie humaine et comparée^ t. II, p. 240.
EN PARTICILTER. 141
(piuit rien à bien faire son devoir avec son mari (1), parce que celui-ci avait reçu jadis un coup de masse d'armes sur la nuque, il n'y est question, la plupart du temps, que de coups portés sur la nuque, et non point dans le cervelet, et nous savons ce que valent, avec Gall, les observations faites sur la nuque. Il y en a sept de ce genre-là, et nous pouvons bien les laisser. Dans une huitième, un coup de sabre alla jusqu'au cervelet, et les testicules s'atrophièrent ; mais la vue et l'ouïe se perdirent aussi (2). Gall n'avait pas pris garde à cette dernière circonstance, qui pourrait faire du cervelet, en vertu d'une déduction empirique équivalente, l'organe simultané des fonctions sexuelles et des deux principaux sens externes. Dans une neuvième observation, qui a au moins quatre ou cinq pages, les testicules s'étaient encore atrophiés ; mais les mouvements de tout le corps, la sensibilité, la raison, tout cela s'était aussi en partie aboli ; et dans le crâne ce ne fut pas le cervelet qui fut trouvé malade, on ne constata en lui qu'un petit volume; mais ce furent le cerveau et la moelle allongée (3). Conçoit-on qu'une pareille observation ait pu être citée par Gall, en preuve de son opinion sur lacorrélation deslésions du cervelet aux lésions du testicule,
(1) Mémoires de Brantôme, contenant les Vies des hommes illustres et grands capitaines de son temps, \n-\2, Londres, 1739, t. II, p. 182.
(2) Sur les fonctions du cerveau, t. III, ji. 304.
(3) Ifjid., t. III, p. 300 et suiv. •
OU à celles des fonctions sexuelles ? Il y en a encore quelques autres de même force, et que, par cela même, je m'abstiens de mentionner.
J'arrive aux maladies aiguës du cervelet, à ses hémorrhagies surtout, dans les résultats desquelles Gall, s'appuyant sur cinq ou six observations de M. Serres, a cru voir une éclatante confirmation de ses idées. Dans toutes, il est question, en définitive, d'une surexcitation des parties sexuelles, qui serait un des symptômes exclusifs de cette hémorrhagie. Mais les faits qui montrent que cette surexcitation n'est point particulière à l'hémorrhagie du cervelet, et qu'elle peut se rencontrer aussi dans les hémorrhagies d'une autre partie de l'encépbale, sont déplus en plus vulgaires dans la science, et n'ont plus besoin que d'être rappelés. Il en est de même de ceux qui prouvent qu'une hémorrhagie, une lésion quelconque du cervelet peut avoir lieu sans érection, sans excitation même des parties sexuelles, et une, au moins, des observations de M. Serres montrait déjà qu'il en est ainsi (1). C'est là, du reste, ce que.le travail de Burdach a prouvé de manière qu'il n'y ait plus à revenir là-dessus (2). J'admettrai volontiers, et cela est en effet tout probable, que des 178 observations d'altérations du cervelet, dont ce travail donne les symptômes, observations prises de l'Allemagne, de la
(1) Sur les fonctions du cerveau, t. III, p. 365.
(2) Vom Bnue und Leben des Gehirns. Leipsick, 1819-26, 3 vol. in-4, t. m, p. 297, »19, 423.
EN PARTICILIER. 1 ^3
France, de l'Angleterre, de l'Italie, quelques-unes ne valent pas grand'chose. Mais enfin de ces 178 observations de maladies du cervelet, il n'y en a que 10 dans lesquelles on ait noté des lésions des fonctions génitales. Ce chiffre, le doublât-on encore, n'a pas besoin de commentaire, et il prouve, mieux que tout ce qu'on pourrait dire, le néant des preuves pathologiques prises par Gall, de faits exceptionnels ou mal observés, pour appuyer ses idées sur l'affectation du cervelet à l'instinct de reproduction.
En somme donc, de tous les genres de faits allégués par le fondateur de l'organologie à l'appui de cette affectation, il n'en est pas un seul qui reste debout. Faits du développement corrélatif du cervelet et de l'instinct reproducteur dans la série animale ; faits de ce même développement suivant les âges, le sexe, les individus; faits de l'influence des lésions des parties génitales sur le cervelet et de celle des maladies de cet organe sur les parties et les fonctions génitales : tous ces genres de faits étaient ou mal observés ou controuvés, ou bien ils ne renfermaient pas la preuve que Gall voulait en faire sortir. La critique à laquelle je me suis livré de ces faits a été longue et minutieuse, et elle devait l'être. Il s'agissait d'un organe le plus important de tous en quelque sorte, par son affectation à la perpétuation des espèces animales, et qui, par cette raison et par d'autres que j'ai rappelées, avait pu, jusqu'à plus ample informé, être pris en une certaine considération par
la physiologie et par la pathologie. C'est à propos de cet organe, plus logique à la fois et plus physiologique que tous les autres, que j'ai voulu montrer tout ce quil y a de mauvaise observation et de mauvais raisonnement dans Gall, même quand il peut s'appuyer sur les résultats d'une observation réellement scientifique, et sur des hommes également scientifiques, disposés à entrer sur quelque point en communauté d'idées avec lui. Pour achever la démonstration, il me reste à rappeler brièvement l'opinion actuelle des physiologistes sur les fonctions véritables du seul organe phrénologique auquel ils aient, pour la pluplart, accordé un instant de sérieuse attention .
Je ne sais pas si M. Serres, dont les observations d'apoplexie cérébelleuse cmt été si utiles à Gall, et sont pourtant si peu concluantes, croit encore que le cervelet est, au moins dans sa partie centrale et fondamentale, l'organe de l'amour physique (1). Je ne sais pas si M. Ségalas est encore à peu près d'avis qu'en portant dans la nuque d'un pauvre animal un stylet qui, pour provoquer seulement l'érection, est obligé d'aller, à travers le cervelet, jusqu'à la moelle épiniére, on prouve par cela même que le cervelet est l'organe qui excite à l'érection (2). Ce que
(1) Recherches sur les maladies organiques du cervelet (Journal de physiologie expérimentale, t. II, p. 173,249}. — Anafomif comparée du cerveau, 2 vol. in-8, t. II, p. 607, 717.
(2) Journal de physiologie exjye'rimentale, t. III, 1824, p. 293.
EN PARTICl LlKlî. 1 4o
je sais, ce que loutle monde sait, c'est que la science, à l'heure qu'il est, s'est retirée de celte voie et de cette croyance. Pour elle, le cervelet n'est pas plus l'organe de la sensibilité sexuelle qu'il n'est celui de la sensibilité générale. Peu confiante dans des observations pathologiques, qui peuvent ofl'rir tous les ordres de symptômes, elle a demandé à la physiologie expérimentale de lui dire, dans la mécanique nerveuse, quel rouage c'est que le cervelet ; et la physiologie expérimentale, malgré quelques graves différences de langage de la part de ses interprètes, lui a répondu, par Ja bouche de MM. Rolando (1), Magendie (2), Flourens (3), Hertwig (4), Longet (o), etc., que le cervelet est le rouage encéphalique plus particulièrement affecté au mouvement et qu'il n'est, en aucune façon, celui de la reproduction de l'espèce (6).
(!) Saygio sûpra la rera strut titra del cervcUo e sopra le funzioni del sisteom nervoso, 2 vol. in-8. Torino, 182S, t. II, art. 2, 3 et 5.
(2) Journal <le physiologie, t. III, p. 153; t. IV, p. 399. — Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux. Paris, 1839, t. I,p. 217, 259,267.
(3) Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonc. lions du système nerveux, 2« édit., I8i2, p. 37, 53, 5i, 5.j, 133 et suiv., 333 et suiv., 400 et suiv.
(4) Expérimenta quœdom de effectihus lœsionum in partibus encephali, Berol,, 1826.
(6) Anatomie et physiologie du système nerveux, t. II p. 740.
(6) C'était comme cela en I8i3; c'est encore comme cela en 1858. Durant ces quinze années, la science physiologique, pour ce qui est des fonctions du cervelet, de ses fonction?
Parmi les phréuologistes, plusieurs, et des plus considérables, sont aussi venus jeter un grain de sable sur cet organe qu'on enterrait. M. Vimont luimême, pourlui conserver au moins quelque ombre de vie, a proposé une transaction. Il a demandé que quelque chose du cervelet en retînt les attributions phré» nologiques, et, concédant aux mouvements sa partie la plus essentielle, c'est-à-dire sa partie centrale, il a prié qu'on réservât ses masses latérales pour l'instinct de l'amour physique (1). C'est, comme on le voit, une opinion opposée à celle de M. Serres, et M. Yimont, en recourant à un pareil traité n'a oublié qu'une petite chose, c'est que la portion centrale du cervelet est la seule partie de cet organe qui persiste dans les poissons, les reptiles et les oiseaux, tous animaux qui cependant ont quelque penchant à se reproduire et y réussissent assez bien. Feu Sarlandière, un autre grave phrénologue, dont j'aurai à parler plus tard, prenant plus bravement son parti, a placé l'organe de l'amour physique à la partie postérieure des hémisphères cérébraux, et a franchement reconnu le cervelet comme l'organe central des mouvements (2). M. le professeur Bouillaud a également
plu< ou moins exactement ou exclusivement motrices, n'a pas lait un pas, et ne l'a pas, que je sache, tenté. Mais elle maintient plus que .jamais que le cervelet n'est pas l'organe de l'amour physique. {Note de la 2^ édition,)
(i) Traité de phrénologie humaine et comparée, t. II, p. 142.
(2) Comment on peut procéder à la découverte des organes
sur ce point abandonné la doctrine du maître, et il ne s'est pas contenté d'une simple accession à l'opinion désormais victorieuse ; il est venu joindre ses propres expériences à celles qui prouvaient déjà que le cervelet n'est ni le foyer de la sensibilité générale, ni l'organe de l'instinct de propagation, mais qu'il est l'organe de coordination de la plus grande partie au moins des mouvements [l\
Voilà, ce me semble, un premier organe, et le premier de tous les organes, inhumé suivant toutes les règles et avec tout le respect possible, par la piété simultanée de la pbrénologie elle-même et de la physiologie ordinaire. Mais je n'ai certes pas l'intention de mettre autant de pompe et de sensibilité à rendre les mêmes devoirs à ses frères. J'en suis amplement dispensé par les remarques que j'ai faites sur toutes ces étranges histoires, seules preuves la plupart du temps de l'existence des organes, et bonnes surtout à jeter du doute sur la sincérité des faits qui ont quelque apparence scientifique. Or, ceux-ci sont en très-petit nombre, et c'est d'eux seuls qu'il sera question dans l'appréciation très-rapide que je ferai des preuves particulières de l'établissement de chacun des organes suivants. Mais, que le lecteur se
situés à la hase du cerveau (Journal de la Société phrénologique de Paris, t. 1, 1832, p. 270 et suiv.).
(I) Beclierclœs expérimentales tendant à prouver que le cervelet préside aux actes de la station et de la progression (Archive? çénérales de médecine, t. XV, p. G4).
le persuade bien, je n'omettrai rien d'essentiel, et quand je cesserai d'ôtre sérieux, c'est que je n'aurai rien de sérieux à combattre. Je ne saurais, au reste, trop l'engager à ne point me croire sur parole, à comparer avec la nature les faits contradictoires que je lui exposerai et ceux que je lui ai déjà fait connaître. Mais ce à quoi je l'engage surtout, c'est à connaître Gall dans Gall lui-même, à voir, dans son volumineux ouvrage, sur quels pauvres faits, sur quelles pauvres raisons, je ne dirai pas dans quel pauvre langage, puisque ce langage ne lui appartient pas tout entier, il a fondé un s)'stème qui a fait tant de bruit, et qui n'a pas encore cessé d'en faire.
«iKr.A>iE DE l'aMOIU DE LA PROGÉMTLRE.
Lé premier organe qui se présente après celui de l'instinct de propagation, c'est l'organe de l'amow de la progéniture. S'ûué h Vexlrémlté postérieure d es hémisphères cérébraux, il détermine, à l'occiput, lorsqu'il esttrès-développé, ou une double proéminence, ou une saillie bombée unique (I).
Quatre faits, sans plus, ont prouvé à Gall l'existence de cet organe. Le premier consiste en ceci que les singes, et surtout les singes femelles, ani-
(I) Sur les fonctions du cerveau, t. III, p. 443.
EiV PART[CULIER.
maux qui aiment beaucoup leurs petits, ont l'extrémité postérieure du cerveau très-proéminente. Le second, c'est que les femmes, en leur qualité de mères,'offrent la même conformation. Le troisième, c'est que chez les nègres, qui sont pleins de tendresse pour leurs enfants et même pour les enfants des autres, on trouve aussi une très-grande saillie de la pointe occipitale des hémisphères. Le quatrième enfin, c'est que les femelles des animaux présentent, comparativement aux mâles dans les mêmes espèces, un plus grand développement de cette partie cérébrale. Or ce sont là quatre faits faux.
Voyons d'abord ce qui est relatif aux singes. Je compare, en ce moment même, un magnifique plâtre de cerveau de chimpanzé au plâtre phrénologique du cerveau humain, et ce dernier est certainement plus pointu à son extrémité postérieure que le pi âlre du f eiveau du sirge. Jecom] arccemêmcplàtre de cerveau de chimpanzé, ainsi que le cerveau d'une guenon, à un cerveau d'homme, à un cer\eau de cheval, à des cerveaux de lapin, de cochon, conservés dans l'alcool, et ces derniers sont encore sans aucun doute plus saillants à leur extrémité postérieure que les cerveaux de mes deux singes. Dans tous les atlas où sont représentés des cerveaux ou des crânes d'animaux, dans ceux de M. Serres, de Lcuret, de M. Vimont et de Gall lui-même, faites cette comparaison des cerveaux ou des crânes de singe
à ceux de beaucoup d'autres mammifères qui ne passent point pour aimer leurs petits autant que les singes aiment les leurs, et vous obtiendrez les mêmes résultats.
Chez la femme, au dire de Gall, la pointe postérieure des hémisphères cérébraux est plus saillante qu'elle ne l'est dans l'autre sexe. Or, c'est encore làun fait faux, ou tout au moins mal interprété. La forme de la tête de la femme n'est pas la même que celle de la tête de l'homme. Son front, dont je n'ai rien de plus à dire ici, ne ressemble pas non plus à celui de ce dernier. Mais surtout son crâne est généralement moins large que celui de l'homme, plus aplati sur les tempes ; il a, en un mot, un diamètre antéro-postérieur plus grand, proportionnellement à son diamètre bi-latéral, que cela n'a lieu dans l'autre sexe. D'où il suit que la partie postérieure des hémisphères cérébraux chez la femme paraît plus pointue que celle de ces mêmes hémisphères chez l'homme. Mais cela ne fait nullement qu'il y ait en cet endroit une proéminence cérébrale plus grande dans le sexe féminin que dans l'autre. J'ai là, entre les mains, un crâne de femme qui représente assez bien le type de cette boîte osseuse dans le sexe, et par conséquent celui du cerveau qu'elle contient. Il offre, en outre, dans sa partie occipitale, cette saillie un peu détachée qui, suivant Gall, recouvre d'une manière plus particulière l'organe de l'amour des enfants. Je compare ce crâne à une soixantaine de
EN PARTICULIER. loi
crânes de voleurs (1), espèce de gens qui n'affectionnent avec passion ni leurs enfants ni ceux des autres, et n'aiment guère d'aulrui que sa bourse, et je trouve que sur la moitié à peu près de ces crânes, il existe une saillie occipitale aussi marquée que celle de mon crâne de femme. Je suis bien forcé d'en conclure, indépendamment de toute autre considération, que cette saillie n'a aucun rapport à l'existence, dans le sexe, d'un organe de l'amour des enfants.
Les nègres, et les nègres mâles presque autant que les nègres femelles, ont, en troisième lieu, suivant Gall, un très-grand amour pour leurs enfants et pour ceux des autres : aussi ont-ils l'occiput trèssaillant à l'endroit des bosses occipitales supérieures. Je réponds que celte dernière assertion n'est pas plus vraie qu'elle ne l'est relativement aux femmes, et je le prouve par les mêmes raisons. Le crâne du nègre, comme celui de la femme, est généralement plus étroit, plus aplati suivant son diamètre transversal, que ne l'est celui de l'homme blanc ; il semble, par cela même, plus pointu en arrière, sauf, bien entendu, un certain nombre d'exceptions. Je prends un crâne de nègre présentant ces caractères, un crâne provenant des cimetières du Cap, et qui, à en juger par la forme seule de son maxillaire supérieur, a évidemment appartenu à la
(I) Ces crânes proviennent de la prison du dépôt des cond.Tninés, élalilissfiiienl dont j'ai été dix-huit ans le médecin. {Note de la 2' édition.)
l'-i-I DES ORGANES
race noire. Je le compare aux crânes de mes soixante volem's, et le résultat de cette comparaison est le même que celui de la comparaison du crâne de la femme aux crânes de ces derniers. Trente blancs sur soixante auraient donc l'organe de l'amour des enfants aussi développé que l'a un nègre, type de sa race ; cela signifie qu'il n'existe de pareil organe ni sur les noirs ni sur les blancs.
Les femelles d'animaux, dit enfin Gall, ont, comme la femelle de l'borame, l'extrémité postérieure du cerveau, ou la partie du crâne qui la recouvre, bien plus développée qui ne l'ont les mâles des mêmes espèces. Je fais cette comparaison sur deux couples de coq et poule, sur un couple de lapins, un couple de lièvres, deux couples de chevreuils, un couple de chats, un couple de renards, un couple de loups; et tantôt, mais d'une manière à peine perceptible, l'avantage sous ce rapport est au mâle, tantôt il revient à la femelle. M. Yimont a donc eu parfaitement raison de dire que son maître s'est trompé en prétendant que chez les femelles d'animaux les lobes cérébraux postérieurs sont plus développés que chez les mâles (l), et l'on se rappellera que sur ce point d'organologie, Gall, comme je l'ai montré plus haut, est démenti par ses propres planches.
Voilà donc encore un organe dont il ne doit plus être question ; et Gall a émis une assertion
(1) Trnifé (le phrénologie humume et compai-ée, t. II, p. '282.
EX PARTICILIER. 153
que je n'ai pas besoin de qualifier, quand il a dit que, non-seulement dans deux crânes, mais dans deux encéphales frais de deux animaux de la même espèce, l'un mâle, l'autre femelle, il distinguerait les deux sexes, sans se tromper jamais (1).
DRGANE DE l'aTTACHEME^T 01 DE LAMITIK.
Il est situé en dehors et un peu en haut de celui de l'amour des enfants, et, lorsqu'il est très-développé, il forme en cet endroit de grandes proém.inences annulaires [^], ou même en segment de sphère (3). La femme, plus aimante que l'homme, a, suivant Gall, cet organe plus développé qu'il ne l'est dans l'autre sexe. Or, cela n'est ni vrai ni possible, par la raison que, si le cerveau de la femme est plus pointu postérieurement que celui de l'homme, c'est parce qu'en ce lieu, comme partout, il a aussi moins de largeur, d'où il suit qu'immédiatement en dehors et en haut de sa pointe postérieure, il n'y a pas autant de place chez elle que dans l'homme pour l'organe de l'amitié. Cette conclusion organologique est de toute évidence, et, pour ce qui est des sentiments affectueux, je compterais plus sur le cœur
(0 Sur les fonctions dti cerveau, t. |i|. p. \i,s.
(2) Ihd., t. III, p. 49'..
(3) Ihid., t. m, p. '.73.
1 5 4 DES ORGA>'ES
d'une femme que sur la partie postérieure de sa tête.
Les chiens, qui sont, dit encore Gall, des animaux très-caressants, offrent également, sur leurcerveau et sur leur crâne, un grand développement de l'organe de l'attachement. Mais les loups et les renards, qui sont de la même famille, et qui ont sur leur cerveau et sur leur crâne l'organe de l'attachement tout aussi saillant qu'il l'est chez les chiens, sont-ils aussi des animaux très-caressants ?
Joignez à ces deux fausses allégations la comparaison aussi mal choisie des crânes du moineau et de la corneille, oiseaux, suivant Gall, fort sociables, avec ceux du bruant et du merle, oiseaux qu'il dit l'être beaucoup moins, et vous aurez tout ce qui établit dans son livre l'existence de l'organe de l'amitié. Il est heureux pour la nature humaine que ce sentiment repose, en elle, sur des fondements un peu plus assurés.